DÉCLARER SON NOIR OU SON MULÂTRE

 

En cette année 1777, le bon roi Louis XVI né au siècle des lumières n’en était guère éclairé.

Ce débonnaire serrurier, mauvais amant, mauvais roi édicta une ordonnance quelque peu ignominieuse.

Sous la pression des esclavagistes des colonies qui voyaient leur cheptel fondre et partir les meilleurs de leurs bons nègres au service des français qui rentraient à la métropole, il décida en date de 9 août 1777 de légiférer .

Ce décret raciste s’il en fut, interdisait l’entrée dans le royaume de tous nouveaux noirs, mulâtres ou autres gens de couleur.

« le nombre des noirs s’y est tellement multiplié, par la facilité de la communication de l’Amérique avec la France, qu’on enlève journellement aux colonies cette portion d’hommes la plus nécessaire pour la culture des terres, en même temps que leur séjour dans les villes de notre royaume, surtout dans la capitale, y cause les plus grands désordres ; et, lorsqu’ils retournent dans les colonies, ils y portent l’esprit d’indépendance et d’indocilité, et y deviennent plus nuisibles qu’utiles. »

Le 5 avril 1778 l’interdiction de mariage entre noirs, mulâtres ou autres gens de couleur avec une femme blanche ou vis versa compléta l’ignominie.

Si ce texte satisfaisait quelques planteurs et lobbyistes, il horrifia les encyclopédistes, les nobles aux idées avancées et plus simplement les maîtres possédants comme domestiques couturières des gens de couleur venant des îles .

Le chevalier de Garat capitaine au régiment de Cambresis possédait le sien, alors qu’il tenait garnison en l’Isle Maurice il prit à son service un jeune mulâtre de 13 ans nommé Pierre Monique et fils d’Antoine et de Marguerite Magneva. De mère Indienne  le jeune garçon devint domestique du chevalier.

Lors de son retour à la métropole il ramena l’enfant pour le servir à bord du vaisseau de la compagnie des Indes le  » Condé  » qui effectuait la traversée sous le commandement de Nicolas Grout de Bellesme. Nous étions en janvier 1764 lorsque le chevalier Garat et le petit Mulâtre accostèrent au port de Lorient.

Originaire de la Haute Vienne Garat s’installa en son château de Nedde . Noble éclairé il instruisit Pierre et le transforma en bon chrétien.

Il l’était sans doute déjà car baptisé en l’église de port Maurice.

Passée la première curiosité l’enfant grandit serein au service de son maître.

Bon domestique, bon chrétien, sachant lire et écrire, il devint bon mari le 30 janvier 1776 en épousant une jeune fille blanche nommé Gabrielle Gery.

Le curé ne se regimba pas car aucune interdiction canonique empêchait les mariages mixtes. La population du village fut quand même un peu surprise que le bon sauvage du chevalier obtint un si beau parti mais ils s’y firent .

Hors donc quand l’édit du roi tomba, tous furent embêtés et le chevalier bien plus que tous.

Ils n’étaient absolument pas question que Pierre Monique fut reconduit à l’île Maurice.

Il était parfaitement intégré et ne causait aucun trouble comme pouvait le laisser entendre le contenu de l’édit royal.

Il fallut toutefois se plier à la déclaration ce que fit le chevalier Garat au siège de l’Amirauté dont il dépendait à savoir celle de La Rochelle.

Le 12 septembre 1777 Pierre Monique Mulâtre de L’île Maurice fut donc déclaré par son maître au procureur du roi Pierre Etienne Louis Harouard. Le chevalier s’engageant devant notaire à donner à sa mort la belle somme de 2000 livres à son bon et loyal serviteur.

Pierre Monique resta à Nedde avec son épouse Gabrielle, il décéda le 16 octobre 1817 à l’age de 66 ans. Ils eurent de nombreux enfants qui firent souches à leur tour.

L’un des fils devint huissier à Nedde, peut être avec l’aide des 2000 livres du chevalier, belle promotion sociale pour un descendant d’esclave.

Le chevalier Garat de Villeneuve décéda à Nedde le 03 août 1804 il était devenu maire de sa commune.

Nota : Genanet mentionne que le nom Monique est originaire de Martinique et de la Réunion mais semble ignorer l’île Maurice. En outre il est mentionné que le nom de Monique devient nom de famille en 1848, je m’interroge sur ce fait car les registres d’état civil le mentionne bien avant cette date pour la famille de Pierre Monique

Sources  : Registres de l’amirauté de La Rochelle et archives départementales de la haute Vienne.

2 réflexions au sujet de « DÉCLARER SON NOIR OU SON MULÂTRE »

  1. Bonsoir Pascal
    Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de ce permalien ?
    Fort d’avoir vue « Racines », voilà Trump qui s’en mêle….
    Et « le péril jaune » te dit quelque chose car depuis ma tendre enfance j’en ai toujours entendu parlé par les anciens. Et ce qui se passe en Corée du Nord…..
    Bonne continuation et merci de toutes ces parutions très enrichissantes
    @++++
    Martine (lafourasine)

    • Bonjour Martine

      Merci pour tes petits commentaires, quand à mes idées pour les posts, elles me viennent au gré de mes lectures ou de mes pensées. J’ai souvent la marmite en ébullition et je m’intéresse à une foule de sujets

      Cordialement Pascal

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