LE TRÉSOR DES VENDÉENS, épisode 63, les premiers émois de Victoire

1873 – 1876, Le Beignon commune de Sainte Flaive des loups

Victoire Cloutour, fille de Pierre et de Victoire Epaud

Les parents ne se rendaient pas vraiment compte que tous ces déplacements ne m’ intéressaient guère. Malgré le travail incessant nous arrivions quand même à nous faire des amies et nous étions habituées à ce que quelques garçons nous fassent la cour.Se déplacer ruinait des mois d’approche et il me fallait recommencer à zéro pour se constituer un cercle de connaissances.

J’avais seize ans maintenant une vrai femme, avec tous les attributs qui allaient avec. Malheureusement la liberté que nous pouvions avoir en étant petite fille disparaissait dès que nos formes féminines apparaissaient. Ma mère me surveillait comme un chien de berger , plus moyen de caracoler seule avec mes amies au sortir de la messe, j’avais l’impression d’être étouffée. D’autant que l’atmosphère familiale n’était pas très bonne, ma mère et mon père ne s’entendaient plus guère, c’était dommage car ils étaient indéfectiblement liés par le mariage. Apparemment on pouvait quitter sa femme ou son homme par un acte qui s’appelait le divorce. Mais que je sache personne dans le canton n’avait eu recours à ce genre de chose. Pour le meilleur et pour le pire, malheureusement avec les hommes c’est le pire disait ma mère.

Bon j’avais cru comprendre que papa allait visiter une autre femme, ce qui en fait ne me parlait guère. J’étais encore bien jeune pour évaluer ce genre de situation.

Moi ce que j’avais remarqué c’est que les hommes me tournaient autour et pas seulement ceux de mon age. Des hommes en age d’être mariés avaient même été éconduits par mon père. Moi je préférais faire mes première armes avec quelqu’un de plus jeune.

En attendant de trouver un amoureux convenable je faisais comme ma mère, levée au aurore, je faisais repartir le feu et touillais la soupe. Il fallait servir mon maître paternel. Ensuite j’allais donner à manger aux bestiaux et je m’occupais de la traite. Ensuite j’avais la charge de mes frères et sœurs, Marie douze ans faisait presque la même chose que moi, le petit Pierre huit ans n’avait que la charge du poulailler. Taches ménagères, taches agricoles, comme disait ma mère tu n’as plus que la charge d’un mari et tu seras une vraie femme. Mère ne voyait sans doute que l’aspect ennuyeux des choses. Moi naïvement je considérais qu’avoir un homme à soit était la panacée, oh mon dieu si j’avais su.

Moi ce que j’aurais aimé c’est aller à l’école, les quelques livres que j’avais vu à l’église me fascinaient. Assise derrière les prie-dieu je me surprenais à humer cette odeur caractéristique de vieux papier. Un jour le curé me surprit et me demanda si j’aimerais aller à l’école. Devant mon enthousiasme, il me promit d’en parler à mon père. Ah il fut reçu le bon père, il eut sa fine mes parents l’écoutèrent poliment mais rien n’y fit, une fille se devait d’être ignorante. Le curé s’emporta et dit à mon père c’est toi Pierre qui est un ignorant, il se drapa dans sa cape noire et moi godiche illettrée je passais à coté de quelque chose de capital.

J’avais aussi pris l’habitude de me mettre sur la route qui menait de la Roche au Sable, des soldats y passaient en chantant, qu’ils étaient beaux en leur uniforme chamarré du moins les officiers. Je rêvais qu’un jour un hussard vienne accrocher son cheval au mur décrépi de la maison qu’il pénètre dans notre pièce unique et qu’il demande à mon père l’autorisation de me marier.

Vain songe je ne récoltais que les propos salaces des militaires dépenaillés en mal de femme. Mais par ces troupes passantes je voyageais un peu aussi et tant pis si quelques fois je rougissais jusqu’aux oreilles quand j’arrivais à comprendre le patois de ces hommes en rut.

Un jour que j’allais avec ma mère à la foire pour y vendre une oie et des canards un militaire qui revenait de faire son temps attira mon regard et j’attirais le sien. C’en était fait j’étais amoureuse. Pas question que je demande à ma mère quoi que soit à ce sujet.

J’avais comme amie Philomène Pellisson, agée de deux ans de plus que moi, elle connaissait tout de la vie et était particulièrement délurée avec les garçons. Mon père disait qu’elle avait déjà vu le loup, toujours à dire des idioties mon père, à Sainte Flaive des Loup ces monstres avaient disparu depuis quelques décennies. Toujours est il que la Philomène, domestique chez François Laidet elle en connaissait un peu et c’est elle qui fit en sorte mon éducation féminine. Maman ne voulait pas que je la vois mais avec Clémentine Gralepois mon autre copine nous étions toujours fourrées avec elle. Un jour que je gardais mes vaches au pâtis le beau militaire s’arrêta et me conta fleurette. De fait comme il repartait rejoindre son régiment il voulut aller vite en besogne. En peu de rencontres il comptait me biser, me baiser et m’abandonner, sur les conseils de Philomène je décidais d’en abandonner un peu et de commencer un jeu défendu sans en terminer la partie. Lui fut moins heureux d’avoir perdu son temps avec une oie blanche.

J’avais, et cela me flattait deux prétendants qui faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour me séduire. Jean Pellisson le frère de Philomène et le Henri Tesson domestique chez les Poiraud. Les deux auraient fait n’importe quoi pour perdre leur pucelage avec moi, il m’aidaient à porter mes charges de linge lorsque j’allais au lavoir, me ramassaient du bois, je les faisais même curer mon étable à ma place, certes quand mes parents n’étaient pas là. Je les faisais tourner en bourrique et les récompensais de médiocres bécots.

Ainsi va la vie travail, famille, amour, je finirais bien un jour par me marier et moi aussi influer sur le cours de ma vie. Je ne voulais pas être comme ma mère, trompée, aigrie et vieille avant l’age. Ce foutu labeur nous abîmait lentement mais sûrement, je trouverais l’amour avant que d’être desséchée par le soleil et ridée comme une vieille pomme.

C’est aussi à cette période que j’appris que mon grand père vivait avec une nouvelle femme à Grosbreuil et que mon père semblait se repaître d’une servante du Beignon. Je ne savais pas encore qui elle était mais les ragots se déplaçant très rapidement je le saurais bientôt. Je ne savais laquelle des deux nouvelles me gênait le plus, grand père avait soixante treize ans et n’était qu’un vieux grigou qui pour moi n’était guère ragoutant et mon père qui à l’aube de ses quarante cinq ans ne pouvait visiblement se contenter de ma seule mère.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s