MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 17, ma Mort

Pour nous les pas très riches il y avait la plage à coté de l’éperon dont je vous ai déjà parlée.

Autrefois il n’y avait pas grand monde mais maintenant chacun voulait faire son bourgeois. Il fallut réglementer, car certains olibrius attentaient aux bonnes mœurs en montrant les parties de leur corps que la décence n’approuvait pas. Comme la plage de l’éperon était gratuite et les bains payants on appela l’endroit la concurrence.

De toute façon nous on s’asseyait et on regardait le spectacle, l’océan, le vent, les beaux messieurs et les belles dames avec leurs drôles endimanchés. Parfois je levais mon chapeau en reconnaissant un client et Marie baissait la tête en voyant les bourgeoises qui autrefois lui donnaient de l’ouvrage.

Les enfants grandirent, Jean Claude était maintenant un ouvrier qualifié, sûr de son métier, au jugement reconnu. Comme il maîtrisait bien la lecture, il consulta des ouvrages qui parlaient de chirurgie équine. J’étais admiratif de tant de savoir.

Il fit également les mêmes sottises que moi, je crois qu’il s’encanailla avec des filles à marin et eut même une liaison avec la fille d’un pilotin.

Ma fille était aussi devenue un beau brin de fille qu’il fallait surveiller des convoitises malsaines de la gente masculine. Il fallait quand même pas qu’elle nous ramène un polichinelle. Elle aussi apprit à lire, à écrire et à compter. Ma femme lui enseigna également la couture. Doucement elle devint une presque femme.

Marie lui fit part de façon prude des choses de la vie, oh sans s’étendre sur les détails évidement. De tout façon la princesse vivait à la forge et s’initiait aux rudesses linguistiques des ouvriers et des militaires de passage. Elle se mit bientôt à parler comme nous, ma femme en était malade.

Comme pour son fils, elle rêvait pour sa fille d’un monde meilleur, qu’un petit employé en col empesé viendrait demander la main de Marie Magdeleine, qu’un fils de négociant à la main gantée lui ferait la cour où qu’un officier botté et moustache cirée lui proposerait une destinée autre qu’une forge.

Moi j’en rigolais car je savais qu’au plus profond de moi elle serait femme de maréchal, c’était une question de sang.

A ce propos Marie n’avait plus ses menstrues, au début on crut à une nouvelle catastrophe, mais non ils ne réapparurent plus. Apparemment et d’après expérience de femelle, il ne pouvait plus y avoir procréation.

Hors depuis que Marie était en age de comprendre, on lui avait expliqué que l’amour devait avoir pour objectif la procréation. Quel dilemme voyez vous, car on l’avait aussi élevée dans le cadre de la stricte observation du devoir conjugal. Elle dut s’en ouvrir au curé de la cathédrale, car elle continua à s’ouvrir à moi.

De toute façon je me serais servi tout seul, j’étais quand même le chef.

J’appris que ma veuve, celle de la rue Gargoulleau, avait cassé sa pipe, joli temps que ce temps là .

A la Rochelle nous étions loin des soubresauts de la capitale, nous avions changé de Roi, la branche aînée avait été renversée et un cousin à eux s’était emparé de la couronne.

Moi je m’en foutais , les chevaux arrivaient et repartaient, mon voisin le préfet changeait, mais les valets d’écurie étaient les mêmes.

Puis tout bascula, j’étais depuis quelques temps assez fatigué, je me traînais, à la forge mon travail qui avait toujours été impeccable devint moins bon.

Tout le monde s’en apercevait mais n’osait rien dire. A la maison le soir je m’endormais comme une souche, même le corps chaud de ma femme ne m’attirait plus.

Un matin alors que je besognais sur un cheval que j’avais attaché sur le travail avec un harnais, je m’écroulais soudain, une partie de moi même ne répondait plus . Je me retrouvais par terre sans pouvoir bouger, je m’étais pissé dessus et je bavais sans pouvoir proférer un mot.

Mon fils et les ouvriers me montèrent à la maison pour me coucher, on fit quérir ma femme et on chercha un médecin.

Il ne fut guère optimiste et il avait raison.

Après de long mois, je restais bancal et paralysé du bras droit, de plus ma bouche de travers me faisait marmonner un langage que seule Marie comprenait.

Je ne pouvais plus travailler ni en vérité faire grand chose, je descendais péniblement à l’atelier et je m’asseyais regardant les autres effectuer le travail. Un vrai calvaire j’aurai préféré mourir tout de suite.

Les années passèrent doucement, on s’habitua à ma condition de fardeau mais moi je m’en allais doucement. Même le corps de ma Marie ne suffisait pas à me redonner vigueur car de ce coté là j’avais quelques faiblesses aussi.

Puis le 30 décembre 1840 je m’en fus à mon tour en un dernier voyage au cimetière de Saint Éloi.

Mon fils continua la maréchalerie dans l’ile de ré car il prit épouse dans le village de la Couarde.

Sa femme était la fille du maréchal ferrant du village.

Ma fille se maria à la Rochelle avec un maréchal ferrant, j’avais raison contre ma femme sur ce sujet, bon sang ne saurait mentir.

8 réflexions au sujet de « MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 17, ma Mort »

  1. Nous sommes donc arrivés à la fin de cette histoire !!!! Merci pour ce 1/4 d heure de lecture.
    J attend vos prochaines histoires avec assiduité…

  2. Ces tranches de vie sont passionnantes car si bien contées.. J’attends les prochaines avec impatience car mes aïeux sont du pays de Caux..

  3. Bravo pour votre travail. Et merci de nous l’avoir fait partager. Je me permets un dernier mot : une autre histoire 😉

  4. Bonjour !
    Eh bien j’avais survolé ces tranches de vie, aujourd’hui j’ai tout imprimé pour le plaisir de les lire comme un livre.
    Très bien écrit … j’aime beaucoup !!!

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