LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 20, le veuvage de Pierre Cloutour et le viol de l’enfant

1840, Maison de Pierre Cloutour, Bourg de Grosbreuil

Pierre Cloutour

Il y avait comme cela des années marquantes et celle ci fut pour moi l’une des pires, jusqu’à lors nous vivions heureux, pauvres mais heureux. Mon père bon journalier trouvait toujours à s’embaucher et les rentrées d’argent étaient donc régulières. Comme je vous l’ai dit maman était malade. Mes bronches me brûlent disait elle et de fait elle passait son temps à cracher et à tousser. Elle avait beaucoup maigri et une couturière du village qui avait pitié lui avait repris tous ses vêtements.

Elle était exsangue, blanche comme un linceul, certaines commères se signaient en la voyant passer comme si elle était porteuse de la grande faux. Jamais elle ne se plaignait et continuait d’effectuer ses tâches. Dans les fermes malgré le courant de sympathie on ne l’embauchait plus, elle trouvait parfois quelques petits travaux chez des personnes compatissantes ou plutôt intéressées qui lui faisaient faire des tâches le plus souvent dégradantes et fort au dessus de ses capacités physiques. Elle en ressortait épuisée mais heureuse des quelques sous collectés.

Le soir elle trouvait toujours la force de nous sourire et nous contait une histoires d’autrefois en cassant des noix ou en grâlant des châtaignes. Mon père ne disait rien, triste comme un jour sans pain, il traînait sa misère. Un jour qu’il regardait ma mère à la dérobée j’ai vu que des larmes lui venaient. Mouvement de faiblesse vite caché, un paysan ne pleurait pas.

Puis à la fin du mois de mars tout s’accéléra, la phtisie gagna sa partie, ma mère fut bonne perdante se retira et mourut. En ses derniers jours, sa magnifique chevelure noire vira au gris. Ce n’était plus ma mère qui gisait sur ce lit froissé mais une pauvre carcasse décharnée, jaune, diaphane et dure comme un marbre de cathédrale.

Jeanne Peaud,  39 ans mourut en la maturité de sa vie de femme, elle me laissa seul avec mon père ma grande sœur Marie et mon frère Jean. Paix à son âme qu’elle avait belle, mais il fallait bien s’organiser, mon père continua son labeur il fallait bien se nourrir mais avec nous que ferait il ?

Marie avait 10 ans elle était en age d’être servante, et pouvait devenir la souillon d’un propriétaire ou même d’un gros fermier. Mon frère et moi, neuf et sept ans nous étions un peu jeunes pour un placement. Mon père décida que sa fille pas encore femme deviendrait une mère de substitution pour nous. J’étais perplexe devant l’immensité d’une telle corvée. Elle fut de fait accablée par une tâche au dessus de ses moyens. C’était notre petite esclave et en la dureté de notre esprit d’enfant nous lui pourrissions la vie.

Mon père lui rentrait de plus en plus tard, quelque chose était cassé en lui et son haleine le soir était imprégnée d’émanation éthylique, nous avions le droit à toutes les phases, énervement, brutalité, tendresse. Nous avions hâte qu’il s’endorme et qu’il nous laisse deviser tous les trois dans notre complicité fraternelle.

Quelques mois après la mort de maman nous eûmes la confirmation visuelle que notre père s’était retrouvé une femme car nous l’avions aperçu au bras d’une veuve du village. Père n’avait que trente sept ans il était somme toute logique qu’une autre femme satisfasse ses désirs masculins, mais tout de même maman n’était pour moi pas encore assez diluée dans les limbes de notre souvenir.

C’était mon opinion de jeune garçon, mais la société villageoise considérait comme normal qu’un veuf et une veuve se remarient assez rapidement. Pour ce qui était de la femme un délai de viduité était recommandable, afin qu’une naissance ne fusse point attribuée à la mauvaise personne. J’avais quand même un peu de mal à imaginer une autre femme en notre intérieur, une femme qui gémirait sous les assauts de mon père dans les beaux draps brodés de maman.

Je ne voyais pas non plus avec des demis frères et sœurs ou encore pire avec des faux frères et des fausses sœurs que la marâtre amèneraient avec elle. Le seul point intéressant serait que ma sœur ne devrait plus plier l’échine sous son travail ménager.

Bon, rien ne se fit, père resta veuf, arrêta de boire mais découcha le plus souvent en étant plus souvent au cul de sa veuve qu’à caresser la tête de ses enfants. Nous ne manquions de rien de matériel mais au niveau de la tendresse nous eûmes un vide que même dans une société dure aux enfants nous ressentions comme une injustice.

Parfois nous étions invités chez mes oncles et tantes du coté de ma mère, mais je n’aimais pas y aller car je sentais confusément que nous étions des parents pauvres et qu’on nous traitait comme tels.

Dans Grosbreuil nous étions un peu des pestiférés, notre père se roulait dans la luxure et nous pauvres crasseux nous errions toute la journée. En fait rien n’était plus faux, ma sœur Marie toute petiote qu’elle était se louait déjà à la journée chez les uns et chez les autres. Elle améliorait notre quotidien, moi je commençais à faire de même, pour quelques bricoles on me nourrissait on me donnait du lait , du pain.

Mais un jour ma sœur rentra en pleurs et la robe déchirée. Elle toujours plein d’entrain et qui nous préparait le repas le soir, s’allongea sur le lit et n’en bougea plus.

