LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 39, mon installation au Girouard

1854, la bucholière, commune du Girouard

Victoire Epaud

Moi je n’avais vécu qu’à la Mancelière et je crois que à part Venansault je ne connaissais aucune autre commune, ce fut donc avec intérêt que j’appris que nous allions déménager pour le Girouard.

En vérité ce ne fut que pour prendre une miséreuse métairie nommée la Bucholière, elle appartenait à la famille Epaud de l’île d’Olonne, mon père disait qu’elle était cousine avec nous mais il se trompait sûrement ce patronyme était porté par un grand nombre de Vendéens. Comment une famille de propriétaire pouvait elle être apparentée avec des traînes misère comme nous.

Enfin bref les terres qui en dépendaient, n’étaient pas bien grosses et mon père devrait se louer un peu en complément ,quand à nous autres, moi, Marie, Clarisse et Auguste nous allions devoir trimer comme des esclaves, une journée chez nous, une journée ici et une autre là, vraiment je préférais la Mancelière. Ce qui était assez marrant c’est que nous partagions la Bucholière avec la famille Tesson, nous étions par ma mère leurs cousins. Moi l’intérêt de cette famille je le portais surtout vers Charles il avait vingt ans, ma sœur Marie elle , sur Pierre un peu plus vieux. Aussitôt installés nous avons un peu fréquenté ensemble. Charles embrassait bien et Marie qui se vantait disait que Pierre ma foi il était bien membré. Autant vous dire que les parents lorsqu’ils apprirent que nous nous rapprochions de cette famille, ils ne prirent pas les choses à la légère. Pas de consanguin chez les Epaud, mon Dieu où mes parents avaient ils appris ce vilain mot. Vous voulez nous faire des débiles se lamentait ma mère, moi qui n’avait nullement l’intention de me marier avec mon voisin et avec qui je n’avais pas l’intention de lever jupon je trouvais disproportionné une telle réaction. Nos liens en commun remontaient quand même à mon arrière grand père.

Ces adultes étaient impayables, nous nous voulions simplement folâtrer un peu, entre deux labeurs.

Parfois je pensais que je serais mieux ailleurs, mais justement ailleurs je n’y avais jamais été, mon destin était de rencontrer un paysan qui aurait pour ambition de prendre à charge une métairie et de me faire des enfants qui feront comme nous autres. C’était bien la peine de se faire massacrer pendant la révolution pour ni voir aucun changement. Les terres n’appartenaient toujours pas à ceux qui les cultivaient, nobles des campagnes, bourgeois propriétaires, tous nantis dans leurs gentilhommières cavalcadant sur de beaux chevaux et allant à la maison dans leur belle voiture conduite par leur cocher. Nous, nous arrivions irrémédiablement crottés que ce soit à la messe, au marché ou à la moindre fête.

Je révolutionne dans ma tête, mais dans les actes j’abîme ma jeunesse en des travaux que même des galériens refuseraient.

Parlons maintenant mon nouveau village, le Girouard,

Nous sommes six cent quarante habitant répartis en hameaux et fermes. Nous avons un moulin à la grande Benatrie et un autre à Puy Gaudin. Le maire se nomme Papon il est comme de juste propriétaire, en Vendée qui possède la terre possède le pouvoir politique. Nous avons aussi un instituteur monsieur Guilbaud, c’est un beau parti il est tout jeune et célibataire, mais je crois qu’une pue la sueur comme moi ne l’intéresserait pas. Nous avons deux forgerons et un charron. Pour l’esprit nous sommes servis par Stanislas Morneau un bon curé magnanime et enclin à nous accorder le pardon de Dieu pour nos prétendus péchés . On le voit ici tout le monde travaille pour notre sainte terre. Pour sur nous vivions en autarcie, notre viande venait de notre goret, nos volailles, nous faisions notre beurre, notre pain était cuit en nos fours. Au sujet de cela les colporteurs qui passaient nous vendre leur quincaillerie nous disaient que dans les villes et les gros villages le pain était cuit maintenant par des boulangers, où va t’ on je me le demande. Nous les femmes nous étions chargées du potager, haricots, choux, fèves, pommes de terre.

De temps à autre nous retournions faire une visite à Venansault, on partait le matin de bonne heure et nous allions à l’office dans notre ancienne église, nous y retrouvions Louise et son mari le Jacques Longin, Léontine et son Pierre Boisliveau . On mangeait tous ensemble comme autrefois , une sacrée tablée.

Léontine habitait à la Guitière et Louise était encore à la Mancelière, vous voyez un peu de nostalgie nous habitait.

Bon ce n’est pas tout cela moi j’avais maintenant dix huit ans et ma sœur Marie vingt six, nous n’étions pas sur le même pied d’égalité pour chercher un mari, elle s’en cherchait un activement tout en restant dans la plus prudente expectative, elle qui plus jeune avait été la plus délurée du village était devenue comme une vieille fille, murée dans son silence. Elle en voulait toujours à mon père de l’humiliation qu’il lui avait faite subir et je crois que de toute sa vie jamais elle ne lui pardonnera.

Au cours d’une procession ma sœur remarqua un jeune domestique répondant au nom de Pierre, j’étais présente aussi et il sourit en notre direction, à laquelle des deux ce sourire était il adressé.

L’ensemble du village, du moins les croyants se tenaient groupés autour de la croix hosannière du cimetière, le père Morneau psalmodiait une prière pour les morts. Marie et moi nous n’avions que de l’attention pour notre beau paysan.

Ce n’était pas le jour ni le lieu, et de toutes façons ce n’était pas les femmes qui devaient faire le premier pas.

Notre valet de la Chancelière avait compris le message et dès le dimanche suivant il tenta sa chance.

Mais curieusement il ne semblait pas avoir de préférence entre nous, nous étions assez semblables, et l’on ne pouvait se tromper sur nos liens de parenté. Notre taille était similaire, nos cheveux noirs étaient nattés, elle avait une taille peut être plus ample, mais je trouvais que ma poitrine était plus belle. Il nous courtisa toute les deux et nous laissa rêveuses. Au retour nous nous sommes disputées ce qui nous arrivait rarement.

