MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 10, la noce et ma nuit de noces

Ron Hicks 1965 les amoureux

 

Nous n’en sommes pas là et le festin commença, nous avions prévu grand et bon. C’est ma belle sœur la cabaretière qui prépara le repas. Je ne l’aimais pas mais bon dieu qu’elle cuisinait bien.

Pâtés, rôtis, volailles, cochonnailles, rien de manquait nous nous empiffrâmes et pour faire passer cette abondance nous bûmes plus que de raison. Je crois que la première chanson paillarde fut poussé par mon père  » le curé de camaret à les couilles qui pendent et quand il s’assoit dessus  ». Chacun braillait à qui mieux mieux. Marie Magdeleine rougit quand mon jeune frère Antoine passablement éméché vint lui chanter devant le visage  » Les rideaux de notre lit sont fait de serge rouge, mais quand nous sommes dedans , la rage du cul nous prend, tout bouge  »

Heureusement les joueurs de vèze et de violon se mirent à l’ouvrage et la danse commença. Ce fut une sarabande endiablée, la joie était au rendez vous. Je serrais de près ma femme car tous voulaient la faire tourner. La remise se remplit de monde car les militaires du poste de garde de la porte neuve demandèrent le coup à boire. Les tonnelets étaient percés les uns après les autres, les pisseurs s’alignaient en rigolant le long de la vieille muraille, les femelles rieuses s’écartaient à peine de la noce pour écarter jupon et faire de même. Mais il fallut nous remettre à table, pour le service du soir

J’étais gueudé mais les traditions sont les traditions. Mon frère Antoine s’écroula ivre dans son assiette, mon père avec un groupe de vieux continuaient de brailler des insanités. Les petites mains engagées pour le service s’affairaient et gloussaient quand un chaud lapin leurs passait main au derrière. En fin de soirée ma femme fut enlevée par les noceurs et je dus payer rançon pour la récupérer. La noce continua sans nous et nous nous éclipsâmes. Mon oncle nous avait prêter un petit meublé rue chaudrier. Nous nous y rendîmes fiévreusement. Je me rappelle, l’escalier était fort roide, je me mis derrière Marie et je la poussais gentiment en profitant de son joli postérieur. Nous rigolions à tue- tête pour masquer notre nervosité. Dans l’appartement aidé par la clarté d’une lucarne nous allumâmes une chandelle. Ivre de vin, fatigué et embarrassé je m’asseyais sur le lit où elle vint me rejoindre. Évidemment je ne pouvais me targuer de la moindre expérience, avoir perdu sa virginité chez les garces du port ne s’appelait pas de l’amour. Curieusement se fit Marie Magdeleine qui avec son instinct de femme prit les choses en main, elle déboutonna ma chemise en plongeant son regard d’un bleu translucide dans mes yeux. Cette sorte d’insolence enflamma mes sens et je lui pris les lèvres à pleine bouche. Nous nous déshabillâmes mutuellement, ses gestes étaient emprunt de volupté et de tendresse, je m’efforçais qu’elle ressente la même chose. Je découvris à la lueur blafarde de la bougie son magnifique corps, ses seins ronds et sensuels où pointaient deux tentants tétons. Son ventre qui m’invitait à déposer des baisers et ses longues jambes invitant à la caresse. Je m’ émerveillais enfin devant sa légère toison au reflet roux d’où perlait une rosée douceâtre et nacrée. Maladroitement je vins à elle, puis dans elle, une légère poussée, la vierge ne l’était plus. Elle fut un peu surprise, soupira et se détendit, quelques mouvements me libéraient , Marie Magdeleine était ma femme.

Je restais quelques instants en elle, figé, satisfait et heureux, je me basculais sur le coté et la regarder se lever. Pudiquement elle s’enroula dans une courtine de drap, mais ce geste plein de candeur invitait mon corps à reprendre de la vigueur. Elle s’essuya, et regarda la lune par le lucarnon, c’est sur cette vision du paradis que je m’endormis tout de go. Elle me laissa dormir un peu, mais cette nuit m’appartenait et lui appartenait, je sentis ses mains tout d’abord timides qui explorait mon torse puis prenant de l’assurance ma belle s’aventura sur mon ventre où elle joua avec les premières boucles de mon intimité. Je ne bougeais pas feignant le sommeil, Marie ne s’y laissa tromper tant ma vaillance en évidence ressortait. J’ouvris les yeux et lui souriais, je la guidais et nous nous unîmes pour la seconde fois. Je pris mon temps et au bout d’une longue joute elle eut raison de moi et j’eus raison d’elle. Nous étions comblé tous deux et nous nous rhabillâmes, car les noceux n’allaient point tarder à nous débusquer. De fait elle posa sa tête sur mon épaule et s’endormit

A l’aube nous entendîmes un chambard. Un groupe ou mon cousin paradait entra avec fracas dans la pièce, les propos avinés et paillards montaient en cascade et faisaient éclater d’un rire gras les convives éméchés. Un ouvrier de la forge souleva le drap pour voir si la rougeur virginale avait souillé l’enveloppe de lin et si le Louis avait honoré et dépucelé sa femme.

