LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 94, du métayage au louage.

1904, Puy Gaudin, commune du Girouard

Mathilde Ernestine Guerin, fille de Charles et de Clémence Ferré

Pour mes parents les difficultés s’amoncelaient, récoltes mauvaises à cause des intempéries, obligation d’investir et surtout de partager en métayage avec le propriétaire. Ce système tendait à disparaître pour le fermage beaucoup plus avantageux mais nous le propriétaire ne voulait pas en entendre parler. Alors mon père décida de ne pas renouveler le bail et de se remettre journalier. Cela sous entendait que moi j’allais aussi partir dans une ferme comme servante. Cela ne m’amusait guère car je revoyais ma sœur qui je me demande bien pourquoi avait été placée à douze ans. J’en avais onze quand un matin avec son baluchon mon père la conduisit au Migné chez Jaulin. Elle pleurait que c’en était pitié à voir, nous nous étions jamais quittées alors pensez que j’étais bien triste. Je la revoyais le dimanche et ce qu’elle me racontait ne m’encourageait pas au départ. Elle travaillait toute la journée, nettoyage, lessive, étable, jardinage , cochon et toujours un fils de la maison qui lui tournait autour. Elle avait peur et un jour se confia à ma mère qui lui mit une paire de gifles pour tous les mensonges qu’elle racontait.

Ce fut donc mon tour, cette fois c’est moi qui chialais et mes petites sœurs Angèle et Élisabeth qui me regardaient partir, triste et dépitée. On me gagea chez Puaud à la Minzerie, certes je n’étais pas loin de chez moi et j’aurais presque pu apercevoir mes sœurs jouer dans le jardin. Mes parents pouvaient ainsi surveiller que tout ce passait bien avec moi car en fait ils avaient été échaudés avec Marie.

Au Migné ma sœur n’ était pas trop malheureuse et il fallut attendre qu’un jour un journalier de passage tente  de la forcer pour qu’enfin on la change de ferme, maintenant elle était à la Garlière et s’en réjouissait fort.

A la Minzerie le taux d’occupation de la maison dépassait l’entendement il y avait l’ancien monsieur Henri et ses deux fis tous les deux en couple et ayant des enfants, il y avait des lits partout. Alors moi forcément je n’eus pas le droit à la maison mais à une petite pièce qui se trouvait dans une remise pas très loin de la maison principale. Un lit, une commode, avec un broc et une cuvette, on m’attribua aussi un vase de nuit . Finalement à quatorze ans avoir sa chambrette n’était pas une mauvaise chose, d’autant qu’il faut que je vous dise, presque à coté se trouvait la paillasse du valet Louis Boué et il avait vingt deux ans. Un regard, un sourire et j’en tombais éperdument amoureuse. Lui je pense jouait à me faire un peu mal car il avait remarqué mon manège. J’étais bien jeune pour les jeux de l’amour mais bon j’étais déjà une femme. Un jour que j’avais quelques heures de liberté je m’aperçus que Louis se préparait à sa grande toilette, j’ai un peu honte mais je me suis cachée et je l’ai observé, un torse puissant, des bras musclés et un ventre dur comme du marbre, je me pâmais déjà quand il m’offrit un spectacle inédit pour moi, j’avais déjà vu le petit de Clément mon frère mais il n’était qu’un enfant. Ses jambes étaient longues et ses fesses rebondies, il se savonna et donna de la vigueur à son sexe j’étais hypnotisée, paralysée. Puis il termina, se rhabilla et sortit beau comme un sous neuf. Moi je pus enfin sortir de ma torpeur, le soir sur ma paillasse seule la méconnaissance de mon corps de femme m’empêcha de commettre un péché. Je fus effrayée de mon aventure et je m’en confessais au curé. Quelques paters et quelques je vous salue Marie et je fus lavée de mon terrible secret.

Bien des années plus tard alors que j’avais vu le corps nu de mon mari de multiples fois je ne me sortais de l’esprit ce divin spectacle. La vie d’une petite bonniche loin des parents peut parfois se révéler enrichissante.

J’avais aussi ramené de la maison un inestimable trésor, mon assignat reliquat du fameux coffre de mes parents. Chaque jour je le sortais,  le dépliais et  l’admirais, il représentait pour moi l’espoir, d’une vie meilleure,un doux rêve de petite paysanne.

Mème époque, mème lieu

Charles Guerin époux de Clémentine Ferré

Jusqu’au bout j’ai cru que je pourrais tenir, mais nom de dieu j’aurais bien pu en crever sur cette maudite terre, alors raisonnablement j’ai quitté ma médiocre borderie de Puy Gaudin et je me suis loué comme tant d’autres. Le travail ne manquait certes pas mais de nombreux Vendéens étaient déjà partis pour voir si l’herbe était plus verte ailleurs.

Les départements voisins Charente et Charente inférieure étaient demandant car ils manquaient de bras et de main d’œuvre compétente pour passer à la polyculture après le désastre du phylloxera.  Je ne sais d’ailleurs pourquoi je ne suis pas parti, manque d’audace, amour de ma terre natale ou opposition catégorique de Clémentine.

Quoi qu’il en soit on déménagea à la Gendronnière, plus regroupement de maisons que village, nous fumes contraints de nous séparer d’Ernestine, ce n’était de gaité de cœur surtout après les mésaventures arrivées à sa sœur ainée. Elle  n’était pas très loin de chez nous et parfois même je travaillais dans la ferme où elle se trouvait. Elle n’avait pas  présentés son certificat d’étude mais savait quand même déchiffrer et calculer, elle n’était point sotte et ferait une bonne paysanne.

Mon frère Pierre était maintenant métayer au vieux Chaon, j’étais content pour lui il tenait son exploitation avec son fils ainé Henri et son gendre Auguste Lebois le mari de sa fille Mathilde qu’on avait mariée récemment. Mon frère André vivait au bourg avec ses trois fils et sa fille, c’est lui qui s’occupait de maman nous lui en étions reconnaissants . Mais cela ne lui suffisait pas il aurait voulu refaire sa vie et disait que la vieille servait d’épouvantail  et qu’ainsi il resterait veuf.

Moi j’aimais ma mère mais bon nous étions bien avec Clémentine, et je crois sincèrement que maman aurait pu encore rendre quelques menus services dans une métairie. Le Pierre il voulait pas en entendre parler et sa femme Marie encore moins. Pour l’instant c’était comme cela de toutes façons elle n’était pas éternelle.

Une réflexion au sujet de « LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 94, du métayage au louage. »

  1. Intéressant, comme toutes les mémoires des gens qui ont eu l’intelligence d’écrire avec goût. Très enrichissant sur toute l’histoire de notre pays ou d’autres. Certains racontent encore et il faut absolument les enregistrer ou écrire ce qu’ils vous disent. Merci pour ce beau souvenir et de l’avoir conservé.

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