Nous convînmes que nous laisserions le beau Pierre Cloutour choisir, la semaine fut longue, nos nuit agitées, je le voyais en rêve me serrer dans ses bras.

Marie elle se voyait bien le marier, nous étions bien des idiotes, le dimanche suivant le traître tournait autour d’une fille du bourg qui ma foi semblait bien apprécier.

LE TRÉSOR DES VENDÉEN, Épisodes 38, le gendre devient patron.

26 avril 1854, Village de Poiroux

Rose Cailliaud

Nous y étions à ce moment mémorable de la vie d’une femme et sans aucun doute aussi de celle des hommes, le mariage accomplissement d’une vie ou plutôt d’une jeunesse, désir secret de toutes les jeunes filles, peur redoutable de rester vieille fille.

Moi je m’en sortais bien, vingt deux ans, avais je fait le bon choix, l’avenir le dira.

L’Eraudière avait revêtu ses atours de fête, de grandes tables avaient été disposées sur l’aire de battage, tout était propre nettoyé ce qui présentait quand même une différence par rapport à notre quotidien .

Nous étions un mercredi, milieu de semaine, parfait, pour faire la fête, les grincheuses de l’église au premier rang duquel se trouvait ma mère étaient satisfaites nous n’empiéterons pas sur le jour saint qu’était le vendredi. Nous avions rendez vous à quatre heures du soir devant monsieur Jacques Chiffoleau l’adjoint au maire. Ce dernier monsieur de la Lezardière occupé ou dédaigneux de si petits administrés ne fut pas présent, au grand désespoir de mon père qui eut aimé avoir ce vieux combattant de la guerre civile, officier au mariage de sa fille.

A propos de mon père son état de faiblesse ne lui permit point de nous suivre à pied on le hissa sur une carriole et on le conduisit au bourg. J’en avais les larmes qui montaient , lui si fier, de se voir diminuer alors qu’il venait tout juste de passer son demi siècle.

Nous fumes donc mariés à la mairie, puis avec mon joli voile, mes broderies de dentelles, ma jolie coiffe je passais émerveillée devant le père Cauteteau. Ce dernier me connaissait assez peu mais j’avais quand même été obligée de me communier avant que d’être unie devant dieu, je lui avais confié mes inquiétudes et mes attentes, ainsi que quelques pensées, disons le, gênantes. François avait du se plier au même cérémonial et je m’amusais de son embarras. Quand il fut sorti du confessionnal, je le questionnais sur ce qu’il avait avoué. Il me dit j’ai tout raconté . Je rougis immédiatement à cette évocation complètement erronée en me disant, je n’ai pas évoqué ce petit passage avec le curé, il va me prendre pour une menteuse trahissant les devoirs de la confession.

Bon apparemment il ne m’en a pas voulu et il nous a mariés, mon père trop épuisé ne pouvait se lever.

Nos témoins furent pour François son frère Augustin et son frère Aimé, pour moi ce fut mon grand père René Durand le père de ma mère et mon oncle René Durand. J’étais heureuse d’avoir mon aïeul à mes cotés.

Nous fîmes la fête une grande partie de la nuit, moi entre les danses et le service je n’eus pas le loisir de m’asseoir longtemps.

Le violoneux nous a transporté, ma mère oubliant les soucis fit plusieurs rondes et mon grand père un peu ivre s’était métamorphosé en un redoutable danseur. On oublie facilement quand on est jeune que ceux qui nous ont précédés ont été jeunes aussi et que tout ce que vous croyez faire de façon unique ils l’ont déjà fait avant vous.

Mon François était bien en forme aussi et s’amusait comme un beau diable semblant oublier que nous avions une petite formalité à remplir.

Ce fut moi qui le tirais en dehors de la noce, nous avions décidé de nous cacher chez des cousins dans le bourg du Poiroux. J’allais aussi vérifier si mon homme avait autant d’expérience qu’il voulait bien le dire.

Mon Dieu que nous avons été maladroits pour une chose si simple, je n’osais pas me déshabiller et lui fut aussi pudique que mon petit frère. Nous finîmes quand même par nous dévoiler un peu mais mon grand navigateur n’était en fait qu’un petit caboteur. La grande goule était aussi puceau que j’étais vierge, nous arrivâmes quand même à un résultat, le bougre n’était pas très délicat mais sa virilité ne se démentait pas. Il me pénétra juste assez pour me déflorer, mais sa rapidité me laissa comme un petit goût de trop peu.

Nous discutâmes ensuite serrés l’un contre l’autre ce fut un moment jubilatoire et peu à peu mon chevalier reprit vigueur et si il ne m’emmena pas au septième ciel me fit entrevoir le chemin pour y parvenir.

A peine endormis nous avons été réveillés par l’ensemble de la noce, commentaires osés, chants paillards, administration d’un liquide peu ragoutant servi dans un pot de chambre et inspection des draps. Ils en eurent pour leur argent car une trace rosée sur la blancheur immaculée du drap ressortait significative et marquait ainsi le début de ma vie de femme.

La noce se continua longtemps dans la journée et le soir bien fatigués nous nous couchâmes dans notre alcôve de l’Erautière.

Malheureusement notre idylle fut ternie par deux décès, mon grand père nous quitta tranquillement une nuit dans sa couche de la Grignognière, son départ nous attrista mais bon fatalité de la vie il était vieux et l’on pouvait considérer que c’était son tour. En le voyant danser quinze jours avant nous ne pouvions présumer d’une si rapide disparition.