Mon père finalement rentra et fit parler la Marie.

Elle raconta que tous les matins elle se rendait chez un artisan du village pour aider sa femme.

Mais ce matin là le patron avait coincé ma sœur dans un coin reculé de l’atelier et l’avait touchée, elle était terrorisée et ne put émettre un son, le salopard en profita et lui demanda qu’elle le caresse. Ignorante du haut de ses onze ans elle se mit à pleurer, il en profita pour tenter de la forcer.

Heureusement la patronne arriva et coupa l’élan criminel de son mari. Coupable il se reculotta en hurlant que la petite effrontée lui avait fait des avances et qu’il ne voulait plus la revoir.

La patronne connaissant son impulsif bonhomme glissa une pièce à Marie en lui demandant de ne jamais revenir mais surtout de garder le silence.

Mon père devint fou de rage et attrapa son fusil, Marie hurlait, Jean pleurait. Je pris la bonne décision et courut chez monsieur Chevaillier le maire, je toquais et sa femme Catherine m’ouvrit.

Comprenant immédiatement qu’un drame se nouait il se rendit chez l’artisan qui était déjà aux prises avec mon père.

Pour sur sans l’arrivée de l’édile le salopard y passait et la tête de mon père aurait roulée dans un panier de son. Bien sur en ce genre d’affaire, la parole de l’enfant n’était pas forcement prépondérante, comprenez la Marie elle était délurée et peut être bien que le démon commençait à la travailler. Pour un peu c’était  elle qui aurait coincé l’adulte et l’aurait forcé. Après de nombreuses palabres il fut décidé que la Marie sans le vouloir avait peut être excité son patron, une diable de fumelle précoce en quelques sortes. Mais comme elle était bien jeune, monsieur et madame étaient prêts à lui pardonner. Mon père qui d’expérience savait à quoi s’en tenir exigea réparation. Le patron n’insista pas sur un terrain bien glissant et négocia une petite compensation financière pour prix de la non divulgation de sa petite faiblesse. Le maire qui n’était pas sur qu’un scandale n’éclata pas, le patron qui ne voulait pas se prendre un coup de fusil ou finir en prison et mon père qui se doutait que sa fille ne serait pas forcement crue adoptèrent donc ce compromis.

En notre pays paroles d’enfants ne valaient guère contre celles d’un adultes, paroles de femmes ne valaient guère contre celles d’un homme et paroles de pauvres ne valaient guère contre celles d’un riche.

Il y eut du bon à l’histoire, car mon père nous emmena plus souvent avec lui, nous l’aidions et ses propres patrons nous fournirent à nous aussi quelques menus travaux. Sans le vouloir nous sommes entrés dans ce monde impitoyable qu’était celui des adultes.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 19, L’enfant du Beignon

1815, Du coté du moulin du beignon, sur la commune de Sainte Flaive

Le Jacques Caillaud,cela faisait des années que cela le turlupinait cette affaire de trésor enfoui, il n’avait jamais osé y retourner. D’ailleurs il n’était même pas sur que cela soit le bon moulin, il y en avait tant dans nos campagnes. Il ne savait pas non plus si ses comparses ne l’avaient pas doublé, cela faisait longtemps maintenant. Il avait rencontré l’un d’eux sur une foire, c’était le Jean Epaud.

Il n’avait pas pu l’entretenir sur le sujet , beaucoup trop de monde l’entourait quand ils s’étaient croisé.

Comment s’y retrouver un moulin, une métairie, ils y en avaient  partout dans notre bocage, un chemin creux ressemblait à un autre chemin creux, les chagnes tordus par les ans avaient partout le même aspect.

Non vraiment il ne pensait pas pouvoir retrouver l’endroit seul, alors il erra comme une âme en peine. Près de l’orée d’un bois au bout d’un long cheminement qui lui avait fait perdre ses repères, il crut reconnaître un endroit qu’il aurait aimé faire disparaître de sa mémoire.

Une margelle de puits en pierre du pays , moussue et disjointe. Une corde coupée, effilochée pendouillait sur une poulie rouillée ne retenant plus depuis longtemps le seau qui puisait en sa source l’eau salvatrice.

Était ce ici où ailleurs qu’il vit l’indicible.

Il s’avança, une bâtisse simple comme on en voit chez nous, le toit de chaume éventré béait comme une immense bouche édentée. La poutre maîtresse semblait avoir résisté aux affres du temps mais d’autres faites d’un bois moins noble n’avaient point résisté et jonchaient l’ancien sol de terre battue.

Il pénétra par la porte défoncée, plus rien,le néant, aucune trace de vie, des ronces tenaces regagnaient le terrain perdu part une longue occupation humaine. Un arbre semé au vent profitait pleinement à l’abri de ces vieux murs. Le manteau de la cheminée noircie par les veillées menaçait de s’effondrer. Une crémaillère noire de suie pendait encore rappelant à l’intrus qu’il était, que des humains avaient vécu en ces lieux

Une volée d’oiseaux venue de nul part le fit sursauter, apeurer il quitta la ruine. Il n’alla pas loin en sortant tétanisé il crut reconnaître la masse sombre de l’ancien tas de fumier. Un squelette de femme momifié le regardait en grimaçant, des lambeaux de chair et de peau encore attachés comme sur une carcasse mal dépecée. Stupéfait, Jacques ne put faire un pas, replongeant dans le passé, revoyant des images qu’il avait refoulées au fond de son être.

