LE TRESORS DES VENDEENS, Episode 28, Ma vie de petite paysanne à la Mancelière .

1848, la Mancelière commune de Venansault

Victoire Epaud

La Mancelière était un petit regroupement d’habitations, il y avait une dizaine de ménages différents, cela allait du cultivateur propriétaire de sa propre ferme comme les Guilloton et les Martineau et les fermiers comme nous autres qui ne possédions pas nos terres, ils y avaient aussi quelques journaliers, mais qui ne travaillaient pas forcement sur les terres de la Mancelière.

Nous étions par ailleurs assez éloignés du bourg de Venansault dont on dépendait, en fait nous étions plus proches des Clouzeaux ou de Landeronde. Cela n’avait pas une importance énorme sauf pour aller à la messe, à la mairie ou bien au marché.

L’endroit était charmant, moi j’aimais vagabonder avec mes amis, nous formions une sacrée troupe, dont la chef était la Rosalie Guilloton âgée de 15 ans, il y avait son frère Jean, le Pierre Gauvreau, François Prouteau et Louise Martineau.

Nous allions pêcher dans le ruisseau et la petite mare qui se trouvaient juste à coté. Nous faisions aussi des bêtises, un jour nous avons attaché le petit Jean à un arbre et nous l’avons déculotté. C’était un jeu cruel mais nous pensions ainsi découvrir la vie. Il s’est mis à hurler et à pleurer, mais nous bennasses nous avions confirmation qu’il n’était pas encore un homme contrairement à ce qu’il nous racontait. Je le reverrais plus tard dans d’autres conditions et il sera nettement plus à son avantage.

Un autre fois nous avons poussé le petit Auguste dans l’eau, il était trop jeune pour nous suivre alors ! Cela failli tourner au drame, il nous dénonça et on se prit tous une belle raclée.

Mais le pire était les bêtises que nous faisions entre garçons et filles pour se découvrir en quelques sortes. Rien de bien méchant, donc ce jour là avec Pierre Gauvreau, François Prouteau et la Louise Martineau nous avions décidé ne nous mettre par couple et de nous embrasser comme des adultes.

Moi j’étais avec François 14 ans, j’ai beaucoup apprécié et visiblement lui aussi car notre exploration buccale à un peu dérapée, oh rien de bien méchant, je lui fis voir ma poitrine et il me montra sa virilité. Seulement voilà nous fumes surpris par mon frère aîné. Il prit cela très au sérieux et prévint mon père de ma conduite. Ce jeux d’enfant me fit gagner une volée mémorable et mon galant d’un jour se retrouva domestique de ferme à Landeronde .

A la Mancelière c’est ma sœur Louise qui se maria la première avec Jacques Longin nous étions en 1847, elle annonçait les départs qui viendraient régulièrement par la suite .

Cela ne changea pas grand chose car elle s’installa avec nous, j’avais un grand frère de plus car vraiment je l’aimais bien mon beau frère, j’en étais peut être un peu amoureuse ou alors j’étais un peu jalouse de ma sœur.

Puis ce fut mon frère Pierre qui convola en 1849, je fus triste de le voir partir car pour le coup il s’installa avec sa femme chez ses beaux parents. Pour mon père ce départ fut annonciateur de travail supplémentaire, il faudrait peut être embaucher un jeune valet.

Moi pour le coup je travaillais maintenant aussi dur que ma mère, c’est normal j’avais douze ans.

Ce que je préférais c’était le contact avec les animaux, la traite si on peut le dire ainsi était un plaisir. Certes il fallait se lever de bonne heure, mais lorsque je quittais la maison et que je passais par la cour pour me rendre à l’étable j’étais saisi par les odeurs, comme droguée. Du tas de fumier montait une vapeur doucereuse et chaude qui mélangée aux évanescences de la nuit qui s’évanouissait formaient comme un léger brouillard. Le chien attaché à une longe jappait et me faisait fête, les chats venaient se frotter en ronronnant le long de mes jambes. Le coq qui tous les matins semblait m’attendre entonnait son chant et toutes les basses cours des maisons environnantes lui répondaient de concert.

Chaque jour profitant de la solitude je m’accroupissais pour des besoins salvateurs avec l’animation et les mouvements qui avaient lieu une fois que tout le monde aurait commencé son labeur il était nettement plus difficile de pouvoir s’isoler pour ces instants de pure intimité.

Puis j’entrais dans le sanctuaire, elles m’attendaient, nerveuses, angoissées, le pis bien lourd et douloureux. Je leur parlais, leur tapotais la croupe, les rassurait, puis invariablement je saisissais mon tabouret accroché au mur. Tel un rituel je commençais toujours par la même, équitablement je soulageais la plus vieille. Habituée le geste sur, le lait chaud et gras coulait dans mon seau. L’odeur des vaches était forte, urine et bouse, je n’y faisais pas attention j’en étais imprégnée, cela me collait ne faisait qu’un avec moi et je crois bien que toutes les paysannes portaient cette flagrance comme un chic parfum.

Une partie du lait était vendue à un collecteur qui passait avec sa charrette et qui allait vendre le lait au bourg. Nous en gardions une partie, pour le beurre et aussi pour la consommation des enfants.

J’avais fait là le labeur que je préférais, il fallait maintenant nettoyer le purin et le mettre sur le tas de fumier qui fumait dehors, râteau, pelle, et brouette, dure tâche pour une gamine. Je n’étais pas belle à voir, sabot crottés, bas de ma robe couverte d’excrément , sous mon bonnet des cheveux en désordre, avec l’effort mon corps était couvert de sueur et ma chemise de dessous trempée.

J’en frissonnais à chaque fois que je ressortais de l’étable avec mon chargement, plus d’une attrapait ainsi la mort et faisant subir à leur constitution ce chaud et froid permanent.

Une nuit, mon père m’avait réveillée et m’avait  dit, ma fille comme tu adores les bêtes tu vas venir m’aider, à une mise bas, autant vous dire que j’ai sauté de mon lit et que j’ai couru jusqu’à l’étable.

Nous avions mis la Madeleine à part dans un coin, lorsque j’arrivais elle avait expulsé sa poche, énorme, gluante et jaunâtre. Les deux pattes du veau sortaient et pendaient à l’extérieur de l’orifice de la génisse.

Mon père m’expliqua tout, l’expulsion des eaux et l’arrivée probable du veau dans les deux à six heures. Nous devions être vigilants car c’était une première pour la Madeleine .

Couchée dans sa paille dans un enclos de vêlage à proximité visuelle des autres vaches, elle n’eut aucune difficulté, elle se releva de temps à autre pour faciliter l’expulsion, puis tout vint et le veau fut enfin libéré, le cordon qui reliait la mère et son petit se rompit. Madeleine lécha son petit pour le stimuler dans sa respiration et aussi pour accélérer sa production de lait. J’étais stupéfaite, curieuse de tout et les larmes me vinrent. Mon père aussi était heureux, tout ne se passait pas ainsi à chaque fois et la perte d’une vache avait une incidence économique très forte. J’avais déjà  vu un accouchement, maintenant un vêlage, j’étais une vrai paysanne

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