Bien sur mon père maintenant alité ne put se déplacer, mon apprentissage de la mort arrivait bien tard, je n’avais jamais vu une personne morte. Le grand père quand je suis arrivée était déjà paré pour l’éternité, roide sur son lit, avec son costume du dimanche, mains jointes sur le ventre avec un fin chapelet , les yeux clos. J’eus le privilège de le veiller une partie de la nuit, mon Dieu, tout vous passe par la tête en ces moments. Le moindre bruit vous fait tressaillir, vous guettez que la statue qui se trouve devant vous ne bouge ou ne manifeste la moindre émotion. Au matin à moitié endormie, un rayon de soleil vient frapper de son dard le corps du vieux semblant vouloir l’emmener sur son astre. Mais la chaleur ne redonne point vie, il va falloir maintenant le porter en une autre éternité.

Nous le portâmes en terre respectueusement avec un peu les mêmes invités que pour ma noce.

La maladie de mon père nous mit dans l’embarras, dans l’impossibilité qu’il avait d’effectuer le moindre travaux, il nous fallut embaucher un domestique de ferme, Jean Berthommé que nous connaissions bien nous aida de toute sa jeune force. Pour nous suppléer et nous soulager nous les femmes, car évidement nous effectuions aussi le travail masculin nous primes une petite de neuf ans, nommé Marie Ruchaud, elle fit ce qu’elle put,  méchamment je la rudoyais plus que de raison.

Nous pensions que mon père atteint aux poumons se rétablirait avec la chaleur et notre air pur du bocage, mais malheureusement son état empira et nous n’eûmes rapidement plus aucun espoir.

Mon grand père dans la mort fut beau, mon père beaucoup moins. Dans les affres de la souffrance, corps tordu, odeur acre, crachats sanguinolents,gémissement, cris , pleurs, rien n’est grand, rien n’est beau.

Le deux août , l’après midi, le père expira, nous ne le vîmes pas partir nous étions aux champs ou bien aux bestiaux. C’est moi en rentrant qui eut le triste privilège de constater qu’il nous avait faussé compagnie.

Il faisait une chaleur lourde et nous dûmes nous hâter pour organiser des obsèques décentes, nos voisins Richard et Herbretreau se chargèrent de la mairie, François se chargea du curé, le domestique fut envoyé prévenir la famille d’Avrillé.

Nous les femmes nous eûmes le privilège de la toilette du défunt, rite de purification venu du fin fond des ages, nous avions au village des spécialistes, genre de matrones habituées au rituel de la vie et de la mort. Mais ma mère décida qu’elle se devait de le faire avec mon aide et avec celle de ma petite sœur.

Mais allez mettre à nu le corps raidi de votre propre père, à moitié squelette, voir le sexe qui vous a donné la vie, pendouillant inutile, incongru. Mouillé de l’eau du puits ce marbre qui hier encore vous parlait puis le revêtir de ses habits de mariage,  vêtements de lumière  dont il tenait comme à la prunelle de ses yeux, oripeaux respectés qui pourrirons avec lui.

Pour qui sonne le glas à l’Eraudière, Joseph n’est plus.

François mon homme se retrouvait métayer, gendre du patron il le devenait à son tour.

Ma mère resterait avec nous ainsi que mon frère Joseph et ma sœur Marie, il y avait du travail pour tous

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 37, ma rencontre avec François.

1854, l’Erautière, commune du Poiroux

Rose Caillaud

Quand je me suis retrouvée dans ce village je fus un déboussolée , je n’avais connu que la Grignonière à Avrillé, mais mon père avait décidé de quitter le partenariat qu’il entretenait avec mon grand père et avec mon oncle René. Par ambition personnelle peut être ou simplement l’envie d’être son propre chef, je ne sais pas, mais ce que je sais c’est que nous sommes maintenant à l’Erautière, ou Lairautière ou encore Lérautière. C’est une métairie qui appartient à Monsieur Gilaizeau Jean, un propriétaire de Talmont, médecin de profession.

Mon père s’était déplacé plusieurs fois avant de conclure un accord, comme il disait neuf ans de bail ça va me pousser plus loin. Si il avait su le pauvre.

Les bâtiments étaient magnifiques, vraiment plus spacieux qu’à Avrillé, de plus les terres étaient vraiment groupées autour de l’exploitation et le gain de temps était considérable. Le verger était superbe,mais l’endroit que je préférais se trouvait dans la parcelle du Prée, une superbe mare où croassaient bon nombre de grenouilles.

Nous étions bordés par le ruisseau du bois de Grolaud, cela faisait un écrin de verdure, les premières métairies voisines étaient celles de la Portelière et de la Pérrochère.

Notre ferme était un cul de sac et fallait donc avoir un motif pour y venir.

Même si au départ je ne voulais pas vraiment quitter mon chez moi, je n’eus pas à le regretter car un jour j’ai rencontré mon amoureux.

C’était un gars de Saint Avaugourd, la première fois que je l’ai vu il m’avait semblé un peu quelconque et avait été incapable de répondre à mon salut.

La semaine suivante le pauvre s’était pris une raclée par un gars du village, je l’avais aidé et nous étions ensuite tombés amoureux l’un de l’autre. Au départ nous nous sommes promenés un peu un l’écart du village , immanquablement accompagnée par une amie qui me servait d’alibi, nous avons suivi le chemin classique des amoureux, baiser un peu niais, puis langoureux. Cela me transportait, j’en étais toute étourdie de ces étreintes, le soir qu’en je regagnais mon logis je ne savais plus qui j’étais réellement. Je ne pensais qu’à lui, qu’à nos retrouvailles. J’aimais quand il me susurrait des bêtises, cela m’émoustillait et le soir seule j’avais bien du mal à trouver le sommeil. Mon amie à qui je parlais du phénomène qui me touchait, me questionna si nous l’avions fait. J’étais bêtasse et au départ je me demandais de quoi elle me parlait. Je finis par comprendre, mais non au grand jamais je ne me laisserais faire avant notre mariage.

