ODE A UN VIEILLARD

 

Autrefois fier soldat combattant les allemands

Maintenant maigre et tremblant

Dans ce long couloir triste il avance péniblement

 

Autrefois musclé et svelte, il enlaçait maman en plaisantant

Maintenant nu sous sa chemise hospitalière le regard errant

Dans ce long couloir triste il progresse titubant

 

Autrefois ouvrier fier et compétent

Maintenant fesses plates, jambes grêles , couche tombante

Dans ce long couloir triste il marche doucement

 

Autrefois nous enlaçant d’un amour permanent

Maintenant poussant son déambulant

Dans ce long couloir triste il peine en râlant

 

Autrefois œil vif et pétillant

Maintenant regard perdu et esprit divagant

Dans ce long couloir triste il chemine tristement

 

Autrefois et maintenant se mélangeant

Papa prend donc ton temps dans ce long couloir cheminant

Qu’il est triste de voir pleurer ses parents

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 8, le temps des départs

 

Les années passèrent, mes fils du deuxième lit comme on disait avaient rejoint dans les travaux agricoles mon fils aîné Barthélémy. Une vraie entreprise familiale, sauf que les terres ne nous appartenaient pas. Bon comme j’avais presque toujours habité à la Crépaudière, je me considérais comme chez moi, ces terres arrosées de notre sueur devraient en toute logique nous appartenir, mais non c’est ainsi.

Il faut maintenant que je vous conte ma dernière aventure de femme, comme je vous l’ai dit le Jean était vaillant au lit et je ne pouvais désâment me refuser tout le temps, mais merveille de la nature aucune graine ne poussait dans mon ventre. Et puis catastrophe en juillet 1879 pas de règle, j’attribuais cela à la fatigue, mais rien ne réapparut j’étais belle et bien prise, 6 années tranquilles et voilà le résultat.

Pour être tout à fait franche j’ai voulu le faire passer, demandant même à ma fille si elle ne connaissait pas une faiseuse d’ange. Ma Marie encore plus cul béni que moi s’en offusqua, ma belle sœur me confia que j’étais rudement maladroite et m’expliqua ce qu’elle faisait avec Eugène. Pour le coup c’est moi qui fut outrée, on me confia quand même quelques recettes empiriques mais à part me rendre malade rien ni fit, mon ventre grossissait. J’ai quand même réussit à connaître l’adresse d’une femme qui pratiquait ce genre de chose et sans prévenir quiconque j’y suis allée. La vieille de ses mains douteuses me farfouilla l’intimité, elle me fit mal et me déclara, ma belle c’est trop tard le temps est passé. Honteuse je m’en fus et retournais à la Crépaudière, pour sur le Jean il fera abstinence pour un long moment.

En avril 1880, mon Pascal naquit, vraiment un beau bébé, comme une idiote j’étais à la Segondinière quand j’ai perdu mes eaux impossible de revenir chez moi, j’ai donc accouché chez et avec la voisine.

C’est Barthélémy qui avec mon mari sont allés à la Mairie, mon fils aîné au fait n’était plus chez nous mais gagé comme domestique de ferme à la Primetière sur la commune de Sainte Flaive. Auguste Daniau le métayer était un ami de mon mari, c’était un brave homme mon fils y était comme chez lui.

Le travail était donc effectué par mes autres fils devenus grands.Nous aurions pu vivre comme cela tranquillement en suivant le cours des jours, le mariage du Barthélémy était même programmé, la promise était la fille d’un métayer de Sainte Flaive Victoire Cloutour, lorsque mon mari fut balayé en quelques jours par la maladie.

Il s’éteignit le 6 juin 1883 à 8 heures du matin, le décès fut déclaré par Pierre mon beau frère et par mon fils Barthélémy. C’était une catastrophe il n’avait que 47 ans et moi j’enterrais mon deuxième bonhomme. Le veuvage était souvent une catastrophe pour les mères de famille que nous étions. Le choix était simple un remariage, vivre avec ses aînés ou la trime si les enfants n’avaient pas des conditions de vie assurée.

Pour mon compte je ne pus garder la métairie de la Crépaudière, Barthélémy était domestique, ainsi que louis, mais il restait avec moi, Auguste, François, Louise, Eugène, Victor et Pascal. Je trouvais à me loger au bourg et je quittais la Crépaudière avec un regret non dissimulé. De métayère libre de mon travail je dus trouver du travail en tant que journalière. Il faut pas se mentir les hommes trouvaient plus facilement car le travail ne manquait pas. J’étais à la limite de l’indigence, une pauvre mendiante comme on nommait les gens en détresse financière. Les enfants firent les frais de cet état de chose, je ne gardais que Pascal vraiment trop jeune, les autres se placèrent comme domestique. Imaginez Victor n’avait que 10 ans et ma Louise âgée de 15 ans qui allait devenir un objet de convoitise pour un valet de ferme déluré ou un patron concupiscent.

Bien revenons au mariage de mon aîné, trois semaine après le décès de mon Jean François, je n’avais guère envie de faire la noce mais la fierté nous fit organiser une belle fête, mort, mariage, naissance, la trilogie paysanne en somme.

Les Cloutour étaient métayers au Beignon à Sainte Flaive, belle et grande famille Barthélémy y serait bien.

Donc la famille fut dispersée, oh pas très loin mais tout de même, il n’était plus avec moi. C’est à cette  époque que je me rapprochais de ma fille Marie, nous étions voisines. Elle me gardait souvent Pascal,lorsque j’allais gagner ma vie. Nous étions dans une économie de subsistance, une vie de labeur et pas un sou vaillant, une catastrophe et vous étiez gros jean comme devant.

Bon j’aurais peut être dû me remarier, je n’avais que 46 ans quand le François est passé et quoi qu’un peu fanée je pouvais encore satisfaire un homme.

