LES CURÉS D’AUTREFOIS

Une église Seine et Marnaise

 

Le curé de village dans la société paysanne occupait une position centrale dans la communauté.

Installé dans sa cure ou son presbytère à l’ombre de l’église il était le personnage phare, celui que tout le monde connaissait et saluait avec déférence.

Sa tenue le distinguait car il portait soutane noire, était normalement tonsuré et ne devait point porter perruque.

Il avait un niveau de culture bien supérieur à l’ensemble des paroissiens car rappelons le le temps des curés ignares était bien passé au 18ème siècle.

Il avait en général côtoyé une école secondaire puis le grand séminaire. Certain par goût , par capacité ou par moyen était même docteur en théologie et avait fréquenté les doctes universités.

Bien évidement il parlait couramment une deuxième langue à savoir le latin, cette dernière bien que chantante n’était point comprise par les paroissiens.

La plupart du temps il était de la région, ce qui était très utile pour en connaître le patois et les us et coutumes .

Il était rarement très jeune car pour être prêtre l’âge requis était de 25 ans, ensuite il fallait trouver une cure disponible et s’y faire nommer. Entre la sortie du séminaire et l’attribution d’une paroisse les années pouvaient être fort longues. Les non pourvus devenaient vicaire dans le meilleur des cas, c’est à dire remplaçant ou adjoint d’un curé en place.

Pour parvenir à la prêtrise il fallait de nombreuses années d’étude et en ce temps seule une situation professionnelle aisée des parents pouvait le permettre.

Les curés ne venaient donc que très rarement des milieux défavorisés.

Ce dernier était rétribué au moyen de la dîme, s’ il ne la percevait pas lui même il en recevait une partie que l’on nommait portion congrue.

Je m’explique:  il existait deux types de paroisse celle dite bénéficiaire et celle à portion congrue.

Dans le premier cas, le curé exploitait son temporel et sa dîme lui même, soit en exploitant sa terre lui même ou en la louant à un fermier. Il était de facto un propriétaire qui exploitait sa terre .

Le décimateur primitif ayant abandonné au profit du curé la perception de cet impôt.

Dans l’autre cas le décimateur versait une somme au curé que l’on nommait portion congrue, ce personnage était bien évidement un haut dignitaire, Évêque, Abbé, Chapitre et Chanoines.

Cet impôt appelé aussi la décime portait sur le dixième de la récolte, mais comme on peut s’en douter entre la théorie et la réalité le pas était immense. En vérité l’anarchie était totale , pas une province n’avait le même pourcentage, pas un diocèse n’utilisait les mêmes bases, aucune commune ne payait pareil et comble de l’iniquité les taux étaient variable pour une même paroisse.

Le curé avait-il les moyens de vivre de sa portion, il semblerait que oui car même si il devait en garder une part pour ses pauvres cette somme était largement supérieure à ce que pouvait gagner un laboureur.

Il n’avait pas charge de famille et en plus percevait le casuel qui si la paroisse était importante pouvait être un complément fort intéressant.

Le casuel était l’argent collecté aux offices, aux enterrement, aux baptêmes etc.

Un curé bénéficiaire était il plus riche que celui soumit à portion congrue ? cela était aussi très variable, mais il est avéré que cette portion congrue n’était pas si mince et que le curé qui la percevait n’était pas si pauvre.

De plus le curé pouvait posséder des biens en propre et les faire fructifier.

Pour conclure notre homme en noir se plaçait certainement parmi les notables du village.

Laissons maintenant ces contingences matérielles somme toute très variables et concentrons nous sur le quotidiens de ces acteurs de la vie villageoise.

On a vu qu’il habitait au presbytère quand le village en possédait un et  il avait une servante qui ne devait pas avoir moins de 50 ans.

Son activité maîtresse était évidement la célébration de la messe et il pouvait y en avoir une palanquée.

Au cours de ces messes il célébrait évidement l’eucharistie, mais prêchait la parole divine, tout cela dans un latin parfait et codifier par la haute autorité.

Une partie de la cérémonie s’adressait en la langue du village , le curé sermonnait ses ouailles, les sujets étaient variés, respect des coutumes, des lois, de l’autorité, de l’orthodoxie religieuse, mais aussi des bonnes mœurs. En bref il se mêlait de tout et était un rouage intermédiaire entre l’autorité royale et les villageois.

Au prône il lisait en effet les édits et les ordonnances royales

Le curé lançait aussi des monitoires qui étaient comme des appels à témoins pour des crimes ou des délits.

Notre bon prêtre ne chômait guère, entre les baptêmes, les relevailles, les mariages, l’extrême onction, les enterrements, les messes, les célébrations de fêtes religieuses, les jubilés, les visites pastorales.

Il avait aussi vocation à aider les pauvres, faire le catéchisme et aussi parfois l’exorciste . Il lui arrivait aussi à l’occasion d’être maître d’école.

Et puis évidement l’occupation qui nous intéresse le plus en tant que généalogiste est la tenue des registres de catholicité. En effet comme chacun le sait l’ordonnance royale de Villers-Cotterets en 1539 ordonnait au curé de tenir une sorte d’état civil, registre en 2 exemplaires, l’un au village, l’autre au greffe de la sénéchaussée ou au greffe du bailliage.

Il pouvait aussi à l’occasion recevoir le testament d’un moribond si le temps pressait ou qu’aucun notaire ne se trouvait disponible.

Nos bons curés attentifs à la bonne marche du village se mêlaient aussi de la vie privée de ses paroissiens qu’ils recevaient au confessionnal.

Les mères qui tardaient à faire abandonner le sein à leur marmot sous prétexte de retarder une nouvelle maternité, les demoiselles un peu légères, celles qui tardaient à avoir enfants recevaient une sévère algarade.

Nos curés éclairés diffusaient parfois des idées nouvelles en termes d’agriculture, de botanique ou d’alimentation.

Voila pour ce tableau certainement incomplet et sommaire des occupations de nos curés d’ancien régime.

Complètement intégrés, respectés et voir aimés par les paroissiens, ils furent des acteurs majeurs de la société d’autrefois.

Une réflexion au sujet de « LES CURÉS D’AUTREFOIS »

  1. Bonjour, Très beau billet avec lequel j’ai beaucoup appris : casuel, monitoire, portion congrue ou bénéficiaire….Instructif, complet…J’en redemande !
    Bonne continuation,
    @Girondegenea (Murielle)

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