UNE VIE DE VENDEEN, La Guérinière

 

Ma mère toujours amoureuse comme au premier jour, était dans la plénitude de sa beauté, ferme femme de 32 ans, sa poitrine n’avait pas été abîmée par de nombreuses tétées car elle n’avait enfanté que moi et mon frère en 12 ans

Grand mère Jeanne pour qui la maternité passait avant tout, faisait remarquer en grimaçant que la Louise devait être bien sèche et qu’elle plaignait mon père.

Mon grand père le vieux Pierre balayait le tout en se moquant des commentaires sarcastiques de Jeanne.

  • On voit bien que t’es sourde ma vieille, ne les entends tu point derrière leurs rideaux.
  • La Louise je suis sur est bien vaillante.
  • Tais toi donc vieux cochon.

Pour moi cette conversation c’est du charabia.

Même si Grosbreuil n’est pas très éloigné de Sainte Foy, j’ai quand même trouvé le voyage assez long, les chemins sont boueux et plein d’ornières, mais cette fois si, on aperçoit les toits de notre nouvelle ferme.

La guérinière est une métairie qui se trouve à la sortie de Sainte Foy sur les chemins qui mènent aux Sable d’Olonne et à la Parerie. Je ne sais pas trop ce qu’est une métairie, mais mon père en gueulant déclare que c’est un endroit ou tu te crèves pour engraisser un foutu bourgeois.

Mon frère plus vieux m’a expliqué que le métayage est un contrat passé devant notaire ou un des contractants fournit la terre et l’autre son labeur et qu’il en partage les fruits. Moi je veux bien mais je m’aperçois que les adultes qui m’entourent, triment plus que de raison et que la soupe n’est point grasse.

Ce contrat à ce que j’ai entendu a, été contracté par mon père avec la veuve Ruaud une propriétaire qui demeure à Sainte Foy. Mais j’aurai l’occasion de vous en reparler de cette chère dame.

Voila on est arrivé, une maison, une grange et un bâtiment pour les bêtes. Une grande cour qui va servir d’endroit au battage et un tas de fumier qui je trouve est bien près de la porte d’entrée, ça va encore puer.

On se précipite et tous nous faisons le tour de la propriété, mon père est fier d’avoir pu nous conduire en ce lieu, ce métayage est plus important que celui de Grosbreuil et il le voit comme une sorte de promotion sociale. Ma mère est fière de lui, mais les deux vieux râlent du travail qu’il va falloir se coltiner. L’oncle Pierre qui n’a rien à dire et qui bosse comme un damné sans rien en attendre au retour est plutôt circonspect. On verra bien se dit il.

Bien pendant que les adultes installent les meubles et leurs affaires moi je pars explorer l’environnement, sur qu’on va pas être embêtés, le bourg et son l’église sont à 1,7 kilomètres ainsi que la ferme de la Parerie. Le château de la Grossetière est un peu plus éloigné bien qu’en traversant les champs il ne faille guère de temps pour s’y rendre. Le hameau de l’élémière et son bois ainsi que la Proutière ne sont pas très loin également, je vais pouvoir me faire des camarades et peut être j’y rencontrerai des filles.

A coté de la maison se trouve un grand verger, comme à la Bittaudière va encore falloir partager les fruits avec la propriétaire. Mais comme elle ne sera pas sur place je pense que le père saura y faire.

Pour cette première exploration, je ne dépasse pas la pièce du Cormier et la lande aux Ouailles, je rentre vite à la maison car mon ventre crie famine.

Au bout de quelques jours, chacun a trouvé sa place, les parents dans la pièce principale avec leur grand lit clos de rideau de serge verte, les vieux ont pris place dans la pièce attenante, moitié chambre , moitié réserve. Malheureusement le lit que je partage avec mon frère se trouve juste à coté on va pas pouvoir faire les idiots, car la Jeanne va encore hurler.

L’oncle a décidé de porter ses hardes dans la grange, de toute façon je vais pas rester longtemps car je va trouver une drôlesses à marier et je m’en irai, répète t’ il à tout va.

De toute manière, l’exploitation n’est pas très grande et Pierre devra se louer pour d’autres.