Soit manque d’envie, ou manque de prétendant intéressant cela ne se fit point. J’étais désormais pour le village la veuve Ferré. Assidue aux offices, je faisais figure de grenouille de bénitier pour la communauté. Avant de poursuivre il faut quand même que je vous avoue une aventure avec un homme du village, il était marié mais son épouse un peu plus vieille que lui ne répondait plus à ses attentes, alors de temps en temps en cachette de tous. J’aimais ces moments d’intimité volés et la première fois je crois que j’ai jouis comme jamais je ne l’avais fait. Bon je n’étais pas très rassurée, voler l’homme d’une autre n’est point très chrétien et si j’étais tombée enceinte j’aurais eu bonne mine.

Je m’occupais donc de mon dernier et je l’envoyais à l école qui maintenant était obligatoire, ce fut le seul de mes enfants qui sut lire et écrire. Il devint malgré tout paysan comme les autres avec un passage obligé comme domestique. Mais bon l’évolution comme il disait !

Les années passèrent, tour à tour mes enfants se mariaient, Auguste se maria en 1892 avec la sœur de la femme de Barthélémy il entrait donc aussi dans la famille Cloutour.

D’ailleurs mon fils avec son beau père prit la Cossonnière en métayage, j’allais y faire des journées, je pense qu’il avait pitié de ma situation précaire.

En 1895, Louis domestique au Girouard s’y maria avec une fille des Clouzeau et Eugène domestique à Sainte Flaive y maria une fille de la commune.

Pascal finit par partir aussi, toute seule moi qui avait eu 9 enfants. Cette solitude relative, car je voyais souvent et les uns et les autres, me pesait un peu, mais bon chacun faisait sa vie.

Moi je n’étais plus bonne à rien, pour les hommes j’étais trop vieille et mon amant occasionnel était parti rejoindre l’âme de ses ancêtres. Pour le travail, usée, percluse de douleur je n’étais embauchée que pour des taches ingrates et encore avec réticence. Mon fils Eugène me prit chez lui, ou plus tôt il vint habiter chez moi, sa femme la Flavie n’étais guère réjouie et me fit rapidement sentir que j’étais de trop. C’était un peu fort, j’étais chez moi et en plus je lui gardais ses deux petits, ingratitude quand tu nous tiens.

Puis vint la maladie, les derniers mois furent durs, je ne sortais plus. Mes filles Marie et Louise se relayaient à mon chevet, Flavie que j’avais mal jugée m’assistait également. Dans ma petite maison du bourg, je revis tous mes enfants, leurs petits gambadaient auprès de mon grabat, j’étais satisfaite, heureuse et je pouvais enfin rejoindre mon Aimé et mon François.

26 AOUT 1896

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 7, je deviens grand mère

 

Bon suivons le cour du fleuve de ma vie, il fallut bien que je me donne à nouveau au Jean, c’était mon devoir. Que croyez vous qu’il arriva, un nouveau polichinelle !

Victor arriva le 27 août 1873, je n’eus pas les même problèmes qu’au précédent, ma fille m’assista ainsi que ma tante Rosalie qui habitait maintenant à l’île d’Olonne, ma belle sœur Marie était également présente.

J’en avais huit à la maison une belle couvée. Je pense que j’aurais passé la moitié de ma vie de femme avec un enfant dans le ventre ou à la mamelle.

Pendant que j’avais le dos tourné mon Barthélémy s’était mis en devoir de courtiser la petite domestique, elle avait 18 ans et était bonne à marier et dans l’esprit de mon fils à culbuter sur un tas de foin. Je ne sais si l’affaire se fit, mais mon petit était encore un peu jeune pour s’établir alors il fallait mieux éviter les bévues.

Par contre pour ma Marie la virginité au mariage ne sera je pense qu’un vain mot, car rien n’y faisait,ni mes remontrances, ni la surveillance de son frère aîné ni la ceinture de son beau père. Elle avait le feu en elle, et mon mari disait quelle l’avait ailleurs. Le mieux était encore de négocier un mariage. Les deux s’aimaient, leur age n’était point rédhibitoire, aucune considération de terre ou de propriété, car les deux familles étaient pauvres comme Job, alors l’affaire se fit et en octobre 1874, je mariais mon premier enfant.

C’était la vie, mais je savais que j’allais perdre cette petite perle pétillante qui m’avait tant aidée dans mes deux dernières maternités.

Toute la famille fut réunie, mon oncle Pierre Barreau de Grosbreuil, mon oncle François de l’île D’Olonne, Jean Barreau de Sainte Flaive les Loups, seul manquait à l’appel mon oncle Jacques décédé en cours d’année, il y avait aussi la génération suivante, toute une trallée de cousins que l’on croisait régulièrement au cours des travaux agricoles, des foires, des messes, des noces et parfois aussi des enterrements.

Nous étions nombreux mais nous fîmes ça bien . Elle partit le lendemain de la noce avec son homme, Jean Louis Huet, ils n’allèrent pas loin car ils prirent logis au bourg et se louèrent comme journaliers.

Je fus donc grand mère en mars de l’année suivante, quand je vous dis qu’elle avait vu le loup avant la bénédiction, je ne m’étais pas trompée, une mère sait ces choses là.

Déjà grand mère à 38 ans, nous n’avions pas chômé. C’est donc sans l’aide de ma fille que je continuais à faire tourner la Crépaudière.

Rythme des saisons immuables, la vie à la campagne est un éternel recommencement, les bêtes, la traite, le fumage des sols, la taille des vignes, les semences, la moisson et enfin on recommençait.

Nous récoltions essentiellement du seigle et du froment et un petit peu d’avoine.

Comme je vous l’ai dit au début, les femmes ne sortaient guère de leur intérieur et il fallut que je rappelle à mon mari une lointaine promesse, me faire voir l’océan.

Je demandais à Marie ma fille de me garder les drôles, et nous partîmes avec le Jean, la distance était de 20 kilomètres soit environ 5 heures de cheminement, pour sur Jean aurait bien aimé prendre le train, mais moi peureuse il n’en était pas question. Je n’avais jamais dépassé la Mothe Achard et Sainte Flaive les Loups. Partis avant le lever du soleil nous arrivâmes avant le midi. Bien avant de voir l’immensité océane je fus saisie par les effluves de la marée et comme enivrée par ce parfum que l’on ne percevait point dans la cour merdeuse de la Crépaudière.

