LE VIOL D’UNE VIE OU LE MALHEUREUX DESTIN DE MARIE THÉRÈSE


La famille Leroy habitait   » la voie du Chatel  », les hommes étaient le plus souvent des bergers.

 

Marie Thérèse Leroy regardait avec tendresse son petit bâtard faire ses premiers pas dans la cour de la ferme.

Nicolas avait maintenant 18 mois, période d’innocence où le petit avait grandit sans ressentir les problèmes qui assaillaient sa mère.

Cette dernière depuis la journée funeste de son viol revivait presque quotidiennement l’outrage qui lui avait été fait. Elle semblait encore ressentir la douleur physique occasionnée par les deux barbares, elle ressentait leurs mains qui l’empoignaient, elle ressentait encore au fin fond de son intimité la présence du sexe de ses agresseurs. Il lui semblait également sentir leur odeur. Ils étaient tapis dans l’ombre de son existence et depuis elle vivait dans un monde de perpétuelle angoisse.

Elle se serait peut être finalement accommodée du souvenir de ses violeurs si le regard de la communauté villageoise ne lui rappelait à chaque instant la dure vérité.

Tout d’abord l’homme qui devait l’épouser fit machine arrière, seul il aurait peut être accepter de prendre pour époux la femme qu’il aimait , mais le poids de sa famille fut plus fort que l’amour et la traînée et son bâtard n’entrèrent pas dans cette famille respectable.

Au sein de la communauté de Marigny en Oxois les choses était bien pire, elle fut marginalisée et rejetée . Il y avait toujours une place de libre à coté d’elle à l’église , au lavoir et à la fontaine les femmes faisaient silence quand elle arrivait .

Pour les hommes du coin la cause était entendue, elle avait du provoquer ces deux militaires et inventer un viol pour justifier de la sale graine qui poussait en son sein. Plus question pour l’un d’entre eux de lui proposer mariage. De toute façon elle commençait à être une marchandise en cours de dévalorisation du fait de son age. Les quolibets et les remarques grivoises accompagnaient souvent ses marches

Ce n’était plus une femme à marier, mais cela pouvait être encore une femme à baiser. Pensez donc cette femme à soldats ne devait pas se faire prier pour soulever son cotillon.

Marie Thérèse souffrait en silence, elle restait droite et digne. Son petit bâtard, elle l’avait gardé et l’élevait comme elle le pouvait. De nombreuses femmes victimes se débarrassaient alors des ces fruits mal venus. Malgré l’opprobre généralisée son employeur l’avait gardée et sa sœur qui la connaissait le mieux lui avait gardé sa confiance, Marie Thérèse n’avait donc pas rejoint la cohorte nombreuse de femmes qui pour survivre devaient vendre leur corps.

Elle n’était pas une prostituée, ni une fille à soldat et aucun homme ne l’avait touchée depuis son agression.

Mais à la fin de l’été 1800 un jeune journalier de passage pour les travaux des champs vint lui conter fleurette.

Il était doux , gentil, attentionné et semblait ne pas s’occuper des ragots des autres ouvriers agricoles.

Aux mots doux , succédèrent les tendres caresses, Marie Thérese pour la première fois baissa sa garde et ne freina pas dans la paille chaude les tendres ardeurs du vigoureux paysan.

Ils se revirent et par une magie à chaque fois retrouvée leurs corps dans une unions parfaite ne firent qu’un.

Hélas le journalier comme les beaux jours disparurent pour laisser place à l’hiver.

Quelques mois passèrent et l’inquiétude de Marie Thérèse grandit, plus de menstrues, des nausées et un ventre qui s’arrondissait. La graine de l’amour léger avait germé et son fruit apparaissait au tout à chacun.

Elle n’eut pas à l’annoncer, tous le virent. La situation était dramatique, plus l’excuse du viol, elle avait été consentante et avait cédé à la tentation.

Encore une fois la défiance et la haine, mais encore une fois le soutien d’indéfectible de sa parentèle proche.

Elle alla déclarer comme la loi l’obligeait sa grossesse aux greffes de la mairie. Le maire, en ce 19 germinal an IX prit la déclaration résignée.

Cette déclaration obligatoire datait du roi Henri II ( celui qui prit une lance dans l’œil ) pour prévenir tout avortement ou tout infanticide. La femme déjà fautive au yeux de tous était passible de la peine de mort en cas de non déclaration, bien sur nous étions sous le consulat et bien que la loi ne fut pas très favorable aux femmes les condamnations n’avaient plus cette sévérité.

Le 15 prairial an IX madame Lolliot l’accoucheuse aida à mettre au monde un fort garçon que sa mère nomma Étienne Pierre. Le nom du père fut gardé secret, Etienne Verneau manouvrier et Agathe Lassé femme Caron servirent de témoin.

Un deuxième petit bâtard babillait au hameau de Voye Chatel.

On ne nourrissait pas les bêtes à rien faire et Marie Thérèse reprit ses activités de servante de ferme.

Le travail était dur et les relation avec le reste du personnel de la ferme conflictuelles. Elle logeait maintenant dans un galetas prêté par le maître des lieux. La promiscuité avec les deux petits garçons était certaine mais un toit est un toit et Marie fit abstraction.

Un jour qu’elle donnait à téter au petit Étienne et que Nicolas crapahutait avec les enfants du fermier, ce dernier entra dans la petite pièce .

Marie eut honte de ce sein dévoilé et sentit le rouge aux joues, que venait faire son maître dans cette mansarde ?

Le brave fermier lui mit le marché en main, sa productivité laissait à désirer et il ne savait pas si il allait pouvoir la garder.

Il lui expliqua que la pression villageoise était forte et que le curé faisait pression sur lui pour qu’il la jette dehors.

Marie Thérese sentit la terre s’ouvrir sous ses pieds, elle se voyait jetée à la rue, mendiant son pain avec ses deux petits.

Le bon fermier la rassura aussitôt et fort d’une grande mansuétude à son égard, il pensait qu’un arrangement ou un effort d’une autre nature lui permettrait de les garder à la ferme.

La pauvre ne comprenait guère ce qu’elle pouvait faire de plus, car elle travaillait déjà comme une forcenée.

Son patron fut plus explicite, il lui demanda de poser son bébé et baissa son pantalon.

Le cycle des souillures commença, pour une paillasse, de la soupe et un toit pour ses deux garçons la servante servit.

Elle vécut comme cela, la patronne se doutait du manège et redoublait de méchanceté à son encontre. Le maître au début profita à tout moment du corps de la jeune femme mais un événement lui freina ses ardeurs.

Marie Thérèse était fertile et un autre fruit se développait, chacun se doutait que le fermier était le père tant les fréquentations masculines de Marie étaient inexistantes. Personne ne pipa mot et Marie reprit le chemin de la mairie pour la sacro sainte déclaration qui fut prise par l indéboulonnable Monsieur Petit en date du 9 pluviose an XII. Le 12 floréal an XII naquit le petit Louis François, madame Lolliot servit comme précédemment de sage femme, Louis Taupin manouvrier et Nicolas Badie cordonnier servirent de témoins.

Fille mère pour la troisième fois, le diable l’habitait sûrement et les femmes se signaient à son passage. Le soupçon de paternité qui pesait sur le fermier fit taire l’ensemble de la communauté et Marie Thérèse continua son labeur et son malheur.

Il ne chassa pas son fils illégitime et son esclave mais la patronne devint encore plus dure et Marie Thérèse endura les pires tourments

L’ardeur amoureuse du maître ne faiblissait pas et Marie Thérèse devint à nouveau mère, le petit Jean Denis naquit le 27 février 1807 par les soins de l’éternel Lolliot.

La déclaration de grossesse n’avait pas eut lieu pour cette dernière maternité.

Louis Nicolas Geoffroy Marchand épicier et Armand Vilcoq bourrelier firent office de témoins.

Quatre enfants naturels c’était un record pour le village et pour l’époque, ils poussèrent comme des mauvaises plantes solides et vivaces au milieu d’un parterre et firent souches en la dure terre de champagne.

Seul le petit dernier n’eut pas ce privilège et mourut encore aux langes.

Le calvaire de cette vie de chienne cessa pour mon arrière grand mère à l’age précoce de 41 ans en cette belle année de félicité impériale que fut l’année 1810.

Le plus vieux des enfants avait 13 ans et le plus jeune pointait sur ses 6 ans, les trois enfants furent placés dans la famille et firent souche en Seine et Marne et dans l’Aisne.

Bien sur le récit narratif est inventé, seuls les fait si rattachant sont identifiables dans les actes d’état civil. D’autres scénarios auraient put se produire, mais l’essentiel n’est pas la. Par la vie de Marie Thérèse Leroy paysanne de Marigny en Oxois j’ai ouvert une petite fenêtre sur la condition féminine pendant l’époque Napoléonienne.

Les femmes violées en cette période de grands mouvements militaires étaient légion et les agresseurs peu ou pas punis.

La société Napoléonienne était patriarcale et les femmes soumises à l’autorité paternel, puis à l’autorité conjugale.

Les filles mères étaient souvent jetées à la rue et alimentaient en permanence les marchés urbain de la prostitution.

Le cas de Marie Thérèse n’est donc pas isolé et le scénario de la pauvre fille qui sert d’objet sexuel à son employeur est envisageable.

Peut être a t’ elle vécu en concubinage, mais ce genre de vie était marginale dans une communauté villageoise au début du 19ème siècle.

Peut être que chaque enfant est le résultat d’un amant de passage.

Mais quelque soit le scénario cette pauvre femme a du souffrir dans son être et dans sa chair.

Son viol par  2 individus fut le catalyseur de son triste destin et influa à n’en pas douter de façon négative sur le cours de sa vie.

La situation d’un mère célibataire avec 4 enfants est déjà laborieuse en notre temps de félicité sociale alors imaginez le calvaire il y a 200 ans !!