La guérinière a environ 13 hectares cultivables, c’est beaucoup de boulot pour mon père et ma mère mais c’est à peine viable pour deux couples, et nous à la maison il y a les deux vieux. Certes grand père travaille presque comme un jeune mais tout de même cela va pas nous permettre de nous enrichir.

Les jours qui ont suivi l’installation mon père m’a emmené faire le tour du propriétaire, chaque champs a un nom, cela sonne à mes oreilles comme une douce mélopée, la pièce du puits, le verger, la pièce du Cormier, la lande aux ouailles, la petite tonnelle, le petit pâtis, la petite pointe, le petit pâtis des bodets, le champs Cornu, le petit pré du Clément.

Bien entendu toute la famille se retrouve à la messe dans l’église de Sainte Foy, moi j’aime pas trop, mais ma mère et ma grand mère sont des vraies grenouilles de bénitier, et monsieur le curé par si et monsieur le curé par là. Mon père et le grand père se rendent aussitôt la messe au cabaret pour boire un coup, mon oncle en célibataire cherche l’âme sœur, il faut dire qu’il a 27 ans et qu’il commence à avoir l’age, mais le problème c’est qu’il est sans le sous, alors pas facile.

Pour moi la vie est belle, j’aide à la ferme, les oies puis quelques moutons à faire paître au pâtis, quelle liberté la goule au vent, pas de curé ni de maître d’école, pas la vieille Jeanne ni sa mère pour lui demander d’effectuer un travail.

Je peux même espionner une petite bergère qui au pâtis reçoit pas mal de galants, bon en hiver c’est moins marrant.

Les années passèrent et en début d’année 1832, je remarquais que ma mère devenait de plus en plus grosse, bizarre, c’est mon frère qui en se foutant de moi me dit

  • mais tu vois donc pas qu’elle est pleine.
  • Comme la jument
  • oui idiot comme la jument

Je n’en reviens pas j allais avoir un petit frère, 8 ans après moi, je trouvais que cela fait une grosse différence d’age, en tout cas je n’en voulais pas dans mon lit.

Le 8 avril , la maison est en effervescence, je me retrouve dehors avec mon frère et le grand père, une femme du bourg est arrivée et a pris les choses en mains, le travail est long, on casse la croûte dans la grange et comme rien ne vient on s’endort dans la paille. Vers 3 heure du matin mon père fou de joie nous réveille. Ce n’est pas la peine c’est une pissouze qu’on appellera Marie Pélagie.

Le lendemain, mon père, son frère et le grand père se rendent à la mairie pour y déclarer la petite, Monsieur Pequin le maire prend la déclaration.

  • dit donc François tu veux pas devenir conseiller municipal.
  • Bah c’est que je ne sais pas lire Monsieur le maire.
  • Ce n’est rien tu feras comme je te dirais.
  • Réfléchi et on en reparle.

Mon père quand il discuta de cela à table était bien embarrassé mais quand même un peu flatté.

On baptisa la petite sœur le lendemain, ma mère n’avait pas le droit de se rendre à l’église elle était impure, je me demandais bien ce que cela veut dire. Le repas en était amélioré c’était l’avantage, Jeanne tordit le cou à quelques volailles. C’est bon, dire qu’on y a jamais droit, car ces foutus bestioles étaient seulement pour le marché.

Cette année la c’est aussi la chevauchée de la duchesse de Berry qui espérait devenir régente au nom de son fils le comte de Chambord, soulever de nouveau la Vendée rien que cela, elle échoua et dut arrêter, mon père comme les autres hommes du village ne décrocha pas son vieux fusil, ce temps là était révolu.

Mais le grand événement de l’année fut quand même le mariage de l’oncle Pierre, depuis que nous étions arrivés à Sainte Foy, il s’était mis en quête de l’âme sœur, au cours d’un bal il avait été charmé par une jeune fille dénommée Marie Désirée. Jolie prénom pour une femme que se nommer Désirée, en tout cas elle ne se fit pas désirée longtemps, et la chaleur d’une étable servit d’écrin à leurs amours. Mettre la charrue avant les bœufs était une bien bonne chose mais éviter d’être grosse en était une bonne aussi. Les dates du mariage furent fixées et le mardi 26 juin 1832 Pierre Martineau, et Marie Dulumeau furent unis pour le meilleur et pour le pire. La fête fut belle et dura deux jours.

