LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, ÉPISODE 3

 

Papa est né à Orus en 1877, c’est un petit village de montagne, replié sur lui même, relié par un chemin tortueux à une petite vallée. Presque inaccessible en hiver, les gens tous paysans vivaient en une presque autarcie. La famille de mon grand père et celle de ma grand mère étaient comme de bien entendu du village. Même si lui avait choisi d’être gendarme, son premier fils n’en était pas moins né à l’abri des murs de pierres de ce village d’Ariège.

La famille avait migré au gré des garnisons du gendarme à cheval Ruffié Jean Michel.

Papa lui aussi n’avait pas choisi la même voie que son père, la vie en garnison, il en avait soupé et il choisit un peu par hasard l’administration des impôts.

Il se retrouva commis au Gué d’Alleré, un village perdu de l’Aunis et tomba éperdument amoureux de ma mère.

Un mariage et deux naissances plus tard, j’étais là.

Mais ce n’est pas le récit de la vie familiale qui me captiva, mon père pudique en toutes choses ne s’étendit guère sur lui et sur maman.

Ce ne fut guère important car c’est de la suite du récit que je me nourris.

J’entends du bruit mes parents et ma sœur reviennent, comme je ne veux pas subir le babillage de ma sœur qui comme à chaque fois veut me raconter la pièce j’éteins ma petite lampe.

Ma compagne du bout du lit s’efface et je sens qu’elle m’effleure les mains. Jamais elle ne reste, jamais elle n’apparaît quand ma sœur est là.

Andrée ostensiblement fait du bruit, elle me demande si je dors. Je ne réponds rien. J’entends qu’elle accroche son manteau à la paterne de la porte. Puis minutieusement ma sœur se dévêt, elle a allumé sa lampe de chevet, je me tourne vers le mur afin qu’elle ne voit pas mon visage.

Parfaitement éveillée, je sais chaque mouvement, je reconnais chaque effleurement, la robe, le crissement de la chaise quand Andrée ôte ses bas. Puis je perçois le glissement du vase de nuit qui se trouve sous le lit d’Andrée et le jet puissant du pissa de ma sœur. J’hume avec écœurement l’odeur acre de l’urine, vivement que papa fasse installer les commodités.

Puis ma sœur semble s’endormir, je reprends ma position et revit l’histoire.

Comme je vous l’ai dit, le village d’Orus par son isolement par sa petitesse offrait un bien piètre avenir. Mais la difficulté majeure restait tout de même de trouver un conjoint qui ne fut pas de près ou de loin de votre famille.

Nous, nous portons le nom de Ruffié c’est dans le village d’Orus le patronyme de loin le plus courant. Dans chaque famille immanquablement vous y trouvez des Ruffié.

Mais ma grand mère porte le nom de Delpy et il en est de même pour celui-ci. Pour être complet, vous ajoutez le nom de Dhers et vous aurez la composition type d’une famille d’Orus. Vous ne pouvez y échapper, Ruffié, Delpy, Dhers, sûrement tous liés par quelques cousinades anciennes, ils avaient probablement tous un peu de sang en commun.

Ma compagne de tristesse, ma confidente s’appelle donc Marie Anne Ruffié ou plutôt devrais-je dire s’appelait, car bien sûr elle n’est plus.

Née en 1824 à Orus fille de Joseph Ruffié, c’est une Lamare comme nous, nous sommes des Gaspanou. Comme tous portent le même nom , on se distingue en ce village par des surnoms qui se survivent de génération en génération.

Papa ne sait pas si les Gaspanou et les Lamare sont liés et Marie Anne qui a bien connu mon grand père ne le sait pas non plus.

Mon père commença par nous raconter le mariage de Marie Anne et de Sylvestre Dhers. C’était le 30 mai 1850.

Pour être intéressant le récit de père aurait dû être plus imagé, plus romancé même. Bien sûr il ne pouvait connaître tous les détails de cette union ne parlant que par ouï dire.

Moi dès le soir de la relation de ce conte j’eus ma première apparition ou non plutôt la sensation d’être habitée par une présence.

Ce fut vraiment étrange, je rangeais mes affaires quand soudain j’ai eu froid. Je ne comprenais pas car la pièce était empreinte d’une douce tiédeur, la cheminée de marbre ayant été alimentée par la bonne. Je me suis mise à suffoquer, j’étais entourée de murs sales, couverts de graffitis et d’humidité. Il y avait plusieurs planches de bois qui visiblement servaient de couche. Dans un coin un espèce de tonneau dégageait une odeur nauséabonde, le bois pourri par les matières fécales laissait suinter un liquide maronnasse.

Elle se tenait au milieu d’un groupe de femmes et moi j’étais là avec elle   en prison.J’étais la Marie Anne Lamaré, elle était entrée dans mon esprit par une porte que je ne pensais pas avoir laissé ouverte. Je devins elle et je devins la diablesse d’Orus.

 

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 2, l’étrange présence

Mes parents et ma sœur sont partis au théâtre, moi je suis souffrante et le docteur qui me suit,  a déconseillé toutes sorties. Ce n’est pas grave je n’aime pas le théâtre, je n’aime pas m’habiller pour la circonstance. Mais le fait est, je suis toujours malade.

Cela remonte à loin cette langueur, j’étais en vacances chez mes grands parents Boisson au Gué d’Alleré. Ils sont agriculteurs. C’est d’ailleurs la bas que je suis née, Madame Giraud la sage femme m’a mise au monde sans difficulté bien que papa eût été un peu inquiet de l’absence d’un médecin.

Hors donc à traîner avec les gamins du village, à faire les quatre cents coups sur les bords du ruisseau de l’abbaye, à baisser culotte dans la cabane au fond du jardin, j’ai attrapé froid. Une toux m’est venue et une fièvre tenace m’a clouée au lit. Maman est venue me chercher mais depuis la toux est restée. Il n’y a rien à y faire, même si les séjour en sanatorium me font un bien fou.

J’ai grandi avec cela, mais mes perspectives à longs termes sont un peu engagées. Mes espoirs d’avoir un mari et des bébés sont bien envolés. Comme dit papa c’est la faute à ce maudit village. Les paysans y sont bêtes comme des serfs au moyen âge et crasseux comme des cochons. C’est évidement exagéré, mais la colère fait dire beaucoup de bêtises.

J’ai donc vingt un ans et je tousse , tousse et tousse encore. Parfois mon mouchoir en ressort teinté de sang. J’en ai pris mon parti, j’attends.

Je serais bien seule si elle n’était pas là.

Je décide avant le retour de ma famille de faire un brin de toilette, je vais chercher de l’eau chaude sur le poêle à charbon , puis je la verse dans la cuvette de ma table de toilette.