On se gaussa un peu du manque de matière mais il fut acté que l’union avait été consommée. Les mariés burent au pot de chambre une infecte tambouille. Chacun ensuite alla prendre un peu de repos. Ils restaient quelques heures aux mariés pour se refaire une santé et se familiariser avec affres de leur premier vase de nuit partagé. Cela me fit rigoler de voir ma belle sur le pot, elle me demanda de fermer les yeux mais le bruit me fit attraper un irréversible fou rire. Cela se termina par une bataille sur le galetas  qui ma redonna  un regain de vigueur de ma part et par une envie irrépressible de Marie. Nous rejoignîmes la noce, pour une deuxième journée de mangeaille, les traits étaient tirés, les langues pâteuses et les estomacs barbouillés. Ce fut moins pantagruélique que la veille mais l’appétit venait en mangeant et de nouveaux les langues se délièrent, bien sur avec Marie nous en eûmes pour notre grade, allusions salaces, remarques douteuses, mais bon rien de méchant et de toutes façons la encore cela faisait partie des coutumes.

Une belle noce dont on parla dans la famille j’étais fier et heureux mais il fallait maintenant revenir aux réalités. Avec Marie on s’installa provisoirement chez mon père, mais quelle exiguïté nocive pour un jeune couple. Nous étions plein de fougue mais la présence de mon vieux et de mon jeune frère nous bloquait quelque peu

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 9, mon mariage

 

Nous étions début 1811 et Napoléon pouponnait en attendant de croquer l’ours russe, il fallait faire vite pour le mariage avant qu’un appel au drapeau n’intervienne. Car dans ce cas adieu la belle, son doux parfum, la douce toison perlée de rosée et ses courbes généreuses, tout cela s’évanouirait en un aimable regret.

Louis se devait d’obtenir le consentement paternel, il avait 23 ans et était encore mineur, Antoine le vieux regimba un peu car un maréchal ferrant de sa connaissance avait une fille à marier et que Louis pourrait reprendre la forge du père. Louis haussa pour la première fois le ton face à son père et osa lui tenir tête. La tension dura une semaine et le vieux donna son accord.

Il fallait maintenant obtenir celui des parents de Marie Magdeleine, on dut rédiger une lettre et l’envoyer à Saint Étienne ou Philibert Janvier était passementier. Cela allait prendre du temps.

Quelques mois plus tard par l’intermédiaire d’un notaire l’accord arriva, les deux amoureux exultèrent et l’on décida de la date du 21 janvier 1812 pour les épousailles. Enfin un avenir se dessinait pour ce jeune couple. On prépara la noce avec ferveur, les bans furent affichés à la mairie de La Rochelle et à celle de Saint Étienne le 15 et le 22 décembre.

Il y aurait une cérémonie religieuse à la cathédrale et les deux enfants durent se préparer avec le curé pour cette union devant Dieu. Louis redoutait la confession de ses pêchés, non pas qu’il en avait tant que cela mais c’était tout de même gênant. Enfin bon pour l’amour de sa belle il se livra et se retrouva en expiation à réciter des paterS noster et des avés Maria.

Les invitations furent lancées, les parents de ma future ne feraient pas le déplacement. L’oncle Jaulin nous prêta sa remise à voiture pour y faire le repas et le bal, bien sur il n’y ferait certainement pas chaud, mais après quelques coups de vin des environs de Dompierre et quelques rincées d’eau de vie la chaleur viendrait d’elle même.

Le jour dit la noce se forma aux pieds de la maison, l’atelier serait fermé, les sabots pourraient attendre. J’avais demandé à un militaire de la garnison  musicien de nous servir de violoneux, il amena avec lui un gars de Chantonnay spécialiste de la vèze. Moi je vous dis cela allait virouner.

La musique en tête, je pris le bras de ma beauté, bon dieu que j’étais fier et qu’elle était belle. Une petite coiffe couvrait ses cheveux, un chemisier blanc, une robe à carreaux rouges et jaunes, un tablier blanc à fleur, un châle blanc jeté sur ses épaules et noué sur le devant, un petit ruban rouge autour du coup, des bas de laine blancs et des jolies souliers noirs avec une petite boucle formaient comme un écrin à sa beauté. Moi j’étais tout de neuf vêtu, mon témoin était tailleur d’habits et il m’en confectionna un, pantalon et veste de serge noir, une chemise blanche des souliers neufs qui me faisaient souffrir et un beau chapiau auquel j’accrochais un beau ruban.

Tous et toutes avaient mis les habits de fête, la véze entonna son chant strident, on prit la rue Aufredi, puis la rue chaudrier, quel spectacle la musique résonnait sur les arcades séculaires, les gens applaudissaient ou nous saluaient, on tourna sur la rue des maitresses et nous arrivâmes devant la maison commune. Notre mairie était très belle et nous avions l’impression d’être dans un château.

L’adjoint au maire Monsieur Jean Baptiste Hérard nous maria en ce mardi , nous étions enfin unis, mon témoin principal fut un ami de mon père Charles Henri Coullaud, il était maître de la poste aux chevaux de La Rochelle, bien évidement il nous amenait ses chevaux à ferrer et à force d’habitude et de coups d’eau de vie mon père et lui étaient devenu inséparables. François Chirolet celui qui m’avait cousu mon habit était deuxième témoin. Raoul Gautier servit de témoin à ma femme, il était tourneur et fréquentait la famille de ma mère depuis des lustres, Louis Jaulin mon oncle voiturier servait de quatrième. C’est lui qui nous prêtait son hangar et qui nous logerait pour la nuit de noces.

Vous voyez tout se tient et nous restons entre gens de chevaux, la famille Sazerat est depuis toujours maréchal ferrant la famille de ma mère est une dynastie de voituriers, mon témoin est maître de poste. Nous sommes entre gens de bien et ma Marie Magdeleine nous fait déchoir un peu par sa qualité de domestique, mais elle est si belle.

