LA MORT DE COLUCHE, Épisode 3

Au village il redevint vigneron possesseur de quelques terres, une gloire locale sûrement.

Le 28 août 1816 il eut un fils qu’il nomma François Alexandre.

Toute sa vie il profita de sa notoriété et devint même sous lieutenant de la sixième compagnie du 1er bataillon de la garde Nationale de Nangis le 13 juin 1831. On le nomma aussi conseil municipal mais visiblement fâché des procédés employés renonça à cette distinction en écrivant au sous préfet cette missive

Gastins, 8 Novembre 1831

Monsieur le Sous-Préfet,

Ayant été nommé candidat composant le conseil de notre commune, j’avais accepté avec le plus grand plaisir si les élections s’étaient faites loyalement mais comme il est parcouru dans toutes les maisons de solliciteurs et monsieur le Maire luy-même et que cela n’a pas été fait dans la forme voulue, je vous prie d’accepter ma démission et de me rayer sur la liste de candidature.

Recevez, Monsieur le Sous préfet, les salutations les plus sincères de celui qui a l’honneur d’être votre serviteur

Coluche

De ses métiers on retiendra qu’il fut vigneron, ouvrier agricole, jardinier et aubergiste, mais soyons clairs entre la légende et la réalité il peut y avoir quelques divergences.

En 1825 au décès de sa mère il est propriétaire vigneron, en 1836 sur le recensement sa profession n’est pas spécifiée et son fils François est ménétrier, en 1841 aucune mention mais son fils est vigneron, en 1843 au mariage de son fils il est désigné comme propriétaire et son fils vigneron.

Ce n’est qu’en 1846 qu’apparaît la première mention d’une auberge tenue par Coluche mais contrairement à l’iconographie ce n’est pas Jean Alexandre mais son fils et sa bru Françoise Amélie Picard qui sont nommés comme aubergiste. Notre vieux grognard est désigné comme vigneron.

 

En 1851, le vieux bonhomme est dit pensionné de l’état et propriétaire, son fils est aubergiste et vigneron.

Sa femme décède le 05 février 1856 et son fils et sa bru tiennent une auberge.

En 1857 bien sur il reçoit la médaille de Saint Hélène, contrairement à la légion d’honneur elle lui est bien épinglée le 1 novembre de la même année à la préfecture de Melun.

Il est vrai en ces temps où le neveu du grand empereur règne les anciens soldats de l’empire sont à la mode. Jean Alexandre Coluche fait l’objet de bons nombres de récits dans la presse c’est une vedette et l’on se déplace pour l’entendre raconter sa fameuse histoire.

L’auberge du fils qui est nommé  » on ne passe pas  » fait le plein et bénéficie d’une large clientèle attirée par le personnage.

En 1859, il perd sa petite fille et ainsi toute possibilité de descendance .

En 1862 notre vieux carabinier à de nouveau son heure de gloire, il est convié à rendre visite à Napoléon III en son château de Fontainebleau.

On raconte que c’est muni des ses états de services et de son portrait qu’il se présente au factionnaire.

Là aussi les récits divergent, entre le vieux soldat adulateur de son empereur qui se présente spontanément au château et que l’on reçoit et la convocation par l’empereur curieux de voir un pilier de la légende qui peu à peu se construit.

Quoi qu’il en soit il est reçu une heure, ce qui n’est pas rien et l’empereur lui présente même sa famille. A cet age on ne se refuse rien et il aurait prononcé cette phrase en voyant Eugénie  » Eh bien Sir ! Je vous félicite de votre choix et de votre bon goût. « 

Puis avant de partir l’empereur lui aurait demandé si il avait besoin de quelques choses, Coluche aurait répondu  » Je n’ai plus besoin de rien maintenant que je vous ai tous vus, je suis content. Je vous prie seulement de me donner vos trois portraits « 

Il fit  bien et lui donna 600 francs, quelques temps plus tard il lui fit don d’un billard qui trôna dans l’auberge.

Âgé de maintenant quatre vingt deux ans il coulait des jours tranquilles auréolé de toute sa gloire, hélas en 1863 son fils décède.

Le journaliste sans que l’on puisse en déduire quoi que se soit sous entend un drame domestique dont ne serait pas étranger le domestique de la maison un certain Augustin Vervaet et la bru de Jean Alexandre.

Mais n’épiloguons pas quoique….

Le 19 novembre 1866 à Gastins le belge, l’étranger, le Vervaet épouse la veuve Coluche c’est un beau parti, elle a hérité de la fameuse auberge même si des parts appartienneent au vieux soldat.

La différence d’age est notable ( 19 ans ) et l’on jase beaucoup au village. Mais comme dit l’ancien ma bru est est libre de son cul. Cela ne va pas sans heurt car le Vervaet fait comprendre à tout le monde qu’il est le patron. Jean Alexandre n’a plus rien à dire et c’est tout juste si il peut s’asseoir tranquille pour boire un canon de la piquette qui vient de ses vignes.

Non de dieu c’est quand même bien ma maison j’y suis né et ce billard qui me l’a donné?

Puis en 1867 notre héros quitte la scène, un enterrement banal ou tout de même les pompiers lui rendent hommage.

De nouveau il fit la une des journaux, réapparaissant de temps à autre.

Ce fut sa belle fille remariée au grand flandrin de Vervaet qui hérita de tous ses biens en 1872 ils sont tous les deux à la tête de l’auberge ils le seront toujours en 1876.

En quelle année l’auberge fut elle vendue, mystère mais en 1881 les deux époux sont cultivateurs et apparaît un Adolphe Plisset comme marchand de vin.

En 1886 la fameuse auberge de Coluche appartient à Adolphe Plisset qui la transmettra à Emile Plisset, entre temps madame Picard veuve en premières noces du fils du carabinier Jean Alexandre est décédée à son tour.

L’héritage de la famille Coluche est aux mains de Vervaet qui pourra bientôt se dire rentier ( recensement 1891 ).

Le bonhomme se remarie rapidement c’est un beau parti, en avril 1887 il se lie avec une servante de ferme du nom de Marie Fournier cette fois c’est elle qui est plus jeune de dix ans.

Cela ne l’empêchera pas de mourir avant lui en 1904.