Les Sables d’Olonne était alors en plein développement, petit port de transit entre La Rochelle et Nantes il était l’entrepôt pour tout le commerce de la Vendée. Je fus stupéfaite l’eau n’était point là, nous étions comme deux andouilles avec le Jean. Une femme qui ramassait des espèces d’herbe gluante sur les rochers nous expliqua goguenarde que l’eau n’était pas bien loin et qu’elle allait remonter. Le Barthélémy qui n’était point sot nous expliqua en rentrant qu’on appelait cela une marée et que c’était la faute à la lune.

Effectivement l’eau remonta rapidement, un spectacle grandiose, tout fut recouvert et les vagues se fracassant sur les rochers nous éclaboussèrent, vraiment un beau jour que celui là. Sur la cote nous poussâmes vers un endroit que les gens du coin nommait le puits de l’enfer, j’étais pas rassurée car on entendait paraît il les cris des noyés ou les lamentations des marins damnés. Jean me disait :  crois dont pas à ces diableries, peut être mais c’était rudement impressionnant. Il fallut rentrer et nous voulions pousser jusqu’à l’île d’Olonne voir mon oncle et dormir à la Cheverie. Arrivés tard nous y fumes reçus comme des princes et partageâmes la soupe avec eux. Comme la maison n’était point grande avec Jean on alla dans la grange où nous nous fîmes un lit de paille. Je dois dire que cela donna des idées au Jean et que je fus bien réceptive à ses caresses, l’air de la mer, l’odeur entêtante des fenaisons, l’idée d’être seuls enfin pour faire nos affaires, sans se soucier des mioches qui pourraient nous entendre en rignochant. Le lendemain nous repartîmes gaiement, mon homme pensait déjà aux travaux en retard, le Barthélémy avait il faignanté en notre absence.

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 6, au fil des jours

 

Mon Barthélémy allait maintenant à la petite école , enfin quand les travaux des champs le permettaient, je me demandais bien à quoi cela  allait lui servir de savoir compter comme un notaire ou lire comme un curé.

Toujours en cette fin d’année 1866 mon père nous assena la nouvelle de son remariage, j’en tombais de mon banc. Onze années sans femme et le voilà qui s’entichait d’une vieille veuve de 50 ans, au moins avec cette fleur fanée je n’aurais pas de petit frère.

La noce se fit le 27 février 1867 avec les enfants comme témoins, je n’arrivais pas à me faire à l’idée d’avoir une belle mère à la maison d’autant qu’ils n’étaient point discrets en leurs ébats.

Et puis j’avais passé l’age d’être sous la coupe d’une femme plus vieille que moi, avec ma petite belle sœur nous nous entendîmes pour lui faire manger sa coiffe.

En janvier 68 Eugène eut un fils, il le nomma Eugène, quelle originalité nous avions dans le choix des prénoms.

J’avais maintenant 31 ans, la plénitude pour une femme, oui j’avais bien quelques fils gris dans la noirceur de ma chevelure, ma poitrine opulente tombait bien un peu victime de la bouche vorace de mes petits. J’avais aussi quelques ridules sur le ventre, mais qui s’en souciait ?

Certainement pas mon mari qui m’honorait avec la régularité d’un métronome, j’avais pas toujours envie mais bon j’étais sa femme et il en avait le droit. Il restait bien la peur d’avoir un autre gosse, je lui disais si tu m’en fais un autre t ‘ ira voir ailleurs. Mais comme à monsieur il lui répugnait de sauter en marche en disant qu’il ne voulait pas arroser la motte je me retrouvais encore pleine.

La encore, assistance de la femme d’Eugène, ma fille Marie qui allait sur ses douze ans était encore un peu jeune pour me servir à grand chose, il me naquit une fille, pour Jean c’était la première il était fou de joie, allez savoir pourquoi il ne s’en occupait pas. Elle fut prénommé Louise, je trouvais que cela lui allait bien à ma petite boule.

Mon père, mon frère et mon mari déclarèrent l’enfant à Mr Richard le maire, ils revinrent tous trois éméchés ce qui valut à Eugène une belle engueulade.

Mon père et mon mari se rendirent à la foire d’Aizenay pour y vendre un bestiaux, en rentrant mon père se plaignit de vertiges et de douleurs dans la poitrine il alla se coucher sans prendre sa soupe. J’étais stupéfaite car c’était la première fois que je le voyais souffreteux. Sa veuve s’en occupa mais le 27 septembre 1868 se fut pour  lui que sonna le glas. Mon père fut porté en terre il n’avait pas 58 ans, ses frères furent présents ainsi que la majorité de la population de La chapelle Achard.

Il nous fallut renégocier le bail de la Crépaudière, mon mari devint chef de ménage, ah oui j’oubliais la veuve Marie Hahan reprit son baluchon pour repartir sur Sainte Flaive, allez savoir si son commerce éhonté avec mon père n’avait pas précipité sa chute.

Il faut maintenant que je relate un épisode assez pénible, mon mari assez sanguin et mon frère Eugène assez têtu se prirent de bec au sujet de l’ ensemencement du champ du Bélier. Quel prétexte qu’un champs pour se disputer, mon frère décida de partir.

Ce fut évidemment avec un pincement au cœur que je les vis partir, pour la Corberie sur la commune de Sainte Flaive, bon d’accord ils ne seront pas loin, mais notre grande tablée animée allait paraître bien terne. Ma belle sœur que j’avais tant embêtée et à qui je racontais mes problèmes de femme allait cruellement me manquer.

Au niveau des bras mon Barthélémy pris sa part d’homme dans les travaux, la petite école était maintenant bien loin d’ailleurs il n’avait pas apprit grand chose car il ne savait ni lire ni écrire, mais j’en étais sure il ferait un bon cultivateur.

Les année passèrent assez mornes car je ne voyais pas grand monde à la Crépaudière et puis le travail on s’en doute ne manquait pas.

