LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 21, les amours à la Lardière.

1842, départ de la vignolière, pour Saint Avaugourd les landes.

François Ferré

Ce fut la grande séparation d’avec mes oncles, mon père et mes frères représentaient une force de travail suffisante pour prendre une métairie à leur compte.

Auguste l’aîné avait vingt cinq ans et commençait une cour qui allait le conduire à convoler. Jean dix huit ans, lui était devenu un rude travailleur. Moi du haut de mes douze ans je pouvais également commencer à contribuer à une entreprise familiale.

On quitta les oncles en bons termes et à chaque noce ou baptême nous nous retrouverions avec plaisir.

Nous nous installâmes sur la commune de Saint Avaugourd les landes dans une métairie nommée la Lardière. La ferme appartenait aux Dorion, des propriétaires de La Mothe Achard. N’allez pas croire que ce fut un grand changement, la Vignolière et la lardière n’étaient distantes qu’à un jet de pierre, même paysage, même bocage et je dirais même atmosphère.

Je ne dirais pas non plus que nous nous sentions plus entre nous, mais mes oncles, mes tantes ,mes cousins et nous formions un tout. Je connaissais autant l’intimité de mon père que de mes oncles et l’intimité de mes tantes ne m’était pas plus étrangère que celui de ma propre mère. Alors cela me faisait bizarre de ne plus voir mon oncle François à la droite de mon père, ne plus entendre l’oncle Louis lâcher un pet sonore en entrant dans la pièce comme pour dire bonjour. Enfin c’était ici nous n’étions plus les Boisliveau, Ferré mais les Ferré tout court.

Ce qui caractérisa ces années ce fut notre engagement à trouver un conjoint, ou un partenaire. Enfin moi j’étais un peu jeune mais il suffisait d’observer mon frère Auguste et ma sœur Marie.

On voyait bien que pour ces deux là, le travail de la terre n’était pas la préoccupation principale. Mon père et ma mère s’acharnaient par leur labeur à faire vivre cette métairie, c’était leur terre, le fruit de leur souffrance, alors que mes deux aînés ne pensaient qu’à danser et courir le sexe opposé.

Mes parents qui n’avaient pas les yeux partout chargèrent Auguste de surveiller la pureté et la réputation de la Marie. Autant confier au diable l’entrée du paradis, Auguste on peut le dire était un coureur de femme, il avait comme adage qu’il fallait trousser un maximum de jupons avant le mariage, afin d’acquérir une expérience qui serait bonne pour son couple. Après si je vais voir ailleurs on ne m’en tiendra rigueur tandis que maintenant ce serait erreur de jeunesse. Il me racontait ses tentatives et surtout ses échecs, car n’allez pas croire qu’il fut facile d’enlever la virginité d’une Vendéenne aussi facilement. Le malin avait trouvé la combine pour jouer les respectueux, il n’emmenait avec lui, j’étais sa caution quelles paysannes y verraient malice, je ne crains rien il est avec son petit frère. Ce fut assez redoutable comme technique et je vous dis que le père Auguste il s’amusa un brin. Moi je m’efforcerais plus tard d’adopter la même combine.

Pour ma sœur ce fut plus compliqué, se faire prendre avant mariage était peut être une chose naturelle, la satisfaction des sens en quelques sortes. Seulement voilà, la fertilité de ces jeunes femmes portait ombrage à l’immédiate consommation du plaisir des sens.

Beaucoup de complication ensuite, avortement, abandon des bébés, rejet de la famille, mendicité, prostitution, noir tableau dont ma sœur n’avait que faire, elle commença par picorer quelques baisers, quelques niaiseries de débutantes, mais passa rapidement aux caresses. Auguste n’était jamais loin et arrêtait rapidement les plus entreprenants. Mais voilà occupé à ses propres recherches il n’était point très vigilant. La Marie baissa sa garde et plus précisément baissa sa robe.

Ce fut un énorme drame, la Marie de la Lardière qui promenait, heureusement elle était assez mince et put donner le change. Il n’empêche mes parents ne savaient que faire, la dévergondée avait du mal à attribuer la paternité au rein vigoureux d’un quelconque paysan. Bien sur, elle prit une volée par ma mère puis une autre par mon père, ils la traitèrent de catin la menacèrent de tous les mots.

Moi j’observais et prenais bonne note de toutes ces choses de la vie.

Marie eut de la chance, la nature rejeta l’enfant et le fruit déformé fut enterré dans le verger sans que quiconque ne le susse.

Tout cela occulta les frasques de mon frère qui en la matière et sous mon couvert en fut prolixe.

D’un autre coté cela avait des avantages car je n’étais jamais bien loin et quand je savais que mon frère était près de la conclusion je m’assurais visuellement de la reddition des défenses des belles.

Je jouais donc les voyeurs pour couvrir mon frère, ce fut une belle période.

Je découvris donc la sexualité de cette façon, le voyeurisme, non pas que je voyais grand chose, les femmes en ces moments d’ébats ne livraient pas forcément leur nudité.

A force de papillonner Auguste trouva la perle rare en la personne de Louise Adèle Bourget, une jeune paysanne de la commune du Poiroux. Ce fut facile de trouver un accord avec les parents, même milieu, même éducation. Il fut enfin convenu que Auguste et sa femme vivraient à la Lardière avec nous .Tout était acté, mais rien ne pressait, lenteurs paysannes, espoir de tout maîtriser, ou bien de grignoter encore et toujours un peu de biens. Mais à force d’attendre, il fallut précipiter. Auguste et Adèle qui savaient qu’ils étaient promis ,s’écartaient souvent le dimanche pour aller je ne sais où. Eh oui je n’étais plus convié pour protéger leurs amours. Il arriva ce qu’il devait, Adèle fut grosse.

On les maria le 17 juillet 1844 au Poiroux, les moissons pas encore commencées, il fallut que la couturière justifie de son art pour retailler la robe de la mariée engrossée.

Ce fut un beau mariage et moi j’avais une belle sœur. J’en avais vu assez et j’en savais beaucoup sur ce joli petit couple et leurs amours pour être à l’abri de quelconques problèmes venant d’eux.

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