LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 56, la petite Victoire.

1870 – 1872, la Bourie, commune du Girouard.

Victoire Cloutour, fille de Pierre et Victoire Epaud.

Quand on a dix ans on est perméable à tous les événements, tout vous marque et moi cette année j’ai été particulièrement marquée.

Tout d’abord, moi qui avait mes habitudes à la Bucholière ,partir en exil à la Bourie fut une expérience traumatisante à souhaits. On s’imagine très mal et même si fondamentalement le fait de changer de hameau ne présentait pas une grande différence moi je le pris très mal. Je me trouvais bien où j’étais, c’était indéfinissable ne revenons pas là dessus.

Après il y eut les disputes entre mon père et ma mère, au début je n’en comprenais pas la cause, mais un de mes camarades me déniaisa sur le sujet, » ton père trousse une servante de ferme ».

Pour une enfant de dix ans cela ne me parlait guère et devant ma mine interrogative il employa d’autres mots qui plus imagés me firent comprendre la gravité de la chose.

J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi des adultes responsables finissaient toujours leur relation par cette copulation animale, pour les vaches je comprenais, mais je ne faisais pas encore la relation au fait que nous les êtres humains étions faits comme des animaux ou peut être que les animaux étaient faits comme nous. A moins que nous les vendéens nous ne soyons après tout que des animaux nous mêmes. Vous voyez moi en gardant mes oies et en tirant sur le pi des vaches je réfléchissais.

Par contre sans prendre position je n’aimais pas que mes parents s’engueulent, cela me faisait peur et pour moi n’avait aucun sens.

Un soir mon père battit ma mère, cela ma considérablement traumatisée et cette nuit là j’ai pleuré à chaudes larmes.

Le lendemain mon grand père quittait la maison, je ne sus si les événements de la veille avaient précipité le départ de mon aïeul ou si cela était prévu. Moi qui aimait ce vieux bonhomme, ridé , grincheux, sale et puant je fus très triste de le voir partir, il mourut bien plus tard certes, mais il n’était plus là pour me prendre sur ses genoux et me raconter des bêtises en frottant son menton mal rasé sur mes tendres joues.

Puis il y eut cette bagarre, moi qui n’aimait guère me mettre en avant je fus ce jour là à la noce.

Ma mère se battant comme une poissarde sur le chemin avec la catin de mon père, vous parlez d’un spectacle, la rivale fut certes humiliée et vaincue, le cul à l’air et rougi par la fessée au battoir, moi je trouvais qu’il n’y avait aucune gloire à se battre en public quand on était une mère de famille.

Je ne sais si ma mère après cet exploit se sentit mieux et qu’elle reconquit son homme mais moi longtemps après j’eus l’impression que nous étions des maudits comme les romanichels qu’on honnissait.

Puis ce fut la guerre, pour sur je crois que les journaux en rajoutaient sur les événements, au bourg on racontait même que dans un village du milieu de la France les paysans avaient mangé un traître prussien. Nous en Vendée je ne crois pas que l’on avait des traîtres. Des paysans de chez nous qui avaient fait l’armée, ceux qui avaient eu le malheur de tirer un mauvais numéro étaient rappelés comme réservistes. Ce fut assez rapide, on alla pas en Prusse, mais par contre cette coalition d’Allemands vint en France. Le curé racontait à ceux qui voulaient l’écouter, que c’était un grand malheur qui nous arrivait, non pas de nous être pris une volée par les ennemis, mais plutôt d’avoir perdu notre empereur.

Car figurez vous, nous n’avions plus d’empire et les adultes étaient un peu embêtés pour savoir qui commandait, moi ça je m’en moquais éperdument. Du moment que les teutons ne venaient pas jusqu’au Girouard pour nous égorger et nous couper les mains comme le racontaient les journaux, nous autres on pouvait bien avoir n’importe qui à la tête du pays.

D’ailleurs le père avait du travail par dessus tête, les moissons n’étaient pas rentrées et il manquait de bras. Nous pour sur on travaillait aussi .

A la maison l’ambiance semblait se stabiliser, une accalmie en quelque sorte, nous avions la visite de mon grand père Cloutour, Il était veuf pour la deuxième fois mais maman disait que le vieux bougre avait une vieille amante pour assouvir ses besoins. Cette expression ne me parlait guère et évidemment j’ai demandé à ma mère d’être plus précise. Elle le fut en effet et je me pris une gifle.

Quand il venait, il emmenait mon oncle Louis âgé de dix sept ans, je l’aimais bien il aurait pu être mon frère. Mon père n’aimait guère ce frère d’un deuxième lit, là aussi une explication m’aurait un peu éclairée, mais j’avais encore la trace des doigts de la première torgnole.

Entre les deux Pierre Cloutour, mon père et mon grand père les discutions étaient vives. Le plus vieux avait tout connu, l’empire, la restauration, la monarchie de juillet, la deuxième république, le second empire et maintenant de nouveau la république. Mais pour tout dire têtu il en tenait pour le comte de Chambord , ils vont revenir nos vrais rois disait il. Mon père plus en avance sur son temps pensait que le pouvoir devait revenir au peuple. A grand coup d’eau de vie de poire ils s’engueulaient tout le dimanche.

Avec ma mère et mes frères et sœurs on laissait les deux énergumènes et on allait se promener. Parfois on retrouvait nos voisins et on mangeait une brioche que les femmes avaient préparée.

Quand la journée terminée nous revenions à la maison mon père somnolait sur son fauteuil et le grand père cuvait sur le banc devant la maison. Mon demi frère devait ramener le vieux sur Grosbreuil et ce n’était guère une belle affaire.

Ainsi va la vie, nous avions maintenant des nouvelles de la ville de Paris qui s’était insurgée contre le pouvoir en place.  Des dizaines de milliers de morts et des milliers de déportations dans des pays lointains. Un soldat de la Roche qui avait de la famille dans les environs racontait que l’endroit où l’on envoyait tous ces malheureux s’appelait la Nouvelle Calédonie. J’avais jamais entendu ce nom, mais bon j’étais de l’avis de mon père une grande andouille qui connaissait absolument rien.

Il en avait de bonne, il n’avait qu’à m’envoyer à l’école. Mais de ce coté là, il en était resté aux temps anciens. Les femmes c’était pour faire des drôles et traire les vaches, j’étais trop jeune pour qu’il rajoute et satisfaire les hommes.

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