Papa veut faire installer l’eau courante mais en attendant nous faisons comme nos grands mères faisaient, enfin quoi que pour la toilette ma grand mère Boisson ne soit pas très forte.

Je dépose mes lunettes et je me mets nue, je suis frêle de nature et la maladie a marqué de son empreinte mon corps. Je suis maigre, ma peau est diaphane, je regarde avec stupéfaction mes veines bleues qui serpentent semblant vouloir sortir de leur lit comme des rivières en crues.

Je n’ai guère de poitrine, pas plus en fait qu’un garçon, Andrée dit que je suis un être androgyne. C’est pure méchanceté car je me sens femme.

J’entends la femme rigoler derrière moi, elle est forte, âgée d’une quarantaine d’années, se moquerait elle de moi?

Le gant d’où dégouline une eau chaude me procure du bien être, le savon sent bon et me recouvre comme un écrin. Un doux bien être m’envahit, ma main s’attarde sur des régions qu’aucun garçon n’a frôlées. Je suis vierge, mais je ne serai jamais vieille fille, la mort sans doute m’emportera avant. En tous cas c’est ce que me dit Marie Anne Ruffié ma cousine, oui c’est elle qui m’observe et qui parfois pénètre dans ma tête.

Je me rince puis comme si j’utilisais un cilice je me frotte le corps au gant de crin. C’est un travail de mortification que je m’inflige, pour avoir eu de mauvaises pensées.

Elle, quand elle est dans ma tête ,me dit que je ne devrais pas abîmer mon corps mais plutôt que je devrais l’ouvrir à un homme. Mais ce n’est pas possible jamais un garçon ne prendrait une tuberculeuse. Elle me dit que cela ne se voit pas, mais elle a tort je le porte en moi, je le porte sur moi.

J’ai fini et je me couche, je n’ai rien écris alors je vais lire un roman d’Émile Zola,  » une page d’amour  ».

Je me plonge dans le récit mais les lignes sautent et les lettres se mélangent.

Je ne suis plus seule dans la pièce, mais l’ai je été?

Vous vous étonnez mais c’est que vous ne savez pas. Je vais vous raconter cela.

J’étais pas bien grande , en tous cas bien avant ma maladie et avec Andrée on s’ennuyaient à mourir alors que nous marchions le long de la Sèvre.

Mon père vêtu avec élégance saluait ses connaissances, ma mère qui avait depuis son mariage revêtu l’habit de bourgeoise en abandonnant ses défroques de paysanne se pavanait comme si la ville entière lui appartenait. Papa était certes directeur des contributions indirectes mais ce n’était pas non plus un grand seigneur.

Il croisa un homme et lui serra la main. Sans nous présenter il nous expliqua que la personne que nous venions de croiser s’appelait comme nous et venait du même village que mon père.

Devant notre étonnement il décida de nous raconter sa jeunesse et son village. Il se révéla un fort bon conteur et son récit transforma ma vie.

LA BELLE MORTE ET LA TUEUSE D’ENFANT, Épisode 1

 

Je m’appelle Raymonde Ruffié et j’ai décidé d’écrire mon journal, c’est bizarre de commencer cette aventure qui normalement, arrive plutôt dans la vie.

Lorsque j’étais adolescente il ne m’était pas venu à l’idée de confier mes secrets à un cahier. Non je crois que ma sœur aînée suffisait à cela.

Jusqu’à lors nous nous étions tout dit, je connaissais tout d’elle et je crois que je ne lui cachais rien.

Nous faisions chambre commune alors l’intimité de l’une était l’intimité de l’autre. Maintenant que j’y repense c’est un peu troublant et une impression bizarre me tenaille parfois sur le sujet.

Je dois le dire, Andrée de cinq ans plus âgée que moi avait un empire absolu sur moi.

Elle exerçait sur moi une sorte de fascination, que bien sûr à l’époque je n’identifiais pas, mais que maintenant je qualifierais d’érotique.

J’avais suivi sa transformation physique de petite fille à femme, elle ne me cachait aucun détail. Elle m’avait même demandé de subtiliser le ruban à couture de maman pour mesurer l’évolution de sa poitrine.

Je n’avais pas aimé jouer ce rôle, mais il faut bien dire que ce jour là nous avions bien rigolé.

De tout temps j’allais me blottir contre elle dans le lit et au matin, mère nous trouvait toutes deux endormies dans les mêmes draps.

Dire qu’elle aimait, serait mentir. Un jour alors que j’atteignais l’âge de mes douze ans et que j’allais être à mon tour femme, elle me menaça d’une correction si elle me reprenait couchée avec ma sœur.

J’avais été surprise par tant de véhémence mais je m’étais tenue coite après cela.

Andrée me racontait tout, les garçons qu’elle croisait, sa vie au collège de Niort, et plein de bêtises inavouables. Je vivais pour l’entendre le soir, je vivais à travers elle et ses amours juvéniles devenaient les miens.

Puis je suis devenue une jeune femme et le charme s’est rompu. Un jour voulant faire comme elle, je lui est dit c’est ton tour, va récupérer le ruban sur l’ouvrage de maman. Elle a haussé les épaules. Je n’avais plus qu’à me recroqueviller sur moi même et c’est ce que je fis.

Je suis à ma table de travail près de la fenêtre, dehors l’ obscurité règne en maîtresse partageant de loin en loin avec des réverbères un peu de clarté. On dirait qu’elle fait l’aumône de cette lumière au peu de passants qui circulent encore dans la ville qui doucement s’endort.

L’immeuble où j’habite est une sorte d’hôtel, fermé par un grand mur et une porte majestueuse. Dans le jardin, peu vaste mais magnifiquement arboré, trône un cèdre majestueux. Lorsque j’étais petite ses ombrages m’effrayaient, maintenant ils me fascinent. Avec la lumière lunaire ses branches forment comme une lanterne magique.

C’est le cinéma des frères Lumières, je peux rester là des heures à regarder ses branches qui dansent et qui font jaillir un jeu d’ombres sur les murs de ma chambre.

La famille se moque de mon éternelle rêvasserie et Andrée plus terre à terre éprouve un malin plaisir à venir les interrompre.

Au plafond, suspendue, une lampe éclaire maigrement mon espace. La fée électricité est entrée depuis peu dans notre demeure et remplace avantageusement nos chandelles et lampes à pétrole. Nous n’y sommes pas encore habitués mais avouons le, la praticité de cette invention est remarquable.

Ce n’est encore pas d’une fiabilité à toute épreuve et de nombreuses coupures nous plongent dans le noir. Mais nous avons comme par réflexe nos vieux moyens d’éclairage à proximité immédiate.

