LA MORT DE COLUCHE, Épisode 1, une bien étrange sépulture.

LA MORT DE COLUCHE

Il est bien loin le chemin de la gloire quand il faut payer, qu’on en juge .

Il fait un froid de gueux en ce mois de janvier 1908, un vent d’est balaye la plaine Seine et Marnaise et nos deux cantonniers sont transis de froid malgré l’effort qu’ils produisent.

Il a gelé fort cette nuit et la terre grasse du cimetière de Gastins est prise sur une belle profondeur.

Il faut pourtant œuvrer car un nouvel occupant va bientôt s’installer à demeure dans ce froid jardin .

Après plusieurs heures d’effort ponctuées de pauses vinicoles les deux fossoyeurs finissent par tomber sur plusieurs ossements. Il fallait s’y attendre, bien qu’habituellement les dépouilles charnelles en cette terre humide retournent rapidement au néant.

Ils savent pertinemment à qui appartient les premiers os, ce sont ceux de feue Françoise Picard la première femme du futur locataire. Mais il faut en convenir elle n’était pas seule car deux autres morceaux de corps se dévoilent à leurs yeux.

Pour sur il ne reste pas grand chose le temps a fait son œuvre. Les lascars s’en doivent d’aller trouver le maire pour décider de ce qu’on allait faire de cette découverte impromptue. Le trou est fait, les os blancs attendent en tas sous la pluie hivernale.

Pour le maire monsieur Garnot la situation était fort claire,  » nom de dieu l’Auguste il nous emmerdait de son vivant et maintenant qu’il est mort c’est pareil ».

La réponse donnée aux deux hommes fut partielle, le maire connaissait l’identité des personnes enterrées là bas mais par contre n’avait aucune idée de ce qu’il devait en faire.

L’ Auguste en question était un vieux bonhomme qu’on surnommait le  » belge  » car il était né il y a fort longtemps dans les Flandres orientales. Arrivé dans la commune comme domestique en 1866, il était devenu aubergiste, propriétaire et rentier. Ce n’était pas son assiduité au travail qui l’avait mené où il en était mais plutôt ses mariages.

Auguste Vervaet puisque c’est son nom n’était pas un compagnon de tout repos en témoignent ses nombreux passages au tribunal, bagarres, diffamation, coups et blessures, toujours prit de boisson en son quartier général du père Plisset endroit qu’il connaissait fort bien comme on va le voir.

Son mauvais caractère, un héritage controversé et une sombre affaire qui causa la vie à un gamin du village lui faisaient une réputation sulfureuse.

Monsieur le maire lâcha enfin le morceau, ces restes appartenaient à la seule célébrité que le village eut connue et il était probable que les autres morceaux appartiennent à son fils .

Seulement voilà, il n’y avait à sa connaissance aucune famille.

Qui allait devoir se charger des frais pour un autre cercueil, certainement pas la commune.

Il y avait bien le neveu du défunt Joseph Vervaet qui après tout avait bénéficié des largesses de notre grand homme et qui était l’héritier de l’Augustin. Il s’opposa à toute contribution de sa part.

Il fallut trouver une solution et surtout que celle ci ne vienne pas aux oreilles de la presse locale et aussi des autorités préfectorales. C’est l’un des ouvriers qui trouva la solution, une grande boite à harengs fumés en bois, on y casa l’ensemble des reliques rejetées et le tout fut de nouveau enterré dans la tombe officielle d ‘Augustin Vervaet, voila une affaire rondement menée, que d’histoires pour quelques os,

Seize mois plus tard Paul Lagardère un journaliste du  » Petit Parisien » voulut faire un article sur le célèbre Jean Baptiste et se rendit à Gastins sur sa tombe, il ne la trouva pas lui même car ce simple tertre planté d’un pieu couronné d’une planche de hêtre clair découpé en écusson ne portait que la simple épitaphe  » Warvaet Augustin décédé le 15 janvier 1908 âgé de 73 ans  ». Il fallut bien lui conter l’histoire et c’est sous son ‘impulsion journalistique que la société archéologique de Seine et Marne donna 20 francs pour faire améliorer l’humble demeure d’un si grand homme.

Maintenant je crois que je vous ai fait assez languir, notre célébrité locale se nommait Jean Alexandre Coluche, les passionnés d’histoire connaissent sa saga les autres peut être pas.

Dans un autre épisode je vous narrerai donc la vie de ce simple soldat qui par la seule volonté de son caractère permet que je parle de lui encore aujourd’hui.

petit parisien 24 mai 1909

A bientôt pour la suite

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