MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 8, la rencontre avec ma femme

 

Le lendemain de très bonne heure je guettais son passage éventuel, je fus chanceux car je surpris la belle qui vidait son pot de chambre dans le petit ru du milieu de la rue. Elle n’en fut nullement gênée et son sourire me bloqua la parole. Quel idiot je fis, les bras ballant au coin de ma forge en la regardant regagner son logis.

Désormais je n’eus plus de cesse de la revoir, et je zyeutais ses moindres apparitions, corvée d’eau à la fontaine, vidange de la pissée nocturne, un jour je la suivais même jusqu’au marché au viande de la rue du temple. Une autre fois sans me faire voir je la raccompagnais chez ses maîtres.

Enfin un jour elle se présenta à l’atelier pour mander si son maître le négociant Héry pouvait amener son cheval à ferrer.

Étonnamment, je fus loquace et lui fis un brin de causette, elle s’appelait Marie Magdeleine, domestique dans un immeuble à deux pas. J’appris qu’elle avait 20 ans.

Tout en continuant à travailler je me surpris à lui demander si elle voulait bien se promener avec moi le jour de son repos. Ses joues rosirent et elle accepta mon rendez vous après l’office du dimanche en la cathédrale Saint Louis.

Le dimanche suivant je me fis beau et me nettoyais plus que de coutume, chemise propre, cheveux coupés et barbe rasée. Je n’étais plus retourné à la messe depuis le décès de ma mère, mon père flaira quelques choses et mon frère voulut venir avec moi.

Bref pendant l’office chacun dans notre travée, je tentais de l’apercevoir et d’attirer son attention. Des bonnes paroles du prêtre je n’en retenais aucune. En sortant je la retrouvais sur le parvis, nous décidâmes de nous rendre au mail en passant par la porte des deux moulins. Ce lieu enchanteur était l’endroit de promenade des habitants de La Rochelle, bordé d’arbre à proximité de la mer quel spectacle, il fallait simplement faire attention car cette prairie servait aussi de lieu de pacage pour les bêtes. En chemin j’appris qu’elle était née à Lyon en 1791, quelle bizarrerie, son père est passementier à Saint Étienne. Nous n’avions pas fini le chemin qui nous menait au sommet de la petite cote que je lui avais pris la main. Jamais une telle sensation ne m’avait parcouru l’échine que ce simple geste. Entre l’allée et les falaises qui dominaient le chenal d’entrée au vieux port s’étendait un bois sous prétexte de voir l’océan nous y entrâmes et là le long d’un chêne vert à la seule vue de l’étendue marine nous échangeâmes notre premier baiser. Nos bouches ne firent qu’une, nos langues longtemps jouèrent, le désir que j’avais d’elle me faisait perdre la raison. Fini la forge, fini les chevaux, l’appartement avec mon père, rien d’autre ne comptait que ce désir naissant, c’était acquis j’épouserais cette femme et je la posséderais. La journée avançait et je raccompagnais Marie Magdeleine chez son maitre. La gréve, la porte des deux moulins, le chemin sur les murs qui dominait les chantiers de construction, la haute tour de la lanterne, celle de la chaîne, le quartier des marins encombrés de filets, de caisse de poissons, de cordes et de tonneaux tout cela servait de cadre à notre idylle.

Les arcades de la rue chef de ville nous cachèrent un peu des regards pour nos dernière caresses, l’hotel Poupet se profilait et nous passâmes sur la place ou jadis se trouvait le cimetière. Nos pas ralentissaient pour reculer le moment de notre séparation.

Tous les dimanches qui suivirent nous visitâmes les environs, l’amour que nous nous portions grandissait et le désir aussi. Nous avions décidé de nous marier, alors pourquoi attendre. Marie Magdeleine profondément chrétienne rebutait un peu à franchir le pas, la virginité au mariage lui semblait une obligation. Oui mais voilà le désir la taraudait autant que moi, un jour nous décidâmes d’aller baguenauder en direction de la pointe de chef de baie nous n’avions jamais poussé si loin, nous longeâmes les falaises, sur notre gauche l’immensité océane, sur notre droite des champs rien que des champs. Nous arrivâmes au marais de chef de baie, juste une langue de terre nous permettait d’être au sec, la mer y entassait ses galets et souvent envahissait les terres humides et marécageuses qui remontaient presque jusqu’au bourg de Saint Maurice. Un berger faisait paître ses moutons au loin nous étions seuls. Deux options s’offraient à nous, remonter toujours plus loin dans le bois de la tour carrée ou nous asseoir dans un petite anse à l’abri des regards. Le choix fut vite fait, Magdeleine n’était pas très rassurée , car l’endroit était désert et n’avait pas très bonne réputation. Nos embrassades prirent rapidement bonne tournure et je pus enfin caresser ma belle sous son jupon, la soie de sa peau m’excitait au plus haut point, nous ne savions plus ce que nous faisions. Je m’enhardissais vers le doux conin de Magdeleine, je la sentais baisser la garde mais ne voulais point la forcer. Elle se fit entreprenante et me caressait, augmentant mon désir. Nous allions nous unir pour la première fois dans ce cadre magnifique et sauvage quand nous entendîmes du bruit. Je me redressais et vis le visage hilare de deux pécheurs d’anguilles qui n’en n’avaient pas perdu une miette. Nous en vînmes presque aux mains tant ma colère était grande. Magdeleine me fit temporiser et nous rentrâmes en silence un peu fâchés. Devant chez elle, ma douce me prévint qu’elle ne ferait l’amour que mariée que se trousser au dehors était finalement que pour les filles de rien.

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