Justement, au moment où je m’apprête à coucher sur mes feuilles quelques impressions, je me retrouve dans le noir absolu. Je me lève pour activer l’interrupteur de porcelaine, rien désespérément rien, la coupelle de verre et sa lampe luminescente reste éteinte.

Je prends peur, le noir soudain m’envahit et de vieux démons surgissent en moi. Je le sens, elle est là, elle s’insinue en moi, démoniaque et terrible. Il fait froid dans la grange, il a encore neigé il y a peu. La vache pleine beugle, Joseph ne sait que faire, il est terrifié. C’est sûr elle va revenir.

A tâtons je cherche ma lampe pigeon, cette foutue Andrée l’a encore changée de place.

Mais cela ne sera pas la peine l’électricité revient. Je reprends mon calme, les battements de mon cœur diminuent leur charge folle.

Mais le charme est passé, je n’ai plus rien à écrire et mon esprit qui devait se canaliser pour effectuer cette tâche, bat la chamade et reprend sa liberté.

UNE ANNÉE D’ÉCRITURE INTENSE ET DE FABULEUSES DÉCOUVERTES GÉNÉALOGIQUES

L’année qui vient de se terminer a encore été très belle en terme d’écriture et de découvertes.

J’ai publié 151 nouveaux articles et j’ai republié bon nombre d’articles que vous aviez aimés.

Je me suis demandé en cours d’année si j’allais garder le format actuel sous forme de feuilleton. J’attends vos avis sur le sujet mais avouons le, je ne boude pas le plaisir que j’ai à le faire sous cette forme.

Pour l’année 2022, je vous livre le top 10 de vos lectures

Je remarque que le sexe et la mort sont une constante car ces deux textes étaient déjà en tête en  2021.

Préférant recommencer la nouvelle année par des textes nouveaux, j ‘invite  les lecteurs de mon texte sur le  »trésor des Vendéens », à poursuivre la lecture en allant directement dans mon blog puis en allant dans catégorie. Vous y trouverez l’ensemble de mes épisodes.

Pour cette année deux grands textes sont déjà prêts et le premier commencera dès lundi.

Il s’intitulera  » La belle morte et la tueuse d’enfant  ». C’est en vérité une drôle d’histoire issue d’une visite dans le cimetière de mon village. Dans une chapelle la vieille photo d’une jeune femme, un nom, une date, fasciné par ce visage souriant qui semble m’appeler j’ai voulu en écrire l’histoire. Mais voila? alors que je cherchais les origines de cette troublante morte je suis tombé sur une stupéfiante affaire et je n’ai pu m’empêcher de mélanger les deux histoires.

Ensuite je vous livrerai l’histoire romanesque des jeunes hommes de ma commune morts au chant d’honneur dans les charniers de la Grande Guerre.

J’ai tenté de faire revivre leur famille, leurs proches, leur entourage au moyen d’un récit romanesque. J’ai puisé dans leur registre matricule, dans les registres d’état civil et dans l’ensemble des données des archives communales, dont j’effectue par ailleurs le rangement.

Ensuite viendront quelques études sur mon village, et quelques études sur des photos, le tout entrecoupé de textes republiés.

J’espère pouvoir encore vous ravir et agrémenter vos journées par ces récits sans prétention et je vous remercie de votre constance à me lire.

Accordez- moi l’indulgence due à un amateur et n’hésitez pas par message à me faire part de vos remarques constructives.

En attendant, je vous exprime ma reconnaissance de m’avoir permis de m’exprimer sur ce blog par l’intermédiaire de différents groupes de généalogie ou d’histoire.

Si vous voulez être sûr de ne rien rater, abonnez- vous sur mon blog.

Cordialement

Pascal T

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 13, les loups sont entrés dans Paris

3 juin 1940

Rien de bien marquant sur Paris, Françoise continue d’espérer et d’influer sur la mutation de Raymond, elle soigne aussi sa dentition, met ses robes d’été en état et dîne avec Fred et sa nouvelle femme.

D’ailleurs cette dernière en prend un peu pour son grade, elle ne la trouve pas jolie mais compense avec du chic et de la simplicité dans les manières.

La ville de Dunkerque vit ses derniers jours, les allemands resserrent leur étau.

Sur les routes c’est toujours la fuite des populations.

Il y a eut un bombardement sur Paris mais Françoise s’est réfugiée à la cave et dit-elle cela n’a pas été terrible.

Elle est sur le départ et boucle ses bagages , elle devrait être déjà loin si elle ne se devait de tenter encore et encore d’atteindre sa connaissance du ministère.

On sent chez elle poindre une angoisse, les mots d’amour et de soutien ainsi que les références à Dieu se multiplient .

4 Juin 1940

Françoise est toujours à Paris avec divers préoccupations majeures. Elle se dispute avec son chargé d’affaires qui ne veut pas lui fournir d’argent liquide et vendre ses titres.

La dispute tourne à l’aigre et elle le traite de Gamelin, vraiment ces hommes d’argent sont détestables et celui-ci en particulier.

Elle s’est aussi rendue à Saint François de Salle pour y rencontrer le premier vicaire. Elle lui a raconté son histoire mais visiblement le poids des traditions est trop fort et il ne veut rien faire pour elle.

Il s’étonne même de la mansuétude du grand pénitencier sur l’affaire.

Françoise retourne donc voir le chanoine et l’implore, celui ci plein de grâce la fait enfin agenouiller et lui donne lui même l’absolution.

Raymond de son coté a t-il convaincu son aumônier ?

D’ailleurs ce n’est qu’une absolution provisoire et après la guerre il faudra demander l’annulation du mariage. Le prix en a été de réciter un chapelet à notre Dame des Victoires.

Le dernier bateau a quitté Dunkerque, les allemands ont prit possession de la ville en ruine, entre le 28 mai et ce jour, presque 340 000 hommes ont embarqué pour l’Angleterre. On dit qu’il a 120 000 français parmi eux. Certains disent que la part belle a été faite aux anglais à notre détriment, nous avions plus d’hommes et il y en a moins qui ont été évacués.

5 Juin 1940

La bataille de la Somme et de l’Aisne est commencée, Raymond est au cœur de la tourmente, son amour s’inquiète à juste titre.

Il y a peu d’espoir qu’il soit muté, tante Gaby a enfin pu rencontrer Signoret.

Demain matin Françoise prend le train pour Bayonne et ira se réfugier chez la duchesse de Gramont à Bidache.

Aucun souci pour elle, hébergée, nourrie et munie d’argent, elle n’aura pas à souffrir les affres du désespoir et de la misère de la plus part des réfugiés.

 » N’oublie jamais, quoi qu’il advienne que je t’attendrai toujours et ne serai qu’à toi seul.

