LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 82, la mort du vieux Charles

 

1892, la Gourdière, commune de Sainte flaive des Loups

Charles Guerin époux de Clémentine Ferré.

 

Après Gustave mon Garçon, ma femme me fit une fille, on lui donna trois prénoms Marie, Clémentine, Henriette. Pour tous elle serait Marie, certes ce n’était pas vraiment original, des Marie en Vendée il y en avait des tas, mais bon Clémentine y tenait.

Je crois que ma femme était faite pour avoir des enfants, l’accouchement se passa à merveille et la petite vigoureuse laissait présager une forte constitution.

Nous n’avions pas de protection pour ne pas avoir d’enfant, je savais que cela existait car à l’armée on en parlait, mais de là à en avoir et de persuader quelqu’un pour les utiliser il se passerait encore un moment.

Donc généralement il ne se passait guère deux ans avant que nos jeunes femmes ne redeviennent grosses. On disait qu’elles tombaient enceintes dès qu’elles arrêtaient de donner le sein.

Tout cela pour dire que Mathilde Ernestine naquit en 1890, là aussi sans aucun problème, toujours avec ma mère aux commandes avec mes belles sœurs dans les parages.

Au niveau progéniture j’étais comblé, un garçon et deux pissouzes.

En début d’année 1892, nous sommes allés au Chaon pour faire un cochon, j’ai mis Gustave cinq ans et Marie trois ans dans la charrette en leur recommandant de ne pas bouger, la petite de deux ans dans les bras de sa mère, moi je marchais à coté en conduisant mon cheval.

Nous nous faisions une joie, de nous retrouver pour ce moment festif mais néanmoins difficile, tous plus ou moins nous élevions des cochons pour notre usage personnel, comme une famille ne pouvait suffire à manger une bête entière et que les moyens de conservation n’étaient pas toujours très efficaces, nous faisions un roulement avec plusieurs familles en se partageant la viande.

En arrivant au Chaon, le boucher était déjà là, c’était en fait un paysan comme nous mais qui s’était un peu spécialisé, de toute manière personne n’aimait tuer les bêtes qu’on avait élevées.

Mon père et André la veille avaient nettoyé le  » té  » et avaient copieusement paillé la litière de la future victime pour qu’il soit bien sec le lendemain.

Dehors un pieu avait été planté, il servirait à attacher l’animal.

Le vieux était sensible aux destinés animales, alors il s’écarta pour nous laisser opérer. Auguste le boucher entra sous le toit et attacha une corde à la patte arrière de  » Boulanger  » eh oui mon père l’avait nommé ainsi en l’honneur du couillon de général qui aurait pu rétablir la monarchie.

La bête devant cette tête nouvelle fit un peu de manière mais enfin il fut pris et tiré dehors. Non de dieu il devait le sentir et il fut long à se calmer, on en profita pour boire un coup. Tient le père pour ça il était revenu.

Le  » Boulanger  » qui espérait peut être un instant de survie  ne vit pas arriver le coup sur la tête. Auguste pour assommer le cochon avait une sorte de masse en bois, une boule ronde au bout d’un manche. Il n’était qu’assommé, il fallait se grouiller, on l’allongea et Pierre se mit avec une bassine au niveau de son cou, d’un grand geste avec son couteau le cochon fut saigné. André et moi on tenait les pattes car forcement dans ses derniers soubresauts, il aurait pu renverser le précieux liquide que s’efforçaient de récupérer les femmes de la maison avec différents contenants.

Ceci fait les femmes brassaient le sang pour ne pas qu’il caille, nous on buvait un coup et on recouvrait le cochon de paille pour le griller.

C’était technique et d’habitude le père ne voulait pas qu’on le fasse, Mais curieusement nous ne savions où il s’était caché pour ne pas voir passer son cochon.

Une fois griller sur toutes les faces on le plaçait sur une civière en bois et on le raclait on l’arrosait pour le nettoyer. Un rude travail tout de même.

La blague favorite d’Auguste était d’emprunter le couteau d’un des enfants présents, ce fut Clément un fils à Pierre qui se fit avoir, nous nous savions ce qui allait se passer, car la blague était récurrente et faisait partie du folklore des cochonnailles. En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire le canif disparut dans le cul du cochon. Le Clément se mit à bêler et partit se plaindre à sa mère.

Il va s’en dire que sa réaction fut l’occasion d’une belle rigolade.

Mais où donc était le père ?

Le cochon pendu le boucher le fendit en deux sans toucher aux intestins, bien que le cochon n’est pas mangé depuis vingt quatre heures l’odeur était épouvantable et de la vapeur s’échappait des entrailles du malheureux.

Puis d’un geste sur, les foies, c’est à dire les poumons et le foie se retrouvaient dans une bassine, quelle horreur. Le pire était sûrement quand on versait les boyaux fumant dans une grande baille.

Le travail des femmes commençait par le démêlage des boyaux, les petits pour les boudins et les gros pour manger avec de la vinaigrette ou pour faire  l’andouillette. C’était dégueulasse il faut en convenir.

Le boucher avait coupé la tête en deux et la cervelle, le groin, la langue et les oreilles reposaient dans un bac d’eau fraîche. Il fallait maintenant laisser reposer la bestiole pour que la viande soit meilleure, il était donc temps d’aller casser une croûte avec des grattons et aussi de s’étancher le gosier.

Pendant ce temps les quatre femme s’en allaient à la rivière nettoyer les boyaux, les mains dans l’eau glacée à enlever la merde et le gras pour sur, je préférais le coup de pouce.

On envoya les enfants à la recherche du père, cela devenait inquiétant, alors que nous en étions déjà à quelques verres, nous entendîmes un hurlement qui venait de la grange, on s’y précipita Henri et petit Pierre avait trouvé papa, il gisait au sol et râlait, il s’était pissé dessus et de la bave sortait de sa bouche. On le porta sur son lit et on prévint les femmes qui rappliquèrent aussitôt. On décida qu’il fallait le médecin et je parti au bourg. Un vrai périple, il n’était pas chez lui et je courus après sur sa tournée, il abandonna sa course et vint immédiatement au Chaon. Il examina le père qui était déjà moribond. Mes pauvres gens il y a rien à faire il a fait une attaque et il n’en a plus pour longtemps.

Ce fut un beau merdier, le père qui passait,  le cochon qu’était pendu, les boyaux à moitié nettoyés et les abats qui trempaient.

 

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