  • A lors mon gars qu’est ce que vous faites là

Jacques sursauta, un homme se tenait devant lui et pointait un vieux fusil sur lui.

  • Que faites vous ici

  • Rien

  • Te fout pas de ma gueule ou je tire

  • Je me suis perdu

  • Tu mens

  • Je ne suis pas du  coin

  • Justement si t’es pas d’ici, pourquoi tu es là

  • Bon, je vous raconte, il y vingt ans pendant la révolution je suis passé par là avec une troupe et j’ai vu.

  • Je sais ce que tu as vu, c’est du passé

  • pars et ne reviens pas

Jacques ne se le fit pas dire plusieurs fois et se sauva.

Lorsqu’il passa à proximité d’un petit bois il eut l’impression diffuse d’être déjà passé par ce boqueteau.

Il se jura de revenir, mais avant il se devait de révéler son secret à son fils Joseph au cas ou il lui arriverait malheur avant.

En rentrant il raconta tout à son fils, sans rien omettre de ce qu’il avait vu à la métairie et du massacre des soldats républicains. Mais ce qui subjugua Joseph ce fut l’histoire du coffre.

  • Papa il faut qu’on y retourne.

  • Non fils je n’arriverais pas à retrouver l’endroit exact.

  • Mais il faut essayer

  • Non il faut d’abord que l’on retrouve ceux qui étaient avec moi

  • Mais comment

  • Il y en a un qui s’appelle Jean Epaud, peut être bien des Clouzeaux

  • Tu ne te rappelles que de lui

  • Non il y en un qui se nommait Ferré

  • Mais père des Ferré il y en a des tas

  • Oui je sais

Joseph ne dit rien à son père mais se promit de se rendre sur les lieux à son insu pour tenter de percer le mystère.

Avril 1819, moulin du Beignon, commune de Saint Flaive des loups.

Joseph Caillaud avait dû attendre que son père meurt pour pouvoir avoir l’opportunité de se rendre sur place. Un adolescent ne pouvait s’absenter aussi longtemps s’en en rendre compte à quiconque.

Maintenant qu’il était libre il n’avait pas traîné et commençait des recherches.

Il trouva facilement la vieille métairie et vit au loin les ailes du moulin. Le meunier ne vint pas le menacer , mais il ne se sentait guère à l’aise et quelque chose le troublait.

Dans un bois il remarqua un ensemble rocheux, son père avait parlé de rocher, mais encore une fois les affleurements de schistes étaient nombreux dans la région et rien n’était bien caractéristique.

Il souleva encore et encore des pierres mais aucun miracle n’arriva, il lui fallait repartir car l’obscurité gagnait les sous bois et bientôt il ne trouverait plus sa route.

Sur le chemin il croisa une jeune bergère et son troupeau, il la salua mais elle, ne répondit pas son regard était perçant, ses yeux étaient bizarrement de deux couleurs. Joseph frissonna avait il rencontré le diable en la forme de cette jeune drôlesse. D’autant que son père avait longuement insisté sur la présence dans le charnier de la métairie d’une enfant sanctifiée avec des yeux qui lui avaient semblé de verre.

Joseph peureusement se sauva et fit le chemin en courant, il ne parla de rien à personne, enfouissant lui aussi le moulin, la métairie et le trésor.

Mais décidément curieux il se renseigna sur ce Jean Epaud, après maintes recherches il finit par savoir qu’il y avait un métayer de ce nom là à Venansault.

Il s’y rendit un jour et à l’auberge apprit que Jean exploitait la Mancelière.

Il s’y rendit et frappa à la porte et une femme d’une cinquantaine d’années lui ouvrit. Son mari n’était pas là car parti à la Roche sur Yon pour y vendre des bestiaux. Elle se chargerait de la commission.

Joseph retourna chez lui, il savait que si l’homme était le bon il aurait des nouvelles rapidement

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 18 , Les Caillaud de la Grignonière

17 juin 1840, La Grignognière,  Commune D’Avrillé

Rose Caillaud

Mon Dieu que j’étais heureuse, j’allais assister à mon premier mariage, c’était  l’oncle René qui se mariait avec la Rose Papin. Vous parlez d’une animation, toute la métairie bruissait  des préparatifs de la noce. Tout le monde était énervé, alors moi j’avais  préféré prendre la porte et observer.

Nous nous sommes levés à l’aube car la cérémonie avait  lieu à 9 heures du matin à la maison commune d’Avrillé. Nous les femmes nous avions fait toilette, une belle rigolade entre pipelettes, ma grand mère Modeste n’aimait guère se laver et encore moins se montrer nue, alors elle se trempa les mains, se rinça le visage et nous déclara  » ça ira bin  ». Tante Victoire et ma mère ne firent pas de manière, en rigolant elle se dévêtirent et se nettoyèrent en grand. Elles étaient très belles toutes les deux et j’en fus estomaquée, en fait je crois bien que c’était la première fois que je voyais des adultes dévêtus.

Elle jouèrent comme des folles en s’aspergeant sous les yeux réprobateurs de la vieille qui marmonnait que ses filles étaient des diablesses de se montrer ainsi. Quand elles eurent fini de se draper dans leurs plus beaux atours ce fut mon tour. J’eus droit au baquet, c’était bien mais j’avais 8 ans et je pense que j’aurais pu me laver comme elles.

