LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 52, encore une bouche à nourrir à la Foresterie.

1863 – 1866, la Foresterie, commune de Grobreuil

Rose Caillaud épouse Ferré.

Nous les femmes on avait pas trop notre mot à dire quand il s’agissait d’agriculture, de terre ou de bestiaux. François il avait décidé et comme je vous l’ai dit il était têtu. Un beau matin nous chargeâmes nos meubles sur une charrette à foin qu’on nous avait prêté, nous n’avions pas besoin de faire beaucoup d’aller et retour nous étions pauvres. En Vendée il y avait beaucoup de bras donc les salaires n’avaient pas tendance à monter. François était travailleur certes mais pas très entreprenant, pour monter dans une société figée comme la notre il fallait faire preuve d’audace et il n’en n’avait point.

Bon revenons sur le sujet qui fâche, la divine bouteille était son péché mignon, quand il n’était pas ivre il flottait entre deux eaux. Alors pensez bien qu’aucun propriétaire ne lui aurait confié un métayage , un fermage ou un colonage. Alors on se baladait de hameau en village et lui de ferme en ferme.

Donc nous voilà partis, comme des bohémiens, les quatre pissouzes juchées en haut de notre fatras et les deux petiots à l’arrière les jambes ballantes.

J’avais presque honte de montrer un tel bric-à-brac, une fierté peut être déplacée pour des sans le sou . La pauvreté étant générale nous n’étions pas forcement les plus à plaindre. Oui les enfants se repassaient leurs effets, reprisés, raccommodés des pièces aux genoux , au cul. Dans mes vieilles robes j’en faisais pour mes filles qui grandissaient . Ce qui m’embêtait le plus, c’est que les gamins allaient la plus part du temps pieds nus, il fallait économiser les sabots. Les pauvres avaient souvent leurs petits pieds meurtris, coupés et il faut le dire d’une saleté repoussante. Nous les adultes nous possédions des souliers mais là aussi économie, juste pour la messe, les noces et les enterrements.

Nous nous installâmes donc en notre nouveau logement, ni plus ni moins délabré que le précédent, ni plus grand ni plus petit toujours le même entassement.

Nous avions quand même un jardin ou j’allais pouvoir m’assurer des légumes pour la soupe quotidienne et un poulailler pour élever quelques bestioles que je vendrais, sur le marché.

Parlons maintenant des choses qui fâchent, quelques soit l’endroit, le travail était dur et régit par les mêmes contraintes, rien n’épargnait les femmes, labeur, enfants,  et satisfaction de nos seigneurs et maitres.

Mais moi j’avais mes petits moments de détente avec mon beau journalier, c’était un risque calculé mais quel bonheur à chaque retrouvaille. Je crois que le fait de devoir se cacher, le fait de l’acte de tromperie décuplait mon désir. Cela faisait en somme un équilibre avec les méchants coups de boutoir de mon tendre époux.

Nous fîmes cela une dernière fois et il me promit de s’arranger pour venir me voir. Je ne croyais guère ses sornettes masculines, mais bon je m’y rattachais quand même.

Même endroit,

François Ferré, époux de Rose Caillaud.

La Foresterie était située entre Nieul le Dolent et Grosbreuil, il y avait quelques maisons où logeaient des familles de journaliers comme nous, Jean Ravon, Pierre Beranger  et Louis Rivaize . Ils y avaient l’exploitation de Jean Rimbaud qui formait couple avec sa sœur, la ferme de Pierre Potin et celle de Guilbeau Jacques, sans oublier celle importante de Gautreau louis.

Il y avait treize maisons et nous étions plus de cinquante habitants, du mouvement partout et des enfants qui couraient dans tous les sens.

Moi je m’employais chez tous et chez personne en particulier, j’avais comme qui dirait mon indépendance. Je me fis tout de suite un copain, Henri Martin dit jambe de bois, journalier comme moi mais il faut le dire avec un sérieux handicap pour trouver ouvrage, lui et sa femme crevaient littéralement de faim.

Nous avions aussi une pauvre miséreuse, la Marie Jousmet plus de soixante dix ans et toujours à trimer. Elle lavait le linge des Gautreau, la pauvre elle faisait pitié à plier sous le faix. Je la soulageais souvent de sa charge quand je la croisais.

Je ne sais si Rose se plaisait en cet endroit mais vu sa tête j’avais comme un doute. D’ailleurs la Rose, elle n’était plus celle que j’avais connue, il s’était opéré comme un changement. Subitement elle était devenue plus coquette, plus propre, elle passait son temps à se laver le cul comme une catin.

Mais le plus bizarre c’était qu’elle ne se refusait plus à moi comme il fut un temps. Je la trouvais quand même un peu passive mais bon moi je faisais mon affaire et je ronflais comme un sonneur.

Mais tout de même, que les femmes étaient des êtres bizarres, il en fallait bien pour faire des drôles, pour la bagatelle et aussi s’occuper des vaches

En parlant d’enfant la Rose m’en promenait un autre, comment se débrouillait t’ elle . Je passais mon temps à m’évertuer à nourrir ma marmaille qu’elle m’en refaisait un autre.

C’était la nature me direz vous mais certaine femme en avait moins que d’autres. Cela doit appeler à des explications, bon moi j’en avais pas.

Celui que nous appellerions petit Louis naquit à l’automne 1865, il était blond comme les blés, d’ailleurs tous étaient blonds sauf la Célina qui était brune comme une romanichelle.

Mon frère Jean me disait  » quoi que t’as foutu pour avoir une noiraude  », je lui répondais j’ai fait comme pour les autres. De fait tous les Ferré étaient plutôt de teint clair, bon c’était comme cela elle était par ailleurs d’une beauté exceptionnelle. Il faudrait que je me méfie car elle allait m’attirer tous les mâle du village. Ma femme n’avait que trente deux ans et m’avait donné déjà sept enfants en onze ans de mariage quand je vous dis qu’elle portait sans cesse ce n’est pas des blagues.

Pour que l’on puisse s’en sortir il fallait que je trouve au plus vite à placer ma fille aînée, elle était un peu jeune mais bien vigoureuse elle pouvait servir si l’on savait manier la badine. Ma femme s’y opposa et devant sa détermination je dus différer ma décision.

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