LA MORTE DU GUIGNIER

Registre paroissial de Vimarcé département de la Mayenne

En ce vendredi 29 juin de l’an de grâce 1781 sous le règne du bon roi Louis XVI à Vimarcé il faisait déjà une chaleur épouvantable et ce malgré l’heure matinale.

Il était donc entre sept heures et huit heures du matin préparant ma journée quand j’ai entendu s’ouvrir à grand fracas la porte de mon église Saint Jean Baptiste. Me retournant je vis le petit Pierre Chauveau, domestique à la métairie du Coudray.

  • Mon père vite ,une femme est mourante à la Coudray, elle est tombée d’un arbre.
  • Tu es sur qu’elle est encore en vie.
  • J’sais pas mon père.
  • Bon d’accord j’y vais aide moi.

Avec l’aide de Pierre je revêtis mon étole, le surplis et je me munis des saintes huiles. Heureusement la métairie n’était qu’à quelques encablures. Je me mis à courir en essayant de ne pas me prendre dans ma robe mais malheureusement  sur place   je me rendis compte que la mourante était passée.

Elle se trouvait assise près d’une chaise à proximité d’un guignier et avec certitude je ne put que constater le décès.

Je reconnus de suite Anne Couesnon la femme au René Hullot le tisserand du hameau de La Motte en cette paroisse.

Un attroupement s’était formé,  les sœurs Touchard, Marie et Scholastique , 20 et 15 ans et qui demeuraient au village de Dorigny commune de Saint Pierre La Cour chez leur mère racontaient à tous que la femme Couesnon était tombée du guignier. Elles précisèrent même que cette dernière était tombée sur l’estomac. La suite de leur récit m’apprit qu’avec l’aide de Pierre Chauveau qui travaillait dans le champs voisin elles portèrent secours à la malheureuse et que l’ayant assise avec les deux sœurs, Pierre s’en alla prévenir François Turneau son maître et laboureur de la terre du Coudray.

François constata comme moi que la dite Anne était fort mal en point mais m’envoya tout de même quérir.

On décida bientôt de porter le corps à l’église où il resterai  jusqu’au lendemain. Non de non pourquoi ai je accepté qu’elle soit transportée à l’église et non chez elle, certes la maison de Dieu était plus près. Après bien des palabres, j’ordonnais aux hommes présents d’installer la défunte sur une charrette de la ferme du Coudray.

– Mon père il faut se hâter, elle a le cou tout raide.

Effectivement à force de parler la rigidité cadavérique s’installait doucement dans le corps sans vie.

Dans mon église je l’installais dans une chapelle et je la fis veiller. J’envoyais prévenir le mari, mais mon messager revint pour me dire que ce dernier serait absent plusieurs jours.

 

Le lendemain,  samedi 30 juin, lorsque je pénétrais  dans le saint édifice  force était de constater qu’Anne commençait à sentir mauvais et qu’il ne faudrait pas traîner pour la porter en terre. En l’absence de toute famille je devais réunir une sorte de conseil pour prendre la décision de la porter en terre.

Cette réunion composée de François Turneau, Pierre Chauveau, le père Julien un bordager de la commune, Jacques Gautier, garçon domestique et Jacques Richelieu me requit pour inhumer la morte en le cimetière de la commune et ce le plus rapidement possible.

Un fossoyeur creusa un trou en toute hâte et il fallut trouver un drap pour former un linceul, le mari rembourserait plus tard.

La chaleur était suffocante et la putréfaction s’annonçait rapide. Je n’avais jamais vu une telle rapidité dans le pourrissement des chairs.

Pas le temps de construire une bière, je la fis porter au cimetière recouverte de son voile, brinquebalée par une haquenée rétive. Un petit cortège me suivait et la mise en terre fut décente.

En présence du sieur Pierre Barré, de Jean Minnier maréchal de ce bourg, des sœurs Touchard et des requérants je portais en terre le corps de l’infortunée cueilleuse de cerises.

Ainsi va la vie, le mari en rentrant de son voyage ne trouva point sa femme chez lui mais sise sous un petit monticule de terre point encore tassé.

Ce petit fait divers raconte le quotidien d’une paroisse et nous en montre les acteurs,un curé, un laboureur ayant un domestique, deux jeunes filles, un bordager, un sieur et un maréchal, tous paroissiens d’endroits différents.

On remarque l’empressement à se débarrasser du corps, à peine 24 heures après le décès. Le curé signalant déjà les mauvaises odeurs dues à la putréfaction ce qui n’est pas banal dans un acte de décès . Pourquoi un tel empressement et pourquoi le mentionner alors que la plupart du temps les corps sont enterrés le jour même ou au pire le lendemain ? Signalons aussi l’absence du mari et de toute famille et la formation d’une sorte de conseil qui demande expressément au curé de pratiquer l’inhumation.

 

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