Ce texte fait suite à l’histoire du viol de Marie Thérèse  que je vous mets en lien.

https://pascaltramaux.wordpress.com/2015/05/16/une-sinistre-histoire-de-viol-1797-dans-un-village-de-laisne/

LE CRECELLAGE

église saint Crespin de verdelot

En ce jeudi de pâques 1832, Joseph Perrin et son cousin Nicolas observent avec attention le clocher de l’église Saint Crépin . Ils sont descendus tous deux du hameau de Pilfroid où ils demeurent pour observer dans le bourg de Verdelot le départ des cloches pour la sainte ville de Rome.

Demain et pour la première fois accompagnés de leurs aînés, ils iront par les rues et les chemins annoncer au moyen de tartelloire , de crécelles et de tic toc maillet les différentes messes qui ponctueront les festivités Pascal.

Cette histoire de cloches, nos deux naïfs ni croient guère, mais ce genre de chose est plutôt à vérifier soit même. Joseph a interrogé sa mère sur le sujet et elle lui a certifié que toutes les cloches du royaume partaient pour être bénites par le pape, méfiant il demanda confirmation à son père Nicolas .

Le berger lui répondit goguenard que sa mère en matière de cloches s’y connaît mieux que lui et qu’il n’avait qu’à vérifier lui même.

Mais le temps passe et les babillardes ne bougent pas, il leurs faut rentrer car la nuit sera courte

Bon pour ceux et celles qui croient que les cloches partent vraiment à Rome, je me dois de les détromper. On bloquait simplement les cloches pour les empêcher de sonner, pour marquer le deuil de Jésus. Imaginez un peu le nombre de cloches à bénir, le bon Grégoire XVI n’aurait pu y pourvoir.

Plus sérieusement les cloches se taisaient après le Gloria de la messe de la sainte Cène et se faisaient entendre de nouveau le dimanche de Pâques pour fêter la résurrection.

Bien pendant que j’y suis, un petit rappel pour les mécréants ou pour ceux dont le catéchisme est loin.

Samedi après vêpres fin du grand carême et célébration du réveil entre les morts de Lazare qui préfigure la résurrection universelle.

Dimanche des rameaux, entrée de Jésus dans Jérusalem, son royaume sur terre est proclamé.

Jeudi saint, Jésus réunit les apôtres et leurs présente l’Eucharistie.

Vendredi saint, Jésus est arrêté, condamné et crucifié.

Dimanche, résurrection et apparition du Christ.

Évidement je simplifie à dessin.

Joseph ne trouve pas le sommeil facilement, tout est prêt pour le lendemain, son père lui à confectionné un tic toc maillet qui ne fait pas le même bruit qu’une crécelle mais qui produit une mélopée tout aussi énervante et bruyante. L’ instrument se compose d’une petite planche , percée en son milieu et dans lequel vient s’adapter un manche d’une vingtaine de centimètres, à l’extrémité supérieure, saillant légèrement au dessus de la planche s’adapte à l’aide d’une charnière un maillet de bois très court. Lorsqu’on agite l’instrument le maillet vient frapper la planchette et produit le bruit escompté.

C’est que Joseph est maintenant enfant de chœur, au grand bonheur de sa mère et au désespoir de son père qui ne croit pas aux bondieuseries et qui regrette pour cet aspect des choses la période révolutionnaire.

Il faut bien dire que Nicolas Perrin n’est pas très recommandable, ces bergers de Pilfroid sont tous un peu sorciers, heureusement Marie Louise Cré sa femme a une religiosité à toutes épreuves.

C’est donc avec fierté que sa mère le voit revêtir la robe blanche et avec raillerie que son père le regarde agiter l’ostensoir .

Mais peu importe c’est avec les premières lueurs du jour qu’il se dirige sur le village pour rejoindre la troupe de sonneurs.

Ils sont une dizaine à avoir bravé la fraîcheur matinale, il ne faut maintenant plus traîner et sous la direction d’un grand il commence leur parcours.

Le bruit devient vite effroyable dans les rues du bourg, les crécelles émettent leur son strident et les tartelloires leurs répondent, les tic toc maillet semblant faire la balance.

En ce vendredi Saint le but des jeunes  » crécelleurs  » est donc d’aviser la population des différents offices qui auront lieu pendant le triduum Pascal

Le triduum Pascal commence par la messe vespérale du Jeudi Saint qui commémore la Cène.

Il n’y a pas de messe le Vendredi Saint mais on célèbre la passion, la mort sur la croix , puis la on termine par la communion ( avec les hosties consacrées le jeudi Saint ).

Le samedi verra la veillée Pascal du début de la nuit jusqu’à l’aube du dimanche de Pâques

Le dimanche de Pâques sera consacré jusqu’aux Vêpres à la commémoration de la résurrection du Christ.

En plus seront chantées les différentes prières , première, seconde, ténèbre.

On le voit nos petits paysans ne vont pas chômer avec toutes ces prières et offices à annoncer.

Joseph et ses compagnons vont donc sonner toute la journée parcourant l’ensemble du territoire de la commune qui est fort étendu, rien n’échappe aux carillonneurs de Pâques, hameaux, moulins, fermes isolées. A peine terminé qu’il faut bientôt recommencer pour un autre office. Les jambes sont lourdes les tympans un peu fêlés mais quelle fierté. Il semble même à Joseph que certaines petites paysannes le regardent d’une tendre façon.

L’exercice se termine à minuit par une prière devant la porte principale de l’église , à genoux nos enfants de chœurs entonnent le Vexilla Régis. Mais l’épreuve ultime sera de répéter cette prière devant la croix du cimetière. Joseph est terrifié mais la chaleur du groupe lui fait surmonter ses craintes, aucun revenant, pas d’âme d’enfant en errance ni de feux follets s’élevant entre des vieilles pierres. Le périple s’achèvera aux pieds d’une croix sur le chemin menant à Montdauphin.

Après cette journée bien remplie, il ne restait à nos musiciens que d’aller chercher leur récompense.

Joseph épuisé mais heureux de cette aventure passe maintenant avec ses camarades dans toutes les maisons ou ils chantent  » o crux avé  », les propriétaires régalent les enfants de piécettes ou bien d’œufs et de farine.

Malgré la nuit avancée ils sont toujours bien reçus. Le lendemain matin marchant toujours ils continuent leur collecte dans les hameaux plus lointains.

En fin de journée les paniers et les poches sont pleins, la répartition est effectuée par les plus grands, sans souci d’équité, mais peu importe, Joseph sait qu’un jour son tour viendra de faire la répartition lui même.

Quelle journée de liberté absolue ou il a déambulé toute la journée et toute la nuit sans contrôle parental en faisant un tapage digne des plus grands charivaris, Joseph s’en souviendra toute sa vie et sourira quand il accordera l’autorisation de faire de même à ses enfants.

La collecte se faisant une partie de nuit les habitants préparaient les dons et les laissaient en évidence pour les petits sonneurs. Personne ne dérogeait à la tradition, même les froids huguenots peu adeptes de ce genre de billevesées.

Il y a lieu de s’étonner aussi de la liberté accordée à des jeunes enfants de se promener en pleine nuit pour collecter des œufs et de l’argent, autres temps autres mœurs.

Il est maintenant impensable de concevoir ce genre de chose et je ne parle évidement pas de la visite nocturne au cimetière.

O crux avé spé unica,  » salut o croix unique espérance  » est la sixième strophe du Vexilla régis.

Les œufs et la farine étaient souvent vendus et l’argent partagé.

Dans certains villages la recette était donnée au curé.

La tradition semble revivre dans quelques communes de France.

Le rituel décrit était celui de Seine et Marne et peu varier en fonction des régions.

 

Je me suis servi du livre de Jules Grenier  » la brie d’autrefois  » comme base de renseignements.

la Tartelloire et le tic toc maillet étaient utilisés au même titre que les crécelles, mais je n’ai malheureusement aucune photo

 

LES RELEVAILLES D’AUTREFOIS


Marie Bouriou n’avait pas eu le droit de se rendre au baptême de son fils, la tradition était bien ancrée c’était son 4ème enfant et jamais elle n’aurait imaginer transgresser cet interdit.

Notre bonne mère Marie n’avait elle pas été interdite de temple ( Jérusalem ) jusqu’au 40ème jour.

A vrai dire elle ne se posait pas la question, la coutume le voulait alors elle s y  plierait

Mais pourquoi les mères n’assistaient elles pas au baptême de leurs enfants ?

La réponse est à chercher dans l’antiquité Hébraïque et plus particulièrement dans le lévitique, en cette douce époque la femme qui venait d’accoucher ou d’avoir ses menstruations était entachée d’impureté . Cette dernière qui n’avait pas la signification de souillure empêchait toutes les femmes de se rendre sur un lieu de culte, de ne participer à aucune cérémonie et même de se rendre au lavoir.

Cette impureté liée au sang était même étendue au rapport sexuel, formellement interdit pendent les règles et après un accouchement.

La vierge Marie qui était juive ne fit donc pas exception. Ainsi donc la mère du Christ fut entachée d’impureté, un comble pour une vierge.

La religion chrétienne reprit à son compte cette idée d’impureté en rajouta un peu.

La femme qui paradoxalement faisait un don à la vie était impure pendant 40 jours dans le cas d’un garçon et de 80 jours pour une fille . Elle ne devait en théorie pas sortir de chez elle.

On le voit cette histoire mêle l’impureté du sang placentaire, le sang des menstrues et le tabou de la sexualité féminine.

L’homme n’était évidement entaché d’aucune impureté, c’est Eve et non Adam le responsable.

La date de la présentation de Jésus correspond à la chandeleur. Cette fois ci les chrétiens reprennent à leur compte un mythe païen de la fertilité . Encore un mélange, car la chandeleur arrive 40 jours après Noël. Fertilité, impureté, présentation à dieu, on s’arrange de tout.

Marie Bouriou cette impure n’avait donc pu se rendre à l’église, elle s’y rendra dans quelques jours pour une cérémonie que l’on appelle les relevailles.