Les hommes pendant ce temps s’occupaient des animaux, certes c’était la noce mais il fallait quand même faire la traite. Mais je crois qu’au cul des vaches ce jour il n’y eut que le Rivasin Pierre notre domestique, mon grand père René Durand et mon père Joseph Caillaud étaient dans le chai à goûter le vin.

Les oncles François et Augustin les frères de ma mère finissaient de décorer la grange.

Puis le barbier arriva et à la queue leu leu les hommes se firent raser, mon grand père René y passa aussi, il avait les cheveux à l’ancienne mode c’est à dire un peu long, moi drôlesse je regardais tous ces bonhommes avec une sorte d’admiration c’était ma famille.

Nous fumes bientôt tous prêts, Maman, Marie Jeanne et sa jeune sœur étaient resplendissantes, mon père amoureux et déjà un peu gris lui vola un bécot.

Puis arriva la mariée, Rose Papin, alors là quel vilain petit canard, sa belle robe n’arrivait pas à la mettre en valeur, elle arrivait aux épaules de mon oncle qui pourtant n’était pas bien grand.

Mon père fit une réflexion que je ne compris pas à ce sujet mais cela fit rougir ma mère jusqu’aux cheveux.

Enfin bref, nous quittâmes notre métairie de la Grignognière pour nous rendre au bourg, le violoneux entra en jeux et au son strident de son instrument le convoi s’ébranla.

Au fur et à mesure la troupe se gonflait des invités qui nous rejoignaient sur le chemin.

Mon père fut heureux de voir son frère Jacques Caillaux métayer aux grandes Vélisières se joindre à nous.

On longea le bois et grand mère se signa en passant devant les mégalithes du bois de Fourgon, mon grand père lui dit d’arrêter ses bondieuseries.

Après le passage en mairie puis à l’église nous revînmes à la ferme.

C’était le moment de faire bombance, mes parents, mes grands parents et bien sur le marié étaient très fiers car Monsieur le Marquis nous faisait l’honneur de venir boire un verre avec nous.

Ce beau Monsieur élégamment vêtu était  notre propriétaire, Amédé Juchereau marquis de Saint Denis

Il habitait au château de la Guignadière et possèdait de nombreuses terres et métairies. On le voyait peu et c’était son régisseur Jean Taveau qui venait  prélever tous les ans le bail de métairie.

C’était  au vrai un geste insigne de considération, les parents étaient  un peu empruntés, baissaient la tête, courbaient l’échine et soulevaient chapeaux. On disait même que le vieux marquis avait  déjà été à la cour du roi,  celui qui était à Paris et qui était  paraît il un cousin à celui qu’avait  perdu sa tête autrefois lors de la grande guerre.

La métairie de mon grand père, puisqu’il faut bien le dire le bail était à son nom, était vraiment très belle, un grand bâtiment d’habitation où nous étions à nos aises, un étang  une mare des bois , des prés et des terres bien grasses. Cinq hommes de la famille et un domestique de ferme suffisaient à peine à la charge de travail, sans compter bien sur le labeur des femmes

Le maître ne resta pas et nous pûmes profiter de cette fête, le temps était au beau et la noce fut très réussie .

Avant de partir le Marquis prit à part mon père et conversa avec lui, je vis de loin que la discussion s’animait, mais je n’en sus rien de plus, car lorsque mon père regagna la tablée il ne voulut rien dire à ma mère.

C’est affaire d’hommes

Mon oncle René rompit quelques peu la tradition en restant à la métairie avec sa femme, les tractations furent longues, devait il partir chez son beau frère à la métairie de la Charrotière ou rester ici. Mon père disait que le travail ne manquait pas mais le problème venait d’ailleurs. Il fallait loger ce couple et la place manquait un peu, de plus une nouvelle femme qui voudrait régenter la maison ce n’était pas raisonnable.

Ce ne le fut pas mais ils restèrent

On aménagea une chambre dans une espèce de soupente, exiguë certes mais ils avaient quand même un peu d’intimité. Moi je dormais en dessous, c’est bizarre Rose la nuit elle faisait les mêmes bruits que maman.

Dès le lendemain de la noce le travail reprit sur la métairie, nous étions en juin et le labeur ne manquait pas. Moi qui était pourtant bien jeune, j’étais sollicitée à tout va, Rose par ci Rose par là. Maman disait que c’était pour m’habituer à ma future vie de femme.

Moi je préférais bader aux mouches et me grâler au soleil, tout m’attirait et j’échappais souvent à la vigilance des adultes pour partir à la découverte de l’inconnu. J’étais surtout attirée par la métairie de la Violière toute voisine où se trouvait une drollière de mon age.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 17, Les orphelins

1838, La Vilnière du Martinet, Beaulieu sous la Roche

Jean Aimé Proux

Pour moi beaucoup de choses étaient  changées, après le départ de mon père, ma cellule familiale en fut bouleversée, mais je n’avais pas changé d’endroit et je gardais les repaires que j’avais toujours eus

Le premier changement fut le mariage de Jean Pierre mon oncle avec une fille de la commune de Vairé, c’en était fait car il préféra quitter la métairie. Il préférait semble t ‘il voler de ses propres ailes et devenir métayer sans son père et son frère. Il se retrouva journalier à la Chapelle Achard et le resta, il avait pu pouvoir, mais il ne put.

