LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode , 75, le mauvais numéro

 

1882 – 1886 , La Corberie, commune de Sainte Flaive des Loups

Charles Auguste Guerin, fils de Charles et de Marie Anne Tessier

Quand je me suis rendu avec les autres de ma classe pour le tirage au sort, j’étais rudement partagé, inquiet de devoir partir et quitter le cocon protecteur de la Corberie et d’autres parts je me faisais une joie de m’en éloigner.

A la maison la situation devenait pesante, mes deux frères avec leur furie de femme, des drôles gueulards, mon père qui physiquement diminuait mais voulait toujours garder les commandes et ma mère qui servait de médiatrice avec ses seules moyens. Sans oublier ma sœur qui à mon avis aurait été  bien mieux si elle avait été placée comme servante.

Enfin trop de main d’œuvre pour une si petite terre, m’obligeait moi à aller gagner ma croûte sous d’autres cieux.

Le seul avantage que j’en tirais et non des moindres était le spectacle permanent que jouait ma belle sœur Louise. Elle n’avait pas beaucoup de limite à l’impudicité et nous faisait grâce de ses charmes nombreux. Non pas qu’elle se promenait nue, non cela aurait trop beau, mais une naissance de poitrine, un joli mollet , ravissaient largement nos yeux masculins et particulièrement ceux d’hommes sans femme qu’étaient les miens.

En fait rien de bien méchant, mais cela énervait notre masculinité et horrifiait ma mère.

J’avais aussi ma petite sœur qui avait ses premiers soucis de femme et qui ce serait bien vu en devenir une complètement. Ma mère la surveillait comme on surveille le lait sur le feu et il n’ était encore arrivé ou un galant approcherait sans se faire arracher les yeux.

La conscription c’était quelque chose de nouveaux, nos pères pour la plus grande part y avaient échappé.

Donc comme tous les ans maintenant au chef lieu c’était le branle bas dans la salle communale, tirage au sort, là rien ne changeait, simplement la durée en fonction du numéro.

Bon je fus poissard et je devrais quitter ma commune pour un petit moment , le lendemain en rang d’oignon pour le conseil de révision. Rien , aucune tare, la bonne taille, le bon poids, j’étais apte au service.

En sortant nous allâmes brailler notre jeunesse dans tout le village et on se soûla copieusement, moi qui n’avait pratiquement jamais bu, j’étais dans un sale état.

On reprit le cours de notre vie et j’eus même le sentiment qu’on m’avait oublié, mais un jour monsieur le maire arriva à la Corberie et après deux mots avec le père me donna mon ordre d’affectation. Comme personne ne savait lire chez nous il nous annonça la bonne nouvelle. Direction le 63ème régiment d’infanterie stationné à Marseille, moi qui pensait aller à la Roche sur Yon ou au pire à La Rochelle j’en fus un peu assommé. Je n’avais pas la moindre idée ou se trouvait cette ville, car je ne m’étais pas aventuré dans un rayon de plus de quinze kilomètres.

Un vent de panique s’empara de moi, comment aller la bas, quelle route prendre, combien de temps cela me prendra t’ il, j’aurais sauté dans le vide ou dans l’eau que cela m’aurait fait autant d’effet.

Le maire finit par me rassurer, une colonne de conscrits se formerait à la Roche sur Yon et nous irions dans nos casernes en étant encadrés.

Le jour dit, adieux, embrassades, j’avais dans mon baluchon une réserve alimentaire que ma mère m’avait fournie et quelques changes. En chemin pour notre préfecture, d’autres gars me rejoignirent, cela devenait joyeux, nous les paysans on était bon marcheurs alors ce fut une simple promenade.

C’est à la caserne de la ville que je rencontrais mon premier aboyeur. Nous n’étions pas encore incorporés que déjà on se faisait engueuler. Généreusement on nous substanta d’une soupe, en temps que civils nous ne faisions pas partie de l’ordinaire. Heureusement on se partagea nos trésors.

Dès le lendemain nous repartîmes, une rude balade que de se rendre de la Vendée à la méditerranée .

Tous les transports furent utilisés, le train, les charrettes et bien sur nos jambes. Des marches si longues qu’elles finirent par lasser, nous avions fini par sympathiser avec nos accompagnateurs. Enfin c’est sûrement un grand mot, car à chaque fois qu’on arrivait dans une enceinte militaire ils redevenaient ce qu’ils étaient en fait , des connards que la galonite avait touché.

Nous finîmes par arriver le 18 novembre 1882, malgré la saison avancée il faisait une chaleur de four.

Ce voyage fut pour moi une découverte et un enchantement, tout d’abord ce fameux train que je n’avais jamais pris et que je voyais passer sur la ligne des Sables, mal logé, brinquebalé sans confort dans des caisses en bois appelées wagons, un bruit assourdissant, une fumée noire pleine d’escarbilles . L’avantage c’est que cela allait plus vite que nos frêle jambes et que nous pouvions nous repaître de paysage que nous n’avions jamais vus. Je me suis abandonné complétement et j’ai profité de cette unique expérience.

Ensuite ce fut la grande ville, Babylone de langues, de cultures, de races je fus comme un enfant, je découvrais à chaque coin de rue.

Puis je rentrais dans l’univers militaire, deux pavillons derrière une grille semblaient monter la garde devant une vaste cour bordée d’arbres et où sur un haut mat trônait l’emblème totémique de la république . Au fond un immense bâtiment d’au moins quatre étages, percé d’une infinité de fenêtres. Sur le coté des longues remises, abritant des grandes écuries, une maréchalerie et d’autres services annexes.

Avant de rentrer le sergent montra pattes blanches à deux troufions armés, droits comme des piquets dans des guérites de bois.

Je me rappellerai à jamais des instants ou l’on nous a accompagnés dans nos chambrées, grandes comme dix fois ma métairie, des dizaines de lits alignés, des vastes fenêtres et un poil à bois misérable qui ne devait sûrement fournir qu’une chiche chaleur.

Après un appel on eut droit à la soupe, à la queue leu leu, un bidasse abruti une cigarette aux lèvres nous servait négligemment en nous demandant d’où nous venions. Si vous aviez la chance d’être un pays la ration était plus grosse.

Question promiscuité, moi j’en connaissais un rayon à la ferme, mais là cela dépassait l’entendement, imaginer cinquante gaillards entassés, ronflements, pets, branlettes une véritable orgie de sons divers, j’en revenais même à regretter les bruits familiaux qui pourtant souvent me dérangeaient.

On nous affubla d’un uniforme et de godillots, cela nous fit rire sauf qu’avec notre accoutrement, nous commençâmes notre instruction militaire. Putain con comme disait le juteux, de l’ordre serré, en plein cagnard, un deux, un deux, un deux. Plusieurs tombèrent , nous crevions sous nos oripeaux de drap de laine. Visiblement nous avions un paquet d’imbéciles, en fin de soirée il fallut renoncer, aligner deux pieds l’un après l’autre, c’était un exercice haut dessus de certains.

Le lendemain pour cause on a recommencé, un deux un deux…..

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