LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, Épisode 3, Les affres de l’indigence

Provins dominé par la tour César ceinte de vieux murs croulants sous les effets du temps, ses rues qui semblaient moyenâgeuse, baignée de la voulzie et du Durteint, nous reçus en son sein. La vie y sera t ‘elle meilleure.

Ce fut donc un vrai changement, d’un petit village balayé par les vents de la plaine, nous nous retrouvions comme enfermés dans cette ville entourée de murs lézardés et ployants sous le poids d’un passé glorieux à tout jamais révolu.

Maman pensait qu’à la grande ville elle pourrait trouver de l’ouvrage plus facilement. Moi dans ma tête de petite fille j’espérais qu’elle échapperait à la main mise de certains qui s’imaginaient que la misère était un terreau fertile à une conception tarifée de l’amour.

Mais je n’avais malheureusement pas tout vu des misères de la vie. En attendant nous échouâmes dans une vieille maison qui à n’en pas douter datait de plusieurs siècles. Une structure de bois, du torchis, on pénétrait par un petit couloir qui menait à un escalier séculaire, vermoulu, sale dont les marches de guingois se révélaient traîtresses aux étourdis. L’immeuble était divisé en cinq appartements. Tous insalubres, mais cela était bien assez pour nous autres, il y avait monsieur Baudin un vieux sabotier qui gîtait avec sa femme et son fils le très intéressant Charles, pauvre mais fier le vieux travaillait prés de l’église Saint Ayoul. Il y avait le père Pays Adrien et sa femme tous deux journaliers, la veuve Raby et ses deux enfants qui vivaient de l’assistance publique et la femme Baudin Aglaé une quarantaine d’années, journalière à la limite de l’indigence avec sa petite fille Marie une petite poupée souffreteuse et tuberculeuse.

Nous aussi nous fumes considérés comme indigents, on ne mendiait pas mais les dons de la paroisse, la distribution de hardes et la gratuité scolaire faisaient que l’on entrait dans cette catégorie.

L’appartement donnait sur une petite cour nauséabonde et pour cause c’est là que se trouvaient les lieux d’aisance. C’est d’ailleurs cet endroit qui me faisait regretter le plus ma campagne, j’étais habituée à me soulager là où m’en prenait l’envie, ici rien que de savoir qu’un des occupants de l’immeuble avait posé son cul sur cette vieille planche de bois me répugnait. De plus, l’endroit était assez large pour qu’il y ait deux trous qui vous permettaient de chier de concert et en bonne compagnie. Pour moi se satisfaire passait pour un acte personnel et il ne me serait pas venue à l’esprit de le faire avec quelqu’un. Mais bon je reviendrai sur le sujet. Notre chez nous, avait deux pièces, une principale avec un grand lit que je partagerai avec ma mère, une cheminée, un potager, une table des chaises et un bahut branlant, la pièce de mon frère était en fait un noir débarras où l’on entassa notre bardas et bien sur sa paillasse.

Le plafond était fait de grosses poutres noircies, on eut dit que le charpentier avait mis des arbres entiers. Les murs jusqu’au milieu étaient peints en noir, le haut était d’une couleur indéfinissable, vieux gris, sale de suie et de graisse. Le sol fait d’un parquet de chêne craquait et vermoulu et certains endroits vous invitaient à passer à travers.

Le tout n’était guère joyeux mais maman avait coutume de dire, vous avez un toit, des habits sur les fesses et de la soupe chaque jour.

Nous habitions rue aux bouchers, petite artère donnant sur la grande rue vieille et sur la rue des marais, à notre gauche se trouvait l’église branlante de sainte Croix qui batie sur pilotis s’enfonçait inexorablement dans les eaux stagnantes des anciens marais sur lesquels elle se trouvait construite. Sur notre droite la magnifique Sainte Ayoul avec son porche de bois sculpté. Bien sur quelque soit l’endroit ou l’on se trouvait on pouvait voir la silhouette majestueuse de l’immense saint Quiriace qui sur son éminence dominait la ville et la région. Gardienne des hauteurs, elle partageait ce rôle avec la fière tour César, donjon moyenâgeux aux formes octogonales.

A coté de chez nous se dressait la sombre prison dont les hauts murs m’impressionnaient, nous passions devant chaque jour et j’avais le sentiment que toutes ces méchantes personnes allaient se jeter sur moi. Mais bon elle était partie prenante de mon environnement et chaque fois que j’allais chercher de l’eau à la fontaine sur la place du marché neuf je la contemplais en tremblant.

De fait ma mère avait eu raison, elle trouva à s’employer, Provins était encore tourné vers la terre, les champs et les vignes n’étaient pas loin. Ils y avaient aussi beaucoup de lingères et blanchisseuses , car bons nombres de bourgeois et de militaires en garnison donnaient leur linge à laver. Des tisserands encore nombreux teignaient les tissus et employaient aussi journaliers et journalières.

Maman qui avait toujours travaillé la terre s’en tint à ce qu’elle savait faire le mieux. La vigne n’avait pas de secret pour elle car ses parents étaient vignerons elle se retrouva donc à tâcher sur les coteaux environnants. De toutes façons elle considérait que laver la merde des autres était indigne, ce qui me semblait un comble quand on avait levé jupon pour mettre du gras dans la soupe. Cette brave femme ne sera pas à une contradiction prés lorsqu’elle me poussera dans cette voie et que je me retrouverai les mains dans l’eau glacée de la Voulzie.

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