LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 20, le veuvage de Pierre Cloutour et le viol de l’enfant

1840, Maison de Pierre Cloutour, Bourg de Grosbreuil

Pierre Cloutour

Il y avait comme cela des années marquantes et celle ci fut pour moi l’une des pires, jusqu’à lors nous vivions heureux, pauvres mais heureux. Mon père bon journalier trouvait toujours à s’embaucher et les rentrées d’argent étaient donc régulières. Comme je vous l’ai dit maman était malade. Mes bronches me brûlent disait elle et de fait elle passait son temps à cracher et à tousser. Elle avait beaucoup maigri et une couturière du village qui avait pitié lui avait repris tous ses vêtements.

Elle était exsangue, blanche comme un linceul, certaines commères se signaient en la voyant passer comme si elle était porteuse de la grande faux. Jamais elle ne se plaignait et continuait d’effectuer ses tâches. Dans les fermes malgré le courant de sympathie on ne l’embauchait plus, elle trouvait parfois quelques petits travaux chez des personnes compatissantes ou plutôt intéressées qui lui faisaient faire des tâches le plus souvent dégradantes et fort au dessus de ses capacités physiques. Elle en ressortait épuisée mais heureuse des quelques sous collectés.

Le soir elle trouvait toujours la force de nous sourire et nous contait une histoires d’autrefois en cassant des noix ou en grâlant des châtaignes. Mon père ne disait rien, triste comme un jour sans pain, il traînait sa misère. Un jour qu’il regardait ma mère à la dérobée j’ai vu que des larmes lui venaient. Mouvement de faiblesse vite caché, un paysan ne pleurait pas.

Puis à la fin du mois de mars tout s’accéléra, la phtisie gagna sa partie, ma mère fut bonne perdante se retira et mourut. En ses derniers jours, sa magnifique chevelure noire vira au gris. Ce n’était plus ma mère qui gisait sur ce lit froissé mais une pauvre carcasse décharnée, jaune, diaphane et dure comme un marbre de cathédrale.

Jeanne Peaud,  39 ans mourut en la maturité de sa vie de femme, elle me laissa seul avec mon père ma grande sœur Marie et mon frère Jean. Paix à son âme qu’elle avait belle, mais il fallait bien s’organiser, mon père continua son labeur il fallait bien se nourrir mais avec nous que ferait il ?

Marie avait 10 ans elle était en age d’être servante, et pouvait devenir la souillon d’un propriétaire ou même d’un gros fermier. Mon frère et moi, neuf et sept ans nous étions un peu jeunes pour un placement. Mon père décida que sa fille pas encore femme deviendrait une mère de substitution pour nous. J’étais perplexe devant l’immensité d’une telle corvée. Elle fut de fait accablée par une tâche au dessus de ses moyens. C’était notre petite esclave et en la dureté de notre esprit d’enfant nous lui pourrissions la vie.

Mon père lui rentrait de plus en plus tard, quelque chose était cassé en lui et son haleine le soir était imprégnée d’émanation éthylique, nous avions le droit à toutes les phases, énervement, brutalité, tendresse. Nous avions hâte qu’il s’endorme et qu’il nous laisse deviser tous les trois dans notre complicité fraternelle.

Quelques mois après la mort de maman nous eûmes la confirmation visuelle que notre père s’était retrouvé une femme car nous l’avions aperçu au bras d’une veuve du village. Père n’avait que trente sept ans il était somme toute logique qu’une autre femme satisfasse ses désirs masculins, mais tout de même maman n’était pour moi pas encore assez diluée dans les limbes de notre souvenir.

C’était mon opinion de jeune garçon, mais la société villageoise considérait comme normal qu’un veuf et une veuve se remarient assez rapidement. Pour ce qui était de la femme un délai de viduité était recommandable, afin qu’une naissance ne fusse point attribuée à la mauvaise personne. J’avais quand même un peu de mal à imaginer une autre femme en notre intérieur, une femme qui gémirait sous les assauts de mon père dans les beaux draps brodés de maman.

