LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 80, le mariage de Charles et Clémentine.

 

1886 – 1887, la Prémaudière, comme de Grosbreuil

François Ferré, veuf de Rose Caillaud , époux de Étiennette Blanche.

Un matin je l’ai vu arriver sur la pièce que j’étais en train de labourer, la terre était mauvaise, les bœufs peinaient , je le connaissais et je savais pourquoi ce gars de Sainte Flaive venait me conter fleurette.

Il voulait ma fille la Clémentine et avait besoin de mon accord. Bon je crois que c’était théorique et coutumier, une fille pouvait se marier à partir de vingt un ans sans que son père puisse s’y opposer . Je n’avais en fait aucun motif pour refuser ma fille à un métayer, il avait un petit pécule et la Clémentine était plus avec moi depuis quelques années déjà.

Mais bon cette fille ne m’aimait guère et je fis le buté pour l’emmerder un peu. Juste histoire de rire et qu’on vienne un peu me supplier.

Ce fut le père Guerin qui vint me trouver, je le connaissais bien sur, un brave travailleur et bon patron avec les journaliers. En plus je l’avais croisé plusieurs fois du coté de ce fameux moulin du Beignon où pourrissait le trésor de nos ancêtres.

On parla bien sur du mariage et je finis par donner ma bénédiction, j’avais assez fait râler la Clémentine. On parla aussi du trésor et on se convainquit mutuellement de reprendre ces foutues recherches. Top là le père Ferré, top là le père Guerin, tout le monde se retrouva à la Corberie pour discuter des modalité et des dates, Clémence n’en menait pas large ce soir là à la table des Guerin.

Putain sa prune elle était bonne au Charles, à chaque acceptation un verre, j’ai failli repartir dans une brouette et pourtant je croyais que je tenais la barrique.

Le mariage fut prévu pour le dix huit janvier 1887, sur la commune du Girouard où ma diablesse était servante.

18 Janvier 1887, commune du Girouard

Clémentine Ferré

Mardi dix huit janvier, il gelait à pierre fendre, les oiseaux eux même ne volaient plus et certains tombaient comme des pierres. Les rivières étaient prises et le vin se solidifiait dans les barriques. Les festivités se feraient à la Corberie , nous devions nous marier à la mairie du Girouard car administrativement c’était mon domicile. De plus la métairie pouvait accueillir les invités facilement. Tout était prêt , le cortège se mit en route, les hommes avaient rudement picolés pour se réchauffer, nous les femmes autour des fourneaux nous n’avions guère eu le temps de nous refroidir. Ma belle mère avait fait une grande touque de café, ce qui était du luxe à l’époque.

Le vent dans la goule nous fîmes le chemin, presque une heure de marche. Le froid empêchait le violoneux de jouer et le joueur de fifre eut les lèvres collées sur son instrument.

Nous étions fort nombreux, les Guerin et les Ferré cela faisait quand même une belle noce.

C’est Eugène Papon le maire qui nous maria, moi j’avais pris mes deux frères Aimé et Louis comme témoins et Charles avait pris André et Pierre ses frères .

Le curé François Rouillon bénit notre union, j’étais émue et je crois bien que mon mécréant de mari aussi. Il avait  beau dire que toutes les bondieuseries étaient inutiles, n’empêche qu’il récita toutes les paroles comme un vrai enfant de cœur. Un restant de culture religieuse qu’il n’avait point perdu chez les sauvages du sud de la France.

De toutes les façons le mariage hors église était impensable en nos campagnes et moi je ne me serais pas donnée à un homme sans une bénédiction religieuse.

La fête battit son plein mon frère joseph était venu avec sa fiancée, mes sœurs Clémence et Célina étaient là avec leur famille. Ma petite sœur Marie Rose belle comme un cœur, vingt cinq ans espérait se trouver un galant à épouser, mon frère Louis encore jeune homme ferait le boute en train de la fête. Ensuite il y avait tous les petits du deuxième lit, Etiennette m’avait fait honneur en les habillant de neuf, je lui en étais reconnaissante, elle avait peu de moyens avec mon soiffard de père.

Ensuite la tribu Guerin, les frères avec leurs femmes Lheriteau, la grande sœur Clémentine était là  aussi avec son mari Jean François Favreau. Personne ne manquait, quelle fierté pour nous.

Tout était en abondance, cochons , volailles, brioches, vins. L’alcool et la danse vinrent à bout du froid qui régnait dans la grange, les jeunes dansaient avec ferveur, les femmes causaient et les vieux picolaient en chantant. Puis vint la jarretière, je redoutais ce moment remonter ma robe pour faire apparaître ce bout de tissu me gênait un peu tant j’étais prude, c’est un cousin qui l’obtint et qui devait me l’arracher avec ses dents. Le comble de l’indécence j’en étais rouge de honte, mais bon cela nous rapporta quelques pièces.

Les invités feraient la fête toute la nuit et dormiraient dans le foin de la grange. Moi et Charles nous nous évadèrent pour le moment tant attendu.

Au Chaon j’avais une chambre, elle nous fut dévolue pour nos premières étreintes.

Il faut avouer j’étais malgré mon age une oie blanche, pudique comme une jeune vierge m’allait parfaitement, me montrer nue me bloquait complètement. Pour sur entre femme on parlait de ce moment mais visiblement cela ne laissait pas des souvenirs impérissables à toutes. Le Charles joua le vieil habitué, il se dévêtit complètement, j’en étais stupéfaite. Il joua la tendresse et les caresses, j’étais amoureuse de lui, notre mariage n’étant nullement arrangé comme autrefois, alors je me détendis et ce fut un instant délicieux qui préfigurait un long et bel amour. Charles était dans la vigueur de sa jeunesse et fut conquérant trois fois, moi j’étais un peu fatiguée et j’espérais au fond de moi que pour une première nuit cela serait suffisant.

Mon beau paysan s’endormit d’un sommeil profond sur ma poitrine. Le sommeil pour moi eut du mal à venir, j’étais inquiète de nos futurs visiteurs du matin, le Charles était complètement nu et je dus le réveiller pour qu’il remette au moins sa chemise. La noce bruyante, avinée vint nous surprendre et nous fit boire dans un pot de chambre une ignoble mixture. L’un de mes frères retourna notre lit pour apercevoir le signe de la virginité de sa grande sœur.

Le lendemain dans les miasmes de l’alcool la fête reprit et ce jusqu’au soir, ensuite tout le monde se sépara et moi je fis mon entrée dans le monde de la Corberie.

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