LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 4, l’éducation chez les sœurs de Nevers

Nous primes nos aises dans cette magnifique bourgade, tout était sujet à contemplation, la vieille ville nous attirait particulièrement et on jouait avec d’autres dans les ruines des remparts, c’était un peu dangereux et formellement interdit mais nous étions turbulents, insouciants et aucune autorité ne pouvait nous en imposer.

Pour sur lorsque je rentrais égratignée ou même pire les habits déchirés je me prenais une rossée.

Moi ce qui m’intéressait le plus c’était le spectacle des lingères, la plus part grandes gueules, parler châtié, gros mots, chants et invectives. Les mains dans l’eau, le battoir à proximité, le cul tourné au ciel elles formaient une ligne colorée, joyeuse chenille bruyante et ondulante.

J’allais traîner aussi au bord des casernes, ma mère quand elle le sut me mit une belle tripotée disant que tous ces hommes en chaleur n’était point bon pour une gamine. Cela devait être vraiment un tabou ces militaires car plusieurs fois elle me menaça de me rougir les fesses si je me transformais en fille à soldat. J’en rigolais bien un peu en me demandant comment ma mère pourrait me coincer car je faisais la même taille qu’elle. Mais la sainte femme avait sûrement raison comme nous le verrons plus tard.

Ma mère se rendait donc chaque jour sur la ville haute où se trouvaient de nombreuses fermes et où elle s’employait pour des vignerons. Ces derniers sur les collines de l’ermitage, les Sablons et Bellevue produisaient un petit vin clairet assez réputé. C’était une sorte de contraste, la ville basse ouvrière et la ville haute agricole ouverte par les portes de Jouy et de Saint Jean sur les plaines céréalières et fourragères. J’aimais accompagner ma mère là haut, les vieilles pierres écroulées qui servaient de carrière aux Provinois et les maisons à encorbellements de la place du Chatel me comblaient de bonheur.

Avec mon frère Victor on se baladait pas mal, la variété de l’artisanat d’une petite ville dépassait largement ce que nous avions connu à Vanvillé, lui il était fasciné par la confection des tonneaux, il restait des heures à les regarder œuvrer, moi je regardais plutôt les jeunes tonneliers.

Mes yeux étaient neufs de tout et depuis certaines choses c’est les garçons qui m’intéressaient.

Il faut que je m’explique j’avais déjà remarqué que mes seins poussaient et un jour en revenant de cette foutue fontaine il m’est arrivé ce qui arrive à toutes les femmes, heureusement que mon curieux de frère n’était pas là et que je n’ai croisé personne, sinon quelle honte et quel embarras.

Bref j’étais une femme avec ce léger inconvénient mensuel.

Maman la brave femme s’échinait à nous nourrir et elle mit un point d’honneur malgré notre pauvreté que nous soyons mon frère et moi éduqués et que l’écriture et la lecture nous soient familières.

Comme nous étions considérés comme indigents j’eus droit à l’école diligentée par les sœurs de la charité de Nevers. Elles donnaient les cours rue des marais, pratique car j’avais quelques centaines de mètres seulement à faire pour m’y rendre. La soeur supérieure Nathalie était une vraie maîtresse femme, dure, revêche et prompte à gifler les récalcitrantes. J’étais rebelle, je répondais et je me faisais punir fréquemment . Cette brave femme me menaçait de me dénuder le derrière et de me donner les verges. Je l’en croyais capable et je fis montre d’une légère contrition. Quoiqu’il en soit je leurs dois ma belle écriture et ma capacité à compter.

Si nous allions à l’école nous devions en échange nous acquitter de nombreuses charges, moi je devais aller chaque jour vider le pot de chambre dans la cabane de la cour, il n’y avait pas de tour, Maman estimait qu’un garçon ne devait pas s’acquitter de ces choses. Je vous demande un peu lui aussi faisait ses besoins, autant vous dire qu’à chaque fois c’était un chapelet de gros mots, une fois j’ai même failli lui renverser sur la tête. Bref c’était la sortie et tous les matins chacune notre pot à la main, bien le bonjour madame Baudin, bien le bon jour madame Raby, j’avais cela en horreur.

Mais le pire était qu’à chaque fois que je me rendais aux cabinets j’avais l’impression qu’un homme attendait son tour, le Charles Baudin et le Charles Raby qu’étaient toujours à roder, c’était comme qui dirait les affres de la promiscuité urbaine.

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