En 1870 on apprit que cette idiot de Napoléon partait en guerre contre les prussiens, je ne savais pas où était la Prussie et de toute façon mes garçons étaient trop jeunes pour aller se faire tuer.

Autour de mon bonhomme sur notre grande table qu’un menuisier du village avait fabriquée ils y avaient donc Barthélémy mon aîné, Louis, Auguste, et François. Ma grande fille Marie belle plante qui faisait déjà retourner les mâles au sortir de la messe m’aidait à nourrir mon monde d’autant que j’avais encore ma Louise aux seins.

La maison qui avait accueilli tant de couples nous paraissait bien vide malgré tous les drôles qui couraient partout.

Pour nous aider on engagea une domestique, elle avait le même age que ma grande Marie et portait d’ailleurs le même prénom. C’était une lointaine cousine à mon mari du coté des Pondevie.

Mon fils Barthélémy qui commençait à avoir du poil au menton et à cacher sa nudité se trouva comme un chien de chasse en arrêt devant sa proie. Il allait falloir que je le surveille. A ce sujet je sermonnais aussi la petite bonniche, il ne fallait pas qu’elle mette la pagaille. Évidemment outre mon fils, il y avait mon mari, d’autant que j’étais encore grosse et pas du tout disponible, je devais donc surveiller deux hommes en rut autour d’un jeune tendron.

Puis éternel recommencement ma fille se transforma et à mon tour je lui expliquais qu’elle était maintenant une femme et que son comportement au regard de la société devait changer. Je ne sais si elle a bien compris mes explications, sans doute pas plus que je n’avais compris celle de ma défunte mère.

Le 1 août 1871 je mis au monde Eugène, ce ne fut pas une partie de plaisir, le bougre était coincé et une panique s’empara de l’assistance. Ma petite Marie qui assistait à son premier accouchement ainsi que la petite bonne versèrent des larmes. La sage femme arriva en urgence et avec son aide dans une dernière contraction le bébé arriva. Pas de pleurs ni de cris, on le crut mort mais il hurla enfin. Moi j’étais déchirée de partout et une hémorragie se déclara. Avec de vieux draps on me fit un pansement, j’étais bien faible. Il fallut en urgence trouver des tétons salvateurs car trop faible et craignant pour ma vie,on m’avait retiré le petit. La solidarité paysanne joua et Eugène fut nourri. Dans ma fièvre je hurlais à mon mari qu’il ne me retoucherait pas. Le poids de la maison pesa sur ma fille et heureusement ma petite belle sœur faisait tous les jours le trajet de la Corberie pour venir me soigner.

L’enfant qui lui se portait comme un charme fut baptisé et moi alitée j’échappais à l’humiliante corvée des relevailles.

Je me traînais tout l’été puis peu à peu je repris ma place. Bon j’avoue je me refusais à mon mari, j’avais toujours très mal, lui le soir il était passablement excité et me proposait des choses répugnantes. Je lui disais je ne suis pas une catin des villes.

Bien le train train repris et mon frère et sa famille vinrent à la Crépaudière pour tuer le cochon, moment festif par excellence mais aussi de dur labeur. Mon mari et mon frère qui n’aimaient faire cela avait recourt à un gars de Sainte flaive pour abattre le goret et le saigner. Ensuite Jean l’éventrait on le mettait sur une sorte de d’échelle que l’on redressait le long d’un mur. Le sang qui s’écoulait était précieusement récupéré dans une bassine. Il fallait au moins laisser la viande reposer 24 heures pour quelle s ‘attendrisse . Malgré l’habitude je n’aimais pas voir une bête le ventre à l’air et puis il y avait la corvée de nettoyage des boyaux, vous parlez d’un labeur, la mains dans l’eau et dans la merde. Puis on faisait les boudins et les saucisses là,  je préférais. Jean mettait les chapelets dans la cheminée et nous les fumions tranquillement. Quand nous faisions les grillons toute la marmaille était dans mes jambes, quel délice. Les hommes débitaient ensuite jambons, côtelettes et rôtis. Le train arrière salé était transformé en jambon et rejoignait les pendaisons dans la cheminée, les jambon de devant moins nobles était transformés en pâtés ou chair à saucisse. Le lard était salé et mis dans une jarre. Nous ne jetions rien.

Lorsque l’on avait fini chez l’un on allait le faire chez quelqu’un d’autre, solidarité paysanne et prolongation d’instants festifs car nous mangions bien gras lorsqu’on tuait le goret.

Au niveau de l’alimentation nous n’avions guère à nous plaindre, pratiquement en auto suffisance, les disettes que je n’avais pas connues, étaient maintenant fort loin.

Volailles, laitages, cochons, lapins, beurre, légumes, farine, fruits du verger, nous ne manquions de rien et l’on pouvait même parfois à la foire tirer un petit bénéfice de la vente de ses produits.

J’allais oublier, nous avions un peu de vigne qui nous donnait une sale pissotte mais qui contentait tout le monde. Le ventre plein nous n’étions point malheureux, certes les biens matériels nous manquaient et les chemises des aînés passaient sur le dos des plus jeunes et les robes des filles étaient reprisées à l’infini.

Bon n’allez pas croire en m’écoutant que tout était rose, nous mangions souvent des choux et des mojhettes et la viande n’apparaissait point tous les jours, il fallait faire durer notre cochonnaille.

Les repas de fête nous plumions une volaille.

Les petits marchaient pieds nus et nous autres en sabots, les souliers étaient pas donnés et il fallait les économiser pour les grandes occasions.

Ah au fait je ne vous ai pas dit l’empereur à la barbichette avait trouvé le moyen de se faire battre par les teutons, nous étions en république. Je savais pas trop ce que cela voulait dire , chez nous dans le canton c’est les beaux messieurs des châteaux et les gros propriétaires qui faisaient la loi. Jean s’énervait parfois au sujet de la politique et des massacres qui se passaient à Paris. Les nouvelles qui étaient lues puis commentées au cabaret se propageaient dans les métairies avec distorsion et incompréhension.