Elle me fit, t’es bien une grande godiche, il y a bien des façons de s’amuser. Rien à faire je fis la prude et mon François n’a jamais eu l’autorisation de remonter plus haut que le genou. Je savais bien qu’il avait envie mais j’avais des convictions et aussi un peu la trouille .

Mais il fallut bien avancer, nous ne pouvions nous cacher indéfiniment et pourquoi l’aurions nous fait ?

D’ailleurs mon frère Joseph âgé de treize ans m’avait démasquée et me faisait un peu de chantage au silence. Notre rencontre avec François n’avait rien de bien particulier il était fils de métayer et plairait à mon père, il avait vingt trois ans, moi vingt et un, nos ages correspondaient, certes nous étions un peu jeunes, mais rappelons le, notre développement physique ne s’adaptait que fort mal avec les impératifs coutumiers. En clair, j’avais envie de m’offrir à mon beau paysan et je n’aurais pas résisté à la tentation jusqu’à mes vingt sept ans.

Bientôt le village entier sut que j’avais un galant et François s’en fut un soir faire sa demande auprès du père. Quand je l’ai vu apparaître dans l’aire de l’Eraudière mon premier réflexe fut de me sauver.

Ma mère m’arrêta, François entra et fut invité à s’asseoir, d’un geste le père demanda deux verres et la bouteille de fine. Lorsque ma mère amena le breuvage et qu’il lui dit  » non pas celui ci  » je savais que notre cause était gagnée, en effet suivant l’importance de l’invité la goutte n’était pas de même qualité

Ils bavardèrent un bon moment et tout mon avenir fut réglé, ou presque car François devait demander l’autorisation à son père. Les deux hommes se tapèrent dans la main et j’eus l’autorisation de le raccompagner un bout de chemin. Nous fêtâmes notre victoire par un baiser qui fut pour moi le plus beau de ma vie. Ce soir là il m’a comme possédé, beaucoup de nuits d’amour par la suite ne me feront pas le même effet.

François put facilement convaincre son père et tout s’enchaîna sans précipitation, les parents se rencontrèrent et se plurent et une date fut convenue, ce serait après Pâques.

Restait en suspend l’épineuse question du gîte, François travaillait avec son père et ses frères, moi mon père il avait que le Joseph et la métairie était plus grande. J’eus donc le bonheur d’apprendre que je resterais dans l’écrin protecteur de mes parents. Un déménagement à Saint Avangourd des Landes ne me plaisait guère bien que j’aurais suivi François au bout du monde.

De plus notre demeure était plus spacieuse que la Lardière des Ferré et nous eûmes une chambre qui nous fut destinés.

Les jeunes du village eurent le sentiment d’avoir perdu une fumelle qu’ils étaient en droit de conquérir et l’accueil ne fut dans les premier temps pas très cordial d’autant que les Caillaud étaient un peu des étrangers car ils étaient d’Avrillé.

On fit tout dans les règles, invitation de la famille, préparation des repas, je me fis faire une robe par la couturière du village, quel plaisir que ces essayages entre femmes, ma mère retrouvait son sourire pour quelques instants, car nous avions un sujet d’inquiétude sur la santé de mon père.

Depuis quelques temps ce dernier était très fatigué, son travail s’en ressentait et le soir il s’endormait dans son bol de soupe, il se mit à maigrir et de fortes toux le laissaient exsangue. Ma mère voulait qu’il aille voir un médecin mais il s’avérait que le praticien du canton fut notre propriétaire monsieur Gillaizeau, or lui avouer une maladie était comme qui dirait se pendre à son plus bel arbre.

Heureusement une vieille du village héritière des sorcières d’antan s’y connaissait en simple.

L’absorption de ses remèdes soulageait parfois mon père et lui donnait la fausse impression d’un répit voir même d’une guérison.

Mon François se tenait déjà uni à moi et eut aimer en récolter un bénéfice immédiat, mais que nenni il attendra.Pour tout vous avouer je fus presque sur le point de lui céder lorsque un jour il eut droit de remonter le long de mes cuisses.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS , Épisode 36, ma rencontre avec Rose

1852, la Lardière, commune de saint avangourd les landes

François Ferré

Beaucoup de choses avait bougé à la Lardière, moi j’avais grandi puis vieilli, j’étais un rude cultivateur comme les autres, comme les autres je parlais filles et d’ailleurs j’en avais repéré une qui me plaisait fort, je n’avais pas encore osé l’aborder car j’étais un peu timide de ce coté là. Je m’étais quand même renseigné, elle s’appelait Rose Caillaud. Le problème que j’avais,venait qu’elle n’était point du village et que chasser sur les terres qui n’étaient pas les siennes pouvait apporter quelques déboires et c’est ce qui m’arrivera. Mais laissons cela pour l’instant et parlons de la vie à la Lardière.

Mon frère Auguste celui qui m’utilisait comme alibi c’était donc marié en premier en 1844 avec Adèle Bourget, elle lui avait mis la main au collet, alors qu’il n’espérait que lui mettre la main !!!! Enfin vous voyez comme ils avaient un peu fait les choses à l’envers ils avaient régularisé . Notre coureur de jupons dut se concentrer sur une seule , il fut assidu et bientôt trois marmots s’égaillèrent dans Lératière, oui j’avais oublié de vous le dire ils étaient restés avec nous.

Moi j’étais heureux qu’il reste mon frère, d’autres parts je travaillais souvent par paire avec lui et en plus spécialiste des histoires il me contait ses exploits d’alcôves, pour sur il enjolivait un peu, mais quand je voyais ma belle sœur mine grave, sérieuse et guinder se rendre à la messe je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer sous un aspect un peu moins sérieux. Si elle avait su elle l’aurait étripé l’Auguste et elle m’aurait arraché les yeux.

Ma petite sœur Marie, oui, celle qui avait eu sa réputation un peu ternie nous avait quittés pour un gars d’Avrillé . Après sa malencontreuse ou heureuse fausse couche elle ne se calma que le temps de se remettre c’est à dire d’en trouver un autre. On la maria à Pierre Benatier un métayer comme nous c’était je crois la meilleure chose qui puisse lui arriver avant une catastrophe irrémédiable.