Bon courage mon amour ! Dieu te protège ! »

6 juin 1940

C’est le départ, Françoise est soulagée de partir , mais peinée d’accroître la distance entre elle et Raymond.

Quand se reverront -ils ?

 »Bon courage mon amour, nuit et jour , éveillée ou en rêve je suis prêt de toi , je suis fière de toi et je t’attends »

Les armées françaises résistent avec âpreté mais malheureusement sont percées en plusieurs endroits et doivent se replier sur la rive gauche de l’Aisne.

7 Juin 1940

Françoise a traversé la France sans problème, aucune trace de guerre le pays est calme et vert.

Les envahisseurs sont presque à la Seine.

A partir de cette date la correspondance est absente et le cahier cesse.

 

 

Je possède quelques ordres de missions qui indiquent les déplacements de Raymond en cette fin juin 1940.

Raymond à partir du 15 juin est affecté au service du lieutenant David spécialiste principal de neurochirurgie de la 2ème armée.

Avant le 22 juin Raymond se trouve à Nîmes

Le 22 juin 1940 Raymond a rejoint la direction du service de santé de Toulouse et est affecté à la caserne Compan dépôt Art 17 à titre provisoire.

Le 25 juin il effectue un aller et retour sur Bayonne avec pour mission un service sanitaire

Le 29 juin le docteur T fait un aller et retour Toulouse Lannemezan avec un convoi sanitaire

Le 20 juillet le chef de clinique de neurologie actuellement au dépôt d’artillerie 17 à Toulouse est affecté à l’hôpital Saint Stanislas

Raymond T est démobilisé le 30 août 1940

Comme nous le savons la troisième république aura aussi vécu ses derniers moments en ce mois de juin tragique.

Paris est déclarée ville ouverte et occupée par les allemands, dès le 14 juin.

Ensuite tout se précipite, la demande d’armistice, le départ d’un obscur secrétaire d’état à la guerre pour l’Angleterre et son appel du 18 juin. Le non moins célèbre discours du maréchal qui fait don de sa personne et l’occupation d’une grande partie de la France.

Françoise et Raymond ont -ils entendu le maréchal et le général, qu’ont- ils pensé de la prise de pouvoir du vieux Pétain. Je n’en sais absolument rien.

Toujours est-il que cette circonstance historique fera qu’ils se retrouveront et se marieront à Toulouse le 20 août 1940.

Ensuite , ils suivront leur destin et fonderont une famille. Raymond deviendra un spécialiste renommé et Françoise donnera jour à quatre enfants.

Ils continueront à faire du scoutisme et à s’aimer comme le témoigne quelques lettres plus tardives.

J’ai été heureux de faire revivre cette correspondance amoureuse entre ces deux êtres séparés par la guerre.

C’est un témoignage précieux et je remercie celui qui m’a transmis ces beaux documents.

Fin

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 12, une bourgeoise en guerre

 

28 mai 1940

Françoise vient d’avoir le permis, elle l’a passé seule avec la voiture de Raymond, elle pourra ainsi fuir Paris avec la Peugeot 202 de son futur. Il lui reste le problème de l’essence à résoudre.

Pour la Belgique c’est terminé, ils ont capitulé, pour Françoise cela représente une honte sans nom, peut-être que les habitants là bas voient cela d’un autre œil.

Le roi a pris la décision sans consulter son gouvernement n’y prévenir ses alliés.

Les soldats Anglais et Français vont-ils être pris au piège sur les plages de Dunkerque ?

L’actualité est brûlante et dramatique.

29 mai 1940

Françoise vient d’apprendre que Raymond a été au contact de l’ennemi, elle tremble pour lui mais à confiance envers le seigneur.

Pour elle le roi des Belges est un traître , un lâche qui a frappé les esprits de dégoût et de stupeur, la capitulation n’est pas due à un revers de bataille mais à une trahison préméditée et inique envers le peuple Belge.

A Paris les réfugiés belges pleurent autour de la statut d’Albert 1er

Françoise décidément est préoccupée pour le bien être de son homme et lui demande si son sac de couchage est confortable. Elle lui pose aussi la question et l’on croit rêver de savoir si il a besoin d’une toile de tente. Pense t-elle qu’il est à un camp de scouts et qu’il a oublié son matériel dans le car.

Puis dans le même élan

 » je suis passée aujourd’hui encore chez toi pour mettre dans le camphre les culottes scouts, les bas de laine et bandes molletières qui risquaient encore d’être mitées. Bombardées ;;, On verra bien. Mais mitées se serait trop bête »

Maintenant il y a un problème pour la voiture, elle voulait la ranger au château de Courbanton, mais malheur il n’y a plus de place car les réfugiés occupent tous les bâtiments.

Cette guerre est vraiment une horreur car on risque de perdre sa voiture.

Les millions de réfugiés sur les routes s’en moquent bien, car ils n’en n’ont pas.

Raymond lui au front alors que les armées françaises sont en pleine déroute, attend des nouvelles de sa mutation et envoie des mandats pour subvenir aux besoins de Françoise.

Tant que la poste fonctionne la France est sauvée.

Elle s’étonne toutefois de ne pas avoir de réponse à ses deux lettres journalières, peut-être simplement que ce médecin en pleine guerre a d’autres choses à faire, mais elle le déculpabilise en lui disant de ne pas prendre sur son sommeil pour lui répondre.

C’est beau l’amour même au contact de l’armée allemande qui écrase tout sur son passage.

 »Le temps est beau et cela nous désole parce qu’on nous dit que cela avantageait plutôt les allemands.

Est -ce idiot quand on y pense »

Oui c’est sans doute idiot car en théorie si l’aviation allemande peut intervenir la notre pourrait aussi le faire et c’est valable pour le restant des armes.

A Dunkerque les Anglais font preuve d’efficacité et continuent d’embarquer leurs soldats.

 »Je t’embrasse mon amour, je m’attache à être digne de toi, sachant que tu grandis au danger et que je dois grandir aussi pour te suivre »

C’est beau et grandiloquent à la fois.

30 mai 1940

Françoise quitte son travail et Henri Flammarion s’engage à la reprendre en octobre lorsque l’on aura appris le recul et la défaite des allemands.

Apparemment les français croient encore au miracle et suivent comme ils le peuvent les combats. Mais le désordre est presque complet et il est dur de se faire une idée. En tout cas Françoise, puisse qu’elle le peut est prête pour partir.

Toujours le rembarquement à Dunkerque, les marins et les aviateurs anglais font des miracles.

31 mai 1940

Françoise est un peu rassérénée car elle a été à une messe au sacré cœur, monseigneur Suhard a consacré la France et Paris au sacré cœur de Jésus et à la vierge Marie.

