UNE VIE DE VENDÉEN, la dureté des temps

 

 

Malheureusement un drame frappa encore , François mon frère,  âgé seulement de 46 ans nous tira sa révérence, balayé qu’il fut en quelques jours par la maladie.

J’étais seul maintenant pour faire tourner notre métairie, nous étions trop pauvres pour engager des journaliers, alors les femmes et les garçons trimaient de concert avec moi.

Les plus petits furent gardés par la mère. Pour certains gros travaux la solidarité paysanne joua, le deuil était ressenti par tous,  tant la mort était encore présente dans notre bocage.

En fin d’année c’est ma mère que nous avons conduite en terre, encore un drame, décidément la Brunière serait marquée de nos larmes

Mais hélas il fallut se rendre à l’évidence je ne pus renouveler mon bail , notre belle famille se scinda, je me retrouvais à la Chabossière toujours sur La Chapelle, mais ma belle sœur et sa ribambelle de drôles s’en fut sur Julien des Landes où vivait sa mère. Tant d’années à nos cotés se fut un déchirement, ma bonne Marie fut inconsolable elle perdait comme sa moitié.

A la maison, la table se vidait peu à peu, les 4 aînés se placèrent comme domestique de ferme et ma petite trouva place comme servante. C’était le cursus classique d’un jeune paysan lorsque la terre familiale ne pouvait nourrir tout le monde.

Je surveillais tout ce petit monde car j’en étais encore responsable.

Mais la  situation ne devint  plus tenable et j’abandonnais la responsabilité du métayage en ne reconduisant pas le bail.  Je me louais comme journalier, nous avions encore déménagé et demeurions à la Rebelière. Inéluctable retour des choses nous étions de retour sur Sainte Foy. Par contre ma belle sœur Adèle qui avait su rebondir, prit la métairie de la Grivière avec ses garçons devenus hommes , mon petit François de 10 ans à peine s’y retrouva comme domestique.

Nous qui avions connu les grandes tablées,  se retrouver avec seulement deux garçons nous paraissait chose étrange. Notre temps était presque passé, la Vendée bougeait, le bocage changeait de visage, des haies étaient coupées, pour agrandir les parcelles. Le train arrivait maintenant et désenclavait le département .

En 1882 eut lieu le premier mariage de la famille, c’est Honorine qui commença la longue série, j’espère en voir beaucoup, elle se maria à Sainte Foy et le mari était bien entendu cultivateur, après la noce elle partit au Girouard fonder une nouvelle lignée. Mon Isaie était domestique à la Girardière, et le Théophile domestique à la Guérinière. Sacré retour des choses, il y était né et maintenant y travaillait, malheureusement pour lui il n’était pas le métayer.

De nouveaux mariages arrivèrent Isaïe se maria avec une fille Tessier et s’installa chez les beaux parents à la porte d’ Olonne, il n’était plus domestique mais gendre du patron.

Victor se maria avec Marie Louise Retail et s’installa avec nous, cela nous faisait un peu d’animation, bien sur de nouveau la promiscuité avec un jeune couple, comme autrefois avec mes parents je suis sur que nous les embarrassions.

La situation évolua rapidement et ils partirent sur Grosbreuil, toujours la mobilité pour le travail, s’en était fini des métayages qui se poursuivaient sur plusieurs générations. Heureusement il nous restait Aimé le petit dernier, il trimait dur maintenant, comme un homme.

J’avais des petits enfants, la lignée était assurée, le reste pour l’éducation,  les drôles feraient comme ils voudraient. Moi j’en étais resté au travail et aux taloches, teinté il est vrai par un peu d’école. Maintenant cela était obligatoire, même pour les filles, je me demandais bien qui allait garder les vaches et les oies.

J’ai 65 ans maintenant je suis fatigué, un coup de froid,

t’ as qu à pas dormir le cul nu me dit en rigolant la Marie. Certes j’aurai du mettre un caleçon, mais tout de même je m’inquiète. Nous sommes le 27 mai 1889, je me couche car je n’en peux plus, je tousse, je crache. Marie envoie Aimé chercher un docteur. Autrefois nous n’avions pas besoin de cet engeance, on guérissait ou on crevait.

Moi malgré la mine de circonstance du beau Monsieur je savais que c’était la fin. Marie fit venir le curé, alors là pour sur j’étais foutu.

Le 28 mes dernières forces m’abandonnent,

Je prends la main de ma fidèle compagne et je ferme les yeux.

FIN

Lire les trois épisodes précédents :  https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/26/une-vie-de-vendeen-le-demenagement/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/29/une-vie-de-vendeen-la-gueriniere/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/31/une-vie-de-vendeen-les-mariages/

2 réflexions au sujet de « UNE VIE DE VENDÉEN, la dureté des temps »

  1. merci pour ce récit, c’est tellement bien écrit que l’on a l’impression de vivre vraiment l’histoire, quel superbe témoignage qui nous fait revivre ce que beaucoup de nos ancêtres ont vécu, encore une fois bravo

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