Pour tout dire j’étais très fier d’avoir Charles Coullaud comme témoin, c’était un notable avec des biens et des terres assez considérables, certes la poste lui venait de sa femme mais quand même, une belle aisance. Jamais une maréchalerie ne pourrait rivaliser en terme de profit avec une messagerie.

De plus il possédait des terres qu’il affermait  et nous nous n’avions rien.

Le convoi prit cet fois la rue Saint Yon, il y avait une foule des grands jours et bon nombre de paysans, à l’ombre des arcades vendaient leurs produits. Chaque mariage avec sa musique participait à la vie de la ville , au bout de la rue au niveau de la place nous primes à gauche dans la rue Gargouleau, nous arrivâmes à la cathédrale où le curé faisait grise mine car nous avions pris du retard. Il était midi il avait sûrement faim. La cérémonie ne fut tout de même point bâclée et c’est avec émotion que nous fumes bénis devant dieu.

Bon je dois avouer que presque mécréant, quand le curé officiait, je pensais à autre chose que la fidélité envers les époux, qu’à l’amour au fin de procréation ou à d’autres balivernes.

J’avais même hâte pour tout vous dire que la noce prit fin et pour le dire crûment je ne pensais qu’au cul de ma crémière.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 8, la rencontre avec ma femme

 

Le lendemain de très bonne heure je guettais son passage éventuel, je fus chanceux car je surpris la belle qui vidait son pot de chambre dans le petit ru du milieu de la rue. Elle n’en fut nullement gênée et son sourire me bloqua la parole. Quel idiot je fis, les bras ballant au coin de ma forge en la regardant regagner son logis.

Désormais je n’eus plus de cesse de la revoir, et je zyeutais ses moindres apparitions, corvée d’eau à la fontaine, vidange de la pissée nocturne, un jour je la suivais même jusqu’au marché au viande de la rue du temple. Une autre fois sans me faire voir je la raccompagnais chez ses maîtres.

Enfin un jour elle se présenta à l’atelier pour mander si son maître le négociant Héry pouvait amener son cheval à ferrer.

Étonnamment, je fus loquace et lui fis un brin de causette, elle s’appelait Marie Magdeleine, domestique dans un immeuble à deux pas. J’appris qu’elle avait 20 ans.

Tout en continuant à travailler je me surpris à lui demander si elle voulait bien se promener avec moi le jour de son repos. Ses joues rosirent et elle accepta mon rendez vous après l’office du dimanche en la cathédrale Saint Louis.

Le dimanche suivant je me fis beau et me nettoyais plus que de coutume, chemise propre, cheveux coupés et barbe rasée. Je n’étais plus retourné à la messe depuis le décès de ma mère, mon père flaira quelques choses et mon frère voulut venir avec moi.

Bref pendant l’office chacun dans notre travée, je tentais de l’apercevoir et d’attirer son attention. Des bonnes paroles du prêtre je n’en retenais aucune. En sortant je la retrouvais sur le parvis, nous décidâmes de nous rendre au mail en passant par la porte des deux moulins. Ce lieu enchanteur était l’endroit de promenade des habitants de La Rochelle, bordé d’arbre à proximité de la mer quel spectacle, il fallait simplement faire attention car cette prairie servait aussi de lieu de pacage pour les bêtes. En chemin j’appris qu’elle était née à Lyon en 1791, quelle bizarrerie, son père est passementier à Saint Étienne. Nous n’avions pas fini le chemin qui nous menait au sommet de la petite cote que je lui avais pris la main. Jamais une telle sensation ne m’avait parcouru l’échine que ce simple geste. Entre l’allée et les falaises qui dominaient le chenal d’entrée au vieux port s’étendait un bois sous prétexte de voir l’océan nous y entrâmes et là le long d’un chêne vert à la seule vue de l’étendue marine nous échangeâmes notre premier baiser. Nos bouches ne firent qu’une, nos langues longtemps jouèrent, le désir que j’avais d’elle me faisait perdre la raison. Fini la forge, fini les chevaux, l’appartement avec mon père, rien d’autre ne comptait que ce désir naissant, c’était acquis j’épouserais cette femme et je la posséderais. La journée avançait et je raccompagnais Marie Magdeleine chez son maitre. La gréve, la porte des deux moulins, le chemin sur les murs qui dominait les chantiers de construction, la haute tour de la lanterne, celle de la chaîne, le quartier des marins encombrés de filets, de caisse de poissons, de cordes et de tonneaux tout cela servait de cadre à notre idylle.

Les arcades de la rue chef de ville nous cachèrent un peu des regards pour nos dernière caresses, l’hotel Poupet se profilait et nous passâmes sur la place ou jadis se trouvait le cimetière. Nos pas ralentissaient pour reculer le moment de notre séparation.

