LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 1, la mort du père

La vie tumultueuse de Victorine

Curieusement lorsque je me remémore mon enfance ce n’est pas un visage qui me revient mais une odeur. Flagrance à jamais disparue que celle qui flottait autour de mon père, forte, acre, piquante.

Ce parfum était un doux mélange de senteurs de tabac, de vieux cuir, de sueur, d’humus mais aussi et surtout odeur animale.

Jamais je n’ai retrouvé quelque chose d’approchant, même celle de mon mari qui pourtant est aussi paysan ne me flatte autant les narines.

J’aimais lorsqu’il rentrait à la maison me frotter à lui, le câliner. Il était un peu bourru et pas toujours disposé mais souvent il me prenait sur ses genoux et gentiment me grattait le visage avec sa barbe non faite. Il me racontait des histoires et ma mère devait souvent intervenir pour filtrer les propos de son charretier de bonhomme.

Parfois lorsqu’il avait un peu trinqué avec des compagnons de route, des disputes éclataient avec ma mère, d’autres fois au contraire mes parents étaient amoureux et nous devions mon frère , ma sœur et moi nous coucher plus tôt.

Son souvenir physique maintenant s’estompe, devient flou, sa voix à aussi disparue et je me raccroche pour ne pas le perdre à cette effluve fugace.

Il faut dire que je n’avais que cinq ans et lui trente deux quand il vint à partir. Les circonstances de sa mort précoce sont teintées d’une épaisse noirceur, écrasé par une charrette à foin qu’il conduisait, imprudence, négligence.

Ce ne fut que cris de douleur dans la maison lorsque l’on vint annoncer à ma mère le trépas de son Victor.

C’est mon oncle Alexandre Tondu celui qui habitait au hameau du Queureux à Lizines qui se chargea de porter la terrible nouvelle.

Maman fut saisie d’un crise et devint comme folle. Je me revois encore tenant de ma petite main la frêle menotte de ma sœur Angélique contemplant le tertre mortuaire de la tombe de papa.

A cette époque nous vivions dans un petit village qui se nommait Vanvillé, plat comme la main, au milieu de la plaine céréalière Briarde, à quelques encablures du gros bourg de Nangis et de la ville médiévale de Provins. Je me souviens avec maman nous allions au marché rue de la poterie à Nangis pour y vendre un peu de beurre du fromage et quelques légumes que papa faisait venir en plus de son travail de charretier.

Il travaillait pour de nombreuse fermes, la grande maison, Beaurepaire et Belleville, toujours sur les chemins avec ses bœufs et sa charrette.

Je suis allée à l’école très tôt, mon père ayant le secret espoir de me voir quitter la condition paysanne, le pauvre si il avait su.

Nous avions classe à la ferme du Verger, imaginez une soixantaine de gamins de tous ages entassés presque sans mobilier dans une pièce de taille modeste n’ayant qu’une fenêtre. Le pauvre maître d’école pour pouvoir nous enseigner quelques choses devait tenir son auditoire d’une main de fer.

Même si l’école ne m’a pas permis de m’extirper du cul des vaches, elle m’a octroyé le privilège d’une belle écriture et la satisfaction de savoir lire. Celui qui m’a le plus marquée est monsieur Hordehart, sous un air bourru il était gentil du moins avec ceux qui désiraient apprendre.

 

2 réflexions au sujet de « LA VIE TUMULTUEUSE DE VICTORINE TONDU, épisode 1, la mort du père »

  1. quel plaisir de vous lire ! on est en plein dans la situation comme si on la vivait ; même les odeurs on les sent !!! on ne se lasse pas de vous lire !

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