LE MANOUVRIER DE THIERCELIEUX ÉPISODE 3

 

Le groupe pénètre dans la maison, et François offre le coup, la piquette briarde n’est pas de qualité mais hospitalité oblige. Puis la conversation s’engage sur la nouvelle qui est arrivée depuis quelques jours à Montolivet et qui se repend dans les campagnes.

Louis Goutte l’aubergiste est au courant de tout.

  • Savez vous qu’on a coupé le col à l’autrichienne.
  • Pas vrai enfin….
  • Oui la catin royale a perdu de sa fierté
  • La tête de  » l’autre chienne  » a roulé dans le son.

Chacun renchérit sur les épithètes ignominieux mais tout de même attenter à la majesté royale n’est pas sacrilège. Le notaire fait cesser la discussion.

  • On va quand même pas danser la carmagnole à Thiercelieux.
  • Poursuivons cet inventaire et finissons au plus vite je suis attendu à Chalendon pour un testament.

Degraimberg commença par l’élément central de tous les intérieurs paysans et se dirigea vers la cheminée.

François y revit sa femme assise près de l’âtre se tuant les yeux à la lueur d’une faible chandelle pour raccommoder un pantalon antédiluvien et usé jusqu’à la trame.

Elle savait y faire Marie Jeanne pour redonner vie à des objets moribonds, quel bonheur que cette rencontre il y a bientôt 25 ans dans une noce au village du Vézier ( Marne ) d’où elle était originaire.

Une crémaillée, une pelle à feu, une paire de pincette, un chenet, une grille, une brochette, un rable ( tisonnier ), le tout en fer et ayant une valeur approximative de 12 livres.

Marie Jeanne penchée devant la cheminée et tisonnant les braises, quelle vision hiératique lorsqu’il rentrait épuisé de son labeur. Lorsqu’ils étaient arrivés dans cette maison elle était, étant née en 1742 au zénith de sa beauté. Les souvenirs défilent, chaque objet rappelle celle qui n’est plus.

Le notaire prend en main l’étouffoir à four le soupèse et l’estime à 6 livres. ( Petit appareil en forme de cloche, destiné à couvrir les braises restant dans le fourneau pour en arrêter la combustion ).

Marie Jeanne Martinez la défunte femme de François aimait cuisiner, oh bien sur c’était une cuisine de pauvres, soupe, ragoût, pain, lait fromage de brie, un peu de cochon le dimanche, quelques fois du mouton. La maîtresse de maison utilisait pour cela des ustensiles en cuivre jaune.

Un petit chaudron toujours dans l’âtre, un poêlon, une passoire, une bassinoire, une tasse et une timbale. Ces objets emprunts de nostalgie sont évalués à 14 livres.

François avait ramené le poêlon d’une foire à Coulommiers, le reste venait de succession, objets dérisoires que les générations se transmettaient le plus souvent de mère en fille. Constitution de dot, héritage, le tout formait le bagage de tous les ménages.

Certes il n’y avait pas que du cuivre , la chaudière , la marmite et son couvercle et la poêle était en fer, cela ne valait guère que 6 livres.

Sur l’évier est posé un ensemble de vaisselle en étain, matière de pauvres, le notaire l’estime au poids. Il y en a pour 16 livres et la vaisselle d’étain est estimée 20 sols la livre, en voilà donc pour une somme de 16 livres.

La pièce est encombrée, un seau et un baquet en fer sont posés dans un coin. Le seau sert évidement à puiser de l’eau au puits, quelle corvée pour les femmes où les enfants, alors on faisait attention, point de gaspillage sinon les taloches volaient.

Le baquet avait de multiples usages, la toilette d’abord, au point trop souvent, les mains qui étaient couvertes de terre, un peu le visage, un débarbouillage tout au plus, pour le reste dans ses pièces où souvent plusieurs générations se côtoyaient et où l’ exiguïté était flagrante se montrer nu pour se laver était impensable.

Marie Jeanne le faisait parfois, elle envoyait ses enfants au labeur en extérieur et ne tolérait pas même son mari qui pourtant était preneur d’un tel spectacle intime.

Le seau et le baquet malgré le peu de valeur 1 livres 10 sols furent consignés.

Le long du mur , un couperet, une serpe, deux cognées, une scie, une palette à boulanger et un pique pour une valeur de 10 livres. Objets domestiques indispensables pour des paysans.

Sur un meuble une lampe de cuivre et sa crémaillée de fer ainsi qu’un chandelier de fer, valeur 2 livres 15 sols. Au vrai on faisait attention à l’éclairage cela coûtait alors on vivait avec le soleil.

Mais les longues soirées d’hiver où les travaux agraires sont ralentis, laissent tout de même place à des activités sociales, les voisins venaient pour causer, travailler à leurs ouvrages, écaler les noix, les châtaignes, confectionner des plateaux de fromages, tisser, se raconter les potins et se faire peur avec des histoires sorties de la nuit des temps.

Le notaire soupèse maintenant la table et examine le fil du bois, comme le banc c’est du chêne, fabrication artisanale avec du bois de la forêt de Montolivet. Là aussi cela vaut une misère 4 livres, mais que de souvenirs.

Marie Jeanne assise en bout de table lapant sa soupe à sa gauche l’aînée des fille Marie Anne née en 1770 à Montmirail puis la petite née dans la maison en 1773 et enfin à coté du père le seul garçon né en 1778 et que l’on a nommé François Joseph.

Le couple aurait dû avoir une troisième fille mais elle n’avait vécu que 12 jours, c’était ainsi,ils avaient payé leur tribut à la lourde mortalité infantile. François croisait les doigts pour ne point voir disparaître un autre de ses enfants . Quatre enfants en 17 ans de mariage n’était pas une grosse performance, mais faire des gosses c’est facile mais les nourrir c’est une autre chose.

On faisait donc attention, Marie Jeanne laissait les enfants à la mamelle le plus longtemps possible respectait les périodes d’abstinences préconisées par Monsieur le curé et François quand il le pouvait sautait de la charrette en marche.

L’ objet qu’affectionne particulièrement François c’est la huche, symbole de la vie le pain y est a l’abri dans ce réceptacle de noyer que le notaire estime à 12 livres, soit trois fois plus que la table et le banc.

En face une commode en forme d’armoire, avec deux tiroirs c’est un meuble briard d’environ 1 m 50 de haut de couleur sombre il est en érable. On l’ouvre et on y trouve les habits et le linge du couple Blanchet, donc hors succession.

La maison si petite soit elle ne manque pas de meubles, une grande armoire avec 2 battants d’une valeur de 60 livres, avec à l’intérieur le trésor de Marie Jeanne et en général de toutes les femmes.

François n’en avait que foutre mais ces 6 draps de grosses toiles, ces 6 nappes de même matière, ces 2 essuie- mains et ces 2 serviettes ainsi que 25 livres de fils écru représentaient le comble de l’aisance pour sa femme. Le notaire estime l’ensemble à 80 livres.

Le notaire s’octroie une courte pause et sort sa blague à tabac.

Voir les deux épisodes précédents :

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/16/le-manouvrier-de-thiercelieux-episode-2/

https://pascaltramaux.wordpress.com/2018/04/13/le-metayer-de-thiercelieux/

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