LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 77, une famille transgénérationnelle

 

1888 – 1892, La Cossonnière , commune de la Chapelle Achard

Victoire Cloutour, épouse de Barthélémy Proux.

Que la vie était douce pour moi, mon rêve de gosse s’accomplissait, j’étais mère et femme ou femme et mère cela dépendait. Barthélémy était attentionné avec moi, presque doux. Mon père se moquait en disant qu’une femme ne se caressait qu’avec des orties.

Il pouvait toujours dire ce qu’il voulait, mon homme je le vénérais et je l’aimais.

Le soir, la maison populeuse était baignée d’un brouhaha, les hommes parlaient fort de leur journée et nous les femmes nous nous affairions en silence à faire le repas. Notre heure de babillage viendra après pendant que nous veillerons. Les gamins agités en cette fin de journée nous tournaient autour en hurlant et en s’agitant.

Ma mère s’activait autour du potager où dans un poêlon une omelette aux pommes de terres grésillait en finissant de cuire.

Ma sœur Marie avait disposé les assiettes et les couverts sur notre vaste table de chêne, les hommes avaient déjà leurs verres remplis de la piquette de notre vigne.

Il était temps de se mettre autour de la sainte table, seul mon père avait une chaise de paille, Barthélémy, Auguste mon frère, Auguste Ferré le demi frère de mon mari, tirèrent les bancs et s’installèrent dans un ordre immuable, le patriarche et juste à coté le seul homme marié.

Auguste Ferré n’était que domestique, mais il était le frère du chef, alors cela compensait un peu son état. D’ailleurs il aurait fallu avoir de la merde dans les yeux pour ne pas voir que ma sœur Marie le couvait des yeux, lui donnait des plus grosses parts et se tortillait devant comme un ver de terre devant sa motte.

Nous les femmes après avoir servi nous pouvions nous asseoir à la table, il n’en n’avait pas toujours été ainsi, mais Barthélémy avait persuadé le père,  » puisque qu’elles travaillent autant que nous y’ a pas de raison qu’elles mangent pas avec nous. De fait les enfants s’installaient aussi autour de la table , ils n’avaient pas intérêt à moufeter, la parole n’était qu’aux adultes

Mon père avant de couper le pain traçait une croix dessus avec son couteau, ensuite nous mangions.

La parole allait certes aux adultes mais tous les membres de la famille y compris notre domestique avaient le droit de donner son avis et les discutions étaient souvent vives, d’autant que le père travaillait à l’ancienne et que les jeunes auraient bien voulu moderniser les techniques.

Ce soir là, la discussion portait sur une machine qui remplaçait la faux et le battage, le vieux disait que c’était invention du diable. Mon mari disait qu’on y viendrait et qu’en gagnant du temps on gagnerait de l’argent. Après le repas chacun s’affairait à ses activités, jamais les mains inoccupées, nous les femmes on faisaient de la couture, on écossait les mogettes, les hommes réparaient des outils, faisaient un peu de vannerie, pour nos usages personnels. Les deux Auguste s’occupaient une dernière fois des bêtes.

Marie dépliait et repliait son trousseau en soupirant d’aise. Les drôles devaient aller se coucher, non sans mal évidement. Mon fils Jean Marie avait six ans maintenant, beau garçon un peu ténébreux, il rechignait volontiers d’autant qu’il devait partager son lit avec son frère Léon quatre ans. Les taloches tombaient pour les faire taire mais bon ils étaient dans la même pièce que nous alors c’était tentant. Mon dernier Alexandre dormait dans un berceau à coté de notre lit conjugal, mais il faudrait bientôt qu’il laisse sa place car voyez vous je promenais encore.

Pierre Cloutour même endroit

Pour sur qu’ils m’emmerdaient avec leurs nouveautés, cette engeance n’était pas née qu’il était déjà un vieux paysan, du lait leurs sortait du nez qu’ils voulaient tout révolutionner.

Tant qu’il serait le chef rien ne changerait un point c’est tout.

Heureusement j’avais un dérivatif à tous ces tracas, une ou deux fois par semaine je repartais sur Sainte Flaive pour retrouver ma veuve. Je ne lui contais pas fleurette et je ne faisais pas dans la dentelle, elle avait besoin de compagnie . Elle et la Victoire avaient sensiblement le même age mais ma femme était sèche comme un ruisseau au mois d’août et ma veuve humide comme une source d’eau vive, le choix était vite fait.

Nous avions notre cérémonial, un verre de prune, puis elle se dénudait. Cela aussi me changeait car la Victoire lui faire montrer un bout de chair, révélait de l’exploit. Sans trop m’attarder je lui faisais son affaire.

Elle se rhabillait, me redonnait à boire et je m’en allais en tentant d’être le plus discret possible. De temps à autres nos rencontres se déroulaient en extérieur. C’était encore plus rapidement, un soulèvement de robe et la messe était dite.

Je pense que nous avions été assez discrets jusqu’à ce jour et que personne ne se doutait de mon infidélité.

J’oubliais, j’avais un contact pour prendre une grande métairie sur la Chapelle Achard.

Victoire Epaud même endroit.

Qu’ils sont bien couillon les hommes quand cela concerne leur attirail, le Pierre comme les autres.

Lui qui croyait que les ébats avec sa veuve étaient ignorés de tous et bien il se trompait lourdement. A peu près tout le canton était au courant. Chacun faisait comme ci, mais derrière mon dos et aussi derrière le sien cela rignochait dur. Moi j’étais toujours jalouse, mais d’un autre coté pendant qu’il faisait affaire avec la catin, il me laissait tranquille. Depuis que je n’avais plus mes menstrues je n’étais guère attirée par les galipettes, de plus il me faisait mal, alors à tout peser.

Quand il rentrait ces jours là, il n’y avait pas plus gai, tous à par Marie sa fille en souriait. Auguste lui disait  » alors père une bonne journée  », il répondait invariablement,  »pour sur mon gars  ».

L’age aidant j’endurais mon tourment et je ne me serais plus coltiner avec mes rivales comme autrefois. Il n’empêche que lorsque j’arrivais au lavoir, j’avais l’impression que mes cornes ne passaient plus sous le toit. Je pensais également que tout le monde se taisait quand j’arrivais et qu’en fait j’étais la risée des blanchisseuses.

Mais je crois que tout allait changer car nous allions déménager, le Pierre qui voyait grand pour ses enfants avait pris attache avec le propriétaire d’une grande métairie.

 

 

 

 

 

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