LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 31, La petite servante de la Crépaudière

 

1848 – 1850, village de la Chapelle Achard

du Moulin des landes à la Crépaudière

Marie Louise Barreau

En 1848 je me rappelle nous déménageâmes, il y avait une révolution à Paris alors la date m’a marquée. Forcement je n’y comprenais rien, j’étais au cul des vaches, je m’occupais de la basse cour, je donnais à manger aux cochons et bien sur je mouchais la morve de mon petit frère, alors pensez donc me faire une opinion sur la chute d’un roi et l’installation d’une république.

Je savais seulement par mon oncle Jean que les messieurs du château étaient forts en colère mais qu’il aurait du bon, que le comte de Chambord allait revenir avec le vrai drapeau fleur de lysé et qu’on allait revenir aux valeurs d’autrefois.

Moi les valeurs d’autrefois je ne voyais pas bien mais bon. Comme disait mon père » t’es qu’une grande godiche ».

Donc comme je vous disais on déménagea au moulin des Landes, nous nous rapprochions du reste de la fratrie. Père et mère redevinrent journaliers. Bien, faut quand même préciser que métayers, journaliers ou petits laboureurs, la misère était commune, toujours trimer, pour simplement pouvoir se nourrir. Alors cela variait quand une métairie se libérait, si vous n’étiez point fainéant ou du moins connu comme tel vous pouviez obtenir un bail généralement de neuf ans renouvelable tous les trois ans de façon tacite. Si vous n’aviez pas cette chance, vos bras vous servaient et vous vous faisiez embaucher dans les grosses fermes ou dans des métairies importantes. De toutes manières il y avait pléthore de travail et seuls ceux qui ne voulaient point travailler restaient sur le bord du chemin.

Le moulin des Landes était un groupement de quelques maisons avec évidement un moulin, qui était tenu par un cousin de ma mère. Nous nous connaissions tous, en grande famille en quelque sorte. Moi quand j’arrivais à m’échapper de mes tâches domestiques et agricoles je m’en allais rejoindre des filles de mon age, nous badions aux mouches et observions les domestiques agricoles.

Notre petit hameau se situait sur le chemin qui menait à la grande route, cette dernière reliait Bourbon Vendée et les Sables. Ce chemin terreux aux ornières remplies d’eau allait aussi jusqu’à la Cossonnière où se trouvait une grosse métairie.

Nous n’étions pas trop éloignés du bourg et le dimanche le chemin pour aller à la messe était fort court du reste j’aurais préféré qu’il soit plus long car des garçons auraient à me raccompagner.

Bon d’accord je suis encore un peu jeune, mais il est temps que je vous conte une mésaventure qui ma foi est sûrement arrivée à beaucoup d’autres femmes.

J’avais déjà remarqué que ma poitrine commençait un peu à pousser et mon père et mes oncles me disaient des bêtises à ce sujet. Un jour que j’étais à l’étable en train de traire une vache j’ai senti un liquide chaud qui me coulait le long de la cuisse, me voilà pris d’une panique. Heureusement ma mère n’était pas loin et je lui racontais que je pissais du sang. Elle me fit remonter mon jupon et se mit à rire, te voilà une vraie femme. Elle m’expliqua ce qu’elle savait elle même c’est à dire pas grand chose, tu es bonne pour avoir un galant mais aussi pour avoir des enfants. Enfin bref elle me mit en garde contre le sexe fort, par contre elle ne fit pas dans la discrétion et tout notre entourage sut que j’avais mes menstrues. Le dimanche honteuse j’ai bien cru que monsieur notre curé allait l’annoncer en chaire.

Peu de temps après, pendant un repas mon père me dit que j’allais quitter la maison pour aller travailler. Ma réponse fut que je travaillais déjà bien assez, une taloche me fit taire.

Dès le lendemain, mon baluchon sur l’épaule avec mon père nous primes le chemin du bourg. J’avais dit adieu à ma mère comme si je partais en exil, mais je ne partais qu’à la Crépaudière .

Mon père m’avait placée comme servante de ferme, une poignée de mains et le contrat était passé. A 14 ans se retrouver comme bonniche dans une ferme n’avait rien de bien extraordinaire, nous y passions presque toutes. La famille n’avait pas à vous nourrir et les maigres gages retombaient immanquablement dans les mains paternelles ou maternelles.

Mon patron se nommait Laurent Villiers c’était un gros bonhomme de quarante trois ans, le verbe haut, surtout après boire, il me fit tout de suite peur. Il vivait en compagnie de son fils Jean Louis et de sa fille Marie Bénonie. Le fils avait mon age et la fille neuf ans. On me présenta les autres employés, Victoire Giller vingt huit ans avec qui je partagerais la sous pente, Théophile Trichet dix neuf ans et le petit Louis Arnaud âgé de seulement douze ans. Mon père me laissa et je pleurais un bon coup.

Il s’avéra que le travail était le même qu’à la maison et que monsieur Viller était moins dur que mon propre père.

Bon il faut tout de suite préciser que Victoire la servante le servait particulièrement bien, cette dernière m’avait tout de go avertie que notre patron n’était point libre et que ce n’était pas la peine de tourner du troufion autour. Quelle saleté, faire ça avec un vieux, il n’en n’était point question, par contre le fils me plaisait plutôt bien.

Je ne sais si elle pensait le marier, mais cela ne sera pas le cas.

Le 8 janvier 1851 ce fut le mariage de mon oncle François, les noces avaient eu lieu un mercredi comme cela la fête pouvait durer deux jours, nous ne pouvions décemment festoyer le vendredi jour de souffrance du seigneur. Tout le monde avait mit ses beaux habits . Marie Anne qui mariait son premier fils irradiait de bonheur. La mariée se nommait Françoise Louise Pontoreau, elle était assez belle, bien que fort sotte. Bon d’accord mon oncle ne lui demandait pas de réfléchir, tenir son ménage, lui faire des drôles et accepter la bagatelle le plus souvent possible.

La famille élargie était présente ainsi que des amis du couple, nous mangeâmes de bon cœur et au son du violon la danse battit son plein.

Moi au vrai j’étais entre deux âges, pas une petite fille, ni une femme à marier, mon père et mes frères me surveillaient comme le lait sur le feu

Moi je n’avais d’yeux que pour un seul, au milieu des convives un homme grand, jovial et discret , il attirait les regards de la gente féminine. Il est vrai que je n’avais guère de chance que ses yeux se portent sur moi. Des plus belles et plus âgées que moi sauraient capter son attention.

En fin de soirée alors que je m’écartais de la grange pour satisfaire à quelques besoins je butais littéralement sur l’objet de mes désirs ou pour le moins l’objet de mes regards. Il me débita quelques blagues et nous rejoignîmes la fête.

J’étais conquise et je crois que mes premiers émois datent de ce moment. Bon passons sur le sujet. Le vendredi j’étais à la Crépaudière et je reprenais mon travail.

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