Je ne voyais pas non plus avec des demis frères et sœurs ou encore pire avec des faux frères et des fausses sœurs que la marâtre amèneraient avec elle. Le seul point intéressant serait que ma sœur ne devrait plus plier l’échine sous son travail ménager.

Bon, rien ne se fit, père resta veuf, arrêta de boire mais découcha le plus souvent en étant plus souvent au cul de sa veuve qu’à caresser la tête de ses enfants. Nous ne manquions de rien de matériel mais au niveau de la tendresse nous eûmes un vide que même dans une société dure aux enfants nous ressentions comme une injustice.

Parfois nous étions invités chez mes oncles et tantes du coté de ma mère, mais je n’aimais pas y aller car je sentais confusément que nous étions des parents pauvres et qu’on nous traitait comme tels.

Dans Grosbreuil nous étions un peu des pestiférés, notre père se roulait dans la luxure et nous pauvres crasseux nous errions toute la journée. En fait rien n’était plus faux, ma sœur Marie toute petiote qu’elle était se louait déjà à la journée chez les uns et chez les autres. Elle améliorait notre quotidien, moi je commençais à faire de même, pour quelques bricoles on me nourrissait on me donnait du lait , du pain.

Mais un jour ma sœur rentra en pleurs et la robe déchirée. Elle toujours plein d’entrain et qui nous préparait le repas le soir, s’allongea sur le lit et n’en bougea plus.

Mon père finalement rentra et fit parler la Marie.

Elle raconta que tous les matins elle se rendait chez un artisan du village pour aider sa femme.

Mais ce matin là le patron avait coincé ma sœur dans un coin reculé de l’atelier et l’avait touchée, elle était terrorisée et ne put émettre un son, le salopard en profita et lui demanda qu’elle le caresse. Ignorante du haut de ses onze ans elle se mit à pleurer, il en profita pour tenter de la forcer.

Heureusement la patronne arriva et coupa l’élan criminel de son mari. Coupable il se reculotta en hurlant que la petite effrontée lui avait fait des avances et qu’il ne voulait plus la revoir.

La patronne connaissant son impulsif bonhomme glissa une pièce à Marie en lui demandant de ne jamais revenir mais surtout de garder le silence.

Mon père devint fou de rage et attrapa son fusil, Marie hurlait, Jean pleurait. Je pris la bonne décision et courut chez monsieur Chevaillier le maire, je toquais et sa femme Catherine m’ouvrit.

Comprenant immédiatement qu’un drame se nouait il se rendit chez l’artisan qui était déjà aux prises avec mon père.

Pour sur sans l’arrivée de l’édile le salopard y passait et la tête de mon père aurait roulée dans un panier de son. Bien sur en ce genre d’affaire, la parole de l’enfant n’était pas forcement prépondérante, comprenez la Marie elle était délurée et peut être bien que le démon commençait à la travailler. Pour un peu c’était  elle qui aurait coincé l’adulte et l’aurait forcé. Après de nombreuses palabres il fut décidé que la Marie sans le vouloir avait peut être excité son patron, une diable de fumelle précoce en quelques sortes. Mais comme elle était bien jeune, monsieur et madame étaient prêts à lui pardonner. Mon père qui d’expérience savait à quoi s’en tenir exigea réparation. Le patron n’insista pas sur un terrain bien glissant et négocia une petite compensation financière pour prix de la non divulgation de sa petite faiblesse. Le maire qui n’était pas sur qu’un scandale n’éclata pas, le patron qui ne voulait pas se prendre un coup de fusil ou finir en prison et mon père qui se doutait que sa fille ne serait pas forcement crue adoptèrent donc ce compromis.

En notre pays paroles d’enfants ne valaient guère contre celles d’un adultes, paroles de femmes ne valaient guère contre celles d’un homme et paroles de pauvres ne valaient guère contre celles d’un riche.

Il y eut du bon à l’histoire, car mon père nous emmena plus souvent avec lui, nous l’aidions et ses propres patrons nous fournirent à nous aussi quelques menus travaux. Sans le vouloir nous sommes entrés dans ce monde impitoyable qu’était celui des adultes.

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