Elle disparut de chez nous, mes parents furent rassurés sur son avenir et moi je perdais un peu de ma jeunesse.

Ensuite mon autre sœur se maria à son tour avec un journalier d’Avrillé nommé Pierre Durand, cela ne me fit pas grand chose je l’aimais moins cette sœur, plus distante et moins fraternelle . Elle aussi suivi son mari, ce fut pour nous un surcroît de travail, en l’espace de quatre ans mes parents avaient marié trois de leurs descendants.

Pour l’heure c’était Jean l’aîné des garçons restant à marier qui se mariait à son tour, la fille était du pays rien de très remarquable en cela. Il avait vingt huit ans un age assez tardif pour moi et sûrement pour lui. Ce retard dans les mariages était certes coutumier mais moi je trouvais que cela influait beaucoup sur la mentalité et les mœurs, pensez donc ces jeunes hommes et ces jeunes femmes en pleine maturité qui devaient attendre aussi longtemps cela amenait quelques dérèglements et problèmes. Le tout bien soigneusement caché sous la couverture chaude et confortable appelée coutume .

Le couple s’installa à la Lardière, moi du fait je ne m’y sentais plus à l’aise, j’avais vent de liberté et j’avais envie d’une femme.

Je fis flèche de tout bois, je peux vous dire que j’en ai pincé des bras, que j’en ai pris des tailles que j’ai fait le pitre à l’église, que j’ai dansé jusqu’à l’épuisement, et que j’ai sauté au dessus des fagots de la saint Jean. J’en faisais peut être trop, pas une fille du village ne répondit à mes avances.

D’accord il y avait de la concurrence, puis un jour je m’en fus pisser sur les barrières du village d’à coté . Ce fut en vérité le hasard, je devais avec mon frère aller chercher des semences au village du Poiroux, nous avions d’essarté une parcelle et ils nous manquaient de quoi l’ensemencer. Il faut dire que par soucis de rentabilité nous calculions toujours au plus juste, si nous pouvions gagner un sac au moulin c’était toujours cela de pris.

Saint Avangourd n’était guère écarté que de quelques kilomètres du Poiroux mais nous n’y allions pas souvent et je ne connaissais guère de fille de ce village. Arrivé en ce bourg au milieu de l’animation quotidienne je la vis, l’apparition de notre sainte mère ne m’aurait pas fait plus d’effet, subjugué, hypnotisé, drogué, frappé par la foudre je la regardais passer. Rien ne la distinguait spécialement des autres paysannes qui vaquaient comme elle à leurs occupations, non rien et c’est peut être ce rien qui fit que pour moi elle serait tout.

Petite brunette, revêtue de la robe traditionnelle, les cheveux couverts par un bonnet de coton, un nez en trompette, une bouche charnue aux lèvres roses, des pommettes rosées témoignant d’une vitalité débordante. Sa taille était fine, son corsage laissait présager une gorge avantageuse.

Elle me fixa, me sourit, aucun son ne put sortir de ma bouche, figé, empierré, scellé, fixé comme statue sur son calvaire. Le moindre idiot n’aurait pas laissé passer une occasion pareille et pourtant, moi le déluré, le comédien, le bateleur je restais sans voix.

Mon frère qui avait deviné mon émoi me sauva quelque peu et répondit pour nous deux.

Elle passa donc son chemin et moi dépité je chargeais mes grains, un habitant de village me dit, elle est belle la Rose de chez les Caillaud. Je le questionnais un peu sans en avoir l’air et j’appris qu’elle demeurait avec sa famille à l’Eraudière.

Je n’eus de cesse que de la revoir en rabâchant mon idiotie de l’avoir laissé filer sans entamer une conversation.

Mais quelle occasion trouverais je pour revenir en ce village et chasser sur des terres qui n’étaient pas miennes et où d’autres chasseurs protégeaient leur gibier.

Le dimanche suivant avec mon copain Pierre à qui j’avais vanté la beauté des filles de Poiroux nous faisions le chemin qui allait sans conteste nous permettre de trouver l’amour.

Nous nous fîmes rapidement repérer par notre petit manège et un rude costaud à l’air antipathique nous demanda de filer. Comme je n’étais pas là pour me promener je fis front. Le bonhomme était plus fort que moi et j’eus rapidement le dessous, il fallut que j’en rabatte de ma superbe, la bouche en sang l’œil poché et le nez tuméfié. Nous avions alerté toute la populace et ma dérouillée eut un résultat positif que je n’espérais plus. La belle Rose s’en fut à mon secours, heureux, penaud et un peu honteux je la laissais me raccompagner sur un territoire moins dangereux pour moi.

L’essentiel était fait, quelques paroles, un peu de tendresse et la promesse de nous revoir la semaine suivante près du petit marais à mi distance de nos demeures respectives. Bosselé,ensanglanté, je rentrais chez moi tel un héros homérique. Certes il fallut que je me justifie un peu et que j’empêche mes frères de monter une expédition punitive qui transformerait mon altercation en guerre villageoise.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 35, Les amoureux de la Crépaudière

1852, village de La Chapelle Achard

Marie Louise Barreau

C’est à peu près à cette époque que le neveu devint empereur, vous parlez que je m’en foutais, je n’aurai jamais le droit de voter et moi en dehors de ma cour de ferme et de l’espoir d’avoir dans ma couche le beau domestique de la noce.

Les hommes par contre rageaient ferme car le canton de la Mothe Achard était conservateur ou légitimiste.

Puis le destin frappa à ma porte, mon beau domestique qui était en gage chez Mr Aujard au bourg principal décida de s’intéresser à moi.

Un dimanche à la sortie de la messe il me pinça, m’attrapa le bras et en bref me fit la cour je ne le repoussais pas.