Tous les dimanches qui suivirent nous visitâmes les environs, l’amour que nous nous portions grandissait et le désir aussi. Nous avions décidé de nous marier, alors pourquoi attendre. Marie Magdeleine profondément chrétienne rebutait un peu à franchir le pas, la virginité au mariage lui semblait une obligation. Oui mais voilà le désir la taraudait autant que moi, un jour nous décidâmes d’aller baguenauder en direction de la pointe de chef de baie nous n’avions jamais poussé si loin, nous longeâmes les falaises, sur notre gauche l’immensité océane, sur notre droite des champs rien que des champs. Nous arrivâmes au marais de chef de baie, juste une langue de terre nous permettait d’être au sec, la mer y entassait ses galets et souvent envahissait les terres humides et marécageuses qui remontaient presque jusqu’au bourg de Saint Maurice. Un berger faisait paître ses moutons au loin nous étions seuls. Deux options s’offraient à nous, remonter toujours plus loin dans le bois de la tour carrée ou nous asseoir dans un petite anse à l’abri des regards. Le choix fut vite fait, Magdeleine n’était pas très rassurée , car l’endroit était désert et n’avait pas très bonne réputation. Nos embrassades prirent rapidement bonne tournure et je pus enfin caresser ma belle sous son jupon, la soie de sa peau m’excitait au plus haut point, nous ne savions plus ce que nous faisions. Je m’enhardissais vers le doux conin de Magdeleine, je la sentais baisser la garde mais ne voulais point la forcer. Elle se fit entreprenante et me caressait, augmentant mon désir. Nous allions nous unir pour la première fois dans ce cadre magnifique et sauvage quand nous entendîmes du bruit. Je me redressais et vis le visage hilare de deux pécheurs d’anguilles qui n’en n’avaient pas perdu une miette. Nous en vînmes presque aux mains tant ma colère était grande. Magdeleine me fit temporiser et nous rentrâmes en silence un peu fâchés. Devant chez elle, ma douce me prévint qu’elle ne ferait l’amour que mariée que se trousser au dehors était finalement que pour les filles de rien.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 7, La visite de Napoléon

 

Les guerres Napoléonienne se poursuivaient et l’ogre corse tentait de poser sa patte sur le peuple ibérique, toujours plus d’hommes pour alimenter les charniers du Bonaparte.

Cela ne se passa pas comme prévu, mais passons, les bourbons d’Espagne furent par un tour de passe passe remplacé par Joseph Bonaparte. Ce bourgeois homme d’affaires avisé se serait sans doute passé d’une telle dignité mais les ordres du frère cadet étaient les ordres.

En revenant de Bayonne, l’empereur et sa femme Joséphine, passèrent par La Rochelle. ce fut un beau chambardement en ce samedi 6 août 1808. Notre maire le Paul Garreau en était tout empressé . Il faut bien dire qu’il œuvrait pour la ville car lors de la création des préfectures se fut la ville de Saintes qui avait été choisie, injustice que tout cela et son rêve et son combat étaient que notre cité prennent la tête du département de Charente inférieure.

Bref il fallait épater la galerie, concours du peuple, acclamations, fleurs, obélisque, discours, ville propre et tentures.

Notre majesté arriva par la porte Saint Nicolas, normal il venait de Rochefort, la garde Nationale attendait avec tout le conseil municipal, moi j’étais dans la foule avec mon frère. Le carrosse s’arrêta des belles jeunes filles remirent des fleurs à Joséphine et Garreau notre maire remit les clefs de la ville au divin empereur. Cérémonial bien huilé Napoléon lui dit de les garder. Quelques coups de canon et le cortège pénétra en ville, la foule était nombreuse et je gueulais que tout à chacun. Petite rive, grande rive, rue de la grosse horloge, rue chef de ville et rue porte neuve ou les souverains se reposèrent en l’hotel Poupet. Ils étaient près de chez moi et je me voyais déjà ferrer les chevaux de sa majesté. Bon il n’en fut rien, Napoléon repartit à cheval après s’être restauré, suivit par son fidèle serviteur monsieur notre maire.

Les rues étaient jonchées de feuillage et les plus riches avaient pendu des tentures à leurs fenêtres.

Et vive l’empereur et vive l’impératrice.

Après avoir fait le tour du bassin à flot qui venait d’être terminé, il visita le chantier de construction naval, le port et sa jetée. Il rentra par la place d’armes et passa devant chez nous. Mon père en laissa tomber sa rénette. Nous étions tous sur le bord à lancer des vivats.

Il ne daigna nous lancer un regard et se rendit en son palais. Il reçut encore quelques solliciteurs puis repartit, il n’avait honoré notre ville de sa présence que quelques heures.

Mais elle dut lui faire bonne impression car 2 ans après le siège  la préfecture fut transférée à La rochelle, Paul Garreau avait gagné.

Bon quand à moi, l’empire ou la royauté je m’en foutais, cela nous étions en guerre contre pas mal de monde et il fallait des hommes pour serrer les rangs. J’avais vingt ans, pas de femme j’étais donc bon pour le tirage au sort.

Cela se passa devant la maison commune, une grande urne avec des numéros, chaque conscrit inscrit sur la liste tirait un bulletin, puis le chiffre était important plus vous aviez des chances de ne pas être pris. J’eus de la chance et je tirais l’un des numéros les plus éloignés. Mais bon comme le grand guerrier en demandait toujours plus vous n’étiez jamais bien sur de partir . Il fallait que je trouve une épouse au plus vite.

J’eus du mal à la trouver, j’étais encore jeune, pourtant j’avais pris de l’assurance avec les filles et lorsque l’une d’elle me plaisait je lui faisais une cour pressante.

Les bonnes fortunes ne se bousculèrent pas, mais je garde quand même un très bon souvenir d’une petite bonniche de la rue Chaudrier qui ne me fut pas farouche. Je ne pus en faire ma femme, car elle repartit sur Paris avec ses maîtres.

