LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 68, La violence et l’alcool

 

1876 – 1881 , le corbeau , commune du Girouard

François Ferré, époux de Étiennette Blanche , veuf en premières noces de Rose Caillaud

Cela faisait un moment que j’étais veuf de la Rose mais parfois j’y pensais encore, je me remémorais les bonnes années et aussi celles qui étaient moins bonnes. Lorsque je croisais mes enfants du premier lit j’avais une pensée pour elle. Clémence, Célina, Joseph, Marie Rose, Clémentine et Louis n’étaient plus à la maison avec moi, tous placés dans des fermes comme domestiques et servantes. Moi j’étais passé par là, on y apprenait la vie et de toutes manières je ne pouvais nourrir tant de bouches.

Lorsque je croisais Clémentine qui logeait au Chaon je croyais voir sa mère, cela me troublait au plus haut point . Cette dernière  me fuyait comme la peste, ses regards pénétrants me rendant responsable de la mort de sa mère. Moi je n’y étais pour rien si la Rose était passée, je ne pense pas que la correction que je lui ai mise fut la cause de sa mort, mais parfois j’y pense et j’ai mal. De tout façon une femme ne doit pas tromper son mari c’est un précepte fondamental. J’avais la loi pour moi et j’aurais certainement eu l’opinion publique avec moi.

En attendant ma garce de fille me considérait comme un meurtrier. Ma nouvelle femme était bien différente, point très intelligente et pas très regardante sur mes frasques éthyliques. Moi la boutanche j’aimais bien et je rentrais plus d’une fois en titubant.

La marmaille n’avait qu’à bien se tenir et pas trop brailler sinon !

La Blanche m’avait déjà fait deux drôlesses et portait un troisième enfant, son ventre était fertile mais il faudrait quand même pas qu’elle exagère. Bien qu’un peu souillon elle était bonne mère, les mioches avaient la morve au nez, souvent la merde au cul, les poules s’ébattaient librement dans notre unique pièce et envahissaient notre table pour picorer nos maigres restes.

Nous n’étions point riches et la Blanche me disait qu’avec ce que je buvais nous aurions pu avoir un peu d’aisance, de quoi je me mêle, je lui retournais une paire de gifles et elle retournait à son potager.

Nous n’étions point à la capitale où paraît il des femmes tenaient salon et faisaient tourner en rond les messieurs aux mains blanches.

Moi ce que je demandais c’est une présence féminine, si possible sans enfant, je n’avais pas de métairie et je n’en voulais pas donc pas besoin de bouches inutiles. Dès fois quand j’étais trop saoul elle me rejetait alors de bon droit je lui mettais une volée .

Moi je changeais souvent de patron, j’étais bon travailleur mais disons qu’il ne fallait pas me chauffer. Les commandements je ne les supportais pas je savais ce que j’avais à faire.

J’étais pas embêté avec la famille de Blanche elle était née à l’hospice de la Roche sur Yon, sans père ni mère, abandonnée. Si l’aventure arrivait à une de ses filles pour sur il la foutrait dehors.

Pour l’heure maintenant que j’étais au Girouard je me remémorais une vieille histoire qui avait été mainte fois racontée par mon père et qui avait pour cadre le Beignon sur la commune de Sainte flaive . Il avait autrefois chercher cette manne comme on cherche quelque chose que l’on sait ne jamais trouver.

Il y pensait à chaque fois qu’il passait à proximité, cela arrangerait bien ses maigres finances, bon dieu le nombre de coups qu’il pourrait boire et la Blanche qui arrêterait de geindre et qui pourrait enfin changer ses haillons qui lui faisaient honte.

Il y retourna donc encore et encore, c’était devenu un objectif et un lieu de promenade pour la famille lors des jours chômés. Les ailes du moulin ne tournaient plus, car les temps commençaient à changer et des moulins industriels tournant avec des machines faisaient concurrence aux meuniers locaux. Il n’y avait donc pas crainte de voir sortir quelqu’un avec un fusil, François fouillait et fouinait. Ce trésor n’était pour l’heure qu’une vieille chimère.

Un jour que j’allais au village je vis ma femme et ma fille parler ensemble, ce n’était pas dans leurs habitudes ou du moins je le croyais. Cette foutue engeance de Clémentine allait me vicier cette influençable oie qu’était ma sotte de femme.

Ce soir là j’ai rejoint mon copain Henri le sabotier pour boire un canon, nous avons commencé chez Jacques Robert à l’auberge, son vin était bon et sa femme la Flavie avait bien des appâts. Elle savait y faire pour aguicher les clients, elle tournait du derrière, se penchait avantageusement pour nous faire admirer son aimable devanture. nous nigauds on s’y laissait prendre et on consommait.

En sortant j’étais pas beau à voir mais dans un dernier élan, j’allais chez Assire le cabaretier, deux tonneaux , une planche de bois et une barrique. La patronne était moins avenante, prénommée Henriette elle était sèche comme une morue salée des Sables d’Olonne. Bon la nuit tombait il fallait bien que je rentre au Corbeau.

J’arrivais à la maison la table n’ était point mise et la soupe froide, Blanche plantée les bras croisés sur son gros ventre avec les deux petites accrochées à sa robe.

J’avais le pressentiment que la Clémentine lui avait raconté des boniments. Plutôt silencieuse et soumise elle se mit à me débiter des sornettes, m’accuser d’avoir tué ma femme, d’être violent, d’être buveur et de ne pas ramener d’argent à la maison.

J’avais plusieurs options, la battre mais elle avait son bébé et en plus elle portait trace d’un précédent horion et le curé Rouillon qui la prenait sous confession m’avait prévenu qu’il me dénoncerait à la maréchaussée si je continuais à la battre. Alors exceptionnellement j’ai pris la fuite et j’ai été dormir dans la paille de la remise. Dès demain j’irais trouver ma fille et je saurais bien lui faire enfin entendre raison.

Le lendemain après avoir avalé un quignon de pain je me dépêchais pour tenter de saisir ma fille au nid, après tout j’étais le père et elle était sous ma responsabilité. Je connaissais assez de fermes et de fermiers pour l’exiler un peu plus loin et qu’elle ne mette pas la pagaille dans mon couple.

Mais l’insolente me tint tête et son patron menaçant me fit rebrousser chemin, comme sa mère une sale femelle.

 

 

 

 

 

 

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