LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 61, Charles Guerin de la Corberie

1873 – 1876, la Corberie, commune de Sainte Flaive des loups

Charles Auguste, fils de Charles et Marie Anne Tessier

Je viens de perdre mon petit frère, je l’aimais bien le petit Victor, toujours enjoué et qui déjà promettait d’être un véritable vendéen aimant sa terre. Malheureusement la nature en a décidé autrement, il est mort en crachant ses jeunes poumons.

Moi je travaillais maintenant avec mes frères et mon père, j’avais quitté les jupons des femmes.

Mes frères étaient plus durs que mon père avec moi, je ne comptais plus les torgnoles et les coups de pieds au cul. Mais enfin j’étais mieux avec eux qu’avec des étrangers.

La grande affaire chez nous c’était le mariage. Mon frère aîné, Pierre fréquentait une jeune fille nommée Marie Lhériteau. Mon dieu qu’elle était belle et gentille, quand j’avais la possibilité de suivre mon frère, j’étais comme un petit chien en chaleur je lui tournais autour, cela faisait gueuler mon frère et sourire Marie.  J’en étais fou amoureux et quand je sus qu’elle viendrait s’installer chez nous à la Corberie j’en fus chamboulé.

Ce fut donc la grande affaire de l’année, avec bien sur la borderie que mon père a pris à bail. Négociations, tractations, discussions sans fin comme si nous eussions été des riches propriétaires.

D’autant que nous nous acheminions vers un double mariage, ma sœur fiançait avec un métayer de Saint Julien nommé Jean François Favreau. Ces épousailles princières devaient donc concilier les intérêts de trois familles. Ce fut d’un compliqué et les pères durent liquider quelques chopines pour obtenir à un accord. Vous comprenez quand on a que sa chemise à se mettre sur le cul on pinaille sur les biens d’autrui.

Enfin furent réglées les épousailles et mon frère et ma sœur se marièrent après les Pâques en mai 1876, moi j’étais avec les enfants, je me suis bien amusé et je me suis essayé à mes premières danses, en remarquant d’ors et déjà que les hommes qui maniaient cet art avec aisance étaient le fruit de l’attention féminine. Je retenais cela pour les années futures. Mon frère André trouva fort à son goût la sœur de sa nouvelle belle sœur, à les observer je ne serais pas surpris qu’il y ait du soulevé de cotillon ou bien un mariage en vue.

Les jours qui suivirent, virent l’installation du nouveau couple, je la revois avec tout son fatras montée sur la carriole de son père. Je pense que mon frère faisait une bonne affaire, des belles casseroles, un bien beau buffet de chêne foncé, des piles de draps et de serviettes et enfin un joli corps pour se blottir le soir.

Ma mère voyait avec anxiété l’arrivée d’une nouvelle qui pourrait reproduire le schéma ancestral des oppositions entre jeunes et anciens. Maman n’ayant toute fois que cinquante trois ans.

Ce qui fut attristant c’est le départ de ma sœur Clémentine qui pour le coup rejoignait sa nouvelle famille, ma mère pleurait à chaudes larmes et mon père faux dur à cuir avait trouvé à faire dans un hallier voisin.

Moi évidemment, je voyais cela avec une sorte de détachement, je perdais une sœur que je s’ yeutais depuis mon jeune age et je gagnais une belle sœur que je m’efforcerais d’observer avec attention et concupiscence. J’y gagnais en tranquillité chrétienne, je me sentais moins coupable d’avoir des pensées non avouables envers ma belle sœur qui n’était point de mon sang qu’envers ma sœur.

Clémentine avec ses hardes, partit sur Saint Julien, pour vivre sa vie de femme. Il n’y eut donc aucune perte de productivité humaine à la borderie, toutes les femmes donnaient leur vie au labeur de la terre.

Les moissons arrivèrent et moi je comptais bien prendre rang avec les faucheurs. Je fus déçu mon père m’assigna la même tâche que les femmes. J’étais vexé et je boudais pendant toutes ces dures journées.

Ce fut dur, et en fin de compte je ne sais quel labeur était le plus pénible, faucher, réunir les épis coupés pour les mettre en botte ou bien botteler. Épuisés, couverts de sueur et de poussière nous étions heureux et je remarquais que les adultes échauffer par le soleil devenaient amoureux. Mon père serrait ma mère de près et je crois que mon frère c’est un peu écarté du champs pour faire un brin de causette avec sa jeune épouse. Moi pour sur je remarquais tout et je me serais bien vu compter fleurette à une petite de la métairie d’à coté de chez nous.

L’été était le temps des travaux agricoles et les journées étaient fort longues, mais moi avec ma jeunesse je trouvais le moyen avec les amis du village de courir les filles, nous n’avions pas grand chance de concrétiser mais certaines de leur coté faisait le même chemin que nous dans la découverte de l’amour. Un jour à la sortie de la messe une petite nommé Marie m’a autorisé à la raccompagner sur le chemin de la Chancelière. J’étais fier comme un pape mais je ne sus lui dire grand chose. Le soir en rentrant mes frères et mon père se sont moqués. Ma mère toujours prude a joué les offensés de me voir si jeune courir les filles. La semaine suivante je réussissais à lui voler un baiser, mais pour moi cela faisait un peu juste.  Quel moment de bonheur, je l’aurais bien prise comme un homme prend une femme mais elle n’aurait jamais voulu. Ce ne serait pas avec elle que je perdrais mon pucelage mais c’est d’elle et de ma belle sœur que je rêverais.

Un soir mon père nous raconta à moi et à mes frères que son père et le grand père de maman avait enterré un trésor près du moulin du Beignon,il nous expliqua qu’il avait tenté plusieurs fois de le retrouver. Je fus fasciné, quel enfants n’a t il pas rêvé de trouver un trésor. Ma mère plus terre à terre disait que c’était racontars d’ivrognes et que notre seule richesse était notre sueur.

Il n’empêche les jours suivants je traînais vers le Beignon. Les propriétaires des lieux avaient apparemment changé, mais pas plus que mon père je ne trouvais quoi que ce soit. Mon pauvre drôle me dit la mère, t’es bien sot de croire ces niaiseries et combien même, que veux tu qui reste depuis si longtemps .

Elle n’avait certainement pas tort mais je me fis le serment de retrouver le coffre de mes ancêtres, mes frères heureusement s’en fichèrent, je n’avais de toute façon aucune envie de partager quoi que soit avec eux.

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