En fait je n’avais  d’yeux que pour une seule, la forge donnait sur la rue et le ferrage des chevaux se pratiquait dehors. Un jour que j’étais entrain de procéder au déferrage d’une patte arrière d’un magnifique cheval de labour, une belle drôlesse passa devant moi, je faillis en laisser tomber mon dérivoir, fière, altière même, de grande taille aux hanches bien dessinées, une poitrine opulente jaillissant du corsage de la belle. Les cheveux blonds cendrés comme on en voit très peu chez les filles du coin, des yeux bleus comme le bleu du ciel océanique, une bouche pulpeuse et rieuse.

J’en fus stupéfait et j’en tombais pour l’heure éperdument amoureux. Mais qui était cette belle domestique portant une cruche d’eau ?

Je continuais mon ouvrage sans conviction et mécaniquement, heureusement le cheval était docile. J’enlevais prestement avec ma tricoise le fer usagé, puis avec l’aide de ma rénette je parais et nettoyais le sabot de la bête.

Ensuite un bon coup de rogne pied pour enlever l’excédent de corne, avec finition à la lime, j’aime le travail bien fait et la réputation des maitres Sazerat à défendre.

Nous avions des fers de toutes tailles, mais il fallait ajuster en fonction de la taille du sabot, je fis rougir mon fer au foyer de la forge et je le présentais à chaud.

L’odeur de la corne brûlée qui d’habitude me comble d’aise ne me procura aucune satisfaction tant je pensais aux courbes de la vision miraculeuse qui était passée devant moi.

Je rivais le fer en prenant soin de ne pas blesser le cheval, l’opération est délicate car les rivets passent à quelques millimètres du pied.

Quand j’eus fini je retrouvais le paysan qui m’avait emmené l’animal et on se versa un petit coup d’eau de vie, c’était la tradition, y a pas à déroger. Le laboureur qui payait à l’année repassa la porte Neuve et rejoignit ses terres. Personne ne payait à chaque ouvrage et le recouvrement était parfois difficile, le père sortait souvent de ses gonds et les mauvais payeurs dûment insultés pouvaient passer leur chemin. Mais là aussi c’était la tradition on topait là en buvant un canon.

La journée fut longue et je pensais sans cesse à la diablesse au nom inconnu.

Ma nuit fut agitée et mon corps en réagit en conséquence.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 6, Mon dépucelage et la mort de ma mère

 

Puisque nous abordons le sujet, il n’était guère facile de trouver une partenaire et comme j’étais un peu jeune pour le mariage car je n’avais pas réuni un pécule suffisant, il ne me restait guère d’alternative. Je me fichais comme d’une guigne des préceptes du curé de mon enfance au sujet de la pratique d’Onan et avec mon frère dans le silence de nos paillasses nous nous en donnions à cœur joie.

Mais bon, je n’allais tout de même pas arriver puceau au mariage, avec mon cousin nous nous rendîmes sur le port où nous savions que nous allions trouver notre bonheur. Dans la petite rue du port, sorte de venelle trouant une rangée de maisons et pénétrant dans la rue du temple, une dizaine de belles aguichaient le chaland. Outrageusement fardées, vêtues de vêtements aux couleurs criardes, les seins jaillissants, certaines jeunes et fraîches, d’autres vieilles et édentées attiraient les hommes par divers artifices. Alors que certaines annonçaient les tarifs d’autres retroussaient leurs cotillons, pendant que d’autres encore montraient leurs mamelles. L’énoncé des prix restreignit fortement le choix . Je montais avec une femme qui pouvait avoir l’âge de ma mère, usée, sale et malodorante mais les seins curieusement fermes. Dans un galetas sordide, sur une paillasse crasseuse, la belle de nuit releva jupon, elle m’invita à venir retrouver son origine du monde. Quelques allers et retours et j’étais déniaisé, au vrai malgré mon soulagement j’étais un peu frustré, êtait ce cela l’amour ? Je ne recommencerais pas l’expérience, mais cela me servirait d’expérience le jour de ma nuit de noces.

En juillet 1808 le malheur frappa la maison, maman contracta une sorte de fièvre, elle se traîna quelques temps puis s’alita pour ne pas se relever. Les femmes du secteur se relayèrent pour la veiller et mon père qui pourtant ne quittait jamais son ouvrage montait la voir dans notre triste demeure.

Dans le lit de leur d’amour, elle se mourait, sueur, miasme, urine, défécation , les odeurs se mélangeaient, pâle comme la mort.

Lorsqu’elle voyait mon père elle se forçait à lui sourire. Du revers de sa main caleuse il lui écartait une mèche de cheveux et essuyait sa sueur. La nuit enroulé dans son manteau il se couchait au pied du grabat. Un matin on la trouva, mon père hurla sa douleur, le voisinage comprit et se précipita.

La malheureuse avait retrouvé sa sérénité, les traits apaisés, elle était belle comme à trente ans.

Mon père fut terrassé par le chagrin et pour se calmer alla travailler à la forge comme si de rien n’était. Le curé de la cathédrale passa dans l’appartement et bénit le corps. Deux voisins allèrent à la mairie et déclarèrent le décès à l’adjoint au maire monsieur Hérard, Jean Baptiste Hugon le tailleur d’habit était notre voisin de palier et Thomas Gatar le cordonnier demeurait l’immeuble d’à coté,ils nous furent d’une grande utilité et leurs épouses firent la toilette funèbre.

Ma mère fut lavée et ainsi purifiée, l’eau ayant selon la tradition ses effets, avec de l’étoupe les orifices naturels furent bouchés, cette pratique étant d’ailleurs pour moi un  un mystère. Un drap que ma mère avait dans son trousseau servit de linceul, l’un des frères de ma mère,  tonnelier réalisa une caisse de planche et nous y placèrent la défunte.

