LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 8, le temps des départs

 

Les années passèrent, mes fils du deuxième lit comme on disait avaient rejoint dans les travaux agricoles mon fils aîné Barthélémy. Une vraie entreprise familiale, sauf que les terres ne nous appartenaient pas. Bon comme j’avais presque toujours habité à la Crépaudière, je me considérais comme chez moi, ces terres arrosées de notre sueur devraient en toute logique nous appartenir, mais non c’est ainsi.

Il faut maintenant que je vous conte ma dernière aventure de femme, comme je vous l’ai dit le Jean était vaillant au lit et je ne pouvais désâment me refuser tout le temps, mais merveille de la nature aucune graine ne poussait dans mon ventre. Et puis catastrophe en juillet 1879 pas de règle, j’attribuais cela à la fatigue, mais rien ne réapparut j’étais belle et bien prise, 6 années tranquilles et voilà le résultat.

Pour être tout à fait franche j’ai voulu le faire passer, demandant même à ma fille si elle ne connaissait pas une faiseuse d’ange. Ma Marie encore plus cul béni que moi s’en offusqua, ma belle sœur me confia que j’étais rudement maladroite et m’expliqua ce qu’elle faisait avec Eugène. Pour le coup c’est moi qui fut outrée, on me confia quand même quelques recettes empiriques mais à part me rendre malade rien ni fit, mon ventre grossissait. J’ai quand même réussit à connaître l’adresse d’une femme qui pratiquait ce genre de chose et sans prévenir quiconque j’y suis allée. La vieille de ses mains douteuses me farfouilla l’intimité, elle me fit mal et me déclara, ma belle c’est trop tard le temps est passé. Honteuse je m’en fus et retournais à la Crépaudière, pour sur le Jean il fera abstinence pour un long moment.

En avril 1880, mon Pascal naquit, vraiment un beau bébé, comme une idiote j’étais à la Segondinière quand j’ai perdu mes eaux impossible de revenir chez moi, j’ai donc accouché chez et avec la voisine.

C’est Barthélémy qui avec mon mari sont allés à la Mairie, mon fils aîné au fait n’était plus chez nous mais gagé comme domestique de ferme à la Primetière sur la commune de Sainte Flaive. Auguste Daniau le métayer était un ami de mon mari, c’était un brave homme mon fils y était comme chez lui.

Le travail était donc effectué par mes autres fils devenus grands.Nous aurions pu vivre comme cela tranquillement en suivant le cours des jours, le mariage du Barthélémy était même programmé, la promise était la fille d’un métayer de Sainte Flaive Victoire Cloutour, lorsque mon mari fut balayé en quelques jours par la maladie.

Il s’éteignit le 6 juin 1883 à 8 heures du matin, le décès fut déclaré par Pierre mon beau frère et par mon fils Barthélémy. C’était une catastrophe il n’avait que 47 ans et moi j’enterrais mon deuxième bonhomme. Le veuvage était souvent une catastrophe pour les mères de famille que nous étions. Le choix était simple un remariage, vivre avec ses aînés ou la trime si les enfants n’avaient pas des conditions de vie assurée.

Pour mon compte je ne pus garder la métairie de la Crépaudière, Barthélémy était domestique, ainsi que louis, mais il restait avec moi, Auguste, François, Louise, Eugène, Victor et Pascal. Je trouvais à me loger au bourg et je quittais la Crépaudière avec un regret non dissimulé. De métayère libre de mon travail je dus trouver du travail en tant que journalière. Il faut pas se mentir les hommes trouvaient plus facilement car le travail ne manquait pas. J’étais à la limite de l’indigence, une pauvre mendiante comme on nommait les gens en détresse financière. Les enfants firent les frais de cet état de chose, je ne gardais que Pascal vraiment trop jeune, les autres se placèrent comme domestique. Imaginez Victor n’avait que 10 ans et ma Louise âgée de 15 ans qui allait devenir un objet de convoitise pour un valet de ferme déluré ou un patron concupiscent.

