MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 15, les départs se succèdent

 

Un dimanche il faut que je vous raconte nous avons décidé de nous promener à la pointe des minimes et au petit village de pécheurs qui se trouvait à coté. Ce fut une sacrée expédition, nous sommes sortis par la porte Saint Nicolas, avons suivi la jetée puis le chemin côtier qui longeait le marais perdu, on voyait au loin notre cité avec ses tours et le toit de notre église qui dépassaient du haut des murailles. Bon dieu un autre monde, une zone d’eau saumâtre, venant mourir sur des galets et recouvertes par l’océan aux fortes marées. Des oiseaux par nous inconnus, plongeaient en ces eaux poissonneuses pour se repaître, des milliers de grenouilles croassaient en un concert qui semblait formidablement orchestré par dame nature. Le vent d’ouest nous fouettait le visage, Jean claude trottinait en rigolant devant nous, les deux petites étaient restées à la garde d’une voisine. Nous arrivâmes au village des minimes et je péchais quelques huîtres pour nous nourrir. Des femmes aux robes retroussées jusqu’à la taille les récoltaient en un travail dur et harassant. Le visage tanné, les mains calleuses et craquelées pires que celles des portes faix du port elles chargeaient sur leur dos voûté des cargaisons qu’un âne aurait refusé.

On continua sur les falaises, quel spectacle, l’île de ré, l’île d’Aix et un curieux fort en construction sur un rocher. Les vagues toujours renouvelées se fracassaient sur les falaises semblant vouloir l’arracher. On passa devant les ruines du couvent mais maintenant si nous ne voulions pas être surpris en ces lieux inhospitaliers par la nuit il nous fallait rentrer. J’entraînais ma petite troupe par le chemin de la sole qui nous mena directement aux marais salant près de la porte Saint Nicolas. La ville n’était point close on rentra chez nous après cette escapade. On récupéra les petites et le cours de notre vie quotidienne reprit.

Puis le malheur arriva dans notre petit foyer, Denise notre petite perle âgée de 4 ans un soir ne se trouva pas bien. D’habitude plutôt gourmande elle refusa toute nourriture, même le pain perdu que sa mère réussissait à merveille et qu’elle dévorait avec avidité. Elle eut tout de suite de la fièvre, son nez coulait et une vilaine toux la secouait de spasmes. De plus son corps se couvrait de plaques rouge, elle se coucha. Tout alla très vite, le lendemain la fièvre la faisait délirer, un médecin lui rendit visite, l’ignorant tourna autour, la palpa, lui regard les yeux et le fond de la  gorge. Il finit par hocher la tête, il n’y pouvait rien, notre enfant était perdue.

Le soir elle s’apaisa, dame nature l’avait elle sauvée, la grande faux l’avait elle épargnée ?

Le lendemain elle était morte, les yeux grands ouverts, un léger sourire.

Nous avions déjà perdu des enfants mais ceux qui étaient partis ne nous avaient pas ensoleillé de leurs rires et de leurs babillages, ne s’étaient jamais couchés entre nous et ne nous avaient jamais embrassés .

Toute la journée ce ne fut que visite que nous étions obligés de refuser car la rougeole était contagieuse. Le lendemain avec mon frère on descendit la petite caisse de bois et encore et toujours je retournais au cimetière de Saint Éloi, cette fois Marie nous accompagnait, tête basse et dos voûté par le malheur. Une prière, quelques pelletées de terre sablonneuse et c’ était terminé avec notre belle Denise.

Hélas nous n’en avions pas fini avec la grande faucheuse le 6 mars 1823, Virginie ma pépite eut les mêmes symptômes, encore plus vite que sa sœur, la maladie fut courte et l’agonie discrète.

Nous n’avions plus de fille et seul Jean Claude nous restait, par mesure de précaution, on le confia à mon père. Est ce l’éloignement qui le sauva ou sa robustesse, ma fois je n’en sais fichtre rien.

Marie n’avait plus goût à rien et même nos promenades du dimanche n’y changeaient rien, elle se réfugiait dans la religion et devenait dévote.

Faire l’amour lui pesait et elle n’acceptait que rarement que je la prenne, un soir pourtant elle céda et il me sembla qu’elle en éprouva du plaisir. Je m’illusionnais peut être mais quoi qu’il en soit son ventre s’arrondit de nouveau et ses seins encore une fois se gonflèrent.

Elle en fut atterrée et seule son intransigeance religieuse fit qu’elle ne chercha quelques faiseuses d’anges. J’ai cru qu’elle allait se laisser mourir, elle ne mangeait plus maigrissait et son travail s’en ressentait. Elle perdait des clientes et les belles dames des beaux quartiers ne lui donnaient plus d’ouvrages. Elles gagnait encore quelques sous avec des menus travaux qu’elle réalisait pour les femmes du peuple et les commerçantes du quartier.

La nature reprit ses droits et l’enfant grandit en son sein.

Mais malheur quand tu nous tiens.

Je vous ai déjà dit que mon frère avait contracté le mal honteux, c’était un vrai fléau, inguérissable, fait de période de mal puis de rémission mais gagnant toujours.

En juin mon frère rechuta et cela lui fut fatal, veillé par ma femme, par une cousine il s’en alla, mon père qui aimait plus que tout son grand bon à rien de fils, ce gibier de potence, ce dépravé coureur de gueuses mais fils au grand cœur, dur au travail comme les Sazerat et au coup d’œil inégalable pour les maux de nos amis équins fut complétement atterré.

Ce fut avec un grand renfort d’amis et de connaissances qu’il fut porté en terre. Je portais maintenant le deuil de mes filles et le grand fardeau d’une solitude fraternelle.

Puis ce fut mon père qui décida de nous laisser, j’étais maintenant presque seul au monde. Il nous quitta comme cela sans tambour ni trompette presque à la sauvette. Je n’avais plus de modèle, le phare de ma vie était éteint.

L’homme qui m’avait inculqué son savoir n’était plus.

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