Dans l’escalier de bois vermoulu nous eûmes beaucoup de mal à sortir le cercueil, la dignité du moment en prit un coup mais la bière finit par être placée sur une charrette. Le convoi se forma avec le curé et son enfant de cœur, la famille était nombreuse malgré la rapidité de l’enterrement. Nous étions en juillet et la chaleur torride de ce début d’été nous faisait craindre une décomposition fort rapide. En outre bien que le caractère infectieux de la maladie de ma mère restait à démontrer le risque de contagion était réel.

Depuis 1794 les Rochelais n’étaient plus enterrés intra muros mais dans le cimetière général situé au village de Saint Éloi dans l’ancien clos de Gourville. Bien sur ma mère aurait bien dormi auprès des ses ancêtres en les anciens cimetières, mais les scellés avaient été mis pour que les habitants arrêtent d’y enterrer leurs morts et des maisons commençaient à se construire sur ces anciens jardins de repos. Bon,  saint Éloi n’était pas la porte à coté,il fallut traverser toute la ville. De la cathédrale nous priment la rue Gargoullaud, les passants se découvraient ou se signaient, puis nous nous engageâmes dans la rue des sirènes, la rue de la forme où nous longeâmes la grande boucherie. On pénétra ensuite rue des bouchers, au coin de la rue Saint Louis le sieur Belfort fabricant de bières nous regarda passer avec ses ouvriers, là aussi respect au convoi funèbre.

Nous sortîmes de la ville en passant la porte royale, les militaires de faction soulevèrent leur chapeau. Les soldats n’étaient guère des curaillons mais devant un mort même avec un curé en tête on se découvrait. En sortant s’étendait la campagne, nous arrivâmes enfin, j’avais chaud et soif. Le trou était déjà fait, quelques pelletées de terre et ma mère rejoignit ses parents et ses deux premiers maris au paradis des voituriers, des tonneliers et des maréchaux.

Le cimetière était vaste, contrairement à notre petit jardin de paroisse, pour l’hygiène disaient nos édiles, moi je veux bien mais notre intimité avec la mort disparaissait et nos chers disparus ne nous protégeaient plus.

Mon père se retrouva donc seul avec nous, plus de femme à la maison, il n’avait que 51 ans ,allait il se remarier ?

Au vrai il ne quittait plus guère la forge , tard dans la nuit on entendait le marteau frapper sur l’enclume.

Les habitants de la rue porte neuve s’en émurent et lorsque retentissait le bruit chacun disait, tient l’Antoine pense à sa disparue.

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, épisode 5, mon adolescence

 

 

J’ai donc grandi en une période tourmentée sans en avoir souffert personnellement, les gens des beaux hôtels rasaient un peu les murs, mais de toutes façons on ne les avait jamais côtoyés, seuls les domestiques venaient à l’atelier et à la fontaine.

Comme tous les enfants d’artisans de la rue j’eus droit à la férule du prêtre de la paroisse, il nous apprit les rudiments d’écriture et de calcul. Un Sazerat futur maître maréchal ferrant se devait de pouvoir apposer son paraphe au bas d’un contrat ou d’un acte. Moi insouciant je m’en moquais comme d’une guigne, le bon père qui avait la réplique prompte m’a plus d’une fois décollé de mon banc en me tirant les oreilles. J’en rigolerai plus tard avec lui quand il me mènerait sa mule à ferrer, sur le moment évidemment je ne m’en réjouissais guère.

De toute façon cela ne dura pas très longtemps car ma place était à la forge et c’est mon père qui me forma.

La maréchalerie, tout un univers qui m’était évidement familier car depuis que j’étais en age de marcher j’y traînais toute la journée.

Je commençais par des tâches simples en clair je faisais le grouillot, j’alimentais le foyer de la forge, j’activais le soufflet, je me tapais la corvée d’eau qui j’en reparlerai n’était pas une mince affaire.

En bref je ne touchais pas un sabot, par contre rapidement on me mit à battre le fer et je tapais et retapais je n’en sentais plus mes bras et le soir pouvant à peine manger ma soupe ma cuillère m’échappait des mains.

J’adorais ce travail, les chevaux me fascinaient, mon père s’y connaissait vraiment et on venait de loin pour le consulter,  son avis était écouté. Un maître maréchal savait la science des chevaux, presque un vétérinaire en certains points . Lorsqu’un cheval boitait le cavalier venait à la maréchalerie et le maitre devait pouvoir poser un diagnostique

Puis peu à peu on me laissa faire, je me souviens du premier cheval que j’ai ferré, la forme de son sabot, le fer que je façonnais à sa taille et même l’odeur de la corne lorsque je rognais le pied.

Mon père ne me quitta pas des yeux et il m’avait donné une bête douce qu’il connaissait très bien.

Je devins bon ouvrier mais il fallut attendre une paire d’année avant d’avoir la science du père.

Nous nous entendions bien, mais je n’étais que le fils du maître et dans une société hiérarchisée comme la notre cela avait de l’importance.

En dehors de la forge j’aidais aussi ma mère à aller chercher de l’eau à la fontaine, nous n’avions pas de puits à proximité et de toute façon à la Rochelle l’eau qui sourdait de ses forages était la plus part du temps saumâtre.