Le dimanche suivant, il demanda à me raccompagner chez moi au Moulin et en semaine je le voyais roder autour de la Crépaudière. Au bout de quelques semaines il m’attira à l’abri des regards et nous échangeâmes un baiser. J’en fus toute émoustillée et au cours des semaines les caresses se firent plus accentuées.

Aimé puisqu’il se prénommait ainsi avait plus d’expérience que moi et savait quel chemin il devait parcourir. Nous allâmes fort loin,il fallait bien savoir si nous étions compatibles, mais je conservais ma  » dame de devant  ». Pour le reste je savais que mon prétendant était fort réceptif et que moi je m’enflammais rapidement. Bien sur nos rencontres furent connues de tous et Jean Aimé Proux dut faire une demande à mon père. Ce dernier ne fut guère heureux, j’avais 16 ans et mon amoureux 29, il n’était que domestique, enfin ce n’était pas un très bon parti. Heureusement sa réputation de travailleur était bonne et il avait cumulé un petit pactole qui fit céder mon père.

 

Les noces furent programmées pour le 10 mai 1853 et il fut décidé que nous nous installerions avec mes parents, car en effet mon père devint métayer à la Crépaudière. J’avais quitté l’endroit en tant que bonniche j’y reviendrai en patronne, enfin pas tout à fait car c’est ma mère qui le sera .

Bon pour mon mariage j’étais d’accord mais un peu angoissée tout de même, j’allais passer de la tutelle de mon père à celle de mon mari, mais comme nous allions vivre ensemble j’aurai les deux sur le dos.

Il faut aussi s’imaginer la vie que j’allais avoir, les travaux ménagers, les travaux agricoles, les enfants qui ne tarderaient pas à venir, ce qu’on appelait les devoirs conjugaux même quand je voudrai pas. Ma mère rassurante me disait en plus qu’il pourrait bien de mettre quelques trempes en rentrant du cabaret.

Je fis donc l’objet d’un contrat entre mon père et mon futur, je n’avais rien à dire. La date fut choisie après Pâques car on ne se mariait pas pendant carême, mais il ne fallait quand même pas que cela prenne sur les travaux agricoles, la terre avant tout.

Le mardi 10 mai 1853 fut donc retenu, un mardi c’est le jour des cocus j’espère que cela ne sera pas prémonitoire.

L’organisation d’un mariage demande beaucoup d’attention, tout d’abord, n’oublier personne dans les invitations.

Du coté de mon père, mon oncle Pierre de Grosbreuil et François, Jean et Jacques qui demeuraient au Moulin des Landes, du coté de ma mère mon oncle Pierre Loué de la Chapelle Achard.

Du coté de mon futur, son frère Jean Louis Proux de la Mothe Achard et ses deux sœurs Rose Victoire et Marie Véronique toutes deux servantes dans le village. Jean Aimé n’avait plus ses parents.

Après venait l’arrière garde de la famille, les oncles et les cousins vous parlez d’un méli-mélo.

A partir du dimanche ce fut une tuerie au poulailler et au clapier les lapins n’en menaient pas large. Jean avait engagé un joueur de violon pour le bal et le convoi qui nous mènerait de la maison à la mairie et à l’église. Mon futur m’ offrit un petit anneau de cuivre. Le jour dit tout était prêt, victuaille, vin, musiciens, la grange était décorée et moi j’avais revêtu mes plus beaux habits, une robe bleue, un tablier blanc et une coiffe toute neuve, mon homme lui avait un pantalon neuf, un gilet et un beau chapiau.

 

Le 10 mai à 10h nous nous présentions devant le Maire, Monsieur Aujard, échange des consentements, rappel des droits et des devoirs et signatures. Enfin pour les paraphes ce fut rapide je ne savais pas lire et mon mari non plus. Nos témoins furent Poiroux jean Louis, laboureur et Jean Letard maçon, pour mon mari et Poiroux Pierre mon grand père et Pierre Barreau mon oncle.

Je tiens à préciser que Jean Louis Poiroux n’était pas mon vrai grand père,il avait simplement était  marié  à ma grand mère Marie Rose Tallier, la mère de ma mère.

La noce se dirigea ensuite à l’église où nous fumes bénis. Tout le monde avait hâte de passer à table, quel beau repas, danses, chansons. En fin d’après midi les hommes étaient fort chauds et mon mari plus que tous les autres. Certains finement lui disaient qu’il n’allait pas pouvoir dépuceler sa belle, lui rigolait en répondant des mots fort crus que je ne répéterai pas.

Bon je passerai sur le repas du soir, il faut maintenant que je me donne à mon mari. Comme je vous l’ai déjà dit nous étions allez fort loin dans les jeux de l’amour, mais j’étais encore vierge et je redoutais ce moment.

Pour cette nuit qui se devait d’être idyllique,nous avions la métairie pour nous. A la chandelle j’ai retiré ma robe et je me suis glissée dans les draps, mon Jean m’a rejoint en gardant également sa chemise. Il fut en vérité très pressé et les caresses furent un peu brusquées, il allait bien falloir que je m’habitue au caractère hussard de mon mari. Il força l’entrée me fit mal et je marquais les draps de ma virginité perdue. Heureusement sa forme était médiocre et je le vis se retourner sur le coté pour dormir. Sa vanité le réveilla et délicatement me dit qu’il fallait remettre le couvert. Bon ce ne fut pas meilleur que la première fois mais cela laissait présager quelques améliorations.

Le lendemain le réveil fut donné par les jeunes de la noce qui nous présentèrent un pot de chambre remplit d’une mixture sensée nous redonner de la vigueur, évidement un idiot de cousin retourna les draps pour apercevoir le fruit de ma défloration, j’en étais honteuse mais Jean lui en était très fier.

On reprit le repas et les danses, avec un peu moins de vigueur que la veille.

Voila j’étais madame Proux et on s’installa à la Crépaudière avec les parents et mon frère Eugène. En plus nous avons engagé une domestique nommé Gazeau Magdeleine.