Les canons de l’église précisaient 40 jours et 80 jours, parce que le fœtus conçu dans l’impureté, est réputé être resté sans forme pendant 40 jours pour les garçons et 80 pour les filles.

Évidemment chacun c’est vite rendu compte qu’une paysanne et mère de famille ne pouvait rester autant de temps sans sortir de chez elle. Actrice économique essentielle, un accommodement fut trouvé et de 40 jours on passa à un certain temps. Les femmes de la noblesse et de la bourgeoisie, moins bousculées par le travail respectèrent un peu plus les prescriptions de l’église.

Marie prépara sa réintroduction dans le cercle des fidèles de Dieu après une semaine. Ce délai lui avait d’ailleurs été nécessaire pour se remettre de ses couches.

Le jour des relevailles, Marie est accompagnée de la sage femme, de la marraine et de quelques voisines.

La matrone porte l’enfant sur son bras droit et la mère se tient du coté de la tête de son enfant, la marraine est de l’autre coté.

Dans cet ordre ce cortège exclusivement féminin arrive après 30 minutes de marche à l’église Saint Hilaire de Bazoches, le bébé connaît le chemin, car c’est le même qu’au baptême.

Marie s’agenouille à l’entrée de l’église, le prêtre lui amène un cierge ( celui de la chandeleur ). Elle le tiendra pendant la cérémonie. Le prêtre Javelot revêtu de son surplis récite une première prière puis pose un bout de son étole blanche sur le bras de Marie la relève et l’accompagne jusqu’à l’autel. Le prêtre continue son office, nouvelle prière, bénédiction et communion.

Marie a fini sa corvée, elle est de nouveau pure et va pouvoir réintégrer la communauté chrétienne et sa propre communauté paysanne.

Bien sur avant de rentrer chez elle pour servir un repas à ses proches, elle doit donner rétribution au curé. Une piécette et une partie du gâteau qui avait été béni pour la circonstance est donné en contre partie de la consumation du cierge ( en cire d’abeille, donc cher ).

On ne badinait pas avec cette cérémonie, car si la femme venait à mourir en couche , des relevailles post mortem avaient lieu. La sage femme ( encore elle ) prenait la place de la morte et se rendait à l’église avec le même cérémonial. Nos ancêtres étaient superstitieux et le non respect de cette coutume portait malheur.

Marie en sortant de chez elle pour la cérémonie a croisé son voisin, elle sut donc que son prochain enfant serait un garçon.

Les prédictions ne sont pas toujours bonnes, Marie Bouriou n’eut pas d’autre enfant et s’éteignit 6 ans plus tard à l’age peu respectable de 51 ans.

BAPTÊME D’AUTREFOIS


Baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain

 

En cette journée du 17 janvier 1745, il fait très froid, une bise venue du nord balaye les collines morvandiautes.

Marie Bouriou, la femme au François Trémeau que les méchantes langues appellent la vieille vient d’accoucher d’un petit garçon. Surnommée ainsi, non pour ses 40 printemps mais pour sa différence d’âge avec son mari François qui lui est un jeunot de 24 ans.

Le couple et les 3 enfants de Marie habitent au village de Bazoches et plus précisément au hameau de Champignol le haut. De leur bâtisse, ils aperçoivent le château Vauban, propriété de la famille du célèbre Maréchal. Ils sont laboureurs, elle est veuve, lui vient du hameau de Montjoumé où se trouve le château de Bazoches et une communauté de tuiliers dont fait  partie l’ensemble de la famille de François.

Il est décidé juste après la naissance de se rendre à l’église Saint Hilaire de Bazoches pour y faire baptiser le bébé.

Le baptême en cette lointaine époque était le passage obligé du tout à chacun, il marquait l’entrée dans la communauté chrétienne.

Le mot baptême dérivé du mot grec baptizein signifie plonger. En effet les premiers baptêmes se faisaient dans l’eau et l’immersion était complète.

Jésus christ fut, on le rappelle baptisé dans les eaux du Jourdain par Jean ( que l’on nommera Jean Baptiste ). Cette scène décrite dans l’évangile de Saint Mathieu voit descendre sur Jésus à sa sortie de l’eau l’esprit de dieu.

A la vérité ce baptême procède de la purification par l’eau et, est commun avec beaucoup de religions

Bien que le baptême chrétien ne soit pas issu de la religion juive au sens propre du terme , ces derniers pratiquaient des ablutions fréquentes et des bains afin de se purifier ( acte sexuel, touché de cadavre ).

Les hindous pratiquent dans le Gange des bains purificateurs.

En tous lieux et depuis des temps immémoriaux, l’eau a été un élément purificateur et a tout naturellement été introduite dans certaines religions modernes

La matrone ou bounne mé emmaillote le petit Jean Louis dans la  »tavaiole » ( pièce de lingerie fine) et en compagnie du parrain et de la marraine, sort malgré les conditions climatiques.

Le baptême doit se faire le jour même.

Il n’en fut pas toujours ainsi de cette cérémonie précoce, les premiers chrétiens se faisaient baptiser à la fin de leur vie , pour effacer le maximum de pêchés. Dès le IV les chrétiens devaient suivre un catéchuménat ( temps d’instruction religieuse ).

Baptême de Clovis, élément fondateur du royaume Français

Ce n’est qu’au 12ème siècle, devant la forte mortalité infantile que l’on se résoudra à baptiser les enfants. Puis un siècle plus tard le baptême du nourrisson sera généralisé. Si les nourrissons non baptisés  venaient à mourir, ils se voyaient condamnés à errer perpétuellement dans les limbes .

Le limbe pour résumer est une sorte d’endroit ou d’état intermédiaire, les enfants n’ayant pas commis de graves péchés ne pouvaient aller en enfer, mais ils ne pouvaient à contrario se rendre au paradis car ils étaient entachés par le péché originel.

Invention tardive dans la scolastique chrétienne qui date du XIIIème siècle et qui n’est remise en question qu’en 2007.

Mais prévoyante, l’église a donné le droit aux  sages femmes d’ondoyer l’enfant si il est en  péril de mort et des sanctuaires à répit s’élevèrent sur l’ensemble du royaume. Ces chapelles se voyaient déposer les enfants morts dans l’attente d’un signe de vie. Le moindre mouvement organique était considéré comme tel et le baptême avait lieu.

Disons le crûment, on baptisait des enfants morts.

Au bout de 30 minutes de marche dans le froid ils arrivent à l’église de Bazoches où par chance se trouve le curé Javelot qui prépare la fête patronale.

Petit édifice datant du 16ème et 17ème siècle, elle comprend un porche surmonté d’un clocher aux fenêtres géminées à arcatures. La nef est à 2 travées de style gothique. Sur la gauche une chapelle où se trouve le baptistère.

C’est en cet endroit que se déroule la cérémonie, tout est en latin personne ni comprend rien, cela n’a aucune importance, ils connaissent tous le rituel .

Le curé fait le signe de croix sur le front de Jean Louis , puis l’asperge à 3 reprises. Il termine par l’onction avec le saint chrême

Le cierge Pascal brûle de sa forte flamme et assure la présence réconfortante du Christ

La famille est maintenant tranquille, l’enfant quoi qu’il arrive ne sera pas damné.

Le curé prend son registre et transcrit l’acte de baptême, le petit se nomme Jean Louis. Son parrain Jean Louis Renaudot procureur et fermier à Saint Martin du Puy lui a donné ce prénom peu usité dans la famille. Personnage important pour le petit laboureur qu’est François, ce parrainage fait la fierté de la famille. Parrain de fait, mais non présent il est représenté par Léonard Chesne laboureur au moulin d’Empury et oncle par alliance de la femme de François. La marraine est damoiselle Marguerite Renaudot.

La cérémonie est terminée et le petit cortège retourne à Champignol avec le bébé. François reviendra payer le curé avec quelques présents en nature. Il remercie vivement le parrain et la marraine et tous maintenant autour de la table se régalent du  » broûto  » ( banquet ). Les parrains et marraines doivent se soumettre au cérémonial de l’embrassade pour que leur filleul ne bave pas.

Marie alitée revoit avec satisfaction son fils et son mari revenir. Pourvu que le petit n’est pas pris froid et survive à cette deuxième épreuve ( après celle de la naissance ).

Jean Louis est maintenant aux mains des femmes et passera ses premiers mois emmailloté, croupissant dans sa merde et son urine. Il ne sera pas lavé car il est bien connu que la crasse protège et ses croûtes de lait ne seront pas retirées. Quand aux poux quel bienfait, alors pourquoi ne pas les laisser !!.

NAISSANCES D’AUTREFOIS


VÉNUS DE WILLENDORF

Donner naissance est un événement aussi banal qu’extraordinaire. Banalité car chaque femme est à même de donner naissance ainsi que toutes les femelles du règne animal . Mais acte magique tout à la fois, car faire naître une nouvelle vie est d’une beauté fascinante et d’une complexité teintée de mystère.

Quelques soient les termes, accoucher, mettre bas, vêler, la magie de l’arrivée d’un nouvel être est fascinante.

Il en est ainsi de nos jours et il en était ainsi autrefois, même si l’enfant naissant n’avait pas tout à fait la même place qu’aujourd’hui.

Au 17ème siècle la conception était entourée d’un voile opaque, aucune connaissance médicale, aucune connaissance obstétricale et bien sur une méconnaissance totale des mécanismes génétiques amenant la conception.

Bien sur n’en doutons pas, la coutume, les informations transmises de mère à fille, l’expérience, la proximité animale et humaine faisaient que chaque femme acquérait une somme de connaissances.

Sans connaître les mystères de la vie,  nos ancêtres savaient pertinemment  que les enfants ne naissaient pas dans les choux, amenés par des cigognes.

                                               statuaire romaine

Claudine Landonneau en ce 28 septembre 1687 est sur le point de partir nourrir ses bêtes lorsqu’elle ressent les premières douleurs de l’enfantement.

Sans savoir qu’elle arrive à terme, l’expérience de cette 6ème grossesse l’avertit que le moment arrive.

