LE RÔLE D’ÉQUIPAGE DE LA  »BRETONNE  » OU LES NOUVEAUX CONVERTIS DE LA ROCHELLE

Le havre de La Rochelle

 

A l’abri dans le havre, les marin de la  » Bretonne  » s’affairaient au départ. Le travail était rude car le chargement de la cargaison était important, principalement de l’eau de vie de xaintonge mais aussi du sel . Ce dernier acheté au havre de Brouage avait été déchargé depuis la anse de chef de baie par des petites barques qui pénétraient plus aisément dans le vieux port de La Rochelle . La tendance naturelle à l’envasement avait été accentuée par la construction de la digue Richelieu et sa destruction imparfaite.

La  » Bretonne  » navire de taille moyenne attendrait une bonne marée pour s’extraire du chenal.

Si les matelot trimaient et suaient sang et eau le capitaine Abel Ruelle gueulait à pleins poumons pour faire accélérer ses hommes.

Malgré ses 28 ans, le jeune capitaine était fort expérimenté et très respecté dans le monde fermé des marins. Ayant commencé comme pilote dans les eaux pernicieuses des pertuis, il avait acquis un savoir qui lui permettait maintenant d’obtenir des commandements pour des voyages à travers l’Atlantique.

Abel vivait dans la paroisse Saint Sauveur avec sa femme Magdeleine Deloze, ce quartier tourné vers la mer abritait de nombreux marins .

Le capitaine attendait son second pour pouvoir aller rejoindre son épouse avant le grand départ. On ne pouvait laisser les matelots sans surveillance.

Justement Samuel Miot, 32 ans pilote et second du navire sortait de chez lui. Il n’avait guère de chemin à faire car le quartier Saint Jean du Perrot n’était qu’à une encablure du quai.

Ils se passèrent les consignes, Abel avait confiance en cet homme qui outre son professionnalisme sans faille était aussi son beau frère.

Capable aussi de diriger les manœuvres, Nicolas Texier contremaître, un vieux loup de mer de 56 ans originaire de La Tremblade, les cheveux noirs, le teint halé, le visage raviné par de nombreuses rides, il ressemblait à un pirate Maure . Chacun se méfiait dans les tavernes de sa poigne vigoureuse.

Devisant avec Jean Chevalier ils arrivaient de concert pour s’embarquer.

Jean était tonnelier, profession éminemment stratégique à bord où tout ce qui était périssable se transportait dans des tonneaux, il avait lui aussi de nombreuses années de navigation et ses 55 ans ne lui pesaient encore pas trop.

Lui aussi était de la paroisse Saint Jean du Perrot sa femme Anne Christoleau s’occupait de leur nombreuse progéniture . Très proche de la famille Ruelle, le frère du capitaine avait même été le parrain de sa fille Anne .

Samuel Bineau nouveau converti de la paroisse de Ruffec âgé de 20 ans et André Chevalier également fraîchement converti de La Tremblade et âgé de 37 ans chargeaient des barriques sur le navire.

Jean Depat matelot de 22 ans également nouveau converti était de la paroisse d’Esnandes de taille moyenne, il était en train de vérifier une voile.

Outre le fait qu’ils étaient tous les six habitués à naviguer ensemble, un point commun les rassemblait, ils avaient les mêmes convictions religieuses.

Leurs croyances étaient jusqu’à très peu de temps celle des protestants, mais sous la pression du roi soleil et de ses sbires ils avaient abjuré et étaient devenus des nouveaux convertis.

Bien évidement leur foi était toujours la même mais ne pouvant fuir comme beaucoup ils avaient longtemps fait face et résisté aux persécutions multiples et variées.

Mais quand l’édit de Fontainebleau de 1685 avait annulé le fameux édit de Nantes il fut très difficile même en se cachant de résister à l’oppression.

Abel et les siens résistèrent courageusement mais vint le temps des dragonnades et tous abjurèrent pour que l’odieuse occupation de la soldatesque cesse enfin.

Les nouveaux catholiques se coulèrent dans le moule de la religion catholique apostolique et romaine poussant même le manichéisme à venir écouter les prêches du grand Fénelon. Ceci fait ils s’abstenaient de l’eucharistie et de toutes communions .

A bord entre soi il était en théorie plus facile de lire les psaumes mais le problème était de composer un équipage entièrement dévoué au calvinisme.

Malheureusement en ce mois de février 1687 ce n’était pas le cas car les autres membres de l’équipage étaient tous de foutus papistes.

Nicolas Téronneau le charpentier était un catholique ancien de La Rochelle, âgé de 23 ans, brun et petit il était bon dans son travail mais dans le quartier Nicolas sa réputation de curaillon le précédait il fallait donc s’en méfier.

François Cossaud de la paroisse de Saint Nicolas était un ancien catholique de La Rochelle, 35 ans surnommé le rouquin, il était peu connu par Abel, il faudrait par conséquent faire attention.

Jean Rossé, 22 ans petit le poil noir venait de Saint George d’ Oléron et se disait catholique de tout temps pour bien se démarquer des fraîchement convertis .

Le petit mousse de 16 ans nommé Pierre Gautre de la paroisse Saint Jean du Perrot et voisin de Samuel Miot était également un papiste de tous temps.

Il faut dire qu’à La Rochelle protestants et catholiques se côtoyaient journellement.

Le dernier membre d’équipage inconnu de tous et dont les convictions religieuses n’étaient point connues du capitaine était aussi d’Oléron mais de la paroisse de Saint Denis.

Le bateau avec ses membres d’équipages aux opinions bien divers fut bientôt près et appareilla pour Plaisance ( Terre Neuve ) . Les cales pleines de sel et d’eaux de vie, il reviendrai chargé des morues pêchées sur les bancs de terre neuve par une importante flottille de pêche.

 

Port de La Rochelle,  18ème siècle tableau Horace Vernet

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