LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 65, le déniaisage de Barthélémy

1876 – 1881, la Primetière, commune de Sainte Flaive des loups

Barthélémy Proust fils de Marie louise Barreau

Je me rappelle, la petite m’a pris la main et à travers un couloir merdeux nous avons gagné une chambrette sordide, pièce en aveugle doucereusement éclairée par une faible bougie. A notre passage la flamme vacilla, trembla et fit apparaître nos silhouettes. J’observais ma conquête, petite, potelée, outrageusement maquillée, peau blanche, lèvres rouge cerise et pommettes rosées. Les cheveux tirés en arrière par un chignon lui donnait un air un peu chevalin, adouci par deux magnifique yeux rehaussés de traits noir. Je n’avais jamais vu une femme avec une telle apparence à La Chapelle Achard, seule l’eau du puits grimait les femmes.

Sa robe rouge décolletée faisait voir ses seins provocateurs, jamais il n’avait vu de telle splendeur, la petite bonne ne lui ayant rien montré. Une seule fois  en jouant avec sa sœur à des jeux pas très anodins il l’avait persuadé de lui montrer sa poitrine naissante, mais ici rien de comparable, de véritables fruits prêts à cueillir. Très courte et largement au dessus de ses genoux sa robe ne cachait rien de ses jambes blanches et fuselées, j’étais subjugué, elle me réveilla de ma torpeur en me demandant des sous.

Je n’étais pas très riche et elle me dit que je n’aurai pas le droit à sa spéciale, je m’en foutais car je n’étais pas là pour sa spécialité que l’ailleurs je ne connaissais pas, mais pour me déniaiser.

La paillasse couverte d’un drap grossier constellé d’auréoles bizarres n’était pas accueillante, la dessalée défit sa robe et je vis pour la première fois une femme entièrement dénudée, quel spectacle.

Elle se fit pressente, elle n’avait pas que moi à satisfaire et des meilleurs clients attendaient déjà dans la petite rue que la voie se libère.

Gauche et maladroit, elle m’aida à trouver le chemin, deux trois petits tours et je rendis les armes. Je remontais mon pantalon que j’avais en bas des jambes, elle se lava avec un peu d’eau qui stagnait dans une bassine et elle me chassa. J’avais plus un sous en poche mais j’avais enfin perdu ce que les hommes rêve tous de perdre.

Avec mes doigts de pieds qui se chevauchaient je ne fus pas gardé au service longtemps, je repassais par la Crépaudière pour quelques temps puis  je pris mon baluchon comme convenu pour me rendre chez Auguste Daniaux à la Primetière. J’étais heureux de quitter ma mère et enfin j’allais toucher des gages pour pouvoir m’installer et fonder une famille. Jusqu’à maintenant mon beau père ne m’avait jamais rétribué, c’était l’usage.

 

Donc j’étais un homme nouveau, j’avais côtoyé des êtres un peu différents de ceux que j’avais jusque là fréquenté, j’avais obéi à des sergents aboyeurs, j’avais été voir une putain et je m’étais saoulé copieusement. Maintenant il me fallait la perle rare.

Bon les filles, il y en avait à marier pour sur, mais avant d’être le mari idéal il fallait que je passe pour un futur gendre exemplaire avec une bourse pleine. Çà se gâtait car j’étais pour l’heure avec un gousset parfaitement vide et ma réputation de coureur de jupons se répandait comme flammes dans un écobuage. Eh oui j’avais oublié de vous dire que ma petite servante d’autrefois s’était trouvée de nouveau sur mon chemin. Cette fois là échauffés par des danses répétées au bourg du Girouard nous avions concrétisé notre vieille amitié. Mon expérience militaire m’avait permis de jouer à l’habitué des choses de l’amour. Je ne sais si ma partenaire en fut consciente mais moi je me considérais dès lors comme un coup hors paire.

Je travaillais dur, mais la rétribution était convenable, je devins même sérieux et c’est alors que je l’aperçue enfin.

Sur le nouveau chemin vicinal qui menait à la chapelle, je menais un attelage pour aller faire mon labour d’hiver, je chantais heureux comme un pinson quand je vis un groupe de plusieurs femmes qui babillaient gaiement , il y avait les sœurs Cloutour du Beignon et la Philomène la domestique à la cuisse légère. J’arrêtais mes bœufs à leur hauteur et je les saluais, Philomène me lança une œillade égrillarde, la petite Marie rougit et baissa la tête, mais sa grande sœur Victoire me fixa, me sourit et répondit à mon salut. Ce fut tout mais j’étais transporté, je me fis la promesse de ne point toucher à une autre femme,sauf peut être ma servante et Philomène mais point d’autres j’en étais sur.

Je connaissais déjà Victoire et avec les autres gars j’avais déjà remarqué sa courbure et son sourire à faire damner un moine. Pendant des mois je lui tournais autour, proie farouche que je ne pus approchée qu’aux feux de la saint Jean. Bal, et feu de joie, s’en fut assez pour emporter la place, un baiser et rien d’autre mais il scella notre amour. Je ne savais pas encore que je devrais attendre deux années pour effeuiller ma fleur et conquérir à jamais ma merveilleuse Victoire. Car en effet le Pierre Cloutour ne voulait bizarrement pas me donner sa fille. J’étais sans le sou certes mais lui n’était qu’un besogneux changeant de ferme et très peu constant dans son travail.

Je sus plus tard que le bougre de couillon s’était mis en tête qu’il était détenteur d’un secret et que je pouvait aussi être en possessions des quelques informations qu’il détenait.

J’étais loin de me douter que je pouvais lui nuire en quoi que ce soit et que l’histoire de ce bon dieu de trésor nuirait à l’avancement de mes visées matrimoniales.

Nous nous vîmes en cachette, puis avec la complicité de sa mère je pénétrais dans leur maison du Beignon. Nous pouvions à loisir nous mignoter, nous embrasser et un peu nous toucher mais jamais Victoire ne baissa sa garde complètement, elle était femme à arriver vierge au mariage, c’était louable mais bien dommageable. Un jour j’en eus marre et je coinçais le père de Victoire pour une ultime confrontation au sujet de ce que vous savez.

 

 

 

 

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