Elle charge son fils Pierre Trémeau d’aller prévenir le père et sa fille, d’aller quérir la matrone au village tout proche.

En effet à cette époque on ignore qu’une grossesse dure 9 mois et une femme est enceinte lorsqu’elle ressent ce qu’on appelait l’animation, à savoir les premiers mouvements ressentis de l’enfant.

Pour rappel tout ce qui amenait à perdre l’enfant avant cette animation n’était pas considéré comme un avortement mais comme de la contraception.

Dans le petit hameau de Montjoumé du village de Bazoches sur

les contreforts du Morvan c’est l’effervescence, Pierre Trémeau l’aîné vient d’être prévenu par son fils, les mains pleines d’argile, il interrompt son travail de façonnage de tuiles et se rend immédiatement au chevet de sa femme.

Toute la petite communauté des tuiliers de Montjoumé est sur le qui vive, tant les liens entre tous sont forts.

Lorsqu’il arrive, la maison est déjà envahie par une cohorte de femmes, voisines , cousines, sœurs.

Petite maison semblable aux autre, une pièce unique, une cheminée, un coffre, quelques ustensiles de cuisine en terre cuite, un grand lit pour les parents et des paillasses le long des murs pour la ribambelle de gamins. L’étable séparée de l’habitation par une demi cloison de bois participe au chauffage de l’ensemble.

Claudine est allongée sur le lit, Pierre la rassure et se voit éconduire hors de la maison par une voisine.

En cette époque la présence des hommes n’était pas souhaitée, sauf exception où l’expérience du vêlage pouvait être utile où en cas de problème grave nécessitant la présence d’un chirurgien.

Le chirurgien qui ne s’y connaissait pas plus que la matrone , mais avait cependant des instruments qu’il était le seul autorisé à posséder . Ils étaient toutefois forts rares en campagne et le Morvan n’en comptait guère.

Instruments obstétricaux 1580

La présence des enfants était proscrite de même que celle des jeunes filles qui n’avaient jamais enfanté

La matrone arrive enfin et prend la direction des opérations, elle donne à chacun ses directives, faire chauffer de l’eau, confectionner un bouillon et calfeutrer la maison.

Sur le lit Claudine allongée se voit retrousser sa robe pour que la sage femme examine l’avancement de l’accouchement et évalue de façon empirique l’ouverture du col.

La matrone appelée aussi femme qui aide, mère mitaine, bonne mère, ventrière ou bien sage femme était de préférence une femme âgée, disponible, ayant eut une nombreuse progéniture.

Elle devait être agrée par le curé car elle pouvait administrer les serments du baptême en cas de danger de mort de l’enfant, elle devait être aussi agrée par la communauté paysanne.

Présente à tous les stades de la vie, elle pratiquait souvent la toilette des morts.

Aucune connaissance particulière n’était exigée, elle avait simplement la réputation d’avoir réussi quelques accouchements sans problème.

La prise de conscience des massacres commis par l’inexpérience et le manque d’hygiène ne viendra que peu à peu sous l’impulsion de femmes comme madame Du Coudray.

Claudine est maintenant en plein travail, elle a chaud, la petite maison en cette fin septembre est surchauffée par le feu dans la cheminée et la présence de tout un groupe de femmes.

A demi allongée entièrement vêtue elle souffre.

Un accouchement était un événement presque publique, beaucoup de monde  dans un espace complètement clos, pour que les mauvais esprits ne pénètrent pas.

Les femmes accouchaient devant tout le monde, mais entièrement habillée, la nudité n’existait pas en cette époque. L’enfant était donc sorti des jupes de sa mère ou de dessous les draps.

Poupées anatomiques  17ème siècle

Tout était en place maintenant, le cierge de la chandeleur brûlait sur le manteau de la cheminée et une ceinture de la vierge amenée par une parente était accrochée à une paterne.

La religion rejoignait la superstition.

Le cierge de la chandeleur était ramené de l’église tout allumé, cette fête liturgique en date du 2 février ( 40 jours après Noël ) consacrait la purification de la Sainte vierge.

Bizarrerie à mon sens de purifier une sainte, mais disons le , plus simplement ,cette cérémonie remplaçait les solennités païennes des lupercales et amburbales.

 » La grotte des lupercales aurait accueilli la fameuse louve  Romulus et Rémus. Les amburbales étaient une procession solennelle aux flambeaux où l’on promenait la future victime expiatoire ( hommes ou animaux ).

Quoi qu’il en soit, ce cierge consacré brûlait dans toutes les grandes occasions et apportait chance.

La parturiente donne enfin le jour à un petit être, la ventrière a lieu d’être contente, c’est un garçon, Claudine est heureuse.

Avec un ciseau, la bonne mère coupe le cordon ombilical, comme c’est un garçon elle le coupe de la longueur du sexe, si le bébé avait été une fille, le cordon eut été coupé  à ras.

La délivre est récupérée dans un pot, le petit n’est pas né coiffé quel dommage…..

La délivre est la placenta, il était enterré par le père au pied d’un arbre fruitier pour attirer la prospérité.

Être né coiffé ne signifiait pas avoir des cheveux mais avoir une partie de la membrane fœtale collée au sommet du crane. C’était censé porter chance .

La matrone décide devant le beau visage du bébé de ne pas le remodeler, le petit Pierre, car c’est le nom original qui lui est donné ( prénom du père et d’un des frères ) a sa première chance de survivre.

Les matrones prenaient souvent la liberté de remodeler le crane de l’enfant ( en fonction des régions ).

Elles pratiquaient aussi l’allongement des tétons si c’était une petite fille en vue d’une meilleure production de lait maternel.

Le petit Pierre est ensuite lavé avec un mélange de beurre fondu, d’eau chaude et d’eau de vie, puis massé avec du vin ou du vinaigre.

Il est ensuite emmailloté et ne recevra plus de soins corporels avant longtemps.

Pierre le père repart au labeur et chacun regagne son ouvrage, la sage femme est payée en nature ( lapins, volaille, œufs ).

Claudine reprit rapidement son activité et mit au monde 7 autres enfants. Elle résista à toutes ses maternités et à la matrone. Elle était sûrement d’une vitalité exceptionnelle et mourut à 70 ans. Des 13 enfants, 7 au moins firent souches, 3 moururent à la prime enfance et le destin des 3 autres reste ignoré.

LE CHARIVARI DU BERGER DE VILLOUETTE

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En ce lundi 26 novembre 1736, le cortège de la noce s’ébranle, un violoneux engagé pour la circonstance ouvre la marche, oripeaux au chapeau il commence sa mélopée, les mariés Pierre et Françoise lui emboîtent le pas. La famille et les amis groupés derrière , forment un ruban qui serpente sur le chemin qui mène à l’église.

Lui est berger au hameau de Villouette, elle, fille de Saint Bon en Brie Champenoise demeure avec sa mère au bourg principal.

L’église sise au village n’est qu’ à une portée de sabots de Villouette.

A mi chemin, l’assemblée perçoit un bruit sourd qui va s’amplifiant au rythme de la marche.

Ce bruit que les mariés redoutent , chacun le connaît et s’y attend.

Pierre regarde Françoise et d’un sourire l’apaise.

A vrai dire tout sépare ces 2 êtres.

Pierre François est né au siècle du grand roi en 1663, noueux comme un cep de vigne, la peau brune et tannée par des décennies de pacage il se dresse encore fièrement.

Elle, blonde, les joues rosées, la poitrine belle et gonflée de ses 2o ans semble offerte en offrande à un vieux guerrier concupiscent.

Elle est née en 1716, l’homme qui lui tient le bras pourrait être son grand père. Plus d’un demi siècle sépare les 2 êtres. Union monstrueuse entre le minotaure et la jeune vierge.

Françoise n’avait évidement pas eu le loisir de discuter, au prix de négociations très serrées, un contrat avait été passé entre le berger Pierre François et la mère de Françoise la veuve Clement.

Que la jeune fille n’eut pas le droit au chapitre rien d’exceptionnel à cela, les épousailles n’étaient pas une histoire d’amour mais un contrat liant 2 parties . L’originalité  de celui ci réside  surtout dans la très grande différence d’age.

Lui était veuf depuis 1 an et n’entendait pas se passer d’une compagne dans sa couche. Alors quitte à prendre femme autant en prendre une jeune. Il avait un peu de biens et  était très âgé, l’affaire pourrait finalement se révéler excellente pour Françoise. Elle ferait une très belle veuve, jeune, avec un petit pécule et surtout émancipée de toute pression familiale, elle serait convoitée comme toutes les veuves et choisirait parmi ses futurs prétendants.

Nous n’en sommes évidement pas là, car pour le moment la noce s’est immobilisée.

A l’entrée du village un attroupement sonore s’est formé, composé de jeunes hommes et de quelques filles,ils ont revêtu des vieux habits et certains se sont enveloppés de peaux de bêtes.

Chacun à la vue de la noce frappe de toutes ses forces sur des casseroles, des chaudrons, des poêles ou des pelles. Une furie fait tourner une crécelle et une autre munie d’un sifflet émet un son strident qui perce dans le concert sourd des instruments culinaires.

Du concert sonore émergent des invectives grossières à destination des 2 mariés.

En ce monde paysan, les coutumes bonnes ou mauvaises ponctuent la vie autarcique des villageois.

Tout ce qui n’est pas coutumier est condamné par la vox populis, une union mal assortie, des veufs et des veuves qui se remarient trop rapidement, un mari battu ou cocu engendrent une émotion populaire que l’on nomme charivari.

Or, Pierre est veuf et le barbon a 53 ans de plus que sa future bergère.

L’événement est peu banal et se doit d’être célébré.

La famille François composée de Pierre et de ses 2 fils Edmé et Jean, est une famille respectée, le charivari se passera dans les règles de bienséance et les braillards se conduiront avec décence.