Notre vieux belge vécut une fin heureuse entouré des soins d’ une servante nommée Gabrielle Henriot, cette jeunette de  quarante six ans était elle sa maitresse ou bien une simple domestique?

Mais revenons à notre héros, tout appartenait à Vervaet et surement aussi la concession funéraire car en 1908 notre Belge choisit comme lieu de sépulture, la tombe de sa femme mais par la même celle de son premier mari François Coluche et du père de celui ci notre Jean Alexandre notre fameuse sentinelle.

Voila vous savez tout, non encore un détail, personne ne voulut des vieille reliques du chevalier Coluche et il s’en fut de peu que comme les ossements ils ne fussent jetés.

Heureusement un nommé Emile Ligonesch marchand de vin s’accapara le brevet de la légion d’honneur, l’épée de sous lieutenant de la garde, la médaille de Saint Hélène et son certificat.

Que sont devenus ses pieuses reliques, antiquaires, collectionneurs, descendants du marchand de vin ou simplement détruits?

En tout cas le billard serait toujours sur Gastins à l’heure ou j’écris ses lignes.

L’auberge n’est plus une auberge mais une plaque indique le passage de notre vaillant guerrier, quant à la tombe elle est toujours honorée mais contrairement à 1908 elle ne porte plus le nom de Vervaet Augustin mais celui de Coluche.

L’auberge Plisset n’existe plus mais l’établissement juste à coté existe encore sans avoir beaucoup changé.

LA MORT DE COLUCHE, Épisode 2, On ne passe pas

Comme je vous l’ai expliqué dans le premier épisode les restes de Jean Alexandre Coluche furent sauvés in-extrémiste et il s’en manqua de très peu pour que les ossements de se brave ne fussent dispersés dans une fosse commune et que nous ne puissions venir nous recueillir sur sa tombe.

Ce brave parmi les braves fut en sa jeunesse comme beaucoup d’autre happé par la conscription Napoléonienne, né le 30 mars 1780 à Gastins dans ce qui était la province de la Brie.

Comme les autres ses racines sont paysannes et son père Jean Coluche exerçait la profession de charretier. N’ayant pas souffert de l’autorité paternelle car son père est mort alors qu’il avait deux ans il a été élevé par sa mère Marie Muraton.

En 1801 ayant tiré le mauvais numéro il se retrouve carabinier au 17ème régiment d’infanterie lègère.

Il fut de toutes les grandes batailles, Austerlitz, Iena, Friedland, mais le fait qui nous intéresse et qui le fit devenir célèbre se passe lors de la campagne d’Autriche en 1809.

Nous sommes le 3 mai 1809 le soir de la triste boucherie d’Ebersberg. Jean Alexandre est de garde au palais, insigne honneur mais aussi insigne corvée. N’allez pas croire que sa faction se passe devant un superbe château car tous les endroits ou réside l’empereur sont nommés ainsi fussent ils des taudis. En l’occurrence la garde se passe devant une modeste demeure miraculeusement conservée des flammes qui ont ravagé la petite ville.

Le soldat Coluche a une consigne très ferme, on n’entre pas et on ne sort pas à moins d’être accompagné d’un officier.

Les minutes passent lentement lorsqu’une silhouette se présente, Coluche hurle un retentissant  » on ne passe pas  ». L’inconnu marque une hésitation mais poursuit son cheminement.

Jean Alexandre croise alors sa baïonnette et gueule  » si tu fais un pas, je te plante ma baïonnette dans le ventre  »

A ce bruit les généraux , les aides de camps de l’état major sortent et entraînent Coluche vers le corps de garde.

L’affaire est d’importance il a bien faillit embrocher son empereur, comprenant enfin son erreur il se targue de sa consigne. On lui fait miroiter le conseil de guerre, le peloton d ‘exécution, il se défend, il n’a fait qu’obéir aux ordres.

On le traîne devant Napoléon, que va t’ il advenir de lui. L’empereur en fin communiquant n’est pas homme a punir l’exemplarité, bien au contraire.

 »Grenadier tu peux aller mettre un ruban rouge à ta boutonnière, je te donne la croix .

 » Merci mon empereur mais il n’y a pas de boutique dans ce pays pour acheter du ruban »

 » Eh bien, prends une pièce rouge à un jupon de femme ça fera la même chose »

La légende est en route, même si le récit diffère d’un chroniqueur à un autre, même si le geste est magnifié et que les mots employés ne sont pas exactement ceux qui furent prononcés,notre Jean Alexandre Coluche devint célèbre dans toute l’armée, vous vous rendez compte il est celui qui faillit embrocher le petit caporal.

Ruban sans médaille il lui fallut continuer les combats et il sera blessé à Wagram. Remis de sa blessure il suivra son régiment dans la tragédie espagnole.

Il y restera jusqu’en 1813 et remontera pour participer à la campagne de France, il combattit près de chez lui sur des terres qu’il connaissait bien. L’épopée se termina pour lui à Arcis sur Aube où il fut blessé d’une balle dans la tête. Pour survivre on se doute que cela ne devait guère être grave mais pour lui les combats étaient bels et bien terminés.

Son empereur abdiqua, son régiment fut dissout et il est probable qu’il rentra chez lui.

Bien qu’il affirme qu’il participa à la campagne de Belgique en 1815, rien n’est moins sur car jamais il ne fournit d’information sur le régiment dans lequel il se trouvait. Ce fut peut être une hâblerie de sa part quand plus tard l’on pouvait se glorifier d’en avoir été.

Ce qui est sur c’est qu’il se maria le 25 juillet 1815 à 12 heures avec Marie Madeleine Élisabeth Moreau. Convenons que pour un militaire qui avait combattu le 18 juin à Waterloo, il avait été vraiment rapide. Mais bon puisqu’il le dit.

Il lui fallait maintenant se faire officiellement reconnaître comme chevalier de la légion d’honneur, ce ne fut guère facile en mars 1817 il dut prouver son identité dans un certificat de notoriété, car en effet le 12 mars 1814 à Soisson, l’empereur lui avait décerné le fameux sésame mais au nom de Pierre Colache. Bref il était bien chevalier mais sans le brevet original qu’il n’avait jamais reçu, et bien sur sans médaille.

