MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 9, mon mariage

 

Nous étions début 1811 et Napoléon pouponnait en attendant de croquer l’ours russe, il fallait faire vite pour le mariage avant qu’un appel au drapeau n’intervienne. Car dans ce cas adieu la belle, son doux parfum, la douce toison perlée de rosée et ses courbes généreuses, tout cela s’évanouirait en un aimable regret.

Louis se devait d’obtenir le consentement paternel, il avait 23 ans et était encore mineur, Antoine le vieux regimba un peu car un maréchal ferrant de sa connaissance avait une fille à marier et que Louis pourrait reprendre la forge du père. Louis haussa pour la première fois le ton face à son père et osa lui tenir tête. La tension dura une semaine et le vieux donna son accord.

Il fallait maintenant obtenir celui des parents de Marie Magdeleine, on dut rédiger une lettre et l’envoyer à Saint Étienne ou Philibert Janvier était passementier. Cela allait prendre du temps.

Quelques mois plus tard par l’intermédiaire d’un notaire l’accord arriva, les deux amoureux exultèrent et l’on décida de la date du 21 janvier 1812 pour les épousailles. Enfin un avenir se dessinait pour ce jeune couple. On prépara la noce avec ferveur, les bans furent affichés à la mairie de La Rochelle et à celle de Saint Étienne le 15 et le 22 décembre.

Il y aurait une cérémonie religieuse à la cathédrale et les deux enfants durent se préparer avec le curé pour cette union devant Dieu. Louis redoutait la confession de ses pêchés, non pas qu’il en avait tant que cela mais c’était tout de même gênant. Enfin bon pour l’amour de sa belle il se livra et se retrouva en expiation à réciter des paterS noster et des avés Maria.

Les invitations furent lancées, les parents de ma future ne feraient pas le déplacement. L’oncle Jaulin nous prêta sa remise à voiture pour y faire le repas et le bal, bien sur il n’y ferait certainement pas chaud, mais après quelques coups de vin des environs de Dompierre et quelques rincées d’eau de vie la chaleur viendrait d’elle même.

Le jour dit la noce se forma aux pieds de la maison, l’atelier serait fermé, les sabots pourraient attendre. J’avais demandé à un militaire de la garnison  musicien de nous servir de violoneux, il amena avec lui un gars de Chantonnay spécialiste de la vèze. Moi je vous dis cela allait virouner.

La musique en tête, je pris le bras de ma beauté, bon dieu que j’étais fier et qu’elle était belle. Une petite coiffe couvrait ses cheveux, un chemisier blanc, une robe à carreaux rouges et jaunes, un tablier blanc à fleur, un châle blanc jeté sur ses épaules et noué sur le devant, un petit ruban rouge autour du coup, des bas de laine blancs et des jolies souliers noirs avec une petite boucle formaient comme un écrin à sa beauté. Moi j’étais tout de neuf vêtu, mon témoin était tailleur d’habits et il m’en confectionna un, pantalon et veste de serge noir, une chemise blanche des souliers neufs qui me faisaient souffrir et un beau chapiau auquel j’accrochais un beau ruban.

Tous et toutes avaient mis les habits de fête, la véze entonna son chant strident, on prit la rue Aufredi, puis la rue chaudrier, quel spectacle la musique résonnait sur les arcades séculaires, les gens applaudissaient ou nous saluaient, on tourna sur la rue des maitresses et nous arrivâmes devant la maison commune. Notre mairie était très belle et nous avions l’impression d’être dans un château.

L’adjoint au maire Monsieur Jean Baptiste Hérard nous maria en ce mardi , nous étions enfin unis, mon témoin principal fut un ami de mon père Charles Henri Coullaud, il était maître de la poste aux chevaux de La Rochelle, bien évidement il nous amenait ses chevaux à ferrer et à force d’habitude et de coups d’eau de vie mon père et lui étaient devenu inséparables. François Chirolet celui qui m’avait cousu mon habit était deuxième témoin. Raoul Gautier servit de témoin à ma femme, il était tourneur et fréquentait la famille de ma mère depuis des lustres, Louis Jaulin mon oncle voiturier servait de quatrième. C’est lui qui nous prêtait son hangar et qui nous logerait pour la nuit de noces.

Vous voyez tout se tient et nous restons entre gens de chevaux, la famille Sazerat est depuis toujours maréchal ferrant la famille de ma mère est une dynastie de voituriers, mon témoin est maître de poste. Nous sommes entre gens de bien et ma Marie Magdeleine nous fait déchoir un peu par sa qualité de domestique, mais elle est si belle.

Pour tout dire j’étais très fier d’avoir Charles Coullaud comme témoin, c’était un notable avec des biens et des terres assez considérables, certes la poste lui venait de sa femme mais quand même, une belle aisance. Jamais une maréchalerie ne pourrait rivaliser en terme de profit avec une messagerie.

De plus il possédait des terres qu’il affermait  et nous nous n’avions rien.

Le convoi prit cet fois la rue Saint Yon, il y avait une foule des grands jours et bon nombre de paysans, à l’ombre des arcades vendaient leurs produits. Chaque mariage avec sa musique participait à la vie de la ville , au bout de la rue au niveau de la place nous primes à gauche dans la rue Gargouleau, nous arrivâmes à la cathédrale où le curé faisait grise mine car nous avions pris du retard. Il était midi il avait sûrement faim. La cérémonie ne fut tout de même point bâclée et c’est avec émotion que nous fumes bénis devant dieu.

Bon je dois avouer que presque mécréant, quand le curé officiait, je pensais à autre chose que la fidélité envers les époux, qu’à l’amour au fin de procréation ou à d’autres balivernes.

J’avais même hâte pour tout vous dire que la noce prit fin et pour le dire crûment je ne pensais qu’au cul de ma crémière.

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