UNE VIE PAYSANNE, ÉPISODE 31, une décevante nuit de noce

Marie François Isidore Groizier

Commune de verdelot département de la Seine et Marne

1824

Nous étions à trois semaines de nos noces et ma future belle mère m’aboyait dessus dès que j’approchais. Pas moyen de toucher  ma femme, cette Augustine que d’aucun au village disait facile en sa jeunesse s’érigeait en véritable garant du pucelage de sa fille.

Eh moi je m’en foutais du moment que c’était moi qui l’avait cueillie.

J’avais quand même obtenu l’autorisation d’aller au mariage de mon futur beau frère à Vendières dans le département voisin , ce fut une belle fête et j’espérais que la mienne se passerait aussi bien. Personnellement étant originaire de ce bourg je ne fus guère dépaysé, j’ étais en pays de connaissance.

On arriva enfin à nos noces,  le jeudi 17 novembre nous étions un brin fébriles, le maire Chardon étant empêché ce fut son adjoint monsieur Beguin qui nous attendait pour onze heures du matin.

C’était parfait,  le temps d’expédier la cérémonie religieuse et nous pourrions manger et boire dignement toute la journée et toute la nuit.

C’est