Bref pour résumer, reconnu par tous comme membre de la légion d’honneur, Napoléon lui attribua le ruban le 3 mai 1809, fut fait chevalier le 12 mars 1814 et son brevet ne fut signé que le 26 octobre 1821 à Paris. A partir de quel moment il toucha sa pension nul ne le sait mais il y a fort à parier qu’il ne la toucha pas avant que ne soit régler tout ses problèmes administratifs.

LA MORT DE COLUCHE, Épisode 1, une bien étrange sépulture.

LA MORT DE COLUCHE

Il est bien loin le chemin de la gloire quand il faut payer, qu’on en juge .

Il fait un froid de gueux en ce mois de janvier 1908, un vent d’est balaye la plaine Seine et Marnaise et nos deux cantonniers sont transis de froid malgré l’effort qu’ils produisent.

Il a gelé fort cette nuit et la terre grasse du cimetière de Gastins est prise sur une belle profondeur.

Il faut pourtant œuvrer car un nouvel occupant va bientôt s’installer à demeure dans ce froid jardin .

Après plusieurs heures d’effort ponctuées de pauses vinicoles les deux fossoyeurs finissent par tomber sur plusieurs ossements. Il fallait s’y attendre, bien qu’habituellement les dépouilles charnelles en cette terre humide retournent rapidement au néant.

Ils savent pertinemment à qui appartient les premiers os, ce sont ceux de feue Françoise Picard la première femme du futur locataire. Mais il faut en convenir elle n’était pas seule car deux autres morceaux de corps se dévoilent à leurs yeux.

Pour sur il ne reste pas grand chose le temps a fait son œuvre. Les lascars s’en doivent d’aller trouver le maire pour décider de ce qu’on allait faire de cette découverte impromptue. Le trou est fait, les os blancs attendent en tas sous la pluie hivernale.

Pour le maire monsieur Garnot la situation était fort claire,  » nom de dieu l’Auguste il nous emmerdait de son vivant et maintenant qu’il est mort c’est pareil ».

La réponse donnée aux deux hommes fut partielle, le maire connaissait l’identité des personnes enterrées là bas mais par contre n’avait aucune idée de ce qu’il devait en faire.

L’ Auguste en question était un vieux bonhomme qu’on surnommait le  » belge  » car il était né il y a fort longtemps dans les Flandres orientales. Arrivé dans la commune comme domestique en 1866, il était devenu aubergiste, propriétaire et rentier. Ce n’était pas son assiduité au travail qui l’avait mené où il en était mais plutôt ses mariages.

Auguste Vervaet puisque c’est son nom n’était pas un compagnon de tout repos en témoignent ses nombreux passages au tribunal, bagarres, diffamation, coups et blessures, toujours prit de boisson en son quartier général du père Plisset endroit qu’il connaissait fort bien comme on va le voir.

Son mauvais caractère, un héritage controversé et une sombre affaire qui causa la vie à un gamin du village lui faisaient une réputation sulfureuse.

Monsieur le maire lâcha enfin le morceau, ces restes appartenaient à la seule célébrité que le village eut connue et il était probable que les autres morceaux appartiennent à son fils .

Seulement voilà, il n’y avait à sa connaissance aucune famille.

Qui allait devoir se charger des frais pour un autre cercueil, certainement pas la commune.

Il y avait bien le neveu du défunt Joseph Vervaet qui après tout avait bénéficié des largesses de notre grand homme et qui était l’héritier de l’Augustin. Il s’opposa à toute contribution de sa part.

Il fallut trouver une solution et surtout que celle ci ne vienne pas aux oreilles de la presse locale et aussi des autorités préfectorales. C’est l’un des ouvriers qui trouva la solution, une grande boite à harengs fumés en bois, on y casa l’ensemble des reliques rejetées et le tout fut de nouveau enterré dans la tombe officielle d ‘Augustin Vervaet, voila une affaire rondement menée, que d’histoires pour quelques os,

Seize mois plus tard Paul Lagardère un journaliste du  » Petit Parisien » voulut faire un article sur le célèbre Jean Baptiste et se rendit à Gastins sur sa tombe, il ne la trouva pas lui même car ce simple tertre planté d’un pieu couronné d’une planche de hêtre clair découpé en écusson ne portait que la simple épitaphe  » Warvaet Augustin décédé le 15 janvier 1908 âgé de 73 ans  ». Il fallut bien lui conter l’histoire et c’est sous son ‘impulsion journalistique que la société archéologique de Seine et Marne donna 20 francs pour faire améliorer l’humble demeure d’un si grand homme.

Maintenant je crois que je vous ai fait assez languir, notre célébrité locale se nommait Jean Alexandre Coluche, les passionnés d’histoire connaissent sa saga les autres peut être pas.

Dans un autre épisode je vous narrerai donc la vie de ce simple soldat qui par la seule volonté de son caractère permet que je parle de lui encore aujourd’hui.

petit parisien 24 mai 1909

A bientôt pour la suite

MARIAGES ENTRE COUSINS

Autrefois trouver chaussure à son pieds n’était pas une chose particulièrement facile, de multiples contraintes faisaient face au prétendant au bonheur.

Comme nos ancêtres se déplaçaient à pieds leur rayon de recherche se réduisait à quelques kilomètres et les unions se passaient dans un cercle disons d’une douzaine de kilomètres, ce qui on en conviendra est déjà une belle distance pour se rencontrer à l’aide de ses jambes et de ses sabots.

Une autre contrainte était celle de l’age, pour pouvoir se marier il fallait un petit pécule et si la famille ne le fournissait pas il fallait se le constituer, cela retardait souvent les unions et il est donc fréquent d’avoir des mariés qui dépassent allègrement les 25 ans. C’était par ailleurs une façon de réguler les naissances.

Donc pour résumer, il fallait trouver une femme dont l’age correspondait dans une zone géographique bien définie. Malheureusement ce n’était pas tout, dans une société paysanne et pour le moins rurale, les structures sociales étaient bien définies et le mariage était avant tout un contrat social entre deux familles. En bref un riche n’épousait pas une pauvre, un laboureur se mariait avec une fille de laboureur et un journalier se liait souvent avec une journalière. Cette endogamie professionnelle pesait très fort dans le choix d’une épouse, préservation des terres lors des partages, main d’œuvre pour la mise en valeur de l’exploitation familiale.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le mot endogamie, c’est l’obligation pour un individu de choisir son conjoint dans un groupe bien déterminé, même race, même région, même métier, même classe sociale etc.

