LE MEURTRE DE GASTON BRETON, Partie 1/3, La poche de La Rochelle

 

Il y a quelque temps déjà, envoûté par l’élégance d’une maison de mon village et du voile de mystère qui l’environnait j’avais décidé d’en écrire une de ses noires pages.

La chape de plomb qui asphyxiait la sombre histoire de la maison bleue du Gué d’Alleré restait toujours impénétrable. Les témoins éventuels étaient morts ou bien vieux et leurs enfants héritiers de leurs souvenirs étaient muets de tant de vilaines choses. Ne pas salir la mémoire de, comme un leitmotiv, rejaillissait.

Ne pouvant rien savoir sur les faits dans le village lui même, j’interrogeais la presse de l’époque.

Ce que j’appris ne pouvait en rien me réconcilier avec cette période trouble mais néanmoins très intéressante.

La presse avait été assez indigente sur la relation de ces faits, mais pardonnons, elle avait sans doute des histoires plus gaies à raconter à moins que la main de l’état ne l’ait encouragée à faire oublier au peuple français que la période qui nous préoccupe n’avait pas été une si belle éclaircie après des années de brume.

J’avais donc écrit un texte se nommant le  » la mort du Collabo du Gué d’Alleré  » et je l’avais publié sur mon blog https://wordpress.com/view/larbredeviedepascal.com

Je n’avais pris aucun parti et je m’étais efforcé de relater les faits tels qu’ils pouvaient s’être déroulés.

J’avais toutefois laissé entendre que j’écrirais de nouveau sur le sujet si l’on me fournissait des renseignements complémentaires ou si j’en trouvais moi-même.

L’un des petits fils de Gaston Breton m’avait alors contacté et conforté dans la croyance que j’avais écrit une version plausible. Me signalant aussi que les enfants Breton présents lors de l’arrestation de leur père étaient toujours de ce monde mais que malheureusement pour l’histoire locale ils ne voulaient pas en témoigner.

Mon texte en est donc resté là, jusqu’à ce jour où un historien du sud ouest spécialiste de la question m’envoie un document émanant de la direction générale de la sûreté Nationale et daté du 3 septembre 1952. Ce procès verbal est celui de la déclaration d’un des membres du commando qui procéda à l’arrestation le 24 ou 25 octobre 1944 de notre collabo présumé et à son exécution sommaire.

Avant de conter cette nouvelle histoire il est bon toutefois de signaler la noirceur du personnage, de signaler qu’il est emprisonné au moment de sa déclaration pour une peine très lourde et qu’il n’est pas mu par une quelconque manifestation de la stricte vérité mais plutôt par un dégagement de sa responsabilité dans l’affaire.

Avant de narrer les faits, un petit rappel de la situation est nécessaire. Nous sommes en octobre 1944, une grande partie de la France est libérée du joug allemand mais l’hydre n’est point totalement maîtrisé. Les allemands ont formé des poches de résistance autour de zones portuaires. Elles sont au nombre de cinq mais nous n’allons parler que de celle de La Rochelle.

Évocation sommaire car mon propos n’est pas de réécrire cette histoire très bien racontée par bon nombre .

Les ennemis se sont donc enfermés dans La Rochelle et dans ce que nous nommerons sa banlieue.La zone comprenant également l’Île de Ré, ce qui fera environ une surface de 400 kilomètres carrés.

La garnison est approximativement de 16 000 hommes.

Globalement la poche est hermétiquement fermée dès septembre 1944 par des groupes armées composés pour beaucoup de maquisards.

En octobre la réorganisation des Forces Françaises libres en régiment ou brigade est terminée.

Les Français tiennent une ligne qui va de Fouras à Marans, voici le dispositif.

De Fouras à Ballon, 1699 soldats sous les ordres du lieutenant colonel Chambre poste de commandement Rochefort, se nommant régiment Bir’Hacheim.

De Ballon à Anais, 6571 soldats sous les ordres du commandant Bousquet comprenant le régiment Soleil sous les ordres du commandant Le Coustelier, du régiment Rico sous les ordres du commandant Angélo Ricco, et du régiment Duguesclin sous les ordres du commandant Bonvallet .

Le poste de commandement se trouvant à Surgères. L’ensemble portant le nom de brigade Demorny

D’Anais à Nuaillé d’Aunis , 1561 soldats sous les ordres du lieutenant colonel Bouvron avec un poste de commandement à Saint Hilaire la Palud dans le département des deux sèvres. Le régiment se nommant Foch

De Sérigny à charron, 1117 hommes sous les ordres du commandant Hélias avec un poste de commandement à Luçon en Vendée. Le régiment de nommant Hélias.

Dans la zone de Courçon et Taugon se trouve le régiment Chaumette, sous les ordres du lieutenant colonel Proust, 2924 soldats avec un poste de commandement à Damvix.

L’ensemble des forces françaises de l’Aunis sous les ordre du colonel Chêne représente donc 14172 soldats, sont PC est à Sait jean d’Angély avec 155 soldats.

Voila pour la période qui nous préoccupe, sachant que fin 1944 les régiments FFI s’organiseront en unités régulières.

Notre action se passe dans le village du Gué d’Alleré qui théoriquement est dans le secteur du maquis Foch mais pratiquement dans celui du régiment Soleil.

Les zones sont un peu floues et mouvantes et les commandements un peu opaques et mélangés.

Quoi qu’il en soit des zones, au Gué d’Alleré les hommes du maquis Soleil originaires souvent de Dordogne font régner leur loi. Bien que leur réputation de combattant ne soit plus à faire, ils en traînent une autre bien moins respectable.

Il est vrai qu’en ces moments de troubles, ressurgit parmi le bon grain, l’ivraie.

Ps : Pour ceux qui veulent un peu plus de précision lire :

Charente maritime 1940 1945, occupation, résistance, libération de Henri Gayot.

L’Aunis en guerre et ses victimes septembre 1939 – août 1945 par l’association d’histoire et de géographie en pays Aunisien

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