Avec cette intercession nos millions de soldats vont être sauvés.

Il y avait une foule énorme essentiellement des femmes et des personnes âgées, c’est une évidence les hommes sont au combat ou déjà prisonniers.

Elle a réussi à avoir 40 litres d’essence grâce à un bon que lui a remis son amie Claire travaillant au ministère de la production industrielle. Tient est-ce qu’il y aurait des passes droits.

De toutes façons elle n’en en aura finalement pas besoin car elle laisse la voiture à Paris en s’inquiétant de savoir si elle doit donner les clefs à Tamara.

Dans les ministères, les femmes tricotent de la layette pour les réfugiés en étudiant les cartes.

Françoise fait le siège du ministère de la guerre pour rencontrer Mr Signoret pour qu’il aide Raymond à obtenir sa mutation. Elle se fait insistante et de façon péremptoire l’annonce dans sa lettre

 » J’irai chercher sa réponse demain à trois heures et tout ce que je pourrai faire, tu peux me croire je le ferai avec une audace et une insistance de Juive (parfaitement). »

Ce n’est sans doute pas très élégant pour son amie Tamara et dénote d’une légère inclinaison anti sémite, qui est somme toute bien légère.

Quoi qu’il en soit nous sommes en pleine guerre et les employés du ministère de la guerre ont sûrement mieux à faire que de s’occuper de la mutation d’un lieutenant fusse t-il docteur et de bonne famille.

Elle apprend aussi avec stupeur qu’une femme qu’elle a côtoyée à Megève, Mme Allais la femme du champion de ski a été fusillée pour espionnage. S’ indigne t’elle parce qu’elle est espionne ou parce qu’elle l’a côtoyée au ski ?

Décidément le roi des belges en prend pour son matricule, il a capitulé à cause de sa maîtresse Allemande et s’est comporté comme un député corrompu.

C’est sûrement aller vite en besogne, l’armée Belge était détruite et il a sans doute pensé que la capitulation soulagerait son peuple. Certes il aurait pu se rendre en Angleterre pour y poursuivre la lutte, belle opinion mais qu’en disent les Belges sous les bombes.

Cette année les fraises de Fourcherolles sont succulentes et Françoise avant de partir sur Bayonne s’en délecte en faisant le tour du jardin avec madame mère qui elle ne veut pas partir.

 » Courage mon amour, il ne sera pas dit que les jardins de France deviendront des autostrades et des prés de culture allemands. Tous les oiseaux de Fourcherolles t’envoient leurs trilles et leurs affectueuses roucoulades.Et moi je te serre sur mon cœur avec ma très profonde et très fidèle tendresse »

 

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 11, une catastrophe éminente

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 11, une catastrophe éminente

 

19 mai 1940

 » Un immense et tenace espoir soulève Paris. Chaque usine, chaque bureau, chaque Français est décidé à tout faire pour soutenir l’effort des armées que l’on sait, engagées dans une des batailles les plus tragiques de l’histoire.

Soutenir comme la corde soutient le pendu, Françoise s’illusionne.

Elle va à la messe le matin à notre Dame des Victoires puis a une procession l’après midi, espérons que cela va suffire pour arrêter les allemands.

Georges Mandel a été appelé au ministère de l’intérieur, Françoise pense que la chose est bonne, tout comme le retour du vieux maréchal et du vieux général.

Pétain s’entendra t’ il avec Mandel et Reynaud souffrira t-il l’ombre du vainqueur de Verdun ?

Tout de même l’inquiétude commence à gagner, les communiqués sont vagues et imprécis, en tous cas les Anglais en la personne de Churchill semblent vouloir tenir et combattre jusqu’au bout.

Françoise voudrait s’engager plus dans l’aide aux réfugiés et pense pour cela aller à Bayonne rejoindre une amie.

Elle qui sans connaître grand-chose comme la majorité des Français perçoit maintenant une vive inquiétude. Cette dernière se répand de proche en proche et grossit comme une boule de neige dévalant une pente.

Les communiqués sont dénués de partialité, en bref l’on ne sait rien, sauf que les Allemands avancent de façon irrésistible avec leurs chars.

21 mai 1940

Les nouvelles arrivent toujours des armées, du moins celles qui ne sont pas engagées. Raymond avec son régiment d’artillerie lourde se déplace, sans être encore dans la zone des combats.

A Paris ce n’est pas encore la panique mais cela commence à y ressembler, Flammarion va encore fermer.

Bon nombre de parisiens redoutent les combats et que Paris ne se transforme en cible, ils fuient sur les routes et dans les gares. Certains pensent que la capitale sera déclarée ville ouverte.

On devine maintenant que la retraite de nos troupes est générale. Sur les routes c’est un encombrement sans nom, des convois militaires dans les deux sens sont mêlés aux gens qui se sauvent. Cela engendre des difficultés importantes que personne n’est en mesure de réguler.

La mère de Raymond se refuse à quitter son domicile de Fourcherolles pour se mettre à l’abri chez son fils Jean à Cambo les Bains. Pour l’instant les trains circulent encore mais cela durera t-‘il ?

23 mai 1940

Françoise vient d’avoir des lettres de Raymond datées du 16 mai, elle est au comble de la joie car il va enfin pouvoir communier. C’est quand même avouons le une belle consolation alors que les Allemands envahissent la France.

Les informations à cause de la censure ne sont pas très fiables, un moment tout va bien puis le moment d’après c’est la catastrophe.

L’on nous annonce que la situation reste inchangée puis brusquement l’on apprend la nouvelle de la prise d’Arras et d’Amiens et que les blindés Allemands courent à la mer.

Puis comme il faut bien des boucs émissaires l’on s’en prend au général Corap chef de la 9ème armée qui n’a pû ou su empêcher les Allemands de passer la Meuse.

Certes l’homme n’est pas une foudre de guerre mais lui faire porter le chapeau d’un désastre annoncé il y a quand même un pas.

On dit maintenant que notre merveilleuse armée est mal encadrée, mais entraînée et mal équipée.

Françoise comme beaucoup s’illusionne sur la capacité du nouveau généralissime Weygand, tout le monde attend avec confiance la contre attaque qu’il va ordonner.

 » Lui c’est un commandant, c’est quelqu’un qui n’a jamais perdu une bataille et qui est croyant par dessus le marché ! Aidé de dieu ! Qu’il nous sauve. »

En fait le vieux Weygand n’est pas l’homme de la situation, défaitiste comme Pétain et pro allemand comme lui, il n’aura de cesse que l’armistice soit demandée.

Mme T en vieille femme butée ne veux pas partir, elle explique à sa future belle fille qu’à son âge elle ne craint plus d’être souillée.