 Je n’y étais plus en tant que servante mais comme fille du patron ce qui en fait était exactement la même chose, nous les femmes nous étions toujours la bonniche de quelqu’un

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 34, Jeune femme à la Mancelière

1852, la Mancelière, commune de Venansault

Victoire Epaud

Nous étions  dimanche et c’était  à nous paysans notre jour de repos. Ma mère toujours la première levée s’activait depuis un bon moment, elle avait  été chercher du bois dans la remise et s’activait à nous fournir un bon feu. La soupe du père était encore chaude, conservée sur les braises.

Je devinais également que maman avait  fait un brin de toilette, c’était  mouillée le visage, frottée les mains, enlevée sa chemise pour se laver le haut du corps, remis une chemise propre. Puis suivant un rituel bien établi avait soulever robe et jupon pour se nettoyer son intimité. Jamais nue, jamais exposée au regard, ma mère n’était pas une adepte du lavage à grandes eaux et disait volontiers qu’il n’y a que les catins qui se lavaient le cul.

Moi je me prélassais en attendant qu’elle finisse, cela m’arrangeait. Ma sœur Léontine dormait à coté de moi, c’était une grande et belle femme un peu plus âgée que moi. Le soir pour l’embêter je mettais mes pieds froids sur ses jambes, elle me repoussait et c’était  un jeu sans fin qui énervait mon frère Jean.

Le matin je me nichais dans son corps chaud et j’en tirais une volupté assez trouble, curieusement elle ne me repoussait pas et semblait même savourer ce moment troublant d’intimité fraternel.

Puis c’était la cohue, chacun se levait sur les injonctions maternelles. Le Jean nous faisait rire et nous intéressait vivement car tous les matins il semblait gêné par une protubérance sous sa chemise. Il voulait se cacher et l’on ne voyait que cela. Il était un peu honteux et de sa faiblesse masculine alors on en profitait.

Si ce moment d’intimité était à notre avantage, il était d’autres situations où la promiscuité était quand même un peu embarrassante pour deux jeunes femmes. Jean était enfin parti rejoindre la pièce principale, moi j ‘utilisais le pot de chambre et ma sœur s’habillait. Notre chambre était la seule car mes parents dormaient dans la pièce principale ainsi que ma petite sœur Clarisse. Auguste mon autre frère avait une paillasse dans la grange, il était  tranquille et je crois qu’il en profitait un peu.

Autrefois nous étions encore plus à l’étroit, Pierre et Louise avaient quitté la maison.

Jean allait bientôt convoler, il était temps car le nigaud avait plus de trente ans. Il fréquentait depuis deux ans une fille de Saint George du Pointindoux , autant dire une étrangère. Mon père se moquait de lui en lui disant mon pauvre gars, à force d’attendre elle va bin se faire culbuter par un autre.

Le Jean je ne sais si il avait essayé sa Justine mais ce qu’on peut dire c’est que les négociations avaient duré longtemps. C’était toujours la même ritournelle chez nous autres, le nouveau couple irait t ‘il chez les parents du marié ou de la mariée. Manque de chance ce fut chez nous, la Justine Craipeau je ne la sentais guère. On décida d’agrandir la maison d’une petite pièce, avec l’accord du propriétaire évidemment et avec frais partagés. Un matin nous vîmes arriver Martin Bourget le maçon, il avait un plein tombereau de pierres, avec l’aide de Jean ,de mon père et d’Auguste ils commencèrent l’ouvrage. Lorsque cela fut terminé Alexis Ordonneau vint placer une charpente qui fut couverte en chaume peu de temps après. La Justine amènera ses meubles et le couple partagera le couvert avec nous. Moi cela me convenait, mais qui se souciait de mon avis.

Bon le Jean convola le 11 février à Saint Georges de Pointindoux, tout se passa là bas mais dès le surlendemain l’intruse arrivait avec ses hardes et sa paillasse. Je la verrais toujours arriver juchée sur la carriole arrogante et croyant commander la métairie. Mère saura y mettre les holà ainsi que ma grande sœur. Le Jean un peu niais faisait le beau et se pliait en quatre pour satisfaire les besoins de la furie.

Il faut croire qu’il s’aimait un peu et qu’ils durent se réchauffer mutuellement dans leur petite pièce sans cheminée car Justine clama bientôt qu’elle n’avait plus de menstrues et qu’elle promenait. Pour sur l’impudente presque mère se crut la patronne. Il y eut des projets de départ mais nous dûmes patienter encore longtemps.

Moi avec la Léontine nous étions bonnes à marier, surtout elle d’ailleurs et nous faisions preuve d’artifice pour nous rendre les plus belles possibles. Je n’avais que seize ans mais ma tournure en marquait plutôt vingt, comparativement ma sœur âgée de vingt un ans faisait plus jeune que moi.

Tout dans notre comportement attirait le regard des garçons, nous étions l’objet des plus belles attentions.

Je n’avais plus goûté aux garçons depuis la mémorable volée que j’avais prise, mais voilà le diable me tenaillait et la vue d’un garçon bien tourné me faisait un drôle d’effet.

Avec Aimé Trichet je recommençais là ou j’avais été arrêtée, seulement ce dernier âgé de vingt trois ans avait d’autres vues que ma bouche et j’ eus un jour grand mal à ce qu’il ne me force pas. Croyant probablement que ma résistance n’était qu’un jeu pour attiser sa soif de me posséder .

J’en fis par à ma sœur, qui en parla à toutes les femmes, le bonhomme eut une sacrée réputation après cela. On ne doit pas toucher à l’honneur des filles, même si comme le dit mon père elles ont le derrière qui les démange.