La commune, les Versaillais, je n’y comprenais rien moi je battais mon beurre, donnait le sein et talochais les drôles qui m’envahissaient.

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 5, ma vie de femme

 

Nous nous mariâmes le 7 janvier 1863, ce fut Mr Aujard qui nous maria, comme pour mon premier mariage. Jean François Ferré mon mari apportait un petit pécule, il avait 27 ans et moi 25 et nos deux écots rassemblés ne formaient pas une bien grosse fortune. L’essentiel était ailleurs, il m’apportait sa protection, sa force de travail et une respectabilité de femme mariée. Je n’avais plus seize ans et j’étais moins nunuche, sans ma mère j’avais appris à tenir une maison et pour la bagatelle j’avais appris à tenir un homme.

Dans la maison cela faisait un homme de plus, il fallut rajouter une paillasse pour mes enfants car mon nouveau mari n’en voulait pas dans sa couche.

Très fertile je devins grosse rapidement, mais j’avais mis la charrue avant les bœufs. Rapidement énorme il fallut que j’en passe par une position que ma sensibilité chrétienne récusait, mais bon quel délice.

Avec mon mari nous avions tout de fois décidés de nous expatrier sur le hameau de la Boule, Eugène mon frère nous suivit et c’est la bas que le 3 octobre de la même année je mis au monde un petit Louis,, ma mère avait disparu mais ma grand mère vint encore m’assister, ma belle mère Victoire était là aussi. Le chemin était fait la sage femme n’eut pas le temps d’arriver.

C’est aussi à cette période que mon frère nous annonça qu’il avait rencontré une jeune fille, mon père donna son accord et s’entendit avec le père de la jeune fille. Elle était domestique, n’avait qu’une maigre dot mais comme nous n’étions point riches entre gens de rien on s’entendait toujours

C’est avec plaisir que nous préparâmes cette fête, ma grand mère malgré son âge avancé m’aida à préparer le repas. Mes tantes vinrent également et c’est dans une joie et un babillage tout féminin que la noce du Eugène se prépara.

Le mariage eut lieu le 21 juin 1864 c’était tard dans la saison car les travaux agricoles estivaux étaient déjà commencés.

Je ne suis pas méchante de nature mais dieu que ma belle sœur était sotte, bête à manger du foin,heureusement son cul et sa poitrine avantageuse sauront retenir mon andouille de frère et puis qui suis je pour juger….

Puis ce fut le retour à la Crépaudière, mon père, mon oncle Jean, mon couple et mes trois enfants ainsi que le couple d’Eugène. Malgré l’intimité toute relative car nous étions encaqués comme des sardines je devins grosse à nouveau, comme disait crûment mon père dès que tu vois l’engin de ton bonhomme tu tombes enceinte.

Je profitais de ma grossesse pour me décharger de certaines tâches ingrates sur ma belle sœur, après tout j’étais l’aînée. Bon nous rigolions bien quand même et nous partagions nos petites misères de femme.

Mon auguste arriva le 27 octobre 1864, j’allais encore me retrouver avec deux bébés à la mamelle, vous parlez d’une sinécure, l’aîné avait déjà quelques dents et était vorace comme un brochet. A ce rythme et bien que nous paysannes le soutien de nos poitrines nous préoccupait guère, j’allais me retrouver à trente ans avec des seins largement pendant.

Il faut croire que mon frère trouva son chemin car son épouse se trouva grosse, décidément la Crépaudière rendait fertile ses occupantes.

En cette année mon Barthémy âgé de 11 ans tenait déjà sa place à la ferme et conduisait fort bien les vaches à la pâture, ma petite Marie, jeune souillon de 9 ans effectuait les corvées d’eau et de bois, elle s’occupait de nourrir le poulailler et le cochon dans sa soue.

En Mars 1865 mon oncle Jean se remaria avec une sœur de mon premier mari, elle était veuve également et à 40 ans pouvait encore trouver un veuf à consoler. Rose Victoire venait souvent à la Crépaudière, toujours avenante et disposée à aider tout le monde elle était devenue comme ma propre sœur.

Encore une fois tout le monde fut réuni et se fut avec plaisir que je revis les frères de mon défunt mari. Bon d’accord la belle mère de mon père était encore de ce monde et bien présente à la noce de son fils, quelle vieille peau, mauvaises herbes ne crèvent jamais.

Cette fois, c’était la crise du logement d’autant plus que ma nouvelle tante amenait une petite drôlesse de 9 ans fruit de son premier lit.

Les hommes en discutèrent entre eux, pendant qu’avec les femmes nous filions de la laine. Ce fut Jean qui de nouveau posa ses maigres bagages au Moulin des Landes. On voit bien que nous autres les Barreau nous n’allions jamais bien loin.

La vie est un long fleuve tranquille, travail, travail et le dimanche la messe, j’aimais ce moment, tout le monde se retrouvait au pied de l’église, certains venaient de loin, le canton de La Chapelle Achard comptait beaucoup d’habitats dispersés. Ce temps était unique, nous prenions des nouvelles des uns et des autres , les hommes discutaient encore et encore de leurs animaux et de leurs récoltes, les jeunes entamaient des jeux de séduction et bien sur Monsieur le curé prêchait et faisait sa messe. On ne peut dire que j’écoutais religieusement l’ensemble de l’office mon esprit partait souvent ailleurs, je me reposait en quelque sorte. Jean mon mari faisait souvent messe buissonnière et je le retrouvais souvent bien chaud . Il avait l’alcool un peu gai alors je lui pardonnais. Ce que j’aimais le moins dans cet univers religieux était la confession. Je ne savais quoi lui dire à ce bon père, vous parlez qu’une paysanne comme moi faisait beaucoup de péchés, il était hors de question que je lui raconte mes galipettes. Mais parfois il nous tirait les vers du nez et nous passait une soufflante à travers les grilles. Le dimanche était donc sacré, pas de travail en théorie, mais il y avait quand même les bêtes à s’occuper et la traite était de bonne heure .

Eugène a également fait un enfant à sa bécasse, encore des cris à la Crépaudière.