Nous en sommes encore au mythe de la guerre de 1870 et de 1914 sur les Allemands mangeurs d’enfants et violeurs de femmes.

Françoise va partir sur Courbanton puis sur Bayonne avec la voiture de Raymond, elle n’a pas le permis mais c’est la femme de Frédéric Japy qui conduira, alors que ce dernier convoiera tante Gaby avec la sienne. Cela fera deux voitures de sauvées, enfin si celle de Raymond arrive enfin à démarrer.

Von Rundstedt commandant le groupe d ‘armée A arrête ses blindés pour un regroupement, cela nous permettra peut- être de respirer un peu.

24 mai 1940

Raymond serait dans la Marne et Françoise s’inquiète pour lui et ses collaborateurs. Ce croirait-elle dans une salle de rédaction , un bureau ou une salle d’opération pour employer ce mot de collaborateur ( qui va d’ailleurs prendre un sens nouveau dans peu de temps )

Elle vient de faire la demande de bons d’essence, elle ne les aura que le 26 juin, fichtre d’ici là beaucoup de choses peuvent se passer.

Elle prend également des cours de conduite avec son amie Tamara ( cette dernière juive sera arrêtée en 1942 car elle avait cousu son étoile juive au dessus du drapeau Français, déportée elle est morte à Auschwitz )

Le permis est pour dans quelques jours.

26 mai 1940

Aucune nouvelle de Raymond qui doit sans doute être à l’arrière avec les canons lourds en soutient de quelques assauts. Visiblement l’espérance d’être mutée ailleurs que dans un régiment est illusoire pour le moment.

Tante Gaby est partie pour Courbanton où elle va aider les généreux Dubonnet à mettre en place un accueil de réfugiés dans leur château. Il y sera servi 500 repas par jour.

Françoise se morfond chez Flammarion où tout est à l’arrêt, elle aimerait se rendre utile mais ne sait quel parti prendre.

Elle a été réveillée par des tirs de DCA et des bruits d’avions très proche, de sa fenêtre elle a vu les petits éclatements, c’est bizarre car l’alerte n’a pas été donnée.

Elle est maintenant prête au départ qu’elle espère pour le 2 juin, une dernière fois elle passe chez Raymond pour fermer l’appartement et mettre du camphre dans  les affaires. Elle s’attarde, touche les objets et hume les affaires de son futur. De bons souvenirs entourent ces murs, des conversations sur Dieu, le scoutisme, les plantes vénéneuses ( passion de Raymond ), des repas mémorables, et enfin quelques divines nuits.

Quand reviendront-il ici ?

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 10, l’invasion

 

13 mai 1940

Françoise et Raymond sont des enfants de Dieu et du christianisme, ils se soumettent à ses lois et à ses volontés.

Hors pour l’instant ilS ne sont pas en règle avec les préceptes de leur religion et ne sont pas en règle avec eux mêmes.

Ils ont commis un péché d’adultère et Raymond a annulé son mariage devant la loi.

Il reste qu’ils n’ont plus le droit de communier ce qui contrarie leur futur mariage.

Françoise va donc voir le grand pénitencier de France, prêtre directement sous les ordres du pape.

Monseigneur Malinjjaud après une discussion très longue et autorisée, conseille à Raymond d’aller trouver un prêtre qui l’autorisera à recevoir l’absolution et que pour lui cela ne présente aucun problème. Son premier mariage n’ayant été qu’une regrettable erreur commise par un homme faible. C’est gentil pour Jacqueline.

Le grand pénitencier prend exemple des membres de l’action française qui ont été excommuniés,mais qui finalement ont tous eu l’absolution.

Comparer un acte politique avec l’annulation d’un mariage religieux c’est conforter Françoise dans l’idée que son amant a été forcé de se marier la première fois et qu’elle l’a délivré du mal.

Outre cette longue lettre sur sa rencontre avec monseigneur Malinjaud, Françoise envoie une petite carte. Franchise militaire cachetée par la devise suivante  » la victoire est une longue patience ».

Au médecin Lieutenant T 1er groupe RALPA 184 Secteur 8811.

Dans cette courte missive elle se moque doucement de l’armée française en indiquant qu’elle espérait que face à des parachutistes ( 5ème colonne ) il aurait plus que sa seringue, son stick et sa farine de moutarde.

Les allemands percent vers Sedan et franchissent la Meuse, c’est bizarre normalement ces endroits étaient réputés infranchissables par nos stratèges et notamment le plus notable d’entre eux le devin maréchal Pétain qui pour l’heure est ambassadeur chez Franco.

14 mai 1940

Toujours cette préoccupation religieuse qui prédomine chez Françoise, il n’est question que de communion, absolution, mariage, union sacrée , Dieu.

Pour un peu la guerre elle s’en moquerait, elle a sans doute raison les allemands ne sont pas encore à Paris. La mère de Raymond dans sa belle maison fleurit se moque bien de la guerre, comme beaucoup de gens âgés, elle s’est arrêtée à celle de 14-18.

Pour l’instant rien ne bouge en Meurthe et Moselle et les canons de Raymond sont encore muets.

Le frère de tante Gaby, Frédéric Japy ( héritier de l’empire d’horlogerie Japy ) se marie vendredi prochain avec la fille d’un industriel, le mariage est précipité et se fera sans flon flon ni robe blanche.

On ne résiste pas sur la Meuse, les chars français qui devaient contre attaquer doivent se disperser, la 9ème armée du général Conrap se replie plutôt mal que bien.

15 mai 1940

Françoise a apporté son poste TSF au bureau pour avoir des nouvelles en continu, elle va même au cinéma d’actualités pour tenter d’avoir des nouvelles de l’artillerie lourde.

Mais plus que la guerre sa régularisation catholique l’obsède.

‘ Je continue à ressentir un immense apaisement des conclusions que le grand pénitencier a tiré de notre histoire et j’attends tes sentiments pour chercher à obtenir de mon coté et en même temps que toi, absolution et communion  »

La 9ème armée se débande, mais Gamelin et son chef d’état major sont optimistes, on se demande bien pourquoi.

Des milliers de réfugiés belges arrivent et la fédération de scoutisme a fait appel à ses membres pour les aider.

16 mai 1940

Le maître de stage Thierry de Martel a envoyé une lettre élogieuse au sujet de Raymond, drôle de monde où l’inventeur de la neurochirurgie en France envoie une missive à la femme de l’un de ses internes, mais passons.

A Paris il n’y a pas d’alerte, Françoise considère que c’est l’une des villes les plus sûres, c’est à voir.Car notre décidément maître de la guerre Gamelin, décline toutes responsabilités pour la défense de Paris. Les forces françaises en Belgique font retraite, c’est bizarre deux jours avant on était plutôt optimistes.