Toutefois au niveau du travail sa présence manquait, d’autant que mon grand père commençait à baisser de rythme.

Marie Jeanne se maria aussi avec Narcisse Joubert, cette union me marqua autant que le décès de mes parents, j’étais jaloux, ma tante m’abandonnait et se livrait à cet inconnu.

Tous les soirs quand ce jeune couple se réfugiait dans son alcôve, j’étais pris d’une fureur, ce voleur d’amour que lui faisait il que je ne puisse faire ?

Puis cela se calma, Narcisse était gentil, il n’avait somme toute que quinze ans de plus que moi et il devint comme un grand frère. Ma tante me rassura elle ne m’abandonnerait pas, ni moi ni mes sœurs.

Il faut quand même avouer que lorsque j’étais seul dans mon lit c’était bien à ma tante que je rêvais, elle était toujours présente et mes premières érections furent pour elle. Les errements érotiques  qui occasionnèrent  mes première pollutions sont dus aux songes qui me la faisait apparaitre nue à mes cotés.Lorsque je pris  l’habitude des gestes d’Onan tout ces moments d’extase lui furent dédiés

En 1836 ce fut l’éclatement, mon oncle Jean devint journalier à son tour.

Narcisse Joubert devint métayer sur la commune du Martinet, à la Vilnière, les grands parents les suivirent et comme promis Marie Jeanne et son mari nous emmenèrent nous, les quatre orphelins Proux.

Bien sur j’étais heureux de partir avec eux mais j’étais rempli de tristesse à quitter les terres de mon enfance.

Je vis aussi mon vieux aïeul pleurer lorsqu’il ferma une dernière fois la barrière de la Poissolière.

Avec mon frère nous étions des adultes maintenant, enfin pour le travail quatorze et seize ans vous pensez, nous étions de vrais paysans expérimentés.

Le grand père n’avait pas résisté à son départ de la Poissolière, mort l’année suivante, de tristesse disait mon frère. Puis ce fut le départ de ma grand mère et bizarrement je ne sus son age que le jour de sa mort, pour moi elle était vieille un point c’est tout, mais tante Jeanne me dit, tu sais elle n’avait que cinquante huit ans. J’en fus sidéré, Narcisse en rajouta,  » ouais je crois qu’elle pouvait servir encore à un homme  » la tante fut horrifiée et il en rajouta,  » en plus c’est pratique elles peuvent plus avoir d’enfants  »

Autant vous dire que ce soir là Narcisse il ne put faire d’enfant à la Marie Jeanne .

Il fut convenu que nous resterions chez les Joubert jusqu’à ce que leurs enfants puissent travailler comme des adultes, ensuite nous partirions vivre notre vie.

Je ne savais pas que j’y resterais plus longtemps à mon grand bonheur.

La métairie appartenait aux Mercier de L’épinay une famille de noble de Beaulieu sous la Roche et de la Chapelle Achard.

Ils demeuraient au château de la Guissière à Beaulieu et au Plessis Gatineau à la Chapelle Achard.

Les paysans les respectaient fort car ils avaient eu à souffrir comme eux des malheurs de la révolution, ils étaient fort riches et très influents sur la vie politique de notre canton.

La maison était spacieuse, plus jolie et fonctionnelle que la Poissolière, j’avais un lit que je partageais avec mon frère et le lit de mes petits cousins se trouvait dans la même pièce que le notre. Mes sœurs dormaient dans la même pièce que ma tante et mon oncle Joubert.

Nous fîmes le tour de nos terres, je m’identifiais à cette propriété et je devenais Jean Aimé Proux de la Vilnière, joli nom en vérité pour moi qui n’avais rien en propre que ma chemise rapiécée.

Le verger était splendide, des arbres magnifiques vieux et bien taillés sous lesquels s’ébattaient une multitude de gallinacés, nous ferions sûrement un bon cidre et de la bonne eau de vie.

Nouveauté pour nous, une belle vigne que je devrais apprendre à entretenir, les noms des pièces me rendaient bucolique et joyeux, pièce des choux, champs des pommiers rouges, la petite fillée, la grande fillée, le petit mart et le grand Essart.

Nous étions comme des fous, prenant à pleines mains une poignée de terre sur chaque parcelle, nous la sentions et l’égrainions dans nos doigts.

Pour la vigne, Narcisse et nous même, étions des débutants, bon il fallait pas s’emballer nous n’en avions pas non plus beaucoup des pieds et nous ne ferions pas de nombreuses barriques.  Le vin d’ailleurs comme tout le reste devait être partagé avec la dame du château, mais je faisais confiance au Narcisse pour resquiller notre consommation personnelle.

Moi je n’aimais guère ce breuvage un peu âpre et je le coupais avec de l’eau, mon frère qui faisait le fiérot du haut de ses seize ans me disait avec ta flotte tu gâches ce divin Noah. Pour ce qui est de la divinité j’en savais rien mais certains en prenaient de sacrée cuvée, car le bougre était traitre.

Toutes ces années, la famille Proux dont je faisais parti se conjugua à la famille Joubert, nous n’étions qu’une et même famille, on peut dire que j’étais heureux. Narcisse cet oncle à moitié frère, Marie Jeanne à la fois tante, mère et idole de mes rêves, tout me faisait oublier que j’étais orphelin et je leurs en étais reconnaissant.