Donc avec cette restriction supplémentaire, vous imaginez que le choix se réduisait encore.

Les familles qui peuplaient nos campagnes avaient parfois l’obligation de marier leurs enfants à des membres de leurs propres familles. Cela tenait souvent lieu de la nécessité.

Les mariages familiaux étaient le plus souvent le fait de cousins, il fallait de toutes manières obtenir une dispense de consanguinité auprès du curé de la paroisse qui transmettait la demande à Monseigneur l’Evêque. Je ne parle ici que des cas les plus courants et non de mariage princier ou les liens familiaux étaient encore plus resserrés.

La révolution française simplifia et autorisa le mariage entre cousins.

En l’occurrence nous avons tous des mariages entre cousins dans nos arbres.

J’ai choisi pour illustrer le propos un double mariage charentais, ce qui est assez marrant et ce qui m’a attiré est le fait que les quatre mariés portent exactement le même noms

Nous sommes le mercredi 10 novembre 1813 dans la petite localité charentaise de Vars, situé au nord d’Angoulême, la commune est un gros bourg rural de presque 2000 habitants.

Deux familles en ce jour s’apprêtent à marier leursenfants, mais s’agit ‘il bien de deux familles ou d’une seule ?

Jean Marchive cultivateur au hameau de Brars et son frère François cultivateur également au même endroit vont s’unir respectivement à Jeanne Marchive et à Anne Marchive. Ils n’ont pas eu à courir bien loin pour convoler les deux sœurs résidant dans le même hameau.

Ces quatre mineurs au regard de la loi se connaissent depuis toujours.

Dans ce coin reculé de Vars la population est souvent apparentée et les Marchive y sont légion.

Jean et François vivent et travaillent en famille avec leur père Jean Marchive et leur mère Jeanne Malet.

Jeanne et Anne vivent et travaillent également en famille avec leur père Jean Marchive et leur mère Louise Salée.

Pour faire simple Jean Marchive va unir ses enfants à ceux de Jean Marchive, ces derniers ont la même profession, habitent la même commune dans le même hameau.

Ils se connaissent également depuis très longtemps.

Jean Marchive le père de Jean et François est le fils de Jean Marchive et de Jeanne Quantin.

Vous me suivez !

Jean Marchive le père de Jeanne et d’Anne est le fils de Jean Marchive et d’Anne Grézillon.

Comme vous l’aurez sans doute deviné ou pas , Jean Marchive et Jean Marchive sont de la même commune, ont la même profession et demeurent dans le même hameau.

Bien j’arrête le suspense, Jean et Jean sont les fils de Jean Marchive et de Suzanne Allard.

Je vais m’arrêter la.

Faisons le calcul, nos quatre tourtereaux du mois de novembre 1813, sont bien de la même famille.

Leur lien commun est leur arrière grand père Jean Marchive.

Nous sommes bien en présence d’une endogamie familiale , mariage dans une même famille )

Nous retrouvons l’endogamie professionnelle car tous sont des cultivateurs.

Pour finir la démonstration nous sommes également en présence d’une endogamie régionale car tous du même hameau.

Avant la révolution une dispense de consanguinité eut été nécessaire pour ces cousins issus de germain.

J’ignore si les enfants de ses cousins germains eurent à souffrir des méfaits de la consanguinité mais une nombreuse descendance leurs est venue.

D’autre part de nombreux Marchive demeurent toujours à Vars.

Jean Marchive le marié mourut en 1825 entouré de son frère François et de son père Jean.

François Marchise le second marié est mort nettement plus tard en 1871 au hameau de Brars qu’il n’a jamais quitté.

Jeanne Marchive la première mariée est morte en 1829 au hameau de Brars après s’être remariée avec un cultivateur du même hameau que son premier mari.

Anne Marchive la deuxième mariée eut une existence bien brève car elle mourut un mois après son mariage à l’age de 16 ans.

Mon exemple est un exemple comme un autre mais il est tout de même assez rare de cumuler les mêmes noms et les mêmes critères d’endogamie.

 

Jean Marchive et François Marchive ——————Jeanne Marchive et Anne Marchive

I                                                                                     I

I                                                                                     I

Jean Marchive et anne Malet —————————Jean Marchive et Louise Salée

I                                                                                      I

Jean Marchive et Jeanne Quantin———————Jean Marchive et Anne Grezillon

I                                                                             I

Jean Marchive et Suzanne Allard

 

 

A QUEL AGE MOURAIT ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE, LA ROCHELLE VILLE OCÉANE, SUITE

 

Clocher de l’église Saint Jean du Perrot

PAROISSE SAINT JEAN DU PERROT

Encore une paroisse tournée vers la mer comme coincée entre le vieux port, la porte des deux moulins et le ruisseau de la Verdière.

Petite par sa taille elle n’enregistre que 55 morts ( plus deux sans indication d’age )

31 hommes, prépondérance dut aux activités portuaires et 24 femmes

La constatation est la même que pour la paroisse précédente car la moyenne d’age des décès est de 29,34.

27,51 pour les hommes et 31,66 pour les femmes

23 décès de 0 à 3 ans, la aussi une mortalité infantile effrayante se montant à 41,8 %

PAROISSE SAINT SAUVEUR

La paroisse se trouve jouxtant le port, le chenal Maubec, la paroisse Notre Dame et la paroisse Saint Barthélémy, centre de l’artisanat, c’est un monde grouillant d’ouvriers en tous genres.

Le constat est alarmant, 97 décès pour une moyenne d’age de 29,92 ans

La disparité hommes et femmes est parlante, 21,6 pour les hommes et 37,61 pour les femmes.

La présence de 3 octogénaires et de trois nonagénaires dont l’une de 98 ans vient légèrement augmenter la moyenne féminine.

Comme dans les autres paroisses une forte mortalité entre 0 à 3 ans , 36 décès soit 37,11%

Passons maintenant à la dernière paroisse celle qui fut crée en premier,

PAROISSE NOTRE DAME

DÉPÔT DE PAUVRES

Avant de commencer la paroisse proprement dite examinons les décès dans un dépôt de mendicité ou comme on le nomme dans les registres paroissiaux un dépôt de pauvres.

