LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 100, la Cossonnière avant le drame

1911 – 1913, la Cossonnière, commune de La Chapelle Achard

Ernestine Guerin, épouse de Jean Marie Proust

Peut être un mois après les noces je fus dans l’espérance d’être grosse, plus de règles. Nous voulions bien sur des enfants mais on aurait pu attendre un petit peu. Quoi qu’il en soit mon ventre se mit à grossir, il n’y avait point de doute. Mes beaux parents qui n’avaient encore pas de petits se réjouirent pour nous, mes parents eux ne semblaient pas très emballés ;

Le douze mars mille neuf cent onze je commençais le travail, ce fut long et douloureux mais avec la sage femme et la présence de mes trois sœurs une petite fille naquit. Nous l’appelâmes Marie Élisabeth Ernestine Alexandrine, c’est bien long tout cela et son nom usuel sera Ernestine comme moi. Nous baptisâmes l’enfant et je dus faire mes relevailles une semaine après. Dans certaine paroisse cette cérémonie n’avait plus cour mais bon ici le curé et nos mères y tenaient.

Jean Marie pour sur s’attendait à un garçon, mais la nature commande il lui faudrait patienter.

Quelques mois après la naissance je me décidais d’aller présenter ma fille à son arrière grand mère qui demeurait aux Clouzeaux. Mon mari ne voulut pas m’accompagner, la vieille bique ne l’intéressant guère me dit il. Ce fut Marie ma sœur aînée qui vint avec moi.

La Gautronnière n’était qu’à quelques kilomètres de chez nous et nous avions de bonnes jambes.

Quand nous arrivâmes , la grand mère Marie Anne somnolait sur son fauteuil, il eut quelques problèmes pour nous reconnaître et nous dûmes lui rafraîchir un peu la mémoire. Elle nous avait toujours un peu confondu ma sœur et moi. Elle prit dans ses bras ma petite et de sa bouche édentée lui fit un bécot. Nous n’avions jamais vu ma grand mère embrasser quelqu’un et cela me fit particulièrement plaisir. C’était tout de même assez rare d’avoir quatre générations réunies. La mémé avait quand même quatre vingt huit ans. Elle avait connu Louis XVIII, Charles IX, la deuxième république, le second empire puis la troisième république.

Elle sembla heureuse de voir une autre de ses arrières petites filles.

J’étais vraiment heureuse et j’avais bien fait car un mois après nous nous retrouvions tous à son chevet pour son grand départ. Elle s’endormit un soir et ne se réveilla point, reposée, apaisée, morte dans son sommeil. Avec Jean Marie nous n’avions plus de grands parents, la fin d’une époque.

A la Cossonnière la vie se déroulait de façon immuable, rien ne semblait bouger , nous reproduisions les mêmes gestes que nos aïeux. Ils y avaient bien quelques frictions entre ma belle mère et moi, notamment sur notre approche envers les enfants. Je donnais un peu le sein mais surtout j’utilisais les biberons Robert . Victoire me disait tu vas la tuer ta petite. Mais ce qui l’ énervait le plus était la toilette que nous faisions à nos bébés. Autrefois on nous laissait dans notre merde et notre pisse.

Jean Marie s’opposait à son père au sujet des nouvelles méthodes d’agriculture, nous ne faisions plus le battage au fléau mais avec une batteuse à vapeur qui se déplaçait de ferme en ferme. C’était chacun son tour et tout le monde se donnait la main. Mon beau père considérait à tour que le grain était moins bien trié. Foutaise d’arrière garde, même si le travail était dur, on ne se cassait plus le dos avec ce foutus battage. Jean Marie nous disait quand Amérique il existait des engins à vapeur qui labouraient et qui moissonnaient. Le vieux disait que c’était menterie.

Après la naissance d’Ernestine le Jean Marie avait rapidement retrouvé le chemin du paradis comme il disait si bien. J’étais bien fertile et une graine germa aussitôt, ce ne fut que bonheur car je n’eus pas plus de difficulté à le porter et d’ailleurs à le faire naître, on l’appela Adrien.

1911 – 1913,  la Cossonnière, commune de La Chapelle Achard

Barthélémy Proux, époux de Clémentine Guerin

A la Cossonnière j’étais maintenant le patron, mon beau père était mort et le propriétaire me concéda le bail sans problème.

Je lui devais beaucoup au vieux bougon, mais il faut bien le dire il m’emmerdait pas mal avec ses idées d’un autre siècle. Sans mon mariage avec sa fille je serais peut être resté valet de ferme.

J’aurais pu être facilement tranquille sans mon fils Jean Marie qui depuis qu’il était marié à la Ernestine s’était vu pousser des ailes et se croyait patron lui aussi. Décidément l’histoire ce répétait, comme si ce bougre d’andouille était le seul à voir les perspectives d’avenir. Je n’étais pas sénile et malgré que je n’eusse pas été à l’école je savais quand même diriger mon affaire.

Il faudra bien que cela éclate un jour.

D’autant que maintenant mon deuxième fils Alexandre venait aussi de se marier et comme de juste de s’installer avec sa femme à la Cossonnière . Le aussi avait toujours quelques choses à redire. La situation était donc tendue et nous nous engueulions souvent.

A la maison ce n’était qu’un harem, Ernestine ma belle fille vingt un ans, Rosela mon autre belle fille dix neuf ans et bien sur mes deux filles, Lucienne vingt un et Henriette, vingt ans. Plus ma femme qui en avait cinquante et un.

Nous nous serions cru dans une basse cour, toujours à parler chiffon, enfants, menstrues, épousailles. Les deux belles sœurs parlaient même de leur intimité et mes deux filles célibataires n’en perdaient pas une miette.Moi je fuyais et j’allais fumer ma pipe dans la cour, avec tant de femme au foyer comme voulez vous être maître.

Ah et puis j’oubliais, l’arrivée de mes deux petits fils, Adrien en juin et Léon en novembre, la relève était assurée.

1911 – 1913, la Cossonnière, commune de La Chapelle Achard

Victoire Cloutour épouse de Barthélémy Proux.

Moi la présence de la jeunesse me donnait des ailes, mes filles qui étaient à marier, et mes belles filles qui me faisaient des petits drôles me faisaient l’effet d’une cure de jouvence. La maison était remplie de rires, de disputes, de chamailleries et d’espiègleries. Cela avait même donné un coup de fouet à nos relations conjugales au Barthélémy et à moi. Tous ces chuchotements, ces soupirs, ces simagrées de jeunes nous rappelaient que nous l’avions été aussi.

Ne croyez pas que tout fut rose, trois couples et des enfants presque adultes avec dans les pattes des nourrissons cela faisaient quelques fois des étincelles. Notre situation matérielle n’était pas non plus exempte de problème, nous étions nombreux à manger au même pot. Alexandre se louait parfois dans les autres ferme avec Rosela mais le travail commençait un peu à manquer ce qui contraignait certain d’entre nous à partir à la ville où dans une autre région.

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