C’est que plusieurs degrés de charivari existent en fonction de ce qui est reproché aux épousés, le charivari simple celui qui est fait pour des mariés dont l’age est un peu disproportionné ou les veufs et veuves qui s’unissent trop vite après leur veuvage. Dans ce cas un chahut sonore est organisé le soir des noces, les mariés régalent en abondance et chacun s’en retourne dans la bonne humeur.

Dans le cas de Pierre et Françoise la différence d’age est tellement énorme que les jeunes du village s’étaient décidés pour commencer le charivari quelques jours avant la noce et de le poursuivre le jour de la célébration en effectuant en quelques sortes un défilé parallèle . Pour faire cesser ce tintamarre Pierre doit maintenant payer une rançon que se partageront les importuns. Bien sur ce paiement en argent dûment négocié ne dispensait pas de rincer le gosier des trublions.

Il restait un autre cas bien plus délicat, le charivari organisé pour un homme battu ou cocu. La mascarade se transformait en une sorte de bacchanale expiatrice ou les mauvais penchants de chacun ressortaient avec envie. Il y avait bien sur le bruit, mais se rajoutait à cela la course à l’âne.

Les mariés devaient monter sur un âne, lui à l’envers en tenant la queue de la bête et elle dans l’autre sens. Ils étaient ensuite promenés dans la tenue dans laquelle on les avait trouvés dans tout le village sous les quolibets et les invectives de la foule . Formellement interdit cet exutoire populaire pouvait fort mal tourner, coups et blessures, humiliation et parfois arrestation suivies de condamnation.

Nous n’en étions pas là pour Pierre et Françoise, le charivari avait bien commencé il y a quelques jours, mais notre berger avait payé sa rançon, il en serait quitte pour un chahut bruyant.

A l’entrée du village il fallut quand même payer un petit supplément pour que le cortège puisse pénétrer dans l’enceinte sacrée de la demeure du seigneur.

La cérémonie se déroula ensuite suivant le cérémonial immuable, église puis banquet paysan.

La nuit de noces qui s’ensuivit se passa à merveille, le vieux berger encore vert honora la jeune génisse tel le minotaure Crétois.

La vigueur de Pierre ne fait d’ailleurs aucun doute pour personne, car la petite Françoise malgré sa belle robe et son beau tablier a eu du mal à cacher son ventre qui s’arrondissait et ses seins qui s’alourdissaient.

Le curé va pouvoir faire de jolis sermons sur la concupiscence et la paillardise.

La naissance eut lieu le 28 avril 1737, soit 5 mois après son mariage. Tient, tient le vieux grigou avait croqué la belle pomme dès le mois de juillet 1736.

Il était veuf depuis seulement 1 an.

C’était il servi sans consentement ?

Plus que probable, l’amour d’un vieux paysan avec une jeune nymphe ne se trouve que dans les contes  et l’on peine à croire à un rapport librement consenti . Quoi qu’il en soit, le viol si tel a été le cas avait du être réparé et un consensus trouvé. Ils avaient été contraints au mariage, l’honneur était sauf.

Il ne faut sûrement pas chercher une morale à cette histoire, le berger mourut octogénaire  6 ans plus tard en ayant eut soin de faire un deuxième fils à sa jeune femme.

Qu’est devenue la jeune femme, nul ne le sait, en 1763 lors du mariage de Jean son premier  fils le curé de Saint Bon déclara qu’elle était absente du village.

Jean fit souche en Seine et Marne du coté de Chaumes en Brie et de Verneuil l’Étang. Je suis issu en droite ligne de cette union pas ordinaire.

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

Naissance Pierre François le 25/01/1663 à Esternay dans la Marne

Naissance Françoise Clement le 03/08/1716 à Les Essart le Vicomte dans la Marne

Premier mariage de Pierre avec Louise Dulot avant 1690.

Deuxième mariage de Pierre avec Françoise Clement le 26/11/1736 à Saint Bon dans la Marne

Mort première femme de Pierre le 22 mai 1735 à Saint Bon dans la Marne

Mort de Pierre François le 3 avril 1742 à Saint Bon dans la Marne.

Voila l’histoire peu banale de mes ancêtres le berger de Villouette et de sa jeune épouse,  bien sur la narration est romancée mais les faits et les dates bien réels. Le charivari était pratique courante. Le mariage arrangé, était de mise. Le viol considéré comme un ravissement de l’honneur et non comme une violence faite à la femme faisait souvent l’objet d’un négociation avec compensation financière. Cette petite ingénue, orpheline de père et sans le sou ne devait guère avoir un honneur non négociable.

Les mentalités n’étaient guère évoluées sur le sujet en cette époque reculée, mais le sont elles réellement de nos jours ?

Une telle histoire  se devait bien d’être contée.

Moi jusqu’à mon ancêtre le berger de Villouette

LES RÉHABILITATIONS DE MARIAGE


lizines

 

 

En parcourant les registres paroissiaux d’une petite commune de Seine et Marne je suis tombé sur une cérémonie que je n’avais pas eu loisir de rencontrer en toutes mes années de recherches. Le 20 mai 1776, en effet le prêtre de la paroisse et plus précisément son vicaire pratiqua 4 réhabilitations de mariage.

Je m’empressais alors de connaître la signification exact de ces réhabilitations. Après avoir lancé un moteur de recherches j’apprenais que cette procédure revalidait un mariage annulé pour cause de non possession d’une dispense de consanguinité. Le premier mariage ayant eu lieu dans l’ignorance d’un lien de parenté, donc en toute bonne foi.

Le mariage sans la dispense de consanguinité rendait donc nul cette union et les enfants nés de ces couples devenaient illégitimes.

Rappelons pour bien comprendre quand ces temps reculés nos ancêtres ne pouvaient se marier qu’à condition de ne pas être membres de la même famille et ce jusqu’au 4ème degré.

Pour faire simple les petits enfants de cousins germains ne pouvaient théoriquement pas convoler, je dis bien en théorie car si le système avait été trop rigide, nos pauvres ancêtres auraient été bien en peine de se marier. La population était faible, les voies de communication très difficiles, les dialectes différents d’une région à une autre ou même d’un village à un autre. En bref les opportunités de trouver chaussures à son pied en dehors de son environnement immédiat étaient quasi nulles.

L’église mit donc en place un système de dispense, et qui autorisait à transgresser en quelques sortes sa propre doctrine.

L’évêque avait la main mise sur les dispenses du 4ème et 3ème degré et le pape celle du 2ème degré ( cousin germain ). Comme on peut s’en douter rien n’était gratuit et la dispense papale était évidemment plus cher que  la dispense de  l’évêque.

Ayant bien compris le sujet et constaté que le bon curé avait réparé ces ignominieuses inconvenances, je me suis penché sur ses 4 couples pour tenter de comprendre le pourquoi du comment.

Le petit village en question se nomme Lizines-Sognolles et se trouve en Seine et Marne à proximité de Donnemarie-Dontilly et de Provins. Nous sommes dans la Brie Montoise.

La principale activité est la culture de la vigne et la presque totalité de la population est vigneronne.

Dans la plus totale des naïvetés, je me suis mis en quête de trouver leurs ancêtres communs. Je me suis vite retrouvé confronté à un imbroglio impénétrable. En effet la plupart des familles portaient le même nom, ce qui ajouté à l’indigence des prénoms formaient une toile d’araignée impénétrable.

Tous les habitants étaient  liés entre eux à un degré ou à un autre et les dispenses de consanguinités étaient légion.

Qui furent donc ces couples qui firent la une du village en 1776 .

Jean MAROT et Marie JARRY

François JARRY et Marie FRANCOIS

Nicolas FLEURY et Geneviève JARRY

Jean FLEURY et Geneviève FRANCOIS.

Le mariage de Jean Marot et Marie Jarry eut lieu le 25 février 1772, en présence de la famille en sans empêchement canonique. Tout le monde est de la paroisse, tout le monde est vigneron, les bans ont été publiés et les fiançailles célébrées la vieille. Le curé de Lizines se nomme Cattet et son vicaire Cuissot.

La réhabilitation eut lieu le 20 mai 1776 plus de 4 ans après.

« L’an mil sept cent soixante et seize, le lundy ving may, nous soussigné avons réhabilité le mariage de Jean Marot et Marie Jarry qui avait été célébré en face de l’église avec les cérémonies accoutumées ayant découvert depuis qu’ils étaient parents au 4ème degré de consanguinité, degré prohibitif pour contracter mariage sans dispense. En ayant eu depuis connaissance nous sommes pourvus à Sens pour obtenir la dite dispense ».

Voila tout est dit dans l’acte, de plus l’enfant du couple Marie Marot a pu être légitimé, le vicaire qui réhabilite le couple est le même que pour le mariage.

La dispense a été demandée au diocèse de Sens d’où dépendait Lizines.

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Le mariage de François Jarry et Marie François était encore plus lointain car il avait eut lieu le 15 janvier 1771, même configuration que le mariage précédent.

La réhabilitation est aussi en tout point identique avec la précédente.

A noter que François Jarry et le frère de Marie Jarry.

Les parents de François et Marie avaient déjà  demandé une dispense de consanguinité pour leur mariage en 1744.

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Étudions maintenant le troisième cas , le mariage de Nicolas Fleury et Geneviève Jarry a eu lieu le 23 novembre 1773, là aussi le schéma se répète, famille de vignerons, cérémonie classique sans empêchement, la réhabilitation est la même que pour les autres couples et la légitimation de leur fille également

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Pour terminer le 4ème couple formé de Jean Fleury et Geneviève François qui s’était marié le 09 février 1773 aura exactement la même cérémonie que les précédents.

Les 2 enfants du couple, Jean Baptiste et Geneviève ont été légitimés

Geneviève François et Marie François sont sœurs.

Quelle mouche piqua notre bon curé en ce printemps  1776, quelles furent ses motivations pour invalider quatre mariages dont le plus vieux remontait à 5 ans ?

Pourquoi troubler la quiétude de ce village paisible qui dut se sentir un peu menacé tant le tissu familial était dense.

