LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 6, la fin d’une certaine jeunesse

Au risque de passer pour une fille de mauvaise vie, une catin des rues, une fille à soldats je me mis à chercher qui pourrait me délivrer de cette obsession. Ma tournure et mes manières firent que j’avais beaucoup de prétendants. Rien que dans mon immeuble, les deux Charles, ces jeunes puceaux prêts à jeter leur gourme se seraient bien dévoués. Le vieux Baudin aurait aussi bien pû aussi se proposer, toujours qu’il était à m’épier et à m’zyeuter. Mais je ne voulais pas d’un homme inexpérimenté ni d’un vieux pas très ragoutant. En fait je aperçus, que chaque homme avait la concupiscence nécessaire pour me donner ce que je recherchais.

J’avais pris l’habitude de traîner près du quartier de cavalerie rue de Changis, de vastes murs des grands bâtiments, deux guérites en bois peint et surtout de magnifiques montures, des bêtes superbes qui contrastaient avec les haridelles paysannes. Mais si j’appréciais de voir les chevaux, je n’avais que d’yeux pour leurs cavaliers, immenses, corsetés dans leur cuirasse, un casque empanaché d’un superbe plumet, fier de leur moustache cirée et mus par un sentiment de supériorité que leur donnait l’inclinaison guerrière que prenait le deuxième empire. Ces braves enfants qui servaient Napoléon le neveu pensaient en leur fort intérieur servir l’oncle. Des plaines de la Brie ils se voyaient bien dans les plaines d’Eylau, à fouler les betteraves sous les lazzis des fermiers ils leur semblaient avancer dans les blés de Wagram. A force d’user mes sabots sur les vieux pavés un jour un fringant officier m’adressa un simple sourire. Je n’étais sûrement pas de son monde mais peu m’importait je fus transportée bien au delà de ce que l’on imagine.

Mon cavalier flairant l’aubaine, un jour me proposa la promenade vers les prés du couvent des cordelières. Je n’étais pas peu fière, moi la pauvrette revêtue dans la fameuse robe, l’indigente, la lingère aux mains rougies de me promener avec ce militaire de haute taille. Connaissant l’âme humaine il me serra rapidement de près, j’étais à la fois consentante et à la fois prudente, mais jeunesse et envie se lièrent et j’acceptais de monter dans la chambre qu’il louait dans la grande rue dès notre troisième rendez vous.

Le brave soldat se révéla soudard, le cuirassier se fit hussard, sur de son fait de sa force et de ma niaise volonté. Il enleva la place sans coup férir, sans baiser, sans caresse, il me souleva ma robe me fit pencher sur une table branlante, une main froide et dure m’écarta les cuisses il se déculotta et sans plus de manière prit ma virginité, quelques allez et retours et il fut comblé d’aise,. Il décida pour moi et me congédia comme une ribaude. La différence était mon entière gratuité et le don que je lui avais fait de ma virginité. La chose était acquise cette fleur ne m’encombrerait plus et les fois prochaines je me jurais bien de diriger la danse. Ce fut encore une illusion mais dans la candeur de ses seize ans que ne pense t’ on…..

A quelques temps de là ma mère nous fit solennellement asseoir et nous avertit que nous allions quitter Provins. Je faillis tomber de ma chaise, ma vie me semblait t il, était ici et Victor le pensait également.

Les nouvelles s’enchaînaient, nous irions à Mormant.

Nous ne savions pas où ce village se trouvait mais nous avons compris que ma mère suivait un homme et que cet homme n’était autre que celui avec qui elle avait commerce.

On lui dit tout de go qu’il n’en était pas question et qu’on resterait ici, je me pris une gifle et on en resta là.

Le mois suivant je quittais une vie, mon lavoir de la Voulzie, ma ville haute couverte de vigne, mes beaux militaires en goguette et cette atmosphère indéfinissable qui émanait de cette antique cité.

Nous fîmes la route et au moment ou disparaissait les doubles silhouettes de l’église Saint Quiriace et de la tour César, je laissais couler des larmes. Je pleurais sur ma virginité laissée dans une sous pente de la grande rue, je pleurais sur mon enfance et sur ma jeunesse qui à jamais disparurent dans les brumes montantes des marais de la Voulzie et du Durtein.

4 réflexions au sujet de « LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 6, la fin d’une certaine jeunesse »

  1. Bonsoir Pascal, en ce moment très prise de préparer notre petite réception de dimanche pour les 20 ans d’Anaë – Je garde tout bien enregistré pour la lecture du soir de la semaine prochaine
    Bizz de Fouras-les-Bains, à Toi & toute ta Famille

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