En début d’année 1866 devinez quoi , plus de menstrues, j’avais pourtant dit à Jean de faire attention et de sauter en marche mais pensez donc, pressé comme il est. Je lui en voulait un peu mais nous ne pouvions lutter contre la nature et comme cela je restais en phase avec monsieur le curé qui préconisait une sexualité reproductive. Encore fallait il les nourrir nos petiots . A ce propos nos anciennes disaient que pour ne pas avoir de marmots il fallait allaiter longtemps, vous parlez d’une ânerie ç’a n’a jamais marché sur moi. En prévision de la nouvelle arrivée, j’interrompais l’allaitement de mon Auguste et je le passais au lait de vache. Bon d’accord il fut bien un peu malade, mais il passa le cap, j’avais la chance de n’avoir perdu aucun petit, je touchais pour m’en prévenir le bois de mon lit.

Je me traînais comme jamais, heureusement ma belle sœur suppléait à mes faiblesses, le 13 novembre 1866 j’accouchais d’un autre garçon, décidément la relève paysanne était assurée. On le nomma François Aimé et encore une fois ce fut mon père qui servit de témoin pour la déclaration.

Peu de temps après mon accouchement toute la famille se déplaça pour voir un étrange spectacle, en effet des ouvriers travaillaient dans les champs à poser de grand morceau de fer, Jean me dit qu’on les appelait des rails, mais pourquoi faire diantre ?

Je le sus bien vite car dans un vacarme assourdissant passa une locomotive qui à toute vapeur nous épouvantant pauvres paysans ignorants que nous étions. Ce moyen de locomotion révolutionna nos vies, et désenclava la Vendée, comme il le fit d’ailleurs pour les autres régions. Cette ligne reliait Napoléon Vendée avec les Sables. Mais imaginez l’intrusion de cette invention dans notre univers. Il fallut bien sur couper des parcelles et en aménager d’autres, ce fut des discutions sans fin au conseil municipal car les gros propriétaires ne se laissèrent pas spolier sans compensation. Le chemin de fer à vapeur eut des répercussions commerciales importantes et bon nombre de communes du voisinage créèrent des foires

Moi pour ma part jamais je ne monterais dans cette abomination.

 

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 2, mon adolescence

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 3 , mon premier mariage et ma première maternité

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 4, mon veuvage

 

L’année 1856 fut donc l’année de naissance de ma petite Marie, là aussi tout se passa à merveille, ma grand mère encore présente me disait que j’étais faite pour mettre au monde. C’est encore mon grand père Poiroux qui déclara la naissance avec l’ oncle François Hillairet.

J’avais déjà deux enfants à 19 ans à ce rythme la Crépaudière serait bientôt trop petite.

Si les naissance rythmaient la vie d’une femme et de sa famille, les disparitions prématurées ponctuaient aussi le calendrier.

Le malheur frappa la Crépaudière, ma mère en pleine forme, solide au travail, vaillante femme aux champs et au lit, chrétienne acharnée à défendre le dogme fut prise de langueur et se coucha à la fin de l’été. Rien n’y fit, aucun remède, aucun guérisseur, ni aucun médecin ne purent la soulager. Sa propre mère la veilla, et moi sa fille j’en pris soin comme à la prunelles de mes yeux. Le 6 décembre elle nous quitta, elle avait 40 ans. Mon père fut inconsolable et des larmes coulèrent sur son visage. Au retour du cimetière il nous avisa qu’il ne prendrait pas d’autre femme. Je devins chef du ménage et mon père prit le lit de la petite pièce. Avec Jean nous nous installâmes près de la cheminée. Outre la tristesse de voir partir ma mère, je fus confrontée à la triste obligation de me coltiner le travail qu’elle effectuait elle même, double charge de travail sur les épaules d’une jeune femme.

Mes deux bébés m’épuisaient car les deux étaient encore au sein,il ne fallait pas que je m’éloigne beaucoup, mais malgré tout certaines de nos pièces étaient assez éloignées de notre demeure. Enfin c’est le quotidien de toute.

Puis les jours passèrent, la famille du Moulin des Landes s’agrandissait aussi et de nombreux petits Barreau s’égaillaient sur les chemin boueux de la Chapelle Achard.

Les miens marchaient maintenant et avait été mis au lait de vache, enfin mes mamelles allaient se tarir et devenir moins douloureuses. Barthélémy faisait vraiment les quatre cents coups à travers la métairie, je n’avais pas le temps de le surveiller et il était livré à lui même, un vrai sauvageon.

Le 7 mars 1859 alors que j’étais avec la servante à retourner une paillasse dans la maison j’entendis un cri strident qui venait du champs aux  » Mailles  ». Je m’y précipitais et trouvais mon Jean allongé dans un sillon. Il venait de recevoir une forte ruade de notre cheval de trait. Avec mon père et deux autres journaliers arrivés sur les lieu nous le transportâmes à la maison. Rien d’apparent si ce n’est une forte douleur, une bonne nuit de repos et il pourrait reprendre son ouvrage. Le lendemain il était mort.

La famille et les voisins accoururent, le curé fut prévenu ainsi que l’agent municipal qui vint constater le décès. Avec les femmes de la famille je fis la toilette du mort. Ce ne fut pas une belle affaire, mon Jean nu comme un ver, dur comme un bout de bois. Nous eûmes les plus  grandes peines du monde à le vêtir de ses beaux vêtements.

Entre nous j’ai toujours trouvé bizarre de laver quelqu’un qui ne se lavait jamais pour le jeter en terre. Mais le curé me l’expliqua  » Marie c’est un rite purificateur  ».

Bon d’accord si c’est pour purifier mon homme je veux bien mais je vous passe les détails du bouchage des voies naturelles.

Pour qui sonne le glas, le lendemain, dans un joli drap de lin que j’avais exprès en réserve mon bonhomme fut jeté en terre. Quelques pelletées, ainsi va la vie on retourna aux champs.

