LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 76, les déboires de Clémentine

 

1883 – 1886, la Primaudière, commune de Grosbreuil

François Ferré, veuf de Rose Caillaud

J’étais maintenant avec ma tribu sur la commune de Grosbreuil, plus exactement à la Prémaudière un petit hameau où nous avions trouvé à nous loger depuis mon remariage.

Nous étions environnés de métairies qui embauchaient de nombreux journaliers pour les gros travaux, pour les mains habiles il y avait toujours de l’offre. Moi je faisais partie des bons travailleurs mais je commençais à vieillir, c’était bien sur insidieux, quelques douleurs, de la fatigue, une capacité moindre à récupérer. Il fallait faire abstraction de tout cela, j’étais journalier et ma capacité à nourrir ma famille dépendait de ma force physique. Je n’aurai personne sur qui m’appuyer pour mes vieux jours.

Mon Etiennette avait encore le ventre gros, j’en avais un peu marre cela serait mon quatorzième, bon d’accord quelques uns étaient morts mais tout de même où que j’aille dans le canton j’avais un de mes morveux qui s’échinait sur une terre ou une autre. Actuellement j’en ai cinq à nourrir et c’est assez pour mes maigres revenus, heureusement la Étiennette elle n’est point feignante et fait plus que sa part.

J’avais à cette époque deux enfants de mariés et j’étais pour sur grand père. Je suis bien incapable de vous donner leurs prénoms, car j’ai un peu de mal de ce coté là à me souvenir, d’ailleurs je crois que je me mélange aussi un peu avec ceux de mes propres enfants.

Mais j’ai des circonstances atténuantes, cela fait longtemps qu’ils sont partis.

Coté mariage il y en à deux qui se profilent celui de ma mégère de fille Clémentine et celui de mon fils Joseph.

Je ne pourrais guère les aider financièrement, de ce coté là avec ma femme nous étions assez démunis. J’étais même en train de chercher à placer Léontine, en cachette de Étiennette qui voulait pas en entendre parler. Cela avait un rapport avec sa propre existence, enfant abandonnée elle considérait qu’elle se devait de garder les siens le plus longtemps possible.

C’était source de querelles sans fin, je lui cédais enfin et je m’en allais boire un coup, en revenant éméché je remettais cela. Quand la situation était tendue à ce point, elle faisait hôtel du cul tourné.

Heureusement il y avait quand même du bon, malgré notre pauvreté, mon linge était blanc, mes pantalons rapiécés, la culture par ma femme d’un jardin et les soins à un poulailler bien garni nous apportaient un petit surplus. J’avais mon tabac et de quoi me rincer le gosier.

1883 -1886 la thibaudière, commune de Nieul le Dolent

Clémentine Ferré, fille de François et de feue Rose Caillaud

Maintenant j’étais à la Thibaudière chez les Pavageau, j’étais bien là bas, le travail était dur, mais il l’était partout.

Je m’étais ainsi rapprochée de ma sœur Clémence, sa présence me rassurait après ce qui m’était arrivée.

Au Girouard j’étais à l’épinay chez monsieur Muzard , je n’y avais aucun problème non plus, mais un jour que je rentrais à l’exploitation dans un chemin creux un journalier qui travaillait pour la saison m’a barrée le chemin.

Je le connaissais car il picolait avec mon père, il était dans son état normal c’est à dire complètement ivre. Pour paiement de mon passage il exigea un baiser, il n’en était pas question et je le repoussais, il devint plus entreprenant et tenta de me prendre par la taille, je lui mis un coup de panier.

Cela le rendit fou furieux il se jeta sur moi et me coinça au sol , il était costaud et je ne pouvais bouger, aucun son ne parvenait à sortir de ma bouche. Il entreprit de me soulever ma robe, j’avais beau me débattre, il fut rapidement en mesure de me prendre de force. Alors que d’une main il rendait libre l’instrument de son futur crime je m’avisais d’une pierre qui se trouvait à portée de ma main. Il tenta de me pénétrer, je pris le caillou et lui mettais sur le crane. Il hurla et lâcha prise.

J’en profitais pour baisser ma robe et fuir.

A la ferme je n’osais rien dire mais le dimanche suivant je me confiais à Clémence qui en parla à son mari Jean.

On ne voulut pas faire de scandale et de toutes façons il n’était pas évident que les autorités me croient. Je changeais donc d’employeur pour ne plus rencontrer ce salopard.

Malheureusement aussi boit sans soif que mon père et copain comme cochon je le croisais un jour chez lui.

Je prévins ma belle mère qu’elle se méfie de ce compagnon de beuverie. Elle n’en tint pas compte et plus tard m’avouera que ce triste personnage l’avait serrée  d’un peu près.

Aussi bien Étiennette que moi étions en age de nous défendre, quoi que relativement, je craignais plutôt pour mes petites sœurs. Joséphine et Léontine étaient de belles petites fortes appétissantes et j’avais peur que l’instinct paternel pas très développé de mon père et encore amenuisé par la consommation répétée d’alcool ne soit pas d’un réel secours face à un prédateur.

J’en parlais donc à mes grands frères, Joseph et Louis. Ces derniers décidèrent d’agir avec Louis  Jaulin et Jean Paquereau mes beaux frères. Je ne sais exactement ce qu’ils firent mais le sale bonhomme disparut à tout jamais de la région. J’eus peur qu’ils n’aient zigouillé le triste sire, mais il s’avéra qu’ils lui mirent simplement une raclée et qu’il changea de région.

Au fait je pus quitter Nieul le dolent pour m’en retourner sur le Girouard et plus précisément au Chaon, j’étais mieux payée et mieux logée.

J’avais de plus fait la rencontre d’un métayer de Sainte Flaive  qui revenait du service militaire. Il avait du bagout et racontait plein d’histoires merveilleuses sur la vile où il était en garnison. A l’écouter j’en fus subjuguée, je ne sais si il m’a remarquée car son auditoire était vaste et je n’étais pas la mieux tournée ni la plus jolie. En plus j’étais domestique et fille du célèbre François Ferré, un sacré handicap.

Mais pour une fois j’eus un peu de chance et je rencontrais mon Charles dans une autre circonstance où par un un hasard fortuit je me trouvais sans concurrence féminine.

 

 

 

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