Nous devions aller à la Fontaine dite royale ou du 10 août, cette nouvelle appellation révolutionnaire n’était d’ailleurs guère utilisée par la population. Cela faisait une bonne marche avec les seaux. Moi je râlais en y allant mais sur place quel spectacle, un vrai champs de foire, beaucoup de femmes s’y retrouvaient. J’aimais leur cancan, leur babillage, leurs disputes au verbe haut, des querelles qui chaque jour reprenaient. Le langage était disons assez cru et ma mère qui nous houspillait à la maison s’en donnait à cœur joie. Les domestiques amenaient les secrets des belles maisons, les filles du quartier des ébats racontaient avec verdeur leurs passes. Les femmes du peuple en rougissant baissaient la tête , faisant semblant de rien entendre mais n’en perdant pas une miette. Le plus rigolo étaient les négresses, achetées sur les cotes d’Afrique elles étaient ramenées par les beaux habits des hôtels qui les prenaient pour domestique ou comme amante. Elles étaient baptisées, on les éduquait et on les habillait à l’européenne. Mais bon quel sujet de moquerie quand elles déroulaient notre parler Rochelais avec leur accent africain. Moi je ne me lassais pas de les regarder, elles étaient souvent bien faites avec des belles formes, leur cul proéminent contrastait avec les fesses plates des filles du quartier. J’ébauchais même une petite édile avec la domestique d’un banquier de la rue de la Juiverie. Il faut avouer qu’il était mal venu de courtiser une noire même si l’esclavage avait été aboli sous la révolution. Je lui volais quelques baisers et quelques caresses, je lui aurai bien pris son pucelage mais apparemment son propriétaire le lui avait déjà ravi.

La fontaine était en forme d’hexagone couronnée d’une coupole avec une sorte de pyramide et un crucifix en bronze dessus. Elle était magnifique il y avait même une inscription en langage de curé, je ne savais pas ce que cela voulait dire mais apparemment c’était en hommage aux navigateurs.

Il y avait deux pompes et il fallait un bel effort pour avoir de l’eau, certes ce n’était pas travail d’homme et ma mère me soupçonnait bien un peu de venir reluquer les filles.

Les années passèrent et de petit garçon je devins un homme, je tenais ma place à l’atelier et le ferrage n’avait plus de secret pour moi. Mon jeune frère Antoine avait suivi le même chemin que moi et nous étions comme une confrérie de Sazerat. N’allez pas croire que tout allait pour le mieux, travailler avec son père était fort pesant.

A la maison nous étions fort entassés, heureusement mes demis frères étaient partis et avec Antoine nous avions récupéré leur mansarde.

René était aux armées et nous n’avions aucune nouvelle, certes c’était mon frère utérin mais nous n’avions jamais vraiment lié. En revanche mon grand frère Jacques était un véritable ami. J’ai été fort triste lorsqu’il a épousé en 1802 la veuve d’un cabaretier, il l’avait connue en lui livrant des tonneaux car il avait conservé le métier de son père.

La promiscuité même habitué j’en souffrais un peu, mes parents continuaient évidement leur vie maritale et maintenant que nous n’étions plus drôles et en age de comprendre, les soupires nocturnes me gênaient et me troublaient.

 

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 1 ma naissance

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode, 2 mon quartier

UNE VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 3 , mes premiers souvenirs

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

 

MA VIE DE MARÉCHAL FERRANT, Épisode 4, Mon enfance de fils d’artisan

aspect du Port de La Rochelle au  18ème siècle

 

Bien sur comme tous les gamins j’étais attiré par le port. Nous nous y glissions en bande et observions à loisir le foisonnement d’activités qui s’y passait. Des bateaux aux formes et aux tailles multiples se serraient le long des quais, les voiles aux couleurs chatoyantes faisaient tableau de maître.

Un joyeux désordre rythmait l’endroit, des filets, des caisses, des charrettes, des tonneaux encombraient l’espace somme tout réduit du vieux port. La foule qui si pressait était là aussi, largement bigarrée, des marins vieux loups de mer ou mousses juvéniles, des militaires, et des femmes du peuple faisant commerce du poisson et poussant des petites carrioles remplies de sardines. Toutes les professions étaient représentées, les tonneliers très  nombreux car toutes les denrées maritimes se transportaient dans les tonneaux, des charpentiers de marine, des cordiers, des calfats et les marins fiers et hautains de la marine de guerre de la jeune république.

Ce qui nous faisait le plus rire étaient les filles de joie, fardées, grossières, outrancières, elles nous aguichaient pour rigoler et parfois impudiques remontaient leurs cotillons pour nous montrer leur cul.

Nous n’en perdions pas une miette et en parlions longtemps revenus dans notre cher quartier.

Évidemment nous nous collions des peignées avec les drôles du quartier saint Jean du Perrot, c’était assez chaud une fois je me suis même retrouvé le cul dans la verdière. J’étais mignon car ce ruisseau n’était plus vert depuis longtemps, je suis rentré couvert de vase et de merde avec en prime un coquart. Ma mère m’a collé une gifle et mon père a dégrafé sa ceinture, double peine en quelques sortes.

Fièrement je n’ai rien dit sur le coup mais dans la solitude de ma couche je crois bien que j’ai versé quelques larmes. Pour me venger je suis retourné sur le port et cette fois plus prudent je ne me suis pas retrouvé dans l’eau. Bon tout cela est affaire de drôle, car tout de mêm ,quel terrain de jeux que ce port, ces rue animées aux arcades obscures,cette majestueuse cathédrale, et ce haut clocher saint Barthélémy.