Ce dépôt ouvert en 1765 près de l’actuelle rue saint François, on y accueillait des vagabonds, des mendiants, des femmes débauchées, des condamnées des démentes, enfin bref tous les parias. c’est plus une prison qu’un hôpital et l’on y entrait pas volontairement ni de gaieté de coeur

Quand on étudie les actes on s’aperçoit qu’ils viennent de la France entière et pour bon nombre des pays voisins, vraisemblablement attirés par un travail éventuel ou un embarquement aux Amériques.

Cet endroit entre hôpital et prison avait un caractère répressif évident.

Il y eut 79 morts en cette année 1783 la moyenne d’age étant de 39,9 ans, chiffre non diminué par une mortalité infantile.

Dans cet aumônerie il y avait plus d’hommes que de femmes,  53 décès masculin pour 26 féminin, mais il est vrai qu’ils y avaient plus d’hommes que de femmes sur les routes.

La moyenne pour les hommes est de 47,79 alors que pour les femmes elle n’est que de 23, 9.

Il saute aux yeux que ce dépôt était fréquenté par de toutes jeunes femmes d’où la ridicule moyenne de ce mouroir.

HÔPITAL DAMES HOSPITALIÈRES

Il existait aussi près de la rue Rambaud, l’hôpital des dames hospitalière, où l’on accueillait que des femmes. Ces dernières venaient de toutes les paroisses mais aussi d’autres diocèses. Fondé par lettre patente en  1629 et tenu par les dames hospitalières

31 décès pour une moyenne de 44,2 tout en sachant que des dames âgés allaient finir leur vie la bas.

PAROISSE PROPREMENT DITE

233 décès pour cette grande paroisse ouverte sur la campagne par la porte de Cougne et par la porte Royale.

De nombreux artisans, notamment des fariniers car de nombreux moulins y déployaient leurs ailes, ainsi que de nombreux boulangers attirés par les sources.

Beaucoup de laboureurs et journaliers car les terres cultivables jouxtaient l’immédiat territoire de la ville.

La moyenne d’age est la aussi ridiculement basse, 26 ans.

Comme partout ailleurs la moyenne féminine est un peu plus élevé mais vraiment légèrement

28,10 pour les femmes contre 24,72 pour les hommes.

Si l’age des décès n’est pas très élevé le bilan s’alourdit à cause de la mortalité infantile.

Pour les moins de trois ans il est de 83 décès soit 35 %.

Après les paroisses rendons nous à l’hôpital général pour y faire un bilan

HÔPITAL GÉNÉRAL

Cet endroit accueillait les pauvres et les mendiants et était tenu par des sœurs, la mortalité est purement effrayante. La aussi presque un lieu de rétention, on raflait régulièrement les vagabonds pour les interner dans les hôpitaux généraux. Ils y travaillaient dans des ateliers et des manufactures. Celui de La Rochelle est fondé en 1662 ( édit royal ).

60 décès pour les moins de trois ans sur un total de 95 soit 63 % .

Ce pourcentage rend illusoire toute moyenne, d’autant que l’on venait y mourir de toutes les paroisses. Mais après calcul elle est de 20,6 ans.

Étudions maintenant le cas des décès des protestants.

Deux registres le premier concerne le cimetière protestants rue du prêche et l’autre celui des protestant n’ayant pas droit à une sépulture ecclésiastique

1er cas, nous entrons dans le monde des négociants, des bourgeois et capitaines de navire et  bien sur quelques artisans mais en général le niveau social est plus élevé que chez les catholique

Moyenne général 45 ans, femme 46 et hommes 43,8.

2ème cas, la aussi immense majorité de négociants

Moyenne 33,80 ans femmes 30 et hommes 33, 5 ans

dans le cas des protestants provenance divers sur l’ensemble des paroisses.

EN RÉSUMÉ

Paroisse saint barthélémy

68 décès, 34 hommes 34 femmes

age moyen 33,7 ans

Femmes 34,9

Hommes 32,7

Mort de 0 à 3ans, 18 soit 26%

Paroisse Saint Nicolas

87 décès, 39 hommes 48 femmes

age moyen 31,28 ans

Femmes 36,06

Hommes 27,71

Mort de 0 à 3 ans, 30 soit 34%

Paroisse Saint Jean du Perrot

55 décès, 31 hommes 24 femmes

age moyen 29,34 ans

Femme 31,66

Hommes 27,51

Mort de 0 à 3 ans, 23 soit 41,8%

Paroisse Saint Sauveur

97 décès, 49 hommes 48 femmes

age moyen 29,92 ans

Femmes 37,6 ans

Hommes 21,6 ans

Mort de 0 à 3ans, 36 soit 37,11 %

Paroisse Notre dame

233 décès, 120 hommes 113 femmes

age moyen 26

Femmes 28,10

Hommes 24,72

Mort de moins de 3 ans, 83 soit 35%

Comme on peut le voir les moyennes d’age sont toutes basses quelques soit la paroisse, la mortalité infantile est stupéfiante et frappe quelques soit le milieu de naissance.

La mort ne fait donc pas la différence entre gens riches et gens pauvres.

Pour ce qui est des hôpitaux, il ne fait pas bon y vivre non plus

Dépôt des pauvres : 79 décès, age moyen 39,9

Hôpital général : 95 décès moyenne d’age 20,6

Hôpital saint Barthélémy : moyenne 32 ans pour les gens de passage plus militaires et marin dont les ages ne sont pas précisés

Dames hospitalières : 31 décès age moyen 44 ans

Dames Saint Étienne : 9 décès age moyen 33 ans

Pour ceux qui serait intéressés par le sujet lire l’excellent livre de Pascal Even

 » les hôpitaux en Aunis et Saintonge  »

A QUEL AGE MOURAIT- ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE? LA ROCHELLE VILLE OCÉANE

A QUEL AGE MOURAIT- ON DANS UNE VILLE AU 18EME SIÈCLE? LA ROCHELLE VILLE OCÉANE

 

 

Je me suis toujours demandé si dans une époque reculée les riches et les pauvres étaient touchés par la mort de la même façon.

J’ai donc tenté de répondre à mon interrogation en analysant les décès des différentes paroisses de la ville de La Rochelle pour l’année 1783.

Chaque paroisse de cette petite ville, fermée d’une ceinture militaire, comportait ses spécificités, les habitants s’y groupaient souvent par corporation ou pour le moins par types de métiers,  »négoce, artisanat, monde maritime, paysannerie, bourgeoisie, monde ouvrier.

