LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 64, le conseil de révision de Barthélémy

1873 – 1876, la crépaudière commune de La Chapelle Achard

Barthélémy aimé Proux, fils de Marie Louise Barreau

Ce fut une période plein de changement, même en notre Vendée. Le monde s’ouvrait à nous, avec le chemin de fer, moi j’avais abandonné l’idée saugrenue de devenir autre chose qu’un cultivateur. J’aimais trop la terre, son odeur, sa consistance et puis où aurais je été ?

Des changements donc dans notre gouvernement, la république qui balbutiait, hésitant à redevenir une monarchie, un Bourbon, un Orléans, un Bonaparte. Heureusement pour la démocratie les prétendants ne s’entendirent pas. Au cabaret on en discutait, on s’engueulait et quelques fois lorsque le vin nous était monté à la tête nous nous battions. Je n’étais pas le dernier à jouer des poings, bien que la plus part du temps comme les autres paysans je ne comprenais rien à la situation exacte.

Nous étions tous illettrés et ce qui n’avait pas d’importance avant commençait à être un problème maintenant. Je me promettais d’envoyer mes futurs enfants à l’école. Pour l’heure c’était souvent l’instituteur qui nous faisait lecture des nouvelles de France, nous étions autour de lui à le bader et aussi à l’admirer. Il n’était en fait guère plus riche que nous, mais il possédait le savoir.

Il nous apprit que le chef de l’état était le maréchal Mac Mahon, encore un militaire. On sut aussi que des milliers de braves gens avaient été tués lors de l’insurrection parisienne et que des milliers d’autres avaient été déportés. Nous avions en outre perdu l’Alsace et la Lorraine. Moi ces pays je ne savais pas où ils étaient alors je m’en foutais complètement.

Ici chez nous les maîtres n’avaient pas changé, guerres, envahissements, rien ne modifiait le cours des choses, les possesseurs de terre faisaient la loi. Très peu de cultivateurs parvenaient à s’affranchir de la contrainte du métayage et du fermage. Bien que ce dernier à notre plus grand bonheur prit le pas sur le premier. C’était une lente évolution mais ce n’était pas encore la terre au cultivateur.

Bon il fallut y passer, la république en réponse à la volée que nous nous étions prise, avait décidé le service militaire pour tous. Toujours un tirage au sort mais qui déterminait maintenant la durée que nous devions effectuer. Soit une durée de cinq ans soit de six mois à un an, ce n’était vraiment pas la même chose.

Avec les gars de mon age et sur convocation nous nous rendîmes à la Mothe Achard. Dans la salle communale, les édiles, des gendarmes et un officier. Chacun notre tour nous tirâmes un bout de papier où s’inscrivait un numéro. Plus ce dernier était élevé moins nous avions de chance de partir longtemps, mon copain Pierre tira le numéro un, pour lui c’en était fait, il allait disparaître pour longtemps, moi tremblant je puisais un papier, je vis qu’il y avait deux chiffres, indéchiffrables pour moi. Apparemment le fait d’avoir deux chiffres était bon signe, ce le fut j’en étais pour six mois.

Tout était vérifié, notre nom, l’ordre de passage, la proclamation des numéros, l’affaire était sérieuse pour tous.

La messe était dite mais restait le conseil de révision avec la visite médicale.

Moi je n’étais pas tranquille j’étais plutôt grand et costaud et les chances d’être ajournées semblaient plutôt minces, d’autres plus maigrichons ou bas du cul se réjouissaient. On nous réunit dans une grande salle, il y avait du monde car le conseil était public.

On nous fit mettre à poil, des gros, des grands, des petits, des maigres, des poilus et des imberbes mais tous la biroute à l’air. Certains ce cachaient le sexe avec les mains, d’autres fanfaronnaient en l’exhibant. Un, avec une grande gueule se le fit grossir en se touchant ce qui lui valut un coup de pied au cul du capitaine. Un autre pourtant corpulent se fit moquer par son petit bout. Enfin nous masquions notre gêne par différentes attitudes.

Ce fut mon tour, le médecin assis sur sa chaise, blouse blanche, monocle et moustache cirée, me soupesa du regard. Son aide un jeune freluquet aux mains blanches de fille de monsieur me fit passer sur la toise. Un mètre soixante cinq, enfin un avec une taille normale pérora t’ il, il m’examina en détail, me regarda les dents comme on les regarde quand on achète un bestiaux à la foire. Moi il m’en manquait un peu mais globalement je n’étais pas édenté comme certains. Il me fit tousser, me toucha le ventre et me tripota les couilles pour voir si mes bourses étaient bien descendues. Je fus surpris à part ma petite servante personne ne m’avait tripoté ainsi. Visiblement j’étais apte, mais soudainement le docteur s’aperçut d’une petite anomalie sur ma belle personne, j’étais presque sauvé. Figurés vous que j’avais les doigts de pieds qui se chevauchaient, le doux imbécile s’imagina que cela gênerait mon évolution dans des godillots et que je ne pourrais effectuer de longues marches. Inapte pour le service armée, j’étais bon pour le service auxiliaire.

Nous allâmes boire un coup dans une auberge et je dois dire que bourré comme je l’étais le retour fut long et fastidieux.

A la maison cela fit rire mon beau père et ma mère qu’on me déclare inapte à la marche, je faisais chaque jours plusieurs kilomètres avec mes sabots et jamais je n’avais de difficulté.

En fin d’année je fus convoqué à la Roche sur Yon, je devais y passer presque un an, c’était la première fois que je partais de chez moi et je dois le dire j’en fus affecté.

J’allais me retrouver conducteur de chevaux, vous parlez d’une nouveauté. Presque tous étaient des paysans, seuls quelques artisans d’ailleurs vite employés dans leur spécialité dénotaient dans leur uniforme.

Au vrai à part un bonnet de police nous ressemblions à n’importe quels paysans, sabots, pantalons rapiécés, sales et couverts de fumier.

Bon de la vie militaire je retiendrai le grand dortoir, immense et froid, les latrines dégueulasses et puantes moi qui était habitué à chier au grand air . La bouffe était point mauvaise et on nous donnait du tabac. Nous avions même une petite solde.

Puis nous eûmes la première permission, j’aurais pu rentrer à la Chapelle mais je préférais traîner dans ce qui nous faisait penser à une grande ville.  J’en fis le tour rapidement, la ville n’était point grande, la Roche sur Yon n’était qu’un gros bourg. J’avais un autre but comme mes congénères, voir des filles. Dans une petite rue, les belles nous attendaient, nous avions bu dans un cabaret situé sur notre chemin et nous étions fort énervés.

Beaucoup de battage, les drôlesses étaient habituées et savaient y faire, ceux qui avaient encore de quoi payer furent entraîner dans une vieille bâtisse branlante. J’avais tout prévu et une gamine d’à peine dix huit ans me tira vers un couloir obscur

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