Mais comme je vous l’ai dit, le quartier était en constante transformation et moi en grandissant je devenais curieux.

Cette place nommée royale puis de la liberté et que je vous ai décrite tout à l’heure m’attirait autant que les effluves marines du port, les troupes qui luttaient contre les bandits de Vendée y campaient et moi entre ces rudes braillards à moustache je me sentais à l’aise et émerveillé. Encore plus loin, le long de l’enceinte fortifiée s’étendaient les ramures du bois des amourettes, antre boisé et inquiétant où je ne m’aventurais guère. Le bois n’était guère épais, je m’en apercevrai plus tard avec mes premiers rendez vous avec des galantes.

Lorsque j’étais petit les morts de la paroisse étaient enterrés presque au bout de la rue et je me délectais de ces passages de tombereaux où brinquebalait une mauvaise bière ou le plus souvent un simple linceul de lin blanc, mon père et les autres artisans cessaient le travail. Les hommes au chef couvert mettaient chapeau bas et les femmes pieuses se signaient en baissant la tête. Moi et mes cousins c’était les taloches qui nous faisaient baisser la tête lors des passages funéraires. En outre nous nous amusions entre les tombes, et même une fois à l’emplacement de l’ancien cimetière saint Anne j’ai trouvé un bout de crane. Quel trophée me direz vous mais bon j’étais enfant.

Il faut aussi que je vous compte un tragique événement, j’étais petit et je n’en ai eu connaissance que bien plus tard, mais ma mère cette sainte femme qui était capable d’emmener un enfant à une exécution publique ne supportait pas la violence irraisonnée des foules et en l’occurrence le massacre d’un groupe de prêtres et les outrages faits à leur corps.

Des malheureux réfractaires au serment républicain furent tués par une foule haineuse et hystérique où les femmes ne cédaient en rien aux hommes, une ignominieuse folie.

Mon père connaissait l’un des sauvages qui avait participé au carnage, il était perruquier et s’était  amusé à se balader avec une tête sur une pique. Bon cela je ne l’ai pas vu mais on en parla longtemps

Mais je crois que ce qui m’a le plus marqué c’est la fermeture de notre église, ma mère en a pleuré et mon père pourtant athée en fut troublé également. Je vous raconte cela en détail.

En 1793 la municipalité de la Rochelle considéra que deux églises dans le quartier cela faisait beaucoup, d’autant plus que Saint Barthélémy avait besoin de réparation. On transforma donc cet endroit sacré en un marché à grain. Le petit peuple endoctriné, et aussi tyrannisé par quelques membres des comités révolutionnaires n’osa manifester sa désapprobation face à ce sacrilège et face à la déchristianisation prônée par l’état centralisateur Jacobin.

Ma mère qui avait été baptisée puis mariée en ce lieu pleura en silence des larmes de dépit, mon père qui faisait le goguenard en disant que faute d’hosties on aurait au moins de la farine se fit rembarrer devant tout l’atelier et repartit ferrer un canasson la tête basse.

Bon assez parlé de mon environnement, je vais vous décrire mes parents.

Tout d’abord mon père qui il faut bien le dire était un drôle d’oiseau  » enfin c’est ce que disait ma mère  ». Au physique il était très grand et avec ma vision d’enfant me paraissait un géant, musculeux et sec, ses bras à force d’avoir travaillé le fer avaient acquis une force herculéenne et l’on dit qu’il pouvait tordre un fer à cheval, c’était peut être une vantardise car je ne l’ai jamais vu faire. Je vous ai parlé de son langage imagé mais sa voix de stentor qui résonnait dans toute la rue n’avait rien à envier aux chantres de la cathédrale. Sa goule était bien pendue et on disait qu’il était né avant son grand-père. Quand une femme passait dans la rue, il jouait les coqs et sa paillardise rejaillissait sur les pauvrettes qui ne savaient que répondre. Cela faisait rire tout le monde car quand ma mère était dans les parages on ne l’entendait plus.

Ses cheveux et sa moustache étaient d’un noir de jais, sa bouche commençait à s’édenter. Je me souviens aussi de sa forte odeur, mélange de sueur, de crasse et de remugle équin. Ses mains aux ongles endeuillés étaient dures et calleuses. J’adorais ce géant, sorte de dieu du feu et du fer, je l’idolâtrais enfant et je le respecterai adulte

Ma mère plus âgée était maîtresse femme, je la revois avec sa longue robe recouverte d’un tablier à carreaux et une sorte de cape attachée sur le devant. Ses cheveux noirs parsemés de fils blancs noués en une sorte de chignon étaient surmontés d’une coiffe. Jamais elle ne se serait avisée de sortir sans. Moi j’aimais la voir les cheveux dénoués en son intimité et je la trouvais très belle. Au vrai sa beauté commençait un peu à passer, des cheveux blancs éclaircissaient  donc sa crinière noire, des rides au coin de la bouche la rendaient un peu sévère et quelques dents en moins lui modifiaient le visage autrefois emprunt de beauté. Bien sur je n’avais jamais vu ma mère nue mais sa poitrine opulente s’affaissait quelque peu.

Elle aussi avait une gouaille célèbre dans le quartier, la fille du voiturier Jaulin était connue pour avoir enterré deux maris et pour porter la culotte à la place de son géant de mari pourtant maître maréchal.

Voilà pour les parents, tous deux dans un genre différent, de fortes personnalités, connus et respectés rue porte neuve et dans tout le quartier.

 

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