Bien sur ces paroisses n’étaient pas entièrement hermétiques et des pauvres côtoyaient des riches, la société n’était pas entièrement close.

Les beaux hôtels pouvaient jouxter des immeubles où s’entassait la plèbe, mais néanmoins comme actuellement certains quartiers, certaines paroisses étaient plus huppées.

La ville blanche était découpée en cinq paroisses :

Paroisse Saint Barthélémy, paroisse Saint Jean du Perrot, paroisse notre Dame, paroisse Saint Sauveur, paroisse Saint Nicolas.

La paroisse Saint Barthélémy est celle des beaux hôtels, et des belles demeures, mais par la porte neuve cette entité est aussi tournée vers la terre et vers l’extérieur.

La paroisse Saint Jean du Perrot est plus tournée vers l’océan, elle forme comme un îlot entre la mer , le port, la Verdière et le Lafond. On y rencontre beaucoup de marins et beaucoup de professions liées à un port.

La paroisse Saint Nicolas est presque une île, on y rencontre là aussi des marins et des artisans travaillant pour les industries liées aux activités portuaires.

La paroisse Saint Sauveur est liée au monde de l’artisanat et du commerce, mais le port n’étant jamais loin elle est aussi abondamment habitée par un monde hétéroclite de marins , de portefaix et de tonneliers.

Puis nous avons pour finir la paroisse la plus ancienne celle par où tout a commencé, ouverte vers les terres, campée légèrement sur une hauteur, artisans, fariniers, boulangers et tout un monde de passage attiré par le port et par le grand large.

Dans certaines paroisses , ils existaient des hôpitaux ou des dépôt de pauvres et aussi une prison. J’ai choisi de ne pas les inclure et de les traiter à part, car la plus part des gens qui y décédaient, n’appartenaient pas à la paroisse.

Pour la détermination des métiers, j’ai choisi celui du père ou du mari.

Voila les choses étant dites nous pouvons commencer notre étude.

PAROISSE SAINT BARTHELEMY

Hôpital Saint Barthélémy

Sur cette paroisse se trouve l’hôpital Saint Barthélémy, uniquement réservé aux hommes,il y a eu 162 décès pour l’année étudiée.

Établissement où étaient hospitalisés les soldats et les marins. Il est le plus vieux établissement de la ville puisque fondé en 1203 par un riche armateur Mr Aufrédy.

37 marins et 49 soldats ainsi que 4 prisonnier anglais, pour ces militaires aucune mention de l’age n’a été faite.

Pour les autres, l’age est mentionné et nous trouvons une moyenne de 32 ans ce qui est bien peu.

Leur profession est la plus part du temps manuelle et tous sont notés par les frères comme pauvres.

Pour exemple on compte 11 journaliers, 6 jardiniers, 5 domestiques et 5 tonneliers, les autres sont rouliers, charretiers, tailleurs, perruquiers, vignerons, cordonniers, couteliers, boulangers, maçons et aussi guichetier de la prison.

La plus grande partie de ces pauvres laborieux n’est pas de la paroisse de La Rochelle ni de son diocèse, car sur le nombre seulement 4 sont mentionnés comme natifs des environs. Les autres viennent de la France entière et aussi de l’étranger.

Hôpital Saint Étienne

Réservé aux femmes pauvres et malades, dirigé par les sœurs de Saint Étienne ou Forestière. Fondé en  1709 par une paroissienne nommée Anne Forestier ( protestante nouvellement convertie )

Il accueillait des femmes pauvres et malades et se trouvait au niveau de l’actuel magnifique café de la Paix.

9 personnes y décédèrent pour une moyenne d’age de 33 ans, la plus jeune  8 ans la plus vieille  64 ans.

Bien évidemment et là aussi les décédées ne sont pas de la paroisse.

Prison rue Chaudrier

Deux hommes et une femme sont morts en ces lieux , un homme 34 ans et la femme 48. Pour le deuxième homme l ‘âge n est pas mentionné.

Décès paroisse

Maintenant passons au cœur de notre étude à savoir les décès à domicile. Il y en eut 68.

La moyenne d’age est de 33,7 ans, ce qui est la moyenne des deux hôpitaux précédemment cités.

Égalité parfaite entre les hommes et les femmes 34 hommes et 34 femmes.

Sur 68 décès nous constatons une énorme mortalité infantile, car je recense 18 enfants de moins de trois ans.

Si la personne la plus âgée est un homme de 86 ans, la moyenne chez les femmes est plus élevée: 34,9 ans contre 32,7ans pour les hommes

Nous rencontrons dans ce quartier qui est rappelons le celui des grands hôtels, une part notable de négociants, courtiers, capitaines de navire, écuyers au conseil du roi, huissiers, procureurs, directeur chambre de commerce. Mais aussi bon nombre de laboureurs et de jardiniers qui sortaient par la porte neuve pour travailler sur les terres hors les murs, nous y trouvons aussi quelques métiers de l’artisanat, maréchal, loueur de chevaux etc.

Ancienne église Saint Nicolas ( maintenant hôtel )

PAROISSE SAINT NICOLAS

Comme je vous l’ai dit c’est un univers de marins, de charpentiers de marine, tout y fleur bon l’océan et la plus part des activités y sont liées.

Il y a eut 87 décès.

48 femmes et 39 hommes

La moyenne est de 31,28 ans

La mortalité des moins de 3 ans est effrayante car ce n’est pas moins de 30 enfants qui décèdent dans ce créneaux soit 34,4%

Ces morts précoces font évidemment chuter la moyenne car on y rencontre de vénérables vieillards, dont une veuve de charpentier de marine âgée de 91 ans et 5 autres qui meurent octogénaire.

La moyenne d’age pour les femmes est de 36,06 ans

Pour les hommes elle n’est que de 27,71 ans ce qui est fort peu même pour l’époque.

On peut déjà constater que la terrible mortalité infantile ne peut être compensée par ces quelques vieillards

LES LETTRES A NINI, les adieux, épisode 14

Madame Trameau,

Sûrement vous avez été prévenue officiellement du décès de Daniel, il est mort juste à coté de moi, sans avoir souffert je vous le certifie. Comme je lui avais promis je vous remets les quelques lignes qu’il avait tracées juste avant la dernière offensive.