Raymond ne donne aucun détail sur ce qu’il voit, ce qui agace un peu la curieuse Françoise

 » Je t’embrasse tendrement mon petit chéri et caresse doucement ta chère tête……Songe que le représentant du pape t’attend pour l’absolution. »

Plusieurs lettres par jour, Raymond avait-il le temps de lire toutes ces banalités d’absolution alors que l’armée dont il était membre et officier était en pleine déroute.

18 mai 1940

Rien ne va, malgré le coup d’épingle donné au géant Gudérian par le colonel De Gaulle, les allemands infléchissent leur route pour couper la retraite des français et des anglais.

A Paris beaucoup d’agitation, le Maréchal Pétain devient vice président du conseil, est-ce le vieux sage de la grande guerre ou le loup qu’on fait entrer dans la bergerie, on s’apprête aussi à rappeler le général Weygand pour remplacer l’incapable Gamelin.

Peut-être est-il trop tard?

En France on fait appel au passé pour sauver l’avenir.

Françoise est ennuyée avec la voiture de Raymond, décidément on ne peut faire confiance à personne. Les prix des réparations sont prohibitifs et il est difficile de trouver un garagiste.

Mais une fois que la voiture fonctionne il faut trouver de l’essence. Cette dernière est rationnée et n’est délivrée qu’entre le 25 et le 31 du mois.

Françoise persuasive a réussi à en avoir 25 litres, elle pourra donc quitter Paris en voiture si les circonstances l’exigent, elle fait ses valises pour aller rejoindre les Dubonnet au château de Courbanton. Tante Gaby ne veut pas partir car elle tient à assister au mariage de son frère. Vraiment une drôle de période pour contracter une union, mais enfin l’amour n’a pas de borne.

Raymond qui visiblement n’est pas encore contrarier par les combats a cueilli des pieds de muguet et en a fait un colis.

Il est curieux de voir que pendant qu’une partie de l’armée française se délite, une autre cueille des fleurs.

Françoise avec son muguet sur son bureau de chez Flammarion rêve encore que la ruée des allemands va être endiguée. Comme il est bon de se faire des illusions.

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 9, la fin de la drôle de guerre et le début de la vraie

 

28 mars 1940

Françoise est de retour à Paris et se jette dans les bras de Raymond, enfin il vont pouvoir un peu vivre ensemble et partager leur quotidien. Ils ne se connaissent encore que par l’amour et les merveilles de leur découverte réciproque mais ne se connaissent point encore par le défaut des corps et des âmes .

Le stage de Raymond est merveilleux, il s’extasie des nouvelles techniques mais ce dernier s’inquiète de la jalousie que pourrait lui témoigner Clovis Vincent son chef de service.

Querelles de bloc, querelles d’égocentrisme, querelles de chapelle entres pontes médicaux, c’est navrant mais la guerre gronde et la France verra sûrement d’autres discordes plus désagréables.

10 avril 1940

Flammarion rouvre son service de presse et Françoise reprend ses fonctions avec une légère augmentation.

La situation internationale s’améliorerait-elle que des réouvertures s ‘effectuent ? Il faudrait être dupe pour y croire , les combats de poursuivent en Norvège. Au moins là bas ce n’est pas la drôle de guerre mais la guerre tout court. Certains disent que nous aurions dû pénétrer en Allemagne, et d’autres sont d’un avis contraire et disent que la ligne Siegfried est imprenable. En tous cas notre linge comme dans la chanson Irlandaise remaniée par Ray Ventura ne séchera pas sur cette dernière.

On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried

Pour laver le linge voici le moment

On ira pendre le linge sur la ligne Siegfried

A nous le beau linge blanc

18 avril 1940

Comme le printemps paraît triste à Françoise, les fleurs n’exhalent plus leurs senteurs, les arbres des boulevards lui semblent vierges de moineaux, les pécheurs des quais de Seine sont mornes et les marchandes des quatre saisons ont perdu leur gouaille. Le stage de Raymond est terminé et il repart vers son unité.

Tout n’est que grisaille, mauvaises odeurs et saletés, dans son appartement où elle circulait nue échauffée par les effluves de l’amour elle a maintenant froid et s’enveloppe d’un grand châle.

Heureusement son travail chez l’éditeur la passionne et les heures se passent sous le joug délicieux d’un labeur qu’elle adore.

3 mai 1940

Les bruits de bottes se précisent au fur et à mesure que les jours passent. Les autorités s’attendent à une attaque imminente des allemands. C’est une certitude, ils seront arrêtés et raccompagnés à Berlin à coups de pompes dans le cul.

Françoise a des réunions de scoutisme très importantes, elle se met en avant en y donnant tout son cœur.

Bien sûr elle a envoyé une petite carte à Raymond pour le premier mai, le muguet porte bonheur et il va en avoir besoin.

6 mai 1940

Pour un peu Françoise se prendrait pour la directrice de chez Flammarion, à l’entendre elle gère tout et devient irremplaçable.

Elle se démène aussi avec Tamera Isserlis pour que les enfants riches ne soient pas les seuls bénéficiaires du scoutisme et elle espère pouvoir mélanger dans les meutes la jeunesse dorée avec celle des banlieues. Elle fait flèche de tout bois pour mener à bien son projet pour cet été.

Elle rencontre aussi madame T, la mère de Raymond dans sa maison de Foucherolles, elles passent ensemble un très bon moment.

 » Je crois que n’étaient les circonstances, ta mère et moi seraient faites pour nous entendre et avoir d’affectueuses relations. Je suis repartie avec un gros bouquet de muguet cueilli sur place, un iris, une tulipe, une branche de glycine, trois pervenches et une branche de Lilas.  »

Françoise s’occupe aussi du ménage de Raymond en houspillant la femme de ménage qui laisse la poussière s’accumuler et le linge sale s’empiler. Puis ce sont les problèmes de voiture, la 202 est en réparation.

Poussière, voiture en panne, scoutisme, soucis graves c’est une évidence lorsque les allemands frappent à notre porte.

8 mai 1940

Alors que les troupes Allemandes sont prêtes à envahir la Hollande et la Belgique, Françoise avec un papier à en tête  » Ernest Flammarion  » explique à son amant Raymond, docteur et actuellement au front, que les femmes ne doivent jamais se faire faire des permanentes lorsque les Anglais s’apprêtent à débarquer (Menstruation ). Huit jours plus tard les cheveux sont aussi plats qu’avant mais en plus cassant .

On imagine assez la tête de l’officier plongé dans ses difficultés, de connaître ces détails capillaires et ces particularités menstruelles.

