LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 99, le mariage d’Ernestine et de Jean Marie

Mars  1910, la Cossonnière, commune de la Chapelle  Achard

Jean Marie Proust

Nous eûmes droit à une préparation religieuse intense, le curé ne nous lâchait pas , nous avons même du nous confesser . Ernestine avait l’habitude de ce genre d’exercice mais moi depuis mon enfance je n’était guère entré dans un confessionnal. Quoi lui raconter, que j’avais un peu goûté de la Ernestine avant la bénédiction, je me tins coit sur le sujet car je ne considérais pas cela comme un péché. Après tout juste une petite avance sur consommation.Je lui tins donc un discours cousu de banalité et je pense qu’il ne fut point dupe.

Les discutions sans fin continuèrent pour choisir les témoins, moi j’aurais bien pris mon frère Alexandre mais il était au service et on ne savait si il pourrait avoir une permission. Mon père qui se tenait en dehors de ces luttes intestines me demanda si on ne pouvait pas prendre son frère Auguste Ferré . Après le décès de sa femme cela lui remontrait un peu le moral. J’étais d’accord et pour faire la balance je pris mon oncle Pierre Cloutour comme second témoin. Ma femme choisit son frère Gustave moi cela m’allait car je l’aimais bien, par contre le choix du cousin Favreau que je n’aimais pas m’énerva un peu. Ernestine n’entendait pas abandonner ce choix et je m’inclinais de mauvaise grâce.

Bon nous étions presque prêts, et aussi presque sans le sou, car on avait beau faire, les frais tendaient vers le haut et il me restait encore à m’acheter un costume et des souliers. La préparation du repas incombait à ma mère et à ma belle mère, nous leur faisions confiance.

J’eus quelques problèmes pour trouver deux musiciens afin d’animer la noce, en cette période ils étaient très sollicités. Pour le vin il était hors de question de nous contenter de la piquette de la Cossonnière, il nous fallut en acheter du bon. Ce qui avec le Gustave mon futur beau frère nous valut une superbe casquette, car nous en avions goûté beaucoup, eh oui le sujet était sensible il ne fallait pas se tromper. Ma mère n’apprécia guère de me voir rentrer comme cela alors que nous étions en deuil de la grand mère, mais bon nous avions été surpris voilà tout.

Encore quelques jours et je pourrais posséder mon Ernestine tous les jours, il fut convenu qu’elle s’installerait avec moi à la Cossonnière. Nous aurions notre intimité dans une chambre inoccupée depuis le départ de mes oncles, c’est tout ce qui nous importait pour l’instant. Bon si je ne m’en étais pas vanté au curé moi la Ernestine j’y avait déjà croqué.

Enfin nous arrivâmes à la date voulue, les morts de ma tante et de ma grand mère nous avaient à peine ralenti, quand on est jeune on fait fi des problèmes et on va de l’avant.

Le mercredi vingt cinq mai mille neuf cent dix la Cossonnière resplendissait de feuillage et de fleurs, la veille nous avions planté du houx pour nous porter bonheur. Nous étions nombreux car presque tout le monde avait répondu présent. Ernestine était très belle dans sa robe, elle l’avait confectionnée elle même avec l’aide de la couturière du village. La couleur bleue rehaussée de broderie aux épaules et à la taille rendait un effet de munificence. Une coiffe blanche et des gants blancs complétaient son habillement. La mode du mariage tout en blanc commençait peu à peu à chasser les tenues traditionnelles, moi je préférais un peu couleur.

 A la main elle tenait un bouquet de fleurs et elle avait également rajouté un diadème fleuri par dessus sa coiffe. Elle était à croquer.

Moi j’avais mon beau costume, une chemise blanche toute neuve et des souliers que j’avais acheté pour la circonstance. Bon moi j’étais plutôt sabots, alors j’avais des ampoules aux pieds. Le cortège s’ébranla tout le monde était joyeux et les hommes particulièrement car le tonneau de Mareuil avait déjà été goûté.

C’est Ferdinand Tenailleau qui nous maria échangent des consentement, puis signatures, enfin pour ceux qui savaient le faire, Ernestine et ses parents pas plus que les miens ne maîtrisaient la plume.

Mon oncle Auguste non plus, seul le cousin et mon autre oncle Cloutour purent signer en bas de la page.

Ma femme se lamentait d’avoir été très peu sur les bancs de l’école, la loi aurait dû contraindre ses parents, mais la résistance fut vive en nos campagnes quand à l’enseignement.

On fila directement à l’église et c’est le père Adrien Bertet qui officia.. Devant la loi des hommes et devant la loi du seigneur , nous étions unis pour la vie.

Il était à peine midi, nous étions tous autour de la table que nous avions dressé sur l’aire de battage.

Ce fut pantagruélique, pâtés, terrines, volailles, cochonnailles, le tout entrecoupé de chant et de danse. En soirée nous les hommes on joua au palet en vidant force chopine, d’autres invités nous avaient rejoints. On repassa à table, nous n’avions pas très faim mais on poussa le tout avec notre vin vendéen. Mon oncle Auguste ne tenait plus debout et mon père et son compère entonnèrent un chant grivois  » la digue du cul en revenant de Nantes  ».  Ma mère se bouchait les oreilles mais reprenait les refrains. Pour ma part, heureusement que je faisais le service car j’aurais roulé sous la table. J’étais bien un peu éméché mais il ne fallait quand même pas que j’arrive fin saoul pour ma nuit de noces.

Une débandade éthylique aurait ruiné mon ego.

Vers minuit pour le dessert la brioche arriva, des cousins la portait sur une sorte de châssis, elle faisait plus de vingt kilos. La tradition voulait que sur un air traditionnel je la fasse tourner en la tenant à bout de bras. Sous les applaudissements j’ai effectué mes quelques pas de polka en virevoltant.

Ensuite on découpa le centre de la brioche et la mariée se mit au milieu, les porteurs au nombre de quatre la firent tourner à son tour. Après la mariée, les autres jeunes femmes passèrent au centre et tournèrent à leur tour.

On se délecta du gâteau, puis ce fut la jarretière. Sous l’impulsion d’un cousin Ferré , les hommes devaient faire monter la robe d’Ernestine et les femmes la faire redescendre à ce jeu d’enchères la jarretière finit par apparaitre, c’est le frère de d’Ernestine qui la rafla.

Mais maintenant la fête devait se poursuivre sans nous car nous devions nous éclipser pour consommer notre union.

Une chambre nous avait été préparée et c’est amoureusement que nous passâmes note première nuit ensemble. Je ne connaissais pas encore tout du corps d’Ernestine alors je partis en exploration et y découvris des merveilles insoupçonnées.

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