LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 23, la métairie de l’Auzaire

1846, métairie de L’Auzaire,  commune de la Chapelle Achard

Marie Louise Barreau

Moi qui avait vécu dans la plus invraisemblable promiscuité ou communauté comme on voudra, cela me faisait un peu drôle de me retrouver avec tant d’espace disponible.

J’avais maintenant  dix ans un age placé entre l’enfance et le monde des adultes, je n’étais pas encore une femme car je n’avais mes menstrues, mais je n’étais déjà plus une petite fille car des petits mamelons commençaient à poindre sur ma frêle poitrine. On commençait aussi à m’attribuer des tâches de femme et ça cela ne me souriait guère. Fini l’insouciance et les pérégrinations enfantines dans la campagne environnante.

Une dure vie de labeur s’ouvrait à moi.

Papa était donc métayer à l’Auzaire, précédemment c’est mon grand père Pierre qui la tenait mais à son décès la famille entière qui vivait là c’est égaillée dans le village de la Chapelle.

Ma grand mère Marie Anne qui d’ailleurs ne l’était pas vraiment, partit au bourg avec ses jeunes fils, enfin mes oncles si vous préférez. De patronne, la marâtre de mon père passa journalière elle pinça un peu du bec et mon père plus crûment disait qu’elle pinçait du cul.

Mais je ne suis pas claire, mon grand père Pierre Barreau le métayer de l’Auzaire au décès de sa femme s’était remarié. Rien de bien extraordinaire tout le monde faisait cela.

D’un premier mariage il eut oncle Pierre, oncle Jacques et mon père Louis. D’un second il eut Pierre et Jean.

Tous furent élevés malgré les différences d’age de façon à peu près équivalentes et tous vivaient tranquillement à l’Auzaire. Le lien était l’Ancêtre et quand il mourut, tout c’est délité.

Chacun, avec épouse et enfants, charrette, meubles et hardes s’en furent de leur coté. La brouille car c’en était une ne durera guère, la fraternité en Vendée n’était somme toute pas un vain mot.

Je me prénommais Marie Louise et mon nom était Barreau j’étais née dans la commune pas très loin d’ici au Moulin des Landes. Mon père Louis avait trente six ans et maman Marie Rose Loué n’avait guère que trente ans.

J’étais l’aînée et je n’avais qu’un seul petit frère, ma grand mère Marie Anne toujours gentille disait que ma mère  avait le ventre sec.

Pourtant mes parents désiraient plus que tout agrandir leur famille, ma mère avait beau prendre des décoctions, se gaver de miel et prier comme une sainte rien n’y fit, Louis quatre ans restait l’unique et précaire descendant. Oui moi j’ étais une fille et je ne comptais guère.

Notre métairie appartenait à la famille Dorion, des terres, des landes, des prés et des pâtures.

J’aimais entendre mon père réciter ces noms fleuris comme on déclame un poème, le champs des petites mares, le pâti de la creusé, la pièce rouge, le champs de l’avoine, le champs du cormier, le champs de l’aiguille et la lande des mares. Les hommes de cette époque aimaient leur terre, la possédaient comme on possède une femme. Ils alimentaient les sillons de leur sueur et arrosaient les mottes grasses de leurs pleurs. Naissant et mourant , tous de passage au service de la terre ils travaillaient chaque jour comme un sacerdoce.

Mon père était d’humeur égale, c’est à dire chaque jour râlant et gueulant après tout et tous .

Mes oncles partis c’était ma mère qui faisait les frais de sa fatigue et de ses soucis. Moi j’étais la mignonne qu’il cajolait, bien que quelques fois mon sourire ne suffisait pas à apaiser la tempête.

Mère était plus calme, chaque jour levée avant tout le monde elle effectuait ses tâches de femme, raviver le feu, aller chercher de l’eau, servir mon père d’une soupe roborative qu’il voulait à bonne température.

Puis elle s’occupait des bêtes, la traite, le nettoyage de l’étable, c’est elle également qui faisait le jardin. Moi dès que je m’étais sustentée j’allais aux poules, je n’étais pas rassurée mais ce n’était rien par rapport à la trouille que j’avais des oies et du grand jard qui protégeait son harem. J’avais ma badine de noisetier mais un jour sournoisement il me pinça les fesses si fort que mes cris retentirent jusqu’au pré du dessus et que mon père abandonnant son ouvrage courut me secourir.

Par contre moi j’aurais bien été à l’école mais je n’eus droit comme enseignement qu’au catéchisme du père Amiaud. Le vieux comme on le nommait irrespectueusement était un petit bonhomme rond comme une barrique, ridé comme une vieille poire. Une personnalité notre curé, né sous louis XV, il avait résisté vaillamment aux prétentions des révolutionnaires parisiens en refusant le serment de fidélité à la république et en rejetant la constitution civile du clergé. Moi gamine et mes parents nous ne savions pas très bien ce que cela voulait dire, mais aux dires des anciens c’étaient un réfractaire et celui qui avait prit sa place à la cure un intrus. Apparemment il avait tout bravé, les patrouilles républicaines, le froid la pluie, la neige, les nuits à la belle étoile, les caches dans les métairies. Il maria, baptisa, inhuma en toute clandestinité à la barbe des autorités.

Dans le canton, c’était un héros vénéré par tous. Il coulait maintenant de beaux jours entouré d’une ménagère de vingt six ans, d’une domestique de quarante et un d’une servante de cinquante deux et d’une pauvrette de douze. Mon père disait que chaque jour à tour de rôle il leur montrait son petit Jésus. Ma mère hurlait et lui il répondait que ce n’était pas très catholique d’avoir autant de fumelles pour le servir.

Quoi qu’il en soit il catéchisait et pour moi c’était un supplice, car lui aussi distribuait des torgnoles quand nous ne pouvions réciter par cœur ce qu’il nous racontait. D’un autre coté cela nous changeait de notre quotidien, nous allions à la cure et sur chaque chemin qui y menait une petite troupe d’enfants se formait et se gonflait à l’approche du bourg. L’objectif était la communion, moi je ne voulais pas la passer et je faisais la rebelle. Combat d’arrière garde car je n’avais pas le loisir d’exprimer mon opinion, les punitions pleuvaient et le Père Amiaud se plaignit à ma mère qui elle aussi me punit. Le pire c’était la confession, nous devions à tour de rôle dans une cabane en bois révéler nos péchés au gros curé à travers une petite grille. Je ne savais jamais quoi lui dire, je n’allais tout de même pas lui révéler mes grosses sottises et nos jeux avec les garçons. Je m’en tirais toujours de la même façon, un ou deux pater et un ou deux avé maria.

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