J’eus l’occasion de siroter mes premier verres de piquette et de voler un baiser à une petite cousine, lors de ses grandes réunions, nous les mioches on était très peu surveillés.

Après la noce l’oncle prit ses hardes et s’installa au bourg, la Guérinière était trop petite pour supporter trois couples. L’oncle continua à venir travailler sur la métairie mais il fallut que le père le rémunère, il faut bien dire que les cadets travaillaient souvent comme des forcenés pour simplement avoir le gîte et le couvert.

Cela ne dura guère et Pierre se trouva de l’ouvrage chez un autre fermier.

Les travaux des champs occupaient la majeur partie du temps, mais il fallut que j’aille un peu à l’école pour y apprendre à lire et a écrire.

Certes l’hiver j’y étais pas plus mal qu’au cul des vaches, mais dès qu’il faisait meilleur, je tentais l’évasion et mon père me ramenait à l’école à coup de galoches au derrière.

C’était un injuste car lors des grands travaux agricoles il fallait que je reste à la ferme. Faudrait quand même savoir !!

Au début du mois d’août de l’année 1833, la vieille Jeanne se coucha pour ne plus se relever, j’étais à la fois triste et indifférent, triste parce que c’était ma grand mère et que je l’avait toujours connue et indifférent car elle était très dure et distribuait plus de taloches que de caresses.

 

Bref ce fut le branle bas de combat, les voisines, la famille, le curé, plus moyen d’être tranquille, elle partit en définitive le 2 août au matin, c’est ma mère qui lui ferma les yeux et avec quelques voisines  lui fit sa toilette des morts, je me demande bien pourquoi on lave des morts alors qu’on va les mettre en terre. D’autant plus que ma grand mère au niveau toilette, elle n’était guère pointilleuse.

Ce n’est pas mon père ou mon grand père qui allèrent à la mairie déclarer le décès, mais le frère de Jeanne, François Duret domestique à Saint Georges du Pointindoux et Pierre Boiliveaux, son neveu au même village. Le seul miroir de la maison fut voilé, l’eau qui se trouvait dans un broc fut jetée, ma mère prit un drap de lin dans le buffet et on recouvrit le corps décharné de ma grand mère. Un menuisier du village avec des planches fournies par mon père confection un cercueil car l’habitude commençait de se prendre de ne plus enterrer les corps à même le sol. Le grand père sarcastique émit l’opinion que sa Jeanne est pourrirait de même.

Le 3 août le cortège se mit en route pour l’église et le cimetière, il fallait pas traîner car la chaleur de ce mois d’Août aurait eut vite fait de transformer la dépouille vénérée en une charogne puante.

L’avantage si je puis dire de la disparition de la grand mère, fut de libérer une place dans la maison, le désavantage fut que le travail qu’elle abattait encore fut partagé entre tous. Cela ne fut pas tenable longtemps et mes parents recrutèrent deux servantes. Marie Chaillot 19 ans et Marie Dugaud 14 ans, servantes oui mais pas comme celles de notre propriétaire Mme Ruaud, les nôtres sont plutôt des domestiques de ferme. Quoi qu’il en soit cela changea mon quotidien et celui de mon frère, deux jeunes femmes en dehors de toutes parentelles dans la promiscuité de notre petite maison était une bénédicité pour deux adolescents.

Notre mère nous surveilla et calma nos pulsions par quelques gifles bien senties, le grand père était aussi tout émoustillé et suivait les drôlesses pas à pas.

Les années passèrent, je devenais un adolescent assez éveillé je maîtrisais bon nombre de travaux agricoles mais je savais aussi signer de mon nom.

En janvier 1836 mon grand père Pierre cassa sa pipe j’en fut affecté j’aimais bien ses histoires de gaudriole et d’épopée de la grande guerre Vendéenne, c’était un monde qui partait. Pierre le demi frère de mon père demeurait au Girouard, il vint à l’enterrement avec sa famille. Ma cousine Marie était fort mignonne et je la mirais pendant toute la messe. Après la mise en terre on fit collation et le vin délia les langues.

Pour lire le premier épisode : https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/10/26/une-vie-de-vendeen-le-demenagement/

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