Sachez qu’il nous parlait beaucoup de vous et de vos enfants, il était bon camarade et bon soldat.

Je vous souhaite bon courage

Louis

Ma chère et tendre Lucie.

Je te trace ces quelques lignes qui seront peut être les dernières, tant la préséance de ma mort me tenaille depuis quelques semaines.

Quoi qu’il m’arrive sache que je t’ai aimée d’un amour tendre et profond et que ces années passées près de toi ont été les plus belles de ma vie.

Je t’embrasse mon amour ainsi que les enfants, j’espère reprendre malgré tous l’écriture de ce courrier lors ne notre prochain cantonnement

je t’aime ton Daniel.

Daniel Trameau mon arrière grand oncle est mort le 15 juillet à la lisière du bois Rarrey à Châtillon sur Marne, son corps a été relevé et se trouve dans la sépulture de Dormans tombe 26.

Soldat ordinaire, non blessé, non médaillé au parcours atypique fait de brigades spéciales, de régiments d’actives et d’un régiment territorial.

Il a fait son devoir, obligé et entraîné par la folie des hommes à participer contre son gré à un conflit meurtrier qui a changé durablement la face du monde.

LES LETTRES A NINI, la dernière bataille , épisode 13

Ma chère et tendre Lucie

Il semblerait que les allemands tentent une fois de plus l’aventure en direction de Paris, moi je ne vois là qu’un éloignement de ma permission. Je m’étais fait une joie de te serrer très fort dans mes bras et peut être de te faire un autre petit.

Ma tendre Lucie plus les mois passent et plus j’ai le sentiment d’une catastrophe éminente. C’est chaque jour la peur au ventre que j’effectue ma mission. Le sacrifice de tant d’enfants français était il vraiment nécessaire, vois tu j’en doute. Je suis las de tout et je maudis la guerre et ceux qui la déclare.

Tu ne vas pas me trouver très patriotique mais depuis 4ans je n’ai plus rien à prouver. Je veux revenir auprès de vous.

Je ne crois plus les journaux quand ils annoncent une fin éminente du conflit, par contre moi accoudé à mon créneau et scrutant le dangereux horizon je sens que cela risque d’être la fin pour moi.

Ce qui me rassure c’est que tu seras là pour nos petits.

Bon je tache d’oublier mes idées noires, je t’aime, sache le ma lucie

Ton Daniel

Le 2 juin ces satanés boches attaquent avec des tanks, mais échouent complètement, ces grosses boites en ferraille ne sont visiblement pas efficaces et nous avons pu effectuer une petite contre attaque.

Nous sommes mis en alerte et l’on complète notre instruction, marches à la boussole, formations d’approche par compagnie, marches sous bois, recherches liaisons tactiques et prises de contact avec les ennemis. C’est bien technique tout cela , nous autres, on marche, on rampe, on se jette au sol. On revient épuisés, trempés et plein de boue, putain de guerre.

Le 6 juin on reçoit l’ordre de bouger, on s’ affaire à notre barda et l’ordre contraire arrive, c’est le bordel, nos galonnés ne savent plus quoi faire.

Le 9 juin on bouge enfin et mon régiment s’installe près de Vandière ( Marne ), moi avec ma compagnie je suis dans le bois de Pareuil cela me rappelle mes bois alsaciens.

Nous avons un détachement de rosbif avec nous, ces bougres d’andouilles sont chargés de nettoyer un bois pour qu’on puisse s’y installer, tu parles qu’ils ont bien fait le boulot , nous en entrant la fleur au fusil on s’est fait drôlement arroser. Les gradés se sont passés une engueulade entre eux et nous on a ramassé les copains.

Jusqu’au 22 juin le secteur est calme et moi avec mon bataillon on est dans ce que l’on nomme le quartier Sabot, un peu de duel d’artillerie, des reconnaissances et bien sur des coups de feu isolés.

C’est calme mais c’est trompeur, de la bleusaille au commandant on se doute qu’il va se passer des choses.

Cantonnement de Festigny un peu de repos, les lettres, le nettoyage des vêtements et surtout rasage.

On a pas été tranquilles longtemps le 29 dans la nuit branle bas de combat, les schleues attaquent on se tient prêt à aller crever encore une fois.

Puis non ce n’est pas pour aujourd’hui, les nerfs sont à vifs.

Le 3 juillet on remonte en ligne secteur Chatillon sur Marne mon bataillon est sur la gauche, mais peut importe l’endroit, la tension est extrême, on s’attend à une attaque ennemie pour le 9 ou 10 juillet, rien ne vient on va devenir fous. Comme rien ne vient on nous autorise un demi repos et mon 1er bataillon s’égaille dans le bois Rarrey.

Les travaux vont bon train, cela vaut mieux d’ailleurs que d’attendre le fusil à la bretelle, le temps pèse moins.

Nouvelle alerte, nouvelle levée d’alerte, nous sommes le 14 juillet, fête nationale, on a du pinard en supplément et les patates sont moins mauvaises.

Le 15 juillet réveille en fanfare, ça pète de partout, l’offensive tant attendu se déclenche, comme les copains je rentre la tête dans les épaules, je prie dieu, appelle ma mère, pense à Lucie.

Un sifflement, un souffle.

LES LETTRES A NINI, la grippe espagnole, épisode 13

Ma tendre Lucie

Je suis de retour en première ligne, heureusement le souvenir impérissable de tes courbes m’aide à tenir. Si les permissions font le plus grand bien, les retours à notre dure réalité quotidienne ne sont guère agréables. D’autant que nous autres avons un peu le sentiment que la vie à l’arrière n’est plus autant imprégnée par la guerre que lors du début du conflit.

Enfin c’est, je pense une impression, je vois bien que ta vie est rude et que vous autres les femmes avez pris nos places derrière nos charrues. Il paraît même qu’à la ville ce sont les femmes qui fabriquent les bombes dans les usines.

Moi j’ai un copain qui a été démobilisé car il était ajusteur mécanicien, j’ai la vague idée que les pauvres paysans comme moi payeront un lourd tribut.

Fini ce bavardage, je t’aime ma Lucie, j’espère à très bientôt.

Bises à Gaston, Lucien, Camille.