Comment les familles, Bridou, Aveline, Chomé, Cornette,Gautier, Coffe, Marot, François, Jarry, Fleury réagirent  à cette ingérence du vicaire?

Mais ces mariés étaient ils de bonne foi, ont ils voulu économiser le prix de la dispense ?

Moi personnellement à l’étude des registres, je pencherais plutôt pour l’ignorance de leurs liens familiaux ou pour le moins ils se doutaient peut être d’un lointain cousinage sans en connaitre le degré exact.

Par contre je me pose la question de savoir comment le curé a fait pour savoir ce que les mariés ignoraient.

Beaucoup de questions sans réponse, mais c’est cela aussi la généalogie.

Pour mieux comprendre il faudrait réaliser la généalogie de l’ensemble du village, ce qui nous apporterait un éclairage sur cette endogamie familiale. Lizines n’était pas un village si petit et si éloigné que cela. Personnellement je pense que cette endogamie familiale était due à la nécessité de préserver des parcelles de vignes suffisantes pour pour en vivre décemment.

Car n’oublions pas que territoire de Lizines était recouvert de vignes comme une grande partie de la Brie et de la région Parisienne. Ce vignoble était l’un des plus importants de France. Ce nectar était un bien mauvais petit vin blanc qui devait se boire rapidement.

Il était très prisé des parisiens, proche par les transports et d’un prix attrayant.

Le chemin de fer qui rapprocha les vignobles du bordelais et le phylloxera tuèrent cette culture. C’est d’ailleurs et pour conclure peut être beaucoup mieux pour nos papilles.

LA GROSSESSE JUVÉNILE

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Les Nomblières commune d’Anais en Charente

Nous sommes en 1764, le roi Louis de son château Versaillais règne sur la France, la marquise est morte et ne commande plus à son âme. Le quinzième qui n’est plus le bien aimé depuis longtemps, ne connaît probablement pas sa Province Angoumoisine et encore moins les petits villages d’Anais et d’Aussac.

Ces 2 petits bourgs, situés au nord d’Angoulême, comme tout leurs semblables vivent dans la tranquille autarcie paysanne qui convenait à la société de l’époque.

La vie réglée par les travaux des champs, les fêtes religieuses et les événements familiaux s’écoulait au rythme tranquille des saisons.

Le village d’Anais avec ses 500 habitants était composé de plusieurs hameaux en plus du bourg principal.

Les Nomblières était le fief d’une famille de laboureur à Bœufs assez conséquente nommée Basset.

Fort nombreuse, cette petite colonie familiale étendait ses bras sur les communes limitrophes.

En attendant de posséder leurs propres terres, les Basset possédaient les moyens de l’exploiter, des bœufs, des charrues, des charrettes et une nombreuses progénitures mâles.

Par le moyen très simple des unions endogamiques la richesse de la famille se préservait et augmentait même régulièrement.

Les Basset de Nomblières, laboureurs à bœufs ne se mariaient à minima qu’avec d’autres laboureurs à Bœufs.

Le chef de la famille se nommait Amant, il régnait de façon autocratique sur ses enfants, ses neveux et autres parentelles.

Son fils Jean né en 1747 était maintenant bon à marier, des biens ils en possédaient et son installation au sein de la structure familiale ne poserait aucun problème. Sa future avait même été choisis dans une famille du village d’aussac situé à proximité d’Anais. La promise ne venait pas d’un foyer inconnu car la grande sœur était déjà mariée à un demi frère d’Amant. Rien que du très banal, Madeleine Vigier avait épousé Jean Basset fils de Nicolas Basset, Marguerite Vigier épouserait Jean Basset fils d’Amant Basset et petit fils de Nicolas.

La dote était constituée, Simon Vigier laboureur à Bœufs d’Aussac était fier de se lier une nouvelles fois à la puissante famille des Basset, il ne restait plus qu’à attendre, car la petite n’avait pas 14 ans.

Marguerite née le 30 décembre 1750 était une belle jeune fille à la taille fine aux hanches parfaites et à la poitrine naissante bien dessinée. Elle se savait promise au Jean Basset, contente ou pas, elle faisait partie d’un contrat ou elle n’avait pas voie au chapitre.

Elle voyait de temps en temps son futur, celui ci avide guettait à chaque rencontre les transformations physiques de Marguerite, en octobre 1764 se tint donc une fête ou les 2 familles se retrouvèrent. Jean trouva Marguerite fort à son goût et toute la journée les 2 promis se firent des mignardises.

En fin de soirée tourtereaux échappèrent à la douce surveillance des aînés.

Des baisers furent échangés, s’étaient les premiers, puis vinrent les caresses, Marguerite devint un peu plus rétive, mais la fièvre des corps contagieuse la gagna. Jean qui bien que novice en la matière sut s’y prendre  poussa son avantage et peu à peu les défenses de Marguerite tombèrent.

Ses seins blancs se dévoilèrent, ses cuisses musclées se montrèrent, intérieurement se sentant fautive, mais victime consentante elle se laissa faire.

Enivré par l’ultime toison, enfiévré par la rosée du petit pré de Marguerite, Jean s’abandonna au plaisir de la chair et brisant son hymen, brisa également celui de Marguerite.

Confus les 2 promis, maintenant amants regagnèrent la fête.

2 mois passèrent avant que la mère de Marguerite ne s’aperçut que la poitrine de sa petite prenait une importance qu’elle ne devait pas avoir et que son ventre s’arrondissait de façon coupable.

Marguerite questionné par une paires de gifles avoua sa soirée avec Jean Basset.

Simon le père entra dans une colère folle et corrigea sa fille à coups de ceinture, cette dernière, les cuisses et les fesses cinglés de multiples zébrures ne dut son salut qu’à l’arrivée impromptue du curé de la paroisse le père Pontevin. Il fut aussitôt mis au courant de l’arrivée du diable dans la maison.

Ce n’était pas très courant qu’une grossesse survienne à cet age,  » fi de diou la drolesse elle est ben précoce  » .

Après que chacun lui eut extirper à force de taloches le nom du géniteur et les plus précieux détails, il ne restait plus qu’à se rendre aux Nomblières pour annoncer la bonne nouvelle au père Amant Basset.

Ce dernier venait de rentrer de son champs quand il vit débarquer Simon Vigier et le curé d’Aussac.

La nouvelle l’assomma, mais tant que Jean n’aurai pas avoué le doute subsisterait. Celui ci fut rapidement levé car Jean qui aimait sa petite Marguerite leva toutes ambiguïtés sur le sujet.

Simon Vigier voulait évidement réparation, il fut convenu en gens d’honneur que malgré la faute réciproque le contrat entre les deux parties ne serait pas rompu .

La nouvelle se propagea à la vitesse d’un cheval au galop, le Jean avait déniaisé la pucelle au Simon Vigier et lui avait collé un marmot. Les paysans étaient goguenards, pardi ce n’était pas leurs enfants et les paysannes étaient horrifiées. La Marguerite a le diable au fesse , encore un peu et s’était elle qui avait violée le le grand nigaud de Jean Basset.

Devant l’opprobre généralisé le curé François Guy de Pontevin refusa d’unir les 2 amants, pour les familles, la honte se faisait encore plus forte. La petite ne pouvant rester chez elle car Simon aurait fini par la tuer et ne pouvant décemment habiter avec Jean sans être mariée, la solution vint de la sœur de Marguerite qui persuada son mari de la prendre avec eux.

L’avantage c’est qu’en vivant aux Nomblières avec la tribus Basset, Marguerite serait peu à peu intégrée.

Les prêtres d’Anais et d’Aussac fulminèrent quelques temps en chaire contre le péché véniel hors union et hors procréation. Chacun baissa la tête et entendit se qu’il voulut. Les villageois parlaient bas, la moitié du village était apparentée au Basset.

Le 6 juillet 1765 le fruit du mal naquit et fut baptisé aussitôt. Le bon prêtre Dejouffer nota que l’enfant était le fruit naturel et légitime de Jean Basset et de Marguerite Vigier, aucune mention de bâtardise, la situation se normalisait.

Amant Basset qui avait sûrement influencé par quelques dons la volonté fléchissante du curé d’Anais fit de même mais plus difficilement avec le curé d’Aussac.

Jean Basset fut uni dans les lien sacré du mariage avec Marguerite âgée de 16 ans, le 03 février 1767 en l’église d’Aussac.

L’ensemble de la famille fut présent y compris Simon le père de la mariée.

Marguerite la paria pouvait de nouveau marcher la tête haute, faire ses messes et s’alanguir de nouveau dans les bras du beau Jean.

Le chemin de croix dura presque 2 ans mais cette mère enfant ne fut point bannie, fut accueillie dans la famille de son amant devint une bonne épouse et une bonne mère dans la tradition paysanne de l’époque.

L’enfant issue de cet union maléfique et juvénile mourut le 20 novembre 1767.

Jean et Marguerite eurent 8 autres enfants dont mon épouses est issue. A ce propos il est à signaler qu’ hélas les mentalités du 20ème siècle était encore plus étroite que celle du 18ème et une mère célibataire d’un petit village de Charente ne fut pas touchée par la mansuétude d’un Amant Basset et confia pour vivre, son fruit à des tiers.

Notre Marguerite mourut des suite d’une couche à l’age peu vénérable de 39 ans entourée de son Jean et de ses enfants.

Son corps devenu poussière hante encore les Nomblières, que chacun se souvienne de cette petite fille devenue mère.

Repères chronologiques

1743 naissance de Jean Basset fils d’Amant et de Marie Grelier.

30 décembre 1750 naissance de Marguerite Vigier à Aussac ( 16 ) fille de Simon et de Marguerite Sauvage

Octobre, novembre 1764, conception probable de l’enfant

6 juillet 1765, naissance hors mariage de Jean Basset aux Nomblières commune d’Anais ( 16 )

03 février 1767, mariage de Jean Basset et de Marguerite Vigier église d’Aussac ( 16 ).