Au sujet de ma tante, je la regardais de moins en moins comme une femme, il faut dire que son énième grossesse avait un peu amoindri son capital charme. Marie Jeanne devenait une forte paysanne aux hanches larges et à la poitrine tombante.

Je cherchais maintenant dans les sourires et les silhouettes des petites paysannes que je croisais dans mes songes pour mes nuits de célibataire.

Je savais par expérience et observation que nous autres on ne se mariait pas avant vingt cinq ans bien tassés j’avais donc le temps. Mais à mon age on est impatient.

Notre petite commune du Martinet est rattachée à la commune de Beaulieu sous la roche, ça fait loin pour aller à la mairie, d’autant que les chemins ne sont guère praticables.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 16, La mort du patriarche

1837, la Vignolière, commune Nieul le Dolent

François FERRE

Le premier avril 1837, nous venions de fermer les yeux du grand père, le patriarche Pierre Boisliveau, il s’était éteint tranquillement entouré des siens en une veille de plusieurs jours.

Le problème était qu’il avait  traîné un peu et que le travail au mois d’avril il abondait, alors au début les adultes ils étaient  bien restés mais après on nous avait demandés à nous les plus jeunes de rester au chevet du mourant. Rose ma sœur de 16 ans, Désirée sa cadette de 10 ans et moi 7 ans avec notre cousine Victoire nous étions chargés de le surveiller et de partir prévenir au cas ou.

Au début nous nous sommes tenus gentiment, la solennité de l’instant, la présence immédiate de la mort. Ensuite cela fut plus mouvementé, nous avions décidé d’ embêter ma sœur aînée. La grande godiche ne sut pas comprendre et rentra dans notre jeu. Nous avons été bruyants et au vrai on ne s’est pas occupé du vieux. Tant est si bien que nous ne l’avons pas vu mourir. Oh moins, pas de pleureuse ni de gémissement, ma grande sœur rigolait beaucoup moins car enfin elle dut prévenir ma mère. Pour une fois nous avons été solidaires et rien ne filtra de nos petites têtes.

Ensuite ce fut un défilé j’avais l’impression que tout Nieul le Dolent passait par notre maison, une procession, un spectacle pour tous. Le problème fut le soir, car voyez vous je dormais dans la même chambre que mon aïeul. Pour moi hors de question de dormir avec un mort à coté de moi, je pleurais quand mon frère Auguste me fit croire que les moribonds venaient pincer les pieds des enfants. Les adultes eurent pitié et je me lovais entre ma grande sœur et ma petite sœur. J’étais aux anges et je dormis comme un loir. Le lendemain j’assistais à tout, le papy raide comme une bûche posée dans une caisse. Départ pour le cimetière, longue traîne humaine formée par la famille, les amis et les connaissances qui sous un soleil radieux portaient le patriarche en terre. Les cloches sonnèrent, que c’est beau ce long tintement sinistre qui vole de ferme en métairie et de métairie en village.

Bon ce n’était pas tout, la vie continuait, le métayage passa au nom de mon oncle François, mais mon père allait il s’entendre avec lui depuis que Pierre n’était plus ?

Cela marcha comme de juste, mais les conflits étaient fréquents et les repas orageux, oncle François avait de son coté Henri son jeune frère, mon père avait son beau frère Louis souvent de son coté.

Le problème qui se posait également était le veuvage de mon oncle François, il avait besoin d’une femme et lorgnait souvent sur sa jeune belle sœur qui était la sœur de sa défunte femme et qui lui rappelait des joyeux souvenirs. Non pas qu’il fut inconvenant, mais bon ses regards le trahissaient et la situation était un peu tendue.

Cela se compliqua également entre François mon cousin dix huit ans et mon père qui n’aimait pas que l’on reluque le cul de sa fille âgée de quinze ans. La promiscuité presque obligatoire entre tous ces couples, ces adolescents et ces mâles célibataires était source de conflit dans toutes les exploitations, membres d’une même famille, mais hommes et femmes tout de même.

Moi je grandissais à l’écart des conflits j’étais libre comme l’air, enfin presque. Je gardais quelques moutons et je flânais au vent à l’abri de pâtis, j’aimais ce travail, pas d’adulte sur le dos et un travail moins dur que celui attribué à mes sœurs. Je savais que cela n’allait pas durer alors j’en profitais. Par contre il y avait encore quelques loups et quand je partais et qu’il ne faisait point jour je n’en menais pas large.

Ma seule occupation disons en communauté était ce foutu catéchisme, nous y avions tous droit, heureusement on ne m’envoyait pas à d’école du village tenu par monsieur Louis Benoit, chez moi tous étaient d’accord, pas besoin de savoir lire et écrire pour tenir une métairie.

Ce n’était pas faute que monsieur le maire Jean Baptiste Hymon ne vint relancer mon père et les frères Boisliveau pour que l’on fréquente ce lieu qui semblait maudit pour mes parents.

Pas utile et trop besoin de lui étaient les réponses que l’on donnait généralement. Certains parents cédaient leurs enfants pendant l’hiver mais dès les beaux jours les petits esclavons que nous étions étaient réquisitionnés pour tout et pour rien.

Ma balade favorite était celle que je faisais chez les parents de ma tante Chaillot au moulin des Gobinière, le meunier le père Chaillot me donnait toujours un petit quelque chose et en retour je lui donnais des nouvelles de sa fille. Pour y aller je traversais le ruisseau que nous appelions Villedor et souvent il arrivait que je me mouille en y tombant, gaminerie, malgré le travail dur de la ferme nous conservions une insouciance propre à la jeunesse.

