UNE ANNÉE DE LA VIE D’UNE FEMME , SEMAINE 17, sorcellerie ou miracle

 

Lorsque les hommes rentraient, ils étaient souvent harassés par leur journée de labeur, Ils ne prêtaient donc pas attention à nos humeurs de femelles et ses idiots crurent finalement que mon attitude était due à un accès de mélancolie dut à mes menstrues. Un examen plus attentif de mon mari aurait certes put le détromper car je ne les avais pas.

J’avais peur pour ma fille et rien d’autre. La journée du lendemain fut pour moi très longue, je guettais un signe sur le corps de Marie qui pourrait me faire penser à une amélioration. Rien, absolument rien, mon comportement s’en ressentait et ma petite sœur que j’avais bien oubliée ces jours derniers le payait. J’étais mauvaise comme la gale et je lui mis même une gifle pour une peccadille.

La nuit suivante je rentrais dans un sommeil plein de cauchemars, agitée je tournais comme un mouton dans son enclos. Au bout de quelques heures que je ne comptais plus je me levais mûe par une intuition. J’allumais ma chandelle avec peine tant les brandons dans la cheminée étaient faibles puis sous la protection de ce luxe je me penchais sur le berceau de Marie. Elle avait les yeux grands ouverts et, semblant me reconnaître un petit rictus para sa merveilleuse bouche. Je lui tâtais le front et surprise la fièvre l’avait quittée. Je me dis qu’elle pourrait peut-être téter. Ce fut dans cette obscurité que je passais l’un des meilleurs moments de ma vie de femme, ma Marie, mon bébé, ma fille ressuscitait comme Jésus notre rédempteur. Elle se reput tant et tant et me gratifia d’un rot monumental. Elle s’endormit dans mes bras. Après l’avoir reposée dans son petit lit, je décidais de sacrifier le reste de ma nuit à la prière.

Je ne savais qui remercier, notre sainte vierge, notre seigneur Jésus, l’un de ses saints ou bien plus prosaïquement la sorcière du bout de l’ hallier, la vieille aux mains sales, la grand mère d’Aimé.

Au matin lorsque Stanislas émergea du sommeil, moi j’étais encore en des contrées bien éloignées de la Vendée. Étonné de ne pas me voir m’activer dans la cuisine il me secoua doucement. Mon corps oscillait entre paresse et volupté et j’attirais Stanislas le long de moi. Heureux de l’aubaine qui s’offrait à lui , il sut immédiatement le parti qu’il pouvait tirer de mon amoureuse disposition.

Stanislas s’apprêtait à me prendre lorsque je sentis et j’entendis Thérèse ma sœur qui me sautait dessus pour venir chercher les niches que je lui gratifiais souvent à son réveil. Ce fut la débandade pour mon mari, moi je fus prise d’un fou rire et Thérèse innocente ne se rendit compte de rien.

J’étais bien un peu déçue mais je m’empressais de dire à mon homme que sa fille n’avait plus de fièvre. Il me regarda étonné et fut comme choqué que le retour à la vie de notre fille provoqua en moi une envie d’amour. Vraiment cet idiot ne comprenait rien à rien et il ne pouvait envisager qu’un bonheur retrouvé pouvait provoquer le désir.

La petite au matin était couverte de boutons purulents, la fièvre qui était en elle, était sortie par cette éruption spontanée. Heureuse je me mis à l’ouvrage comme un bagnard à qui l’on promettait sa libération prochaine. En chantant je fis mes taches, et ce fut aussi avec plaisir que je vis Stanislas apparaître dans l’encadrement de l’étable. Il n’avait guère envie de préliminaire et je savais que je me devais de soulever mes jupons au plus vite. De fait Victor le grand valet faillit nous surprendre le cul à l’air. Il s’en fut de quelques secondes, mon père l’avait envoyé pour que Stanislas attelle les bœufs.

La semaine fut joyeuse et passa très vite. Marie étai tirée d’affaire et gazouillait de nouveau. Elle avait de nouveau un appétit féroce et moi aussi par la même occasion. Je n’eus pas l’occasion de remercier la vieille ni son petit fils car mon père l’avait prêté à Jacques Caillaux pour le labourage d’une vigne.

Tout de même mon mari eut vent de ma visite à la sorcière, on m’avait vu m’engager dans le vilain sentier qui ne menait qu’à sa tanière. Il se mit en colère et tout d’abord cru que j’avais eu recours à elle en tant que faiseuse d’ange. Moi aussi à cette insulte je devins méchante, croire que je pouvais supprimer une vie était pire que de me croire capable de le tromper. J’ai bien cru qu’il allait frapper, son poing était fermé et un méchant regard illuminait sa face rubiconde. Je ne cédais rien et à sa colère répondait la mienne, j’avais sauvé ma fille un point c’est tout.

Nous étions bien différents l’un de l’autre, un homme n’avait pas la même capacité que nous à aimer.

Mon père d’ailleurs n’était point différent , pas une fois il ne s’était inquiété de la santé de sa petite fille. Il eut préféré sans hésiter perdre cette dernière qu’un rang de vigne ou un arpent de seigle.

Il voulait certes un héritier, mais une mougeasse ne l’intéressait guère, des ennuis, des dots et souvent la honte étaient les fruits de la féminité.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s