Une chape de malheur s’abattit sur la Crépaudière, 35 ans, mon homme partait bien tôt. Comment faire face au travail écrasant ? On fit appelle à mon petit frère Eugène qui se trouvait domestique de ferme non loin de là, il n’avait que 17 ans mais il était fort costaud, déterminé et travailleur. Il récupéra son lit dans la pièce principale et moi je dormis avec mes deux petits.

En Juin ce fut la noce à l’oncle Jean, belle fête malgré les malheurs, en ce temps nous devions faire fi de nos peines et aller de l’avant. Son épouse avait 18 ans je compatissais car cela me ramena quelques années en arrière.

La noce était à peine terminée que mon oncle François perdit son drôle âgé de 7 ans, une mauvaise fièvre et en peu de temps il était passé de vie à trépas. Nous étions malgré tout un peu habitués à la perte des enfants. Mais en juillet la belle épousée du mois de Juin était également fauchée. En trois semaines mon oncle Jean passait par trois statuts différents, célibataire , marier et veuf.

Le pauvre était inconsolable, comme il était chez ses beaux parents à la métairie de l’émonnière il vint s’installer à la Crépaudière avec nous. Un adulte de plus à nourrir et à loger posa quelques problèmes de logistique, mais chez nous en Vendée personne ne restait sur le bord du chemin, la famille était sacrée.

Ce qui provoqua des problème fut la cohabitation de l’oncle Jean avec la jeune Victoire, fraîche domestique de 20 ans pleine de sève et parfaitement à l’aise avec le charme qu’elle dégageait. En fait la bougresse affolait les sens des trois hommes de la maison, mon père , mon frère et mon oncle. Se laissa t’ elle faire dans la grange je n’en sais fichtre rien.

La situation perdura quelques années, mais il fallait se rendre à l’évidence, mes enfants grandissaient, il avait besoin d’un père et moi faut bien le dire j’avais envie d’un homme. On a beau être une petite paysanne, être éreintée le soir, mais certains jours des sensations que je tentais de refréner avec ma conscience de bonne catholique me venaient.

Dans ma tête je me mis donc sur le marché des chercheuses d’hommes, en temps que veuve j’avais acquis une certaine autonomie et je pouvais sans mon père me trouver un homme.

Un après midi alors que je me trouvais avoir accompagné mon frère au moulin des Landes chez mon oncle Jacques pour y livrer des grains, un paysans de Grosbreuil le bourg voisin attira mon attention.

Cheveux brun, yeux marrons, rasé de près, d’une taille fort convenable, vêtu avec propreté et une certaine assurance qui me fit me retourner sur lui. Il engagea la conversation avec moi. Eugène devint ma couverture dans nos futures relations, eh oui il fallait quand même respecter quelques convenances.

Bon pour être franche, les convenances sautèrent rapidement, un jour ou il pleuvait dru une grange nous accueillis. La conversation convergea vers des baisers, puis vers des caresses. Nos corps s’affolèrent rapidement et je crois que François en vit plus sur ma nudité dans le jour chancelant de cet après midi pluvieux que mon défunt mari en 6 ans de mariage. Il sut y faire et je me suis laissée faire, doux, tendre, il me mena à la jouissance.

Il fallut quand même régulariser, il ne convenait pas à une veuve avec deux enfants de se faire prendre comme une bonne entre deux tas de paille et de voir se développer un petit fruit  » batarisé ».

LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 3 , mon premier mariage et ma première maternité

Les noces furent programmées pour le 10 mai 1853 et il fut décidé que nous nous installerions avec mes parents, car en effet mon père devint métayer à la Crépaudière. J’avais quitté l’endroit en tant que bonniche j’y reviendrai en patronne, enfin pas tout à fait car c’est ma mère qui le sera .

Bon pour mon mariage j’étais d’accord mais un peu angoissée tout de même, j’allais passer de la tutelle de mon père à celle de mon mari, mais comme nous allions vivre ensemble j’aurai les deux sur le dos.

Il faut aussi s’imaginer la vie que j’allais avoir, les travaux ménagers, les travaux agricoles, les enfants qui ne tarderaient pas à venir, ces foutues menstrues qui me coulaient régulièrement entre les jambes, ce qu’on appelait les devoirs conjugaux même quand je voudrai pas. Ma mère rassurante me disait en plus il pourrait bien de mettre quelques trempes en rentrant du cabaret.

Je fis donc l’objet d’un contrat entre mon père et mon futur, je n’avais rien à dire. La date fut choisie après Pâques car on ne se mariait pas pendant carême, mais il ne fallait quand même pas que cela prenne sur les travaux agricoles, la terre avant tout.

Le mardi 10 mai 1853 fut donc retenu, un mardi c’est le jour des cocus j’espère que cela ne sera pas prémonitoire.

L’organisation d’un mariage demande beaucoup d’attention, tout d’abord, n’oublier personne dans les invitations.

Du coté de mon père, mon oncle Pierre de Grosbreuil et François, Jean et Jacques qui demeuraient au Moulin des Landes, du coté de ma mère mon oncle Pierre Loué de la Chapelle Achard.

Du coté de mon futur, son frère Jean Louis Proux de la Mothe Achard et ses deux sœurs Rose Victoire et Marie Véronique toutes deux servantes dans le village. Jean Aimé n’avait plus ses parents.

Après venait l’arrière garde de la famille, les oncles et les cousins vous parlez d’un méli-mélo.

A partir du dimanche ce fut une tuerie au poulailler et au clapier les lapins n’en menaient pas large. Jean avait engagé un joueur de violon pour le bal et le convoi qui nous mènerait de la maison à la mairie et à l’église. Mon futur m’ offrit un petit anneau de cuivre. Le jour dit tout était prêt, victuaille, vin, musicien, la grange était décorée et moi j’avais revêtu mes plus beaux habits, une robe bleue, un tablier blanc et une coiffe toute neuve, mon homme lui avait un pantalon neuf, un gilet et un beau chapiau.

Le 10 mai à 10h nous nous présentions devant le Maire, Monsieur Aujard, échange des consentements, rappel des droits et des devoirs et signatures. Enfin pour les paraphes ce fut rapide je ne savais pas lire et mon mari non plus. Nos témoins furent Poiroux jean Louis, laboureur et Jean Letard maçon, pour mon mari et Poiroux Pierre mon grand père et Pierre Barreau mon oncle.