20 novembre 1767, décès de Jean Basset âgé de 2 ans fils de Jean et de Marguerite.

19 mai 1789 décès de Marguerite Vigier femme de Jean Basset

8 octobre 1803 décès de Jean Basset veuf de Marguerite Vigier

 

 

LE VENTRE DE LA SERVANTE OU LA DOMESTIQUE ÉPOUSÉE

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carte de l’état major   1820-1866, la Gaborinière entre Avrillé et Poiroux

 

Lorsque Marguerite arriva à la métairie de la Gaborinière dans la commune d’Avrillé elle avait 20 ans. Jusqu’à maintenant, elle avait vécu avec sa famille, mais des raisons économiques la firent se placer comme domestique de ferme. Ce n’était pas une sinécure, mais les opportunités professionnelles n’existaient pas en ce temps. Elle avait travaillé à la ferme avec ses parents, elle travaillerait maintenant pour un autre en attendant qu’un paysan la demande en mariage, lui fasse des enfants et qu’elle travaille dans sa propre métairie ou dans celle de la famille de son mari.

Le labeur était le même, les bêtes, les taches domestiques, seule changeait la condition sociale, fille du patron, femme du patron ce  n’était pas la même chose que servante du patron.

La Gaborinière était une métairie de taille moyenne située à proximité du village, elle était tenue par un veuf d’une quarantaine d’années appelé Jacques Herbert. Ce dernier avait perdu sa femme en 1818 et n’avait jamais repris de compagne. Ses dix ans de veuvage lui pesaient parfois mais son travail et ses enfants l’accaparaient entièrement. Ces derniers âgés de 18, 16 et 12 ans avaient su rapidement se débrouiller, la solidarité familiale et paysanne leurs avaient permis de passer le cap de l’enfance sans encombre. La mort d’un proche était monnaie courante en ces époques et le souvenir des grandes tueries encore dans les mémoires.

Marguerite aurait préféré que son patron ne fut point veuf et que ses ardeurs masculines fussent canalisées par son épouse légitime.

Elle s’installa donc et se mit au travail d’arrache-pied, ce n’était ni plus dur ni moins dur que ce dont elle était habituée . Elle logeait dans une petite pièce attenante à la pièce principale, un lit avec une paillasse un petit coffre rien de luxueux mais un lit et une chambre pour elle seule pouvait être considérés comme un luxe.

Si il n’y avait pas eu la présence de la fille de la maison, une peste nommée Angélique elle aurait pu se croire presque chez elle. Le patron et son jeune fils lui tournaient autour et n’étaient que gentillesse. La dite Angélique subodorait que le loup s’était introduit dans la bergerie.

Marguerite dans la toute fraîcheur de ses 20 ans affolait le vieux barbon de 39 ans et le jeune puceau de 16 ans. La rivalité entre les 2 hommes se révéla rapidement et l’entente dans la maison s’en ressentit, le jeune Antoine aurait bien jeté sa gourme dans les bras de Marguerite et se débarrasser de sa virginité avant de convoiter sa futur femme. Jacques n’était pas dans les même dispositions, il avait simplement envie de faire l’amour à une femme et les précédentes servantes n’avaient pu lui résister.

Les premier mois furent idylliques pour Marguerite, les 2 hommes n’étaient que gentillesse, puis vint l’époque de la conquête définitive. L’un lui prenait la taille l’autre lui soutirait un baiser . Mais les caresses se firent insistantes, Marguerite se sentait observée dans ses moindres moment d’intimité. Elle pensa à partir, mais pour aller où ? Se confier mais à qui ?

Jacques Herbert était une personnalité bien en place dans le tissu rural, elle n’était qu’une domestique de ferme, faire une esclandre parce que son patron avait les mains baladeuses la verrait purement et simplement rejetée comme fautive de la communauté.

Un matin de 1829 alors qu’elle nettoyait l’étable elle vit entrer Jacques, la surprise de cette arrivée inopinée se transforma rapidement en inquiétude quand il s’approcha d’elle. Il la serra dans ses bras et l’embrassa dans le cou, Marguerite se débâtie et échappa momentanément à l’étreinte. Jacques prit ça pour un jeu et son excitation fut décuplée. Il se jeta sur sa proie et ils roulèrent dans la paille. Marguerite n’eut pas le dessus, Jacques lui troussa robe et jupon et la força . La joute ne dura guère, le patron jouit dans sa servante se releva et repartit sans autre formalité à son champs.

Marguerite souillée, gisait dans la paille, les cotillons relevés. Une douleur lui tenaillait le bas ventre et un filet de sang mêlé à la semence de Jacques lui coulait sur les cuisses. Elle s’essuya avec de la paille, puis courageusement reprit son labeur aux culs des vaches. Elle savait que son patron ne s’en arrêterait pas là. Elle ne pouvait se confier à personne, elle ne serait pas cru et passerait pour une salope aguicheuse, elle décida de faire face. Le lendemain à la traite Jacques vint la rejoindre, il ne l’a pris point de force mais lui ordonna de soulever sa robe et de se pencher le long d’une barrière. Cette soumission et cette position l’humilièrent encore plus que le viol de la veille. Puis peu à peine une relation s’installa, Jacques était toujours le maître mais son comportement changea.

Les enfants de la maison s’aperçurent du changement et en devinrent encore plus méchantS, mais le père fit preuve d’autorité et les tortionnaires lâchèrent leur proie.

Un soir Marguerite prit son courage à 2 mains et rejoignit Jacques dans son lit. Il ne la repoussa pas et l’emprise sexuelle qu’elle exerça dès lors sur lui devint une emprise morale.

Ce qui devait arriver arriva, le fruit des nuits agitées des 2 amants grandit dans le joli ventre de Marguerite. Il était veuf, elle célibataire, ce n’était pas une catastrophe si il y avait régularisation.

Jacques s’entendit avec le père de Marguerite et la noce eut lieu rapidement.

Le 17 mai 1831 Marguerite Aimé Delhommeau épousa Jacques Joseph Herbert en la commune d’Avrillé département de la Vendée.

5 mois après elle mit au monde une petite fille qu’ils nommèrent Thérèse Angélique.

La servante que Jacques força dans l’étable devint métayère de la Gaborinière. Elle prit l’ascendant sur tout le monde et c’est sans déplaisir qu’Angélique quitta le nid pour se marier.

Antoine qui aurait bien profité de la jeune domestique si il en avait eu le courage se maria en 1837 et supporta sa belle mère pendant 6 longues années.

Marguerite et Jacques eurent une autre petite fille en 1836, mais cette dernière succomba aussitôt.

Mais chaque chose à une fin et Marguerite mourut de maladie en 1838 à l’age peu avancé de 30 ans. De nouveau veuf, Jacques n’attendit pas 10 ans pour se remarier car il convola l’année suivante avec une jeune femme de 22 ans qui s’appelait Marie Raffin. Jacques avait 49 ans, il possédait quelques biens, l’affaire fut rapidement conclue. La petite nouvelle lui fit également 2 enfants.

Jacques décéda en 1852 dans la commune d’Olonne sur mer, sa jeune veuve mourut l’année suivante.

Cette histoire de la femme violée puis épousée pourrait servir d’hommage à toutes celles pour qui la situation devint catastrophique.

Celles qui se retrouvèrent à la rue victime d’une opprobre généralisée avec leur petit dans les bras.

Celles qui se virent contrainte d’abandonner l’enfant non désiré à la porte de quelques couvents.

Celles qui perdirent la vie en confiant leur intimité à des faiseuses d’anges malhabiles et malpropres ou qui désespérées se mutilèrent elle même en tentant d’ôter la vie  au petit être non désiré.

La situation des femmes n’était guère glorieuse sous le code du grand Napoléon et des décennies durent passer pour que les mentalités puissent un peu changer.

Nota : Les faits formant l’ossature du récit sont réels, mais la trame de l’histoire n’est que pure fiction, la mémoire familiale ne remontant évidement pas si loin.

Repère : Jacques Herbert né le 9 octobre 1790 à Grosbreuil Vendée, mort à Olonne sur Mer le 14 décembre 1852.

Marié le 27 février 1810 avec Angélique Neau à Poiroux Vendée.

Marié le 17 mai 1831 avec Marguerite Delhommeau à Avrillé Vendée

Marié le 24 avril 1839 avec Marie Raffin à Poiroux Vendée

Il eut 8 enfants de ses 3 unions.

Il fut Métayer, laboureur et carreyeur

Jacques Herbert est un ascendant à la 6ème génération de mon épouse .

Voir pour les descendants de Jacques, mon arbre sur Généanet,  ( tramchat )

 

ADULTÈRE

femme nue

 

Les choses avaient plutôt bien commencé entre Marie Bedour et Jean Baptiste Rolandeau.

Le mercredi 21 août 1833, les cloches de notre dame de Bellac  sonnèrent à toutes volées pour célébrer les noces de Marie et de Jean Baptiste .

Marie avait 28 ans, petite bonne femme d’1 m 46, les cheveux et les sourcils châtain. Elle n’était point belle mais émanait de ses yeux gris et de son beau sourire un charme qui effaçait la normalité de son visage et la rendait très  attrayante . Sa petite taille ne l’empêchait nullement d’être attirante, une jolie poitrine et une silhouette  bien prise lui avaient  plus d’une fois attiré les regards des hommes. Vêtue de sa belle robe rouge, elle irradiait de bonheur. Son père était chapelier  dans le village, tenant une boutique avec son frère . François Bedour et sa femme Anne Fauvet travaillaient ensemble mais avaient fermé boutique pour l’occasion .

Le marié avait lui aussi fière allure, mince , assez grand, âgé de 31 ans, il était tailleur et demeurait en Charente dans la petite ville d’Alloue. Ses parents étaient décédés .

Les 2 tourtereaux s’étaient connus à la boutique du père où Jean Baptiste venait parfois pour son travail.

Les choses s’étaient faites doucement, une cour discrète, quelques regards appuyés lors d’une fête villageoise, des baisers volés lors d’une noce et une demande officielle de mariage.