La vie monotone reprend, relèves, repos, cantonnements, bombardements, alertes au gaz. J’en ai marre et je ne lève même plus la tête lorsque j’entends un avion. Ce spectacle extraordinaire en début de guerre est maintenant assez banal.

Le 19 mai c’est le bordel, le général Franchey d’Esperey accompagné d’un général italien nous rend visite. Malgré les conditions il faut qu’on soit quand même impeccable. Comme si ces messieurs ne pouvaient pas rester à l’état major.

Le 20 mai nous apprenons qu’une épidémie de grippe bénigne rend beaucoup de soldats malades, une infirmerie spéciale a été installée à Mourmelon.

Je crois qu’on se fout de nous, l’état major n’installerait pas une infirmerie pour une grippe bénigne. J’ai appris par un pays qui travaille comme brancardier qu’il y a plein de morts et que pour une fois les civils de l’arrière trinquent avec nous.

Le premier juin on est relevé, tout le régiment monte en camion, direction la région de Chatillon sur Marne, nous voilà de nouveau après plus de quatre ans sur la Marne.

Mon bataillon se retrouve à Boursault il est vrai que de la Champagne à la Marne le chemin n’est guère long.

LES LETTRES A NINI, retour vers l’enfer, le mont Cornillet épisode 12

Ma douce Lucie

Que cette permission me fut douce, cela faisait 3 ans que je n’avais pas passé la noël avec vous.

A la messe de minuit que d’habitude je n’affectionne guère j’ai ressentis comme une grâce , un sentiment indéfinissable. Je t’ai observée à la dérobée pendant l’office ton visage était emprunt d’une sérénitude et d’une beauté sans égal.

C’est je pense ce portrait que j’emporterai avec moi si il m’arrive quelques choses.

C’est drôle mais jusqu’à maintenant je me sentais comme protégé, ce changement d’affectation m’a enlevé cette impression.

Tu vas dire que je suis fou donc je n’insiste pas. Mon nouveau cantonnement se situe en champagne, ainsi je suis moins éloigné de vous.

Je suis affecté au 1er bataillon et je m’entraîne au camps de Mourmelon pour pouvoir avec les nouveaux arrivants m’insérer efficacement dans une compagnie.

.Je ne t’en dis pas plus d’ailleurs il n’y a rien à en dire de spécial. Je te laisse donc en te couvrant de mille baisers. Serre fort contre toi ma petite Camille et soit ferme contre les deux garnements qui sans cela finiront par te manger.

Ton daniel

Je commence ma nouvelle carrière, sur les lignes du fameux Mont Cornillet, ce sont de vastes collines crayeuses qui normalement boisées ont été comme rasées par les bombardement et les combats. C’est triste à mourir et forme un contraste saisissant avec la végétation luxuriante du ballon d’Alsace.

Le secteur est calme mais le fantôme de dizaines de milliers de morts plane en ces lieux et les bombardements sporadiques déterrent encore de nombreux cadavres. Visions d’apocalypse que ces charognes puantes vêtues de loques militaires. Des corvées sont organisées pour apporter à ces malheureux une digne sépulture. Lorsque vous avez effectué une telle mission jamais plus vous ne voyez les choses de la même façon.

Pour l’instant le bataillon Demay auquel j’appartiens est en soutien, c’est à dire en deuxième ligne.

Quelques avions passent au dessus de nous, c’est nouveau pour nous et nous les voyons passer comme au spectacle.

Malheureusement ce balai aérien est tout de même dangereux car ces maudits oiseaux nous balancent des grenades à ailettes heureusement pas très précisément.

Nous assistons quelques fois à des combats et les teutons nous ont abattu un ballon presque au dessus de nos lignes.

Le 31 janvier je passe en première ligne. Tout ce passe bien mais ces salopard nous balancent des gaz dans la nuit du quatre février, nous mettons nos masques et il n’y a pas beaucoup de victime.

Le 8 février avec le bataillon on repasse en deuxième et là pas de répit je reprends la pioche pour aménager encore et toujours les positions. J’oubliais, il fait un froid polaire et même les grolles ne semblent plus vouloir voler .

Le 16 février nous sommes enfin au repos, enfin relativement car il faut bien entraîner la chair fraîche, moi je suis un vieux soldat et pour les jeunes classes un vieux tout court.

J’ai foutu ma main dans la gueule à l’un de ces blancs becs, car il a osé me dire que je n’étais pas un vrai soldat car je n’avais pas été à Verdun, de quoi que je me mêle.

Comme de juste après le repos la première ligne, c’est le balancier habituel nous ne savons pas ce qui se passe , en règle générale notre vision de la guerre est assez limitée, on sait à peine où l’on se trouve et notre horizon ne dépasse guère l’échelon du capitaine. Moi je sais que le général Pétain nous a sauvés à Verdun, qu’il est maintenant à la tête de l’armée, que le gros Joffre avec son bâton de Maréchal a été écarté et que le général Foch est maintenant généralissime de toutes les forces armées.

Début mars les teutons nous cherchent des noises, nous au 115ème on dérouille pas trop mais le reste de la division!!

On est donc un peu nerveux dans nos trous.

Le 12 mars violent bombardement, tout nous tombe sur la tête, ensuite les boches déclenchent une attaque d’infanterie. Comme d’habitude le coup de main est repoussé, on se demande bien pourquoi d’un coté comme de l’autre on s’obstine ainsi. Sans doute pour qu’on ne s’emmerde pas, une sorte de macabre occupation.

Heureusement dans tout ce merdier les services postaux marchent à merveille et je reçois des lettres de Lucie avec parfois un petit mot des garçons.

Le 15 mars il n’y a pas de raison, la division attaque pour reprendre les quelques mètres perdus le 12, question d’honneur plus que de tactique à mon avis.

Le 21 mars non de Dieu ils recommencent, cela dur depuis deux jours leur petit jeu, qui comme d’habitude se termine par une partie nulle.

Nous assistons en applaudissant à la chute d’un avion ennemi, en feu l’appareil s’écrase devant nos yeux. Il n’empêche que nos nerfs sont soumis à rudes épreuves, le petit con qui faisait le coq devant moi l’autre jour c’est chier dessus au premier bombardement.

Le 29 mars nous retournons en cantonnement à Mourmelon le petit quartier Zurich. Moi j’ai gagné une permission.