J’avais aussi de la famille à Sainte Flaives des Loups du coté de mon père, nous allions leurs rendre visite, c’était une expédition il y avait tout de même onze kilomètres. Nous partions de bonne heure , la Gaudinière, l’Audrouinière, la Burguenerie, le Bignon, la Jaunière, la Gobinière, jamais je ne me lassais de ces noms chantants, énigmatiques et colorés.

Le nom de Sainte Flaive me plaisait assez bien malgré que personne ne connaissait cette Sainte qui apparemment ne nous servait pas à grand chose. Iconoclastie enfantine me direz vous mais c’est maman que le disait, cette sainte elle soigne pas, elle ne fait pas faire d’enfant et ne donne pas du lait. Bizarre une sainte qui redonne du lait aux femmes à la mamelle tarie.

Si Flaive m’amusait, le reste du nom me filait un peu la trouille, des loups moi j’en avais peur, bien que mon frère me traitait d’idiot en me disant que les adultes avaient inventé la présence des loups pour que je rentre plus vite avec les moutons. Mais je faisais un peu plus confiance à mon père qu’à mon frère aîné. Donc je tenais pour acquis qu’il y avait encore des loups dans la forêt près de Sainte Flaive. Et je me tenais pendant tout le trajet sagement à coté des parents.

Par contre à chaque fois que nous passions près du moulin des Beignon, mon père était assez nerveux, il s’arrêtait et contemplait les ailes qui tournaient au loin. Si tu savais François, si tu savais me répétait il à chaque fois.

LE TRÉSOR DES VENDÉENS résumé des épisodes précédents

Nous sommes arrivés au treizième épisode et il est temps de vous faire un petit résumé

Pendant l’ insurrection vendéenne, une troupe de paysans massacre un détachement de l’armée républicaine et s’empare d’un coffre qu’ils doivent abandonner et cacher précipitamment.

Ces hommes sont mes ancêtres et nous allons les suivre eux et leurs descendants dans ce qui sera leur quotidien.

Les scènes de vie ne sont que pures fictions mais tous les personnages ont existé, les évènements matrimoniaux se sont bien déroulés, les dates sont toutes réelles et tous les lieux existants. Mon cadre est celui qu’empruntent les généalogistes c’est à dire les registres d’état civil.

La vie que je décris, est celle de tous les paysans de l’époque et mon récit pourrait être transposable pour beaucoup de familles dans une région autre que la Vendée.

Mais reprenons :

Charles Guerin fils de métayer à l’Auroire commune d’Aubigny est maintenant un adolescent qui pense bien sûr aux femmes mais qui commence aussi à travailler comme un homme.

Jean Aimé Proux fils d’un paysan de la Poissolière à Saint Julien des Landes est adolescent lui aussi, il a perdu sa mère puis son père, orphelin il vit en famille et est un peu amoureux de sa tante.

Marie Anne Tessier demeure à l’Eratière sur la commune d’Aubigny, elle vient de devenir une femme avec ses interdits et ses obligations.

Pendant ce temps nos paysans cherchent leur trésor, mais sans le trouver, ils sont confrontés à des apparitions qui les terrifient.

Bientôt  apparaitront  d’autres rameaux qui aboutiront à ma grand mère complétant ainsi ma galerie de portraits ancestraux et familiaux.

Vous pouvez bien sur retrouver l’ensemble de mes épisodes sur mon blog larbredeviedepascal.com ,  dans la catégorie le  » Trésor des Vendéens  »

Je vous donne rendez vous pour les épisodes suivants, bonne lecture

Cordialement Pascal

La construction d’une histoire  » le TRÉSOR DES VENDÉENS  »

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, épisode 1, L’ignoble massacre

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 2 Charles Guerin, Ma famille de L’Auroire

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 3, une enfance paysanne à l’Ératière

LE TRÉSOR DES VENDÉENS , Épisode 4 , La mort d’une mère

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 5, naissance et mort à l’Auroire

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 6 , Les tractations de mariage

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 7, fille de la campagne

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 8, la mort de papa

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 9 , mes premiers émois

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 10, Je deviens une femme

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 11, le paradis

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 12, La revenante

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 13, recherche et troublante rencontre

 

 

 

 

LE TRÉSOR DES VENDÉENS, Épisode 13, recherche et troublante rencontre

1835, L’auroire, commune d’Aubigny

Charles GUERIN

L’auroire se peuplait peu à peu des enfants de Jean le frère de mon père, Sophie ma tante avait toujours le ventre gros

Seulement voilà moi je devenais un homme et la belle devenait pudique, se détournait, ou même pire me disait de sortir. Foutue engeance que de devenir un homme, encore un désavantage, toutes les petites privautés que vous livraient les femmes sans se soucier de vos émotions internes disparaissaient. Il allait falloir que je me débrouille seul et que je tente ma chance.

Moi maintenant je travaillais comme mon père, pour sur je n’avais pas encore sa force ni son savoir mais je crois que déjà il me faisait confiance. Un jour en septembre de cette année 1835, il me donna même une petite pièce pour me récompenser. Ce n’était pas grand chose mais en ce temps le numéraire était rare et les enfants non rémunérés. Je cachais ce trésor sans m’être décidé de son futur usage.