Bien revenons au mariage de mon aîné, trois semaine après le décès de mon Jean François, je n’avais guère envie de faire la noce mais la fierté nous fit organiser une belle fête, mort, mariage, naissance, la trilogie paysanne en somme.

Les Cloutour étaient métayers au Beignon à Sainte Flaive, belle et grande famille Barthélémy y serait bien.

Donc la famille fut dispersée, oh pas très loin mais tout de même, il n’était plus avec moi. C’est à cette  époque que je me rapprochais de ma fille Marie, nous étions voisines. Elle me gardait souvent Pascal,lorsque j’allais gagner ma vie. Nous étions dans une économie de subsistance, une vie de labeur et pas un sou vaillant, une catastrophe et vous étiez gros jean comme devant.

Bon j’aurais peut être dû me remarier, je n’avais que 46 ans quand le François est passé et quoi qu’un peu fanée je pouvais encore satisfaire un homme.

Soit manque d’envie, ou manque de prétendant intéressant cela ne se fit point. J’étais désormais pour le village la veuve Ferré. Assidue aux offices, je faisais figure de grenouille de bénitier pour la communauté. Avant de poursuivre il faut quand même que je vous avoue une aventure avec un homme du village, il était marié mais son épouse un peu plus vieille que lui ne répondait plus à ses attentes, alors de temps en temps en cachette de tous. J’aimais ces moments d’intimité volés et la première fois je crois que j’ai jouis comme jamais je ne l’avais fait. Bon je n’étais pas très rassurée, voler l’homme d’une autre n’est point très chrétien et si j’étais tombée enceinte j’aurais eu bonne mine.

Je m’occupais donc de mon dernier et je l’envoyais à l école qui maintenant était obligatoire, ce fut le seul de mes enfants qui sut lire et écrire. Il devint malgré tout paysan comme les autres avec un passage obligé comme domestique. Mais bon l’évolution comme il disait !

Les années passèrent, tour à tour mes enfants se mariaient, Auguste se maria en 1892 avec la sœur de la femme de Barthélémy il entrait donc aussi dans la famille Cloutour.

D’ailleurs mon fils avec son beau père prit la Cossonnière en métayage, j’allais y faire des journées, je pense qu’il avait pitié de ma situation précaire.

En 1895, Louis domestique au Girouard s’y maria avec une fille des Clouzeau et Eugène domestique à Sainte Flaive y maria une fille de la commune.

Pascal finit par partir aussi, toute seule moi qui avait eu 9 enfants. Cette solitude relative, car je voyais souvent et les uns et les autres, me pesait un peu, mais bon chacun faisait sa vie.

Moi je n’étais plus bonne à rien, pour les hommes j’étais trop vieille et mon amant occasionnel était parti rejoindre l’âme de ses ancêtres. Pour le travail, usée, percluse de douleur je n’étais embauchée que pour des taches ingrates et encore avec réticence. Mon fils Eugène me prit chez lui, ou plus tôt il vint habiter chez moi, sa femme la Flavie n’étais guère réjouie et me fit rapidement sentir que j’étais de trop. C’était un peu fort, j’étais chez moi et en plus je lui gardais ses deux petits, ingratitude quand tu nous tiens.

Puis vint la maladie, les derniers mois furent durs, je ne sortais plus. Mes filles Marie et Louise se relayaient à mon chevet, Flavie que j’avais mal jugée m’assistait également. Dans ma petite maison du bourg, je revis tous mes enfants, leurs petits gambadaient auprès de mon grabat, j’étais satisfaite, heureuse et je pouvais enfin rejoindre mon Aimé et mon François.

26 AOUT 1896

Une réflexion au sujet de « LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 8, le temps des départs »

  1. Bonjour j ai commencé à lire le journal d une vendéenne mais je me suis arrêtée au 3 épisode… Je n ai pas vu les autres publié… Comment pourrais-je les récupérer… Merci…

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