LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode, 78, les jupons de la veuve

 

1886 – 1892, bourg de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau, veuve Ferré

Bon j’aurais peut être dû me remarier, je n’avais que 46 ans quand le François est passé et quoi qu’un peu fanée je pouvais encore satisfaire un homme. Mais j’en avais déjà enterré deux et je passais déjà pour une veuve noire, alors je ne voulais pas prendre le risque d’en accompagner un autre au cimetière.

Je n’en n’avais peut être pas envie non plus , ou alors je manquais de prétendants intéressants .Cela ne se fit donc point. J’étais désormais pour le village la veuve Ferré. Assidue aux offices, je faisais figure de grenouille de bénitier pour la communauté. Avant de poursuivre il faut quand même que je vous avoue une aventure avec un homme du village, il était marié mais son épouse un peu plus vieille que lui ne répondait plus à ses attentes. Cela se fit naturellement, un jour que j’allais chez eux pour y prendre le linge que j’aurais à laver pour eux, il était là et elle non.

On discuta un moment et il me fit une sorte de cour, curieusement les enfantillages de ce bonhomme déjà mur me subjuguèrent et mes barrières tombèrent une à une. N’allez pas croire que je cédais au premier jour, non mon envie et mon attirance pour lui grandissaient au fur et à mesure. Un soir, je m’aperçus même qu’une femme se cachait derrière la veuve. J’en fus horrifiée et je faillis tout dire au curé. Un restant de pudeur m’empêcha d’avouer ce péché véniel.

De toutes façons, il fallait mieux attendre pour tout dire d’un coup car vous vous doutez bien que j’ai fini par lui céder. Un jour il vint toquer à l’huis de ma porte, j’ouvrais et le fis entrer.

Mon fils Pascal n’était pas là, seuls nous étions seuls, j’avais un peu honte de ma mise, je rentrais du travail. Mes cheveux étaient en désordre sous mon bonnet, ma chemise était trempée de sueur et j’exhalais une odeur faite de bouse, de paille, et de senteur corporelle qui aurait pu intimider un nez délicat. Puis dois je l’avouer, ma dernière grande toilette remontait à une semaine et la netteté de mon intimité devait laisser à désirer. Il ne fut pas rebuté et telle que j’étais il me fit l’amour. C’était mon troisième amant et je crois que cette fois ci je connus la jouissance dont parlait certaines femmes au lavoir. Il était tout de fois marié alors nous fîmes cela en cachette et comme une gamine cela me procura un plaisir supplémentaire.

Bon je n’étais pas très rassurée, voler l’homme d’une autre n’est point très chrétien et si j’étais tombée enceinte j’aurais eu bonne mine.

Je m’occupais aussi de mon dernier et je l’envoyais à l école qui maintenant était obligatoire, ce sera le seul de mes enfants qui lira et écrira. Il deviendra certainement un paysan comme les autres avec un passage obligé comme domestique. Mais bon l’évolution comme il disait !

 

J’appris qu’Auguste mon fils fréquentait la Marie Cloutour la petite sœur de ma bru, j’en était ravie, cette famille n’apportait que du bon. Ils étaient pour l’instant sur Sainte Flaive mais j’avais cru comprendre que le Pierre était en négociation pour une métairie à la Cossonnière. Tout le monde savait tout et je crois aussi qu’ils étaient en concurrence avec d’autres.

Le seul que j’avais du mal à apprécier était le père qui il faut le dire avait une sale réputation auprès des femmes, il trompait outrageusement sa femme depuis des années et cette dernière s’était déjà crochetée avec une poule à son mari. Il est vrai que depuis que j’avais enlevé mon cotillon devant un homme marié j’avais un peu adouci ma position, mais tout de même l’impression était mauvaise.

Pour faire un petit retour mon Pascal allait à l’école, c’était gratuit et laïc. Moi évidement la gratuité cela m’avait parlé tout de suite, le mot laïc je n’y comprenais rien de ce que c’était. Mon amant m’expliqua que c’était laïc quand le curé ne s’en mêlait pas. Autre chose qui me paraissait nébuleux, des parents n’envoyaient pas leurs enfants en classe car ce n’était pas l’école qui était obligatoire mais l’instruction. Je n’y comprenais rien alors je pris le parti de le rendre assidu et de me passer des quelques rétributions qu’il aurait pu glaner en travaillant.

Par contre l’instituteur ou le maître comme on disait il parlait pas un mot de vendéen, je me demandais bien ce qu’il pourrait leur apprendre dans de telles conditions. Mon fils Barthélémy en rigolant m’expliqua que ces étrangers parlaient simplement le français et qu’au service militaire les commandements ne se faisaient pas non plus en vendéen.

Mon dieu qu’allait devenir notre jeunesse.

Bon parlons un peu de mes affaires, elles étaient bien maigres, redevenue journalière à mon age j’avais vu mon petit pécule fondre comme neige au soleil. Car voyez vous malgré ma vigueur, mon statut de deux fois veuve faisait peur et on rechignait à m’embaucher. Bien sur au moment des gros travaux agricoles je trouvais facilement et comme les autres je crevais de trop de labeur. Non c’était pendant la saison creuse ou dès fois j’avais le ventre qui gargouillait un peu. Mon fils lui ne ressentait pas les outrages de la précarité, car tout était pour lui.

Mes enfants pourtant point riches m’aidaient un peu, une motte de beurre, du lait , des haricots, une plâtrée de choux ou des noix, chacun m’apportait ce qu’il pouvait. D’autre part ma fille Marie qui habitait dans la même rue que moi m’invitait souvent au pot commun. Même mon vieil amant s’y mettait parfois et un jour il m’amena dans un pot un ragoût que sa femme avait cuisiné. Je ne suis pas une femme qu’on achète avec un bout de cochon mais en le prévenant à l’avance qu’elle n’était pas une putain qu’on achetait j’acceptais goulûment le présent.Ce qui me faisait le plus peur était la maladie, à la campagne sans soutien une femme ou des vieux pouvaient tomber dans une indigence complète. Je pense que mes enfants m’auraient prise à demeure chez eux mais rien que d’y penser cela me faisait peur. Le spectre d’une invalidité quelconque planait aussi au dessus de nos têtes, adieu travail, adieu revenu.

Mais bon n’y pensons plus, la vie m’est toujours belle, le Pascal annone des Clovis et des Charlemagne et Auguste va prendre femme, après il restera toute la flopée de mes autres enfants,  à savoir  six garçons, j’espère les voir tous à l’église et tous affublés d’une tripotée de mioches.

 

 

 

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