A la ferme je mangeais maintenant avec les hommes, mon père en bout de table avec les oncles à coté. Ma mère et ma tante nous servaient et mangeaient assises près de la cheminée. Je trouvais cette habitude stupide, moi quand je prendrai femme, elle sera à table avec moi. Lorsque l’on partageait son lit je pensais que l’on devait aussi partager sa table.

Un matin mon père me prit avec lui pour atteler les bœufs, c »était tout un art que de se colleter avec ces bêtes, elles avaient cinq ans et savaient déjà travailler de plus elles étaient relativement calmes. Je les liais sous le joug, mon père vérifiait l’opération, nous devions atteler la charrue pour commencer les labours d’hiver.

Nous primes le chemin du champs et mon père me raconta une histoire à dormir debout. Tu vois me dit il la pièce que je t’ai donnée, il se peut qu’un jour tu en aies des pleines brassées. Autant vous le dire je le regardais bizarrement, il n’avait pourtant pas bu.

Il continua, il y a longtemps avec quelques uns j’ai enterré un coffre avec de l’argent, nous l’avons récupéré sur des soldats bleus.

Je lui posais donc immédiatement la question, mais où il est votre magot et pourquoi vous l’avez pas retrouvé?

Bah mon gars avec le Tessier, on sait plus trop ou il est, mais père, Henri il a pas fait la guerre, non mais son père le Jean il était avec moi et il lui a confié le secret.Bon d’accord, je ne voyais pas bien ce qu’on pouvait faire si un des intéressés ne se souvenait pas de l’endroit.

C’est proche du moulin du Beignon et à coté d’une métairie qui a été détruite par les colonnes.Je réfléchissais longuement, je connaissais cet endroit et j’irais y traîner dès le dimanche.Je vous garantis qu’à ce moment je considérais mon père comme un piètre idiot de n’avoir pas bien repéré le lieu de l’enfouissement.Il s’était bien aussi gardé de me dire qu’il avait rencontré un fantôme, il y a bien longtemps et que la peur ne lui avait pas permis d’y retourner.

1835, Près du moulin du Beignon, commune de Sainte Flaive

Ce jour là avec la complicité de mon père je manquais la messe et je m’en fus dès l’aube me promener vers le fameux moulin. J’étais excité mais je n’avais pas la même charge émotionnelle que mon père et je pourrais peut être chercher avec plus d’efficacité.

A la sortie du bois j’aperçus les ailes du moulin, non voilées, elles étaient à l’arrêt, squelette décharné, ces bois non habillés me laissaient toujours un brin de tristesse. Je les préférais quand revêtus de leurs beaux habits , ils tournaient à plein pour fournir cet or blanc qui ferait notre pain.

L’endroit semblait désert, je m’approchais doucement et j’examinais attentivement tous les moindres recoins. Un chien se mit à japper, je me tapis un moment, personne ne vint. Le meunier et sa famille devaient sûrement se trouver à l’office dominical.

Je me rapprochais des communs du moulin, la maison semblait grande , propre et cossue, des fleurs égaillaient l’entrée et un chat roux ronflait insolemment sans se soucier de l’intrusion d’un étranger dans son territoire. Il avait sans doute l’habitude du mouvement perpétuel des paysans menant leur grain à moudre.

Je fis le tour de la maison puis de la grange, dans un pré paissaient deux mules, à l’horizon j’apercevais l’église de Saint Flaive des Loups et ses premières maisons frileusement groupées à ses pieds.

Il fallait que je me dépêche ce n’était qu’une première approche, comme une esquisse.

J’allais enjamber une barrière pour me faufiler dans un bosquet quand une voix de femme m’arrêta net. Ses fermes paroles me firent suspendre mon mouvement. Je m’attendais à voir une femme d’age mur et je ne vis qu’une fille qui sûrement était proche de mon age. Elle ne m’avait rien dit, je ne la connaissais pas, que j’en étais déjà amoureux. Je fus stupide et balbutiais, le manque d’habitude de dialoguer avec une fille autre que celles se trouvant dans mon entourage.

Aussi grande que moi, l’apercevant brune sous sa coiffe blanche, des yeux couleurs noisette, un petit nez légèrement retroussé et une bouche aux lignes parfaites faisant penser à une fleur rose.

Je n’eus pas le courage d’examiner le reste du corps, j’étais rouge comme un coquelicot et instinctivement j’avais ôté mon chapeau comme on l’enlevait devant une personne importante.

Elle ne fut pas très amène et me demanda sèchement ce que je faisais là. Je me promène fut ma réponse parfaitement bête. Un paysan vendéen ne se promène pas un dimanche matin seul.

  • Tu n’es pas de la paroisse.

  • Non je suis de Grosbreuil, je préférais mentir sur ma commune.

  • Pourquoi tu es chez moi

  • Tu es la fille du meunier

  • Oui

  • Cela fait longtemps que vous habitez ici

  • Mon père a toujours eut ce moulin et avant lui son père et le père de son père.

    Elle me regarda de ses yeux vifs et son visage se vida de son sang, elle devint exsangue se retourna et partit en courant.

    • va t’en.

    • Ne revient pas

    Je n’y comprenais rien, pourquoi une vieille métairie mettait elle cette meunière en un tel état.

    Mon père ne m’aurait il pas tout dit ?