LE TRÉSOR DES VENDÉENS , Épisode 36, ma rencontre avec Rose

1852, la Lardière, commune de saint avangourd les landes

François Ferré

Beaucoup de choses avait bougé à la Lardière, moi j’avais grandi puis vieilli, j’étais un rude cultivateur comme les autres, comme les autres je parlais filles et d’ailleurs j’en avais repéré une qui me plaisait fort, je n’avais pas encore osé l’aborder car j’étais un peu timide de ce coté là. Je m’étais quand même renseigné, elle s’appelait Rose Caillaud. Le problème que j’avais,venait qu’elle n’était point du village et que chasser sur les terres qui n’étaient pas les siennes pouvait apporter quelques déboires et c’est ce qui m’arrivera. Mais laissons cela pour l’instant et parlons de la vie à la Lardière.

Mon frère Auguste celui qui m’utilisait comme alibi c’était donc marié en premier en 1844 avec Adèle Bourget, elle lui avait mis la main au collet, alors qu’il n’espérait que lui mettre la main !!!! Enfin vous voyez comme ils avaient un peu fait les choses à l’envers ils avaient régularisé . Notre coureur de jupons dut se concentrer sur une seule , il fut assidu et bientôt trois marmots s’égaillèrent dans Lératière, oui j’avais oublié de vous le dire ils étaient restés avec nous.

Moi j’étais heureux qu’il reste mon frère, d’autres parts je travaillais souvent par paire avec lui et en plus spécialiste des histoires il me contait ses exploits d’alcôves, pour sur il enjolivait un peu, mais quand je voyais ma belle sœur mine grave, sérieuse et guinder se rendre à la messe je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer sous un aspect un peu moins sérieux. Si elle avait su elle l’aurait étripé l’Auguste et elle m’aurait arraché les yeux.

Ma petite sœur Marie, oui, celle qui avait eu sa réputation un peu ternie nous avait quittés pour un gars d’Avrillé . Après sa malencontreuse ou heureuse fausse couche elle ne se calma que le temps de se remettre c’est à dire d’en trouver un autre. On la maria à Pierre Benatier un métayer comme nous c’était je crois la meilleure chose qui puisse lui arriver avant une catastrophe irrémédiable.

Elle disparut de chez nous, mes parents furent rassurés sur son avenir et moi je perdais un peu de ma jeunesse.

Ensuite mon autre sœur se maria à son tour avec un journalier d’Avrillé nommé Pierre Durand, cela ne me fit pas grand chose je l’aimais moins cette sœur, plus distante et moins fraternelle . Elle aussi suivi son mari, ce fut pour nous un surcroît de travail, en l’espace de quatre ans mes parents avaient marié trois de leurs descendants.

Pour l’heure c’était Jean l’aîné des garçons restant à marier qui se mariait à son tour, la fille était du pays rien de très remarquable en cela. Il avait vingt huit ans un age assez tardif pour moi et sûrement pour lui. Ce retard dans les mariages était certes coutumier mais moi je trouvais que cela influait beaucoup sur la mentalité et les mœurs, pensez donc ces jeunes hommes et ces jeunes femmes en pleine maturité qui devaient attendre aussi longtemps cela amenait quelques dérèglements et problèmes. Le tout bien soigneusement caché sous la couverture chaude et confortable appelée coutume .

Le couple s’installa à la Lardière, moi du fait je ne m’y sentais plus à l’aise, j’avais vent de liberté et j’avais envie d’une femme.

Je fis flèche de tout bois, je peux vous dire que j’en ai pincé des bras, que j’en ai pris des tailles que j’ai fait le pitre à l’église, que j’ai dansé jusqu’à l’épuisement, et que j’ai sauté au dessus des fagots de la saint Jean. J’en faisais peut être trop, pas une fille du village ne répondit à mes avances.

D’accord il y avait de la concurrence, puis un jour je m’en fus pisser sur les barrières du village d’à coté . Ce fut en vérité le hasard, je devais avec mon frère aller chercher des semences au village du Poiroux, nous avions d’essarté une parcelle et ils nous manquaient de quoi l’ensemencer. Il faut dire que par soucis de rentabilité nous calculions toujours au plus juste, si nous pouvions gagner un sac au moulin c’était toujours cela de pris.

Saint Avangourd n’était guère écarté que de quelques kilomètres du Poiroux mais nous n’y allions pas souvent et je ne connaissais guère de fille de ce village. Arrivé en ce bourg au milieu de l’animation quotidienne je la vis, l’apparition de notre sainte mère ne m’aurait pas fait plus d’effet, subjugué, hypnotisé, drogué, frappé par la foudre je la regardais passer. Rien ne la distinguait spécialement des autres paysannes qui vaquaient comme elle à leurs occupations, non rien et c’est peut être ce rien qui fit que pour moi elle serait tout.

Petite brunette, revêtue de la robe traditionnelle, les cheveux couverts par un bonnet de coton, un nez en trompette, une bouche charnue aux lèvres roses, des pommettes rosées témoignant d’une vitalité débordante. Sa taille était fine, son corsage laissait présager une gorge avantageuse.

Elle me fixa, me sourit, aucun son ne put sortir de ma bouche, figé, empierré, scellé, fixé comme statue sur son calvaire. Le moindre idiot n’aurait pas laissé passer une occasion pareille et pourtant, moi le déluré, le comédien, le bateleur je restais sans voix.

Mon frère qui avait deviné mon émoi me sauva quelque peu et répondit pour nous deux.

Elle passa donc son chemin et moi dépité je chargeais mes grains, un habitant de village me dit, elle est belle la Rose de chez les Caillaud. Je le questionnais un peu sans en avoir l’air et j’appris qu’elle demeurait avec sa famille à l’Eraudière.

Je n’eus de cesse que de la revoir en rabâchant mon idiotie de l’avoir laissé filer sans entamer une conversation.

Mais quelle occasion trouverais je pour revenir en ce village et chasser sur des terres qui n’étaient pas miennes et où d’autres chasseurs protégeaient leur gibier.

Le dimanche suivant avec mon copain Pierre à qui j’avais vanté la beauté des filles de Poiroux nous faisions le chemin qui allait sans conteste nous permettre de trouver l’amour.

Nous nous fîmes rapidement repérer par notre petit manège et un rude costaud à l’air antipathique nous demanda de filer. Comme je n’étais pas là pour me promener je fis front. Le bonhomme était plus fort que moi et j’eus rapidement le dessous, il fallut que j’en rabatte de ma superbe, la bouche en sang l’œil poché et le nez tuméfié. Nous avions alerté toute la populace et ma dérouillée eut un résultat positif que je n’espérais plus. La belle Rose s’en fut à mon secours, heureux, penaud et un peu honteux je la laissais me raccompagner sur un territoire moins dangereux pour moi.

L’essentiel était fait, quelques paroles, un peu de tendresse et la promesse de nous revoir la semaine suivante près du petit marais à mi distance de nos demeures respectives. Bosselé,ensanglanté, je rentrais chez moi tel un héros homérique. Certes il fallut que je me justifie un peu et que j’empêche mes frères de monter une expédition punitive qui transformerait mon altercation en guerre villageoise.

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