Nous les jeunes filles nous ne rêvions que de nous marier et d’avoir des enfants, enfin pas trop, tout en nous concourait à ce but et dès notre plus jeune age nous mettions tout en œuvre pour nous faire remarquer des garçons. Ces derniers voulaient aussi se marier mais souhaitaient aussi consommer avant pour voir ce qu’il en retournait. Tout tournait autour de cela, faire une bonne union, ne pas tomber sur un feignant ou bien un soûlard qui nous mettrait des volées. Les liens étaient indissolubles par chez nous et les dispositions concernant un divorce éventuel très peu usités. Il convenait donc de ne pas se tromper au risque de voir sa vie virer au cauchemars.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 33, de vaines recherches.

1851, Alentours du Moulin du Beignon

Famille Guerin, Tessier

Charles Guerin n’eut pas l’opportunité de revenir avec son beau père car ce dernier vaincu par la maladie s’éteignit à l’age de 60 ans, il fit donc le voyage seul et retrouva la meunière et son fils.

Non pas que la glace fut rompue mais l’appât du gain resserrait les liens, ils cherchèrent et cherchèrent encore, creusant, soulevant et fouillant, rien n’y fit, la meunière qui avait vu la scène de loin ne pouvait situer l’endroit avec précision. De plus la végétation avait tendance à prendre le dessus. Après une journée de recherche on décida qu’il était vain de rechercher encore et encore cette aiguille dans cette vaste meule de foin.

Famille Caillaud

Le Joseph Caillaud n’eut pas de nouvelle de Jean Epaud contrairement à ce qu’il s’était imaginé, lui aussi retourna sur les lieux, il n’osa guère s’aventurer, les yeux de la jeune fille l’avaient suffisamment marqué. Un jour quand même il crut approché du but mais de loin il vit que d’autres creusaient à proximité. Il ne revint plus mais transmit les informations à sa jeune fille Rose, elle en ferait ce qu’elle voudrait. Il n’avoua tout de même pas le massacre des soldats par son père. Rose n’eut donc que des renseignement tronqués.

Famille Epaud

Le Jean Epaud n’avait en fait que très peu d’information à fournir et il ne s’était jamais risqué à en parler à quiconque.Il avait bien enterré autrefois un coffre cela ne faisait aucun doute et il se rappelait aussi la forme très particulière du gros rocher qui avait servi de sépulcre à leur argent. Il le reconnaîtrait entre mille si seulement il avait quelques notions de l’endroit où il se trouvait. N’ayant que peu d’éléments et d’ailleurs ne voulant pas remuer de vieux souvenirs anciens. Ils avaient quand même tué des soldats de la république certes pour se venger d’un massacre mais en vieux chrétien qu’il était il avait scrupule à dévoiler les tréfonds de sa conscience.

C’est pour cela qu’il n’avait pas contacté Joseph Caillaud, fils d’un de ses compagnons.Depuis il était mort mais avait quand même transmit son secret à son fils Victor qui lui l’avait sans scrupule dévoilé à son tour à l’ensemble de sa fratrie. La petite Rose ancra ces faits au fin fond de son cerveau, puis tout le monde oublia les fantasmes du vieux.

Famille Cloutour

Ce secret dans un autre bourg était également véhiculé, à Grosbreuil le vieux Jacques Cloutour en avait parlé à son fils Pierre avant sa mort puis Pierre avait raconté tout ce qu’il savait à son fils Pierre Aimé. Mais tout ce qui se transmet oralement s’ enjolive et la réalité s’estompe. Jacques n’était jamais retourné sur les lieux que d’ailleurs il connaissait à peine, il avait peur des sanctions et gardait un fort mauvais souvenir des morts de la métairie qui venaient le hanter chaque nuit. Pierre le fils s’en foutait comme pas un et ne fit jamais mine de tenter la chasse au trésor. Pierre Aimé jeune et n’ayant rien d’autre à faire fut tenté par l’aventure et traîna au Beignon une paire de fois. Mais il avait croisé une fois une vieille qui lui semblait à moitié folle , puis une autre fois une femme déjà mure avec des yeux vraiment bizarres et la dernière fois le meunier avait tiré en l’air avec son fusil. Il avait alors lâché l’affaire et c’était promis de ne jamais y retourner

Famille Ferré

Jacques Ferré était mort sans être retourné sur les lieux de son crime, car pour lui, même si c’était une guerre, il en avait gardé comme un traumatisme et ne s’en était jamais remis. De cela et de la vision des trois femmes sacrifiées qui impudiquement offertes à ses regards avaient modifié la vision qu’il se faisait de la gente féminine. Jamais plus il n’avait goûté au charme de son épouse, un blocage somme tout humain qui lui avait gâché le restant de son existence. Il en avait quand même parlé à son fils Pierre qui ni croyant qu’à moitié ne s’en était pas soucié le moins du monde. Sauf qu’à chaque fois qu’il passait devant le Beignon un sursaut de croyance en l’histoire de son père ressortait et il en venait à rêver d’or et d’argent. Mais ce n’était que songe et il pressait le pas comme pour exorciser l’envie de posséder de l’argent qui ne lui appartenait pas.

Lui aussi rapportant cette légende familiale en avait parlé comme on transmet une légende familiale pendant une veillée. Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd François qui n’avait guère d’information fut aussi piqué par le désir d’aller fouiner dans le dédale des sentiers du domaine des moulins, si il ne fit pas de mauvaise rencontre il rentra comme les autres chercheurs de trésor bredouille et perplexe.

Le trésor efficacement enfoui, échappait à ceux qui l’avait volé, les antagonistes de l’affaire étaient morts, seule restait la petite suppliciée qui avait échappé au massacre, transmettant son secret et ses traumatismes à sa fille puis à son fils. Elle allait bientôt rejoindre au paradis ses parents et ses deux sœurs.

Tout avait donc concouru pour que personne ne récupère l’argent, nos vendéens aussi prompts à combattre qu’à fuir n’avaient pas réussi à dépasser leur peur. Ils croyaient aux fantômes et aux revenants et avaient une sainte peur de la justice humaine.

L’argent des soldats de la république échappera t’ il toujours aux fils de ceux qui les ont combattus ?