ÉTUDE SUR L’ALPHABÉTISATION D’UNE FAMILLE PAYSANNE

Aujourd’hui je vais répondre à une question que je me suis toujours posée, mes ancêtres savaient ils lire et écrire?

Vaste question et comment la poser.

La meilleure façon de procéder et d’ailleurs la seule que j’ai trouvée est de parcourir l’ensemble des actes de mariage de mes aïeuls.

La signature et quelques fois la mention sachant lire et écrire me permet de me faire une petite idée de l’alphabétisation des membres ascendants de mon arbre.

Mais une signature représente quel niveau exact d’alphabétisation ? en sachant qu’un enfant est capable de reproduire quelques lettres, bien avant de savoir réellement lire ou écrire.

Elle correspond au stade élémentaire mais comme en général nous ne possédons aucun autre élément, nous allons quand même nous en servir pour analyser le niveau de mes ancêtres en sachant que ces données cachent des paraphes de quasi analphabètes avec des signatures d’alphabétisés complets.

Il n’est que de regarder la graphie hésitante de certains ou certaines.

Les données nationales donnent pour la veille de la révolution une alphabétisation de 47 % pour les hommes et de 27 % pour les femmes. Vers 1875 la moyenne sera de 78% et 66%.

Mes ancêtres entreront ils dans ces moyennes ?

Pour faire simple l’école n’est obligatoire, gratuite et laïc que depuis les lois de Monsieur Jules Ferry de 1881-1882.

Avant des ordonnances comme celles qu’avait promulguées Louis XVIII, avaient tenté de relever le niveau. Mais ces ouvertures d’écoles préconisées avaient fait un flop .

Les lois Guizot de 1833 et 1836 marquèrent quand à elles un vrai tournant dans l’alphabétisation du peuple Français.

En 1833 chaque village de plus de 500 habitants devait ouvrir une école de garçons puis en 1836 les villages volontaires ouvrir une école pour les filles.

Puis en 1850 la loi Falloux obligea les villages de plus de 800 habitants à ouvrir une école pour filles.

Voila pour les lois, entrons maintenant dans le vif du sujet.

Tous mes ancêtres sans exception sont des travailleurs de la terre et à quelques exceptions des Briards pure sang.

Mes parents nés en 1924 et 1927 en Seine et Marne sont de la génération certif et maîtrisent les règles de base. Il n’en était pas de même pour tous les membres des fratries et j’ai un oncle qui avant le 2ème guerre mondiale n’allait que fort peu à l’école.

Mes grand parents nés entre 1889 et 1892 savaient lire et écrire et ont fréquenté les écoles toutes neuves de monsieur Ferry. Au bien sur, l’école n’en doutons pas était encore concurrencée par les travaux des champs et mes grands parents maîtrisaient mieux les instruments aratoires que les pleins et les déliés.

Parlons de la génération de mes arrières grands parents, j’en ai 7 ( et oui une fille mère ), ils sont issus de milieu très modeste, manouvrier, charretier et domestique.

Aucun n’est propriétaire de terre et ils sont tous du département de Seine et Marne.

Leur date de naissance s’échelonne entre 1845 et 1873, ils ont donc bénéficié des lois Guizot et Falloux et savent malgré leur échelon bas dans la société lire et écrire.

Avec ses 100% ma famille pourtant modeste est largement au dessus de la moyenne nationale, sûrement en rapport avec la proximité de la capitale.

Les choses se gâtent un peu à la 5ème génération celle de mes arrières arrières grands parents.

Ils sont 14 et 4 échappent maintenant à l’alphabétisation.

Les hommes et les femmes sont à égalité et là aussi nous sommes en présence de gens de rien, car mes 2 analphabètes hommes sont charretiers et manouvriers.

Les années de naissance s’échelonnent entre 1815 et 1849.

Sur les 4 ne sachant point les rudiments, 2 ont passé leur enfance avant les lois Guizot et les 2 autres après.

Le tournant à lieu à la génération 6 où mes ancêtres sont nés entre 1764 et 1820.

Sur les 25, ils sont 9 à maîtriser l’écriture et la lecture ou pour le moins une signature.

16 d’entre eux en sont incapables soit 64%.

Sur les 16 une forte majorité féminine car 11 sont des femmes soit une moyenne de 68,75%.

Sur l’ensemble, 4 ont passé leur petite enfance avant la révolution, 4 pendant la révolution, 9 sous l’empire et 8 sous la Restauration.

Ce qui donne la répartition suivante

16% ont grandi avant la révolution.

16% ont grandi pendant la révolution.

36% ont grandi pendant l’empire

32%ont grandit pendant la restauration

Sur les 16 qui ne sont pas alphabétisés la répartition se fait comme suit

3 avant la révolution soit 18,75%.

2 pendant la révolution soit 12,5%.

5 pendant l’empire soit 31,25%.

6 pendant la Restauration soit 37,5%.

Pour conclure 75% de ceux qui ont grandi avant la révolution sont analphabètes, 50% pour la période révolutionnaire, 55% pour la période Napoléonienne et 75% pour nos rois Bourbon.

On peut en conclure que notre grand empereur ne s’est guère préoccupé de ses chères petites têtes blondes et qu’un peuple qui réfléchit est sans doute un peuple qui désobéit.

 

Signature de Jean Baptiste PERRIN,  1733-1782, Vannier.

Continuons l’analyse pour ma génération 7, ou la quasi totalité de mes 49 ancêtres sont nés au 18ème siècle.

La proportion d’analphabètes augmente considérablement, car 31 ne savent pas signer soit un total de 63%.

36% d’hommes

26% de femmes

Donc des chiffres un peu en retrait par rapport à la moyenne nationale qui est rappelons le de 47% et 27%.

Mes ancêtres en cette fin de 18ème siècle et à la veille de la révolution sont donc un peu en dessous de la moyenne.

Ils sont pour 45 d’entre eux originaires de la Brie Champenoise, laitière ou Montoise. Mes deux ancêtres belges savent écrire et lire . Mes 2 aïeux Morvandiaux n’ont pas quand à eux été touchés par la grâce de l’éducation.

Parlons maintenant un peu des professions, tous sont des travailleurs agricoles avec quelques petites nuances.

Mes 3 vignerons et leur compagne ( fille de vigneron ) savent lire et écrire.

2 couples de laboureurs également ( fille également de laboureur )

Une domestique et une lingère maîtrisent la signature, alors qu’une servante de ferme ne signe point.

J’ai également un maçon et un compagnon tuilier qui vivant à la campagne ne sont pas des travailleurs de la terre et possèdent la connaissance de l’écriture.

Mon ancêtre charron dans la Marne signe d’une belle écriture l’ensemble des actes de sa vie.

Les plus mauvais résultats sont on s’en serait douter du coté des manouvriers ou journaliers, hommes et femmes car seuls 7 sur 30 environ maîtrisent la signature sur leur acte de mariage.

La palme ( pas académique ) revenant à mes 4 bergers dont aucun ne possède l’art de signer.

Concluons par le fait que nos prolétaires de la terre sont en cette fin de siècle des lumières bien loin de la posséder. Seuls les paysans spécialisés, tuiliers, maçons, charrons, vignerons et bien entendu les laboureurs s’en tirent un peu mieux.

Chez les femmes, les filles de ces paysans  » instruits  » le sont en général aussi. Mes quelques domestiques femme au contact de leur maître ont peut être appris quelques rudiments.

Pour finir, toute génération confondue, la pauvreté, l’importance de la main d’œuvre infantile dans le milieu du travail et la transmission orale du savoir avant les lois salvatrices empêchaient le peuple d’accéder à un minimum de culture.

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