Le père Bedour n’avait aucune raison de refuser et les bans furent publiés.

Les témoins du mariés furent un boulanger de 26 ans nommé Chartreau François et un menuisier de 26 ans  Chaduroux.

Ces 2 derniers habitaient Alloue et étaient amis de Jean Baptiste .

Les témoins de Marie furent Jean François Bedour propriétaire et Léonard Bedour boulanger. Ces derniers cousin et frère de Marie.

La noce fut gaie et les convives pour la plupart enivrés .

Marie dansa avec tout le monde mais apprécia surtout la compagnie d’un des témoins de son mari, François le boulanger. Jean Baptiste piètre danseur était ivre et passa la soirée à vider des chopines en évoquant des propos salaces sur la future nuit de noces . Il ne s’inquiéta guère de voir sa femme danser pratiquement toute la nuit avec son témoin.

Marie était vierge et c’est avec appréhension qu’elle suivit son mari dans la couche nuptiale. Sa mère l’avait grossièrement instruite des choses de l’amour, mais enfin à  28 ans, elle n’était pas complétement ignarde et n’avait écouté les recommandation matrimoniales que d’une oreille agacée et gênée.

La fameuse nuit de noces tant attendue ne se passa pas de façon  idyllique, Jean François la déflora mais ne lui fit pas connaitre l’amour, passage en force, sans caresse, ni baiser, quelques allers et retour puis le sommeil lourd et pesant de l’ivrogne.

Sa robe n’avait même pas été enlevée, troussée comme une putain . Elle s’essuya comme elle put, du sang avait maculé ses jolis bas. Elle pleura et ne trouva au bout d’une éternité qu’un repos tourmenté.

A l’aube, ils furent réveillés par un joli tintamarre, ils burent au pot de chambre et Jean François conta ses exploits fictifs

La noce terminée, les époux partirent à Alloue, où Jean François possédait une petite maison et avait son travail. Ils firent route commune avec les deux témoins.

Pendant le voyage du retour, une complicité se noua entre Marie et François Charteau.

Ce dernier sans connaitre la cause du problème, avait senti une lourdeur entre les 2 époux.

Le couple s’installa dans son quotidien, Jean François était travailleur, mais n’était guère sobre et la situation n’alla pas en s’améliorant. Dans leur intimité Marie ne connaissait toujours pas le bonheur, leurs rapport sexuels tournaient autour de ceux de Jean François et Marie résolue écartait les cuisses afin que son mari en finisse le plus rapidement possible. Elle trouvait maintenant prétexte pour se refuser le plus souvent à lui. La solution lui vint rapidement car elle se retrouva enceinte.

Le 17 mars 1834, elle mit au monde deux bébés minuscules certainement prématurés et qui ne vécurent qu’une semaine. Elle en fut très éprouvée.

Jean François lui s’en moquait éperdument et plaisantait crûment qu’il allait en refaire d’autres.

Marie répugnait à reprendre ses devoirs conjugaux et résistait à son pressant mari. Elle se languissait et n’avait guère d’ami.

Sauf peut être François le boulanger.

Lui célibataire, elle malheureuse en sa couche, ils se rapprochèrent l’un de l’autre, doucement, subrepticement. Un jour qu’elle livrait un vêtement, confectionné par son mari, François fit route commune avec elle pour livrer du pain. Cheminant dans la campagne ils firent une petite halte. Une envie irrésistible de contact les prit soudain. Leurs lèvres se joignirent et leurs langues se rencontrèrent. Marie n’avait jamais eut un tel élan, elle était troublée. François aurait bien voulu pousser son avantage et marie excitée se serait bien donnée mais une mauvaise conscience les arrêta.

La nuit suivante Marie accepta les avances de son époux, la pensée du baiser de son boulanger l’aida à supporter le pilonnage de Jean François.

Toutes les occasions maintenant furent bonnes pour rencontrer son François . Chaque fois les étreintes se prolongeaient, les caresses succédaient aux baisers.

Jean François percevait un changement mais n’en soupçonnait pas la cause. Il laissait Marie, de plus en plus souvent tranquille. Puis vint enfin l’occasion, ce dernier dut se rendre à Angoulême pour s’approvisionner en tissus, il serait absent plusieurs jours.

Il fut convenu que Marie irait rejoindre François au fournil, l’endroit était désert en cette fin de soirée.

François pour sa belle avait confectionné un matelas de sac de farine . Il la dénuda entièrement, doucement, amoureusement. C’était une première, jamais Marie ne s’était montrée entièrement nue à un homme, même pas à son mari  . Elle en fut profondément troublée. François prit son temps et quand il la pénétra , Marie connut enfin le bonheur charnel. Explosion des sens, désirs inassouvis, les 2 amants recommencèrent encore et encore.

Après cette nuit rien ne fut plus pareil, Marie s’émancipait de son mari et se refusait tout net à lui.

Mais Roméo et Juliette devinrent de moins en moins prudents, ils furent entre aperçus, la population soupçonneuse commençait à jaser. Marie inconsciente revint sur terre quand au lavoir elle fut traitée de catin. Jean François n’entendit ou ne vous voulut pas entendre le mot de cocu proféré à son passage.

Mais les meilleurs choses ont une fin et Jean François rentré un jour prématurément chez lui surprit les 2 amants. Aucune ambiguïté possible, la posture et la nudité des 2 corps ne laissaient place à aucune confusion. Une bagarre s’ensuivit, le voisinage intervint et prit fait et cause pour le cocu.

Heureusement le maire Mr Arlin, homme raisonnable s’il en fut, calma ses administrés avant que Marie ne soit traînée nue dans les rues du village et François roué de coups.  Le maire fit quérir la force publique et les 2 amants sous les quolibets furent conduits par les gendarmes à Confolens.

L’adultère était un délit, passible de sanction pénale allant de 3 mois à 2 ans de prison. L’homme et la femme n’étaient pas égaux devant cette loi. La femme ne pouvait demander une sanction à l’encontre de son mari que si les faits avaient été commis au domicile conjugal.

C’était convenons en, une belle liberté accordée aux époux volages.

En complément de peine, les amants n’avaient pas le droit de se marier ensemble après le divorce.

Il fallut attendre la loi Naquet en 1884 pour que l’adultère soit une cause de divorce et 1904 pour qu’un mariage soit possible entre les amants.

Mais il fallut attendre 1975 ( eh oui, vous avez bien lu ) pour que l’adultère ne soit plus reconnu comme une faute pénale , mais simplement comme une faute civile.

Évidement il n’y avait plus de sanction pénale depuis très longtemps, mais l’évolution des mentalités fut très longue sur ce sujet.

Le juge eut la main lourde ce 22 juillet 1836, 4 mois d’emprisonnement ferme pour complicité d’adultère pour François Charteau et 4 mois ferme pour Marie Bedour.

Ils firent appel, et repassèrent devant le juge le 18 février 1837, la peine fut confirmée, aucune clémence pour cette putain qui avait trompé son mari au domicile conjugal.

Il fallait maintenant en passer par la prison.

Ils arrivèrent tous les deux le 7 mars 1837 à la maison de correction d’Angoulême.

François 1 m 73 portait beau son habit de drap noir et son pantalon de drap gris, un foulard rouge avec des fleurs agrémentait la tenue. Un chapeau recouvrait ses cheveux châtains et des bottes noires lui assurait une prestance que la condamnation avait à peine entamée.

Marie portait une robe en mérinos et un tablier d’indienne de couleur brune avec des fleurs. Ces beau cheveux étaient entièrement couverts d’une coiffe en tulle. Un mouchoir d’indienne noué autour de son cou. Au pied une paire de souliers. Elle était complètement abattue, elle avait conscience qu’elle allait devenir une paria.

Ils firent leurs 4 mois, jour pour jour. Une demande d’élargissement avait été acceptée en juin, mais le non règlement des frais de justice les obligèrent à rester incarcérés jusqu’à la fin.

Leur sortie conjointe se fit le 7 juillet 1837, mais leur amour s’arrêta là, aux yeux de la loi elle restait mariée.

Jean Baptiste vécut séparé de sa femme, Marie, par qui le scandale était arrivé ne pouvait revenir à Alloue. L’opprobre s’était abattue sur elle, elle appartenait légalement à son mari et était mineure au regard du code Napoléonien. Elle était passée de la tutelle du père à celui de son mari. Ce dernier ne voulait plus d’elle, mais les liens légaux restaient. Par cet adultère elle avait transgressé les codes moraux communément admis par la société, c’était impardonnable et personne ne lui pardonna.

L’aventure lui fit connaître son corps mais lui fit perdre son âme.

Même si la lapidation et l’exposition au pilori, n’existaient plus au 19ème siècle en France, les peines de prison   ainsi que les jugements moraux de la société paysanne atteignaient la femme très durement.

Les mœurs ont changé mais l’adultère reste souvent un drame comme la lecture des procès en cour d’assise, en témoigne.

Les mœurs barbares de condamnation de l’adultère perdurent malheureusement dans de nombreux pays;

Nota : Les femmes au 19ème siècle se mettaient rarement nues, la toilette se faisait par petites touches et surtout sur les endroit visibles. Pour l’amour chacun gardait sa chemise, avec parfois des ouvertures aux bons endroits. La nudité complète était pour les prostituées ou les demies mondaines.

Les antagonistes

Marie Bedour : né à Bellac, Haute Vienne le 25 décembre 1805 de François Bedour et Anne Fauvet, dans une famille de chapelier.

Jean Baptiste Rolandeau né à Confolens, Charente le 30 aout  1802 de Michel et de Françoise Rampatoux, dans une famille de Tisserand. Profession de tailleur

François Chartreau né à Alloue, Charente le 03 mars 1807 de François et Elisabeth Ingrant

Que sont ils devenus ?

 

Sources : Registre écrou Maison correction Angoulême

Registre état civil commune Alloue en Charente et Bellac en haute Vienne.