Je tiens à préciser que Jean Louis Poiroux n’était pas mon vrai grand père,il avait simplement était  marié  à ma grand mère Marie Rose Tallier, la mère de ma mère.

La noce se dirigea ensuite à l’église où nous fumes bénis. Tout le monde avait hâte de passer à table, quel beau repas, danses, chansons. En fin d’après midi les hommes étaient fort chauds et mon mari plus que tous autres. Certains finement lui disaient qu’il n’allait pas pouvoir dépuceler sa belle, lui rigolait en répondant des mots fort crus que je ne répéterai pas.

Bon je passerai sur le repas du soir, il faut maintenant que je me donne à mon mari. Comme je vous l’ai déjà dit nous étions allez fort loin dans les jeux de l’amour, mais j’étais encore vierge et je redoutais ce moment.

Pour cette nuit qui ce devait d’être idyllique,nous avions la métairie pour nous. A la chandelle j’ai retiré ma robe et je me suis glissée dans les draps, mon Jean m’a rejoint en gardant également sa chemise. Il fut en vérité très pressé et les caresses furent un peu brusquées, il allait bien falloir que je m’habitue au caractère hussard de mon mari. Il força l’entrée me fit mal et je marquais les draps de ma virginité perdue. Heureusement sa forme était médiocre et je le vis se retourner sur le coté pour dormir. Sa vanité le réveilla et délicatement me dit qu’il fallait remettre le couvert. Bon ce ne fut pas meilleur que la première fois mais cela laissait présager quelques améliorations.

Le lendemain le réveil fut donné par les jeunes de la noce qui nous présentèrent un pot de chambre remplit d’une mixture sensée nous redonner de la vigueur, évidement un idiot de cousin retourna les draps pour apercevoir le fruit de ma défloration, j’en étais honteuse mais Jean lui en était très fier.

On reprit le repas et les danses, avec un peu moins de vigueur que la veille.

Voila j’étais madame Proux et on s’installa à la Crépaudière avec les parents et mon frère Eugène. En plus nous avons engagé une domestique nommé Gazeau Magdeleine.

Autant que je vous décrive la Crépaudière tout de suite. C’est une petite métairie située à l’est de La Chapelle Achard à environ 2 km, nos voisins sont les Loué au Plessis Jousselin, les Tesson et les Chaignes à L’Auzaire. Nos terres valaient une vingtaine d’hectares, autant dire qu’on serait un peu des crèves la faim, d’autant plus qu’il fallait partager les récoltes avec les propriétaires.

La maison se composait d’une grande pièce, avec une cheminée située presque au milieu, le lit des parents se trouvait à coté sur la droite. Une grande table en chêne avec deux bancs, une maie, un coffre, un évier en pierre.

A gauche de l’entrée, un autre lit celui de mon frère. Le soleil pénétrait difficilement par l’unique fenêtre

Nous avions une autre chambre, aveugle, sombre et froide, j’y dormais avec mon mari, malheureusement pour l’intimité, la paillasse de la domestique s’y trouvait aussi.

L’étable se trouvait à coté, nous avions une vaches et deux bœufs, ainsi qu’un âne. Les poules se baladaient dans la cour mais aussi dans la maison, les canards s’ébattaient dans la mare, le tas de fumier exhalait ses fines nuances. Pour l’eau nous avions un puits dont l’eau était souvent gâtée.

Comme de bien entendu la corvée d’eau relevait des femmes, certes les hommes n’en utilisaient pas beaucoup.

La vie s’organisa, mon mari s’entendait relativement bien avec mon père et moi je composait avec ma mère, remarquez que c’est toujours mieux que de vivre avec sa belle mère.

Ma mère était une très belle femme et qui n’avait que 37 ans lors de mon mariage, elle aussi avait ses règles et je ne sais comment elle faisait pour ne pas avoir d’enfants. Bon si je le sais, car moi aussi je le pratiquerai plus tard avec il est vrai moins de succès qu’elle.

A 16 ans vous parlez comme on est fertile, je me retrouvais le ventre rond deux mois après mes noces, pour sur le Jean il était vaillant et la pauvre domestique qui tentait de dormir à coté de notre couche en entendait de belles.

Cette grossesse fut difficile, je devais travailler car ma mère qui n’avait pas souffert lors de ses maternité ne comprenait pas que je puisse être incapable de faire comme elle. Le soir je devais encore tempérer les ardeurs de mon homme car lui aussi ne se doutait que je puisse en être gênée.

J’arrivais à terme au mois de mars 1854, tout était près, ma mère Marie Rose et ma grand mère Marie Rose étaient parées et une sage femme du bourg m’assistait. Le grand père Poiroux, mon père et le Jean faisaient les cent pas dans la cour. A sept heure du matin en ce 15 mars mon premier né apparut, mon mari lui donna le nom de Barthélémy Aimé.

Ma mère et ma grand mère l’emmenèrent au village pour le faire baptiser, moi je ne pouvais y aller car j’étais impure. En voilà encore une connerie contre les femmes, impure avec les menstrues,impure après l’ accouchement, nous ne l’étions pas pour recevoir la semence de nos maris ni pour nous tuer en nos tâches journalières.

Bien quarante jours après j’allais faire mes relevailles à l’église, cierge et bénédiction le curé me délivra de mon impureté. Le soir Jean était impatient de me voir lever mon cotillon et de reprendre mon rôle de femme.

J’allaitais le cher bambin en espérant que cela me protégerait d’une autre grossesse mais rien n’y fit un an plus tard mes règles disparaissaient et mes seins grossissaient. Il faut dire que ne s’occupant guère de notre pauvre domestique ni du petit qui hurlait toute la nuit, Jean était assidu et il faut en convenir j’en éprouvais quelques satisfactions.

 

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LE JOURNAL D’UNE VENDÉENNE, ÉPISODE 1, mon enfance