10 mai 1940

Les Allemands pénètrent en Hollande et en Belgique, la grande bagarre commence faisant oublier toute l’année 1939.

Notre grand stratège Gamelin fait aussitôt avancer ses unités en Belgique. Tout semble tranquille sur la Meuse et la ligne Maginot.

Françoise en femme qui sait tout, pense que c’est mieux que la guerre dans les Balkans et en Italie !!!

Il paraît que des villes Françaises ont été bombardées et notamment Lyon, elle s’inquiète pour son frère Jacques qui doit se trouver là bas.

 » Je suis prêt de toi de toute mon âme, de tout mon cœur, calme et confiante en Dieu.

Hurlements de sirène sur Paris, Françoise enfile une jupe par dessus sa chemise de nuit et met une paire de chaussures, finalement elle ne descend pas à l’abri.

Explosion de DCA dans le lointain, sûrement à la périphérie de Paris. Elle se couche et s’endort quand même.

RAYMOND ET FRANÇOISE, UNE HISTOIRE D’AMOUR, épisode 8, dans une tranquille quiétude

 

3 février 1940

Françoise organise des groupes de scoutisme,  » petites ailes, louveteaux » les enfants sont ravis et les plus grands veulent faire une équipe d’éclaireurs. Mais elle se fait une entorse en skiant, c’est un accident du travail en somme.

Les lettres de Raymond arrivent en quatre jours assez régulièrement, c’est une performance pour un pays en guerre dont les hommes sont mobilisés.

Le froid en la capitale est très dense, le gel et le verglas gênent les parisiens qui redoublent d’ingéniosité en entourant leurs chaussures avec des chiffons.

7 février 1940

Aujourd’hui c’est le repas pour la promotion du chef d’escadron Delmas, le menu est  :

gratin maison,

lotte à l’armoricaine

haricots verts sautés

poulets rôtis

salades d’endives

fromage

savarin

macédoine de fruits

pêche melba

le tout arrosé de Traminer, de rosé en carafe , du Beaune 1929, de champagne et de liqueurs.

On voit qu’il n’y a visiblement aucun souci d’approvisionnement et qu’on trouve de la lotte dans les Vosges en pleine guerre.

Au front il y a la grippe, Raymond est las des nombreuses visites qu’il doit effectuer. Aux Marmousets les éclaireurs organisent des batailles de boules de neige, un clan est finlandais l’autre Russe. Visiblement dans l’esprit de chacun c’est la seule guerre qui a lieu, celle des Anglais et des Français contre les Allemands n’intéresse visiblement pas.

16 février 1940

Enfin une permission, Françoise annonce qu’elle ira rejoindre Raymond à Paris pour dix jours, elle annonce aussi ses fiançailles officiels.

Pour fêter tout cela elle dîne avec les canadiennes, des officiers de la Royal Air Force et des pilotes Polonais, décidément Megève est déjà une destination à la monde. Mais les peuples savent-ils que les officiers qui sont chargés de faire la guerre à l’Allemagne améliorent leur technique de ski plus qu’ils n’améliorent leur science du pilotage.

Les deux fiancés se retrouvent à Paris où ils passent 4 jours absolument divins, libérés dans leur esprit par ces fiançailles officieuses ils sont aussi libres dans leur corps.

Ces moments volés à la guerre et à la séparation est le paroxysme de leur amour. C’est une fusion, ils ne font qu’un, est-ce la peur de la mort, la longue attente d’une liaison officielle, la présence d’un femme légitime qui les empêchait de vivre pleinement cette union de leurs sens.

Ils descendent ensuite à Megève, Françoise lui fait visiter les Marmousets et lui présente ses collègues ensuite ils montent à l’auberge  » chez ma tante » pour 5 jours de vie de rêves. Descentes à skis, farniente, discussions, nuits d’amour, siestes coquines et danses  » au mauvais pas ».

Raymond peut repartir au front, il a vu sa mère , il a eut des nouvelles de sa fille Charlette et bien sûr la compagnie de sa nouvelle et presque officielle femme. Cette dernière arbore maintenant fièrement l’insigne du régiment de son homme .

9 mars1940

Françoise est très occupée, secrétariat, scoutisme, organisations de loisirs, cours de physique et de sciences, anglais et rangement bibliothèque.

Cela l’aide à oublier Raymond, un soir les enfant lui offrent un magnifique gâteau aux marrons pour la saint Françoise, elle en est émue aux larmes.

Dans sa chambre joliment dissimulées, elle trouve encore d’autres gâteries.

14 mars 1940

Les fédérations scouts lancent un appel pour récupérer le papier usager et les métaux ferreux. Aux marmousets les enfants courent les ruisseaux et les rues de Megève où ils en trouvent une grande quantité.

Il est un peu effrayant de penser que l’économie de guerre française à besoin de la ferraille collectée par les enfants de France, alors qu’une formidable menace pèse sur notre intégrité territoriale.

Mon Dieu que c’est long sans les êtres qu’on aime .

 » la pluie, la grise pluie transperçante et molle tombe inlassablement sur la neige qui pourrit, sur l’herbe qui se détrempe, sur la terre qui coule en filets jaunâtres et les épaules des sapins disparaissent dans les brumes et les nuages si bas qu’on se croirait dans un pays de collines et non plus de montagnes »

18 mars 1940

C’est la stupéfaction Françoise vient d’apprendre que Raymond est à Paris, l’armée l’envoie faire un stage de Neurochirurgie chez Thierry de Martel à l’hôpital américain de Neuilly.

Excitée par ce retour elle plaquerait bien ses obligations pour voler dans les bras de son homme.

Mais elle donne un préavis raisonnable à Mme Thuiliers et termine les tâches en cours.

Le soir de cette annonce Françoise rêve merveilleusement et c’est toute brûlante de désir qu’elle va passer ses derniers instants aux Marmousets.

Dans sa dernière diatribe elle enjoint Raymond de demander à la femme de ménage de bien faire les poussières avant qu’elle ne rentre. On voit que le matérialisme côtoie l’amour et que même le désir le plus brûlant peut-être teinté de petites manies peu sensuelles.

20 – 22 mars 1940

Le gouvernement Daladier désavoué par la chambre remet sa démission, un nouveau est formé avec à sa tête Paul Reynaud.

Le nouveau venu n’a qu’une voix de majorité c’est bien peu, l’adhésion est bien mince, outre la tête du gouvernement il prend les affaires étrangères, Daladier reste au gouvernement avec rien moins que le ministère de la défense.

D’ailleurs les deux fils de ce dernier sont aux Marmousets et suivent avec intérêt le destin de leur papa. L’on voit donc que la pension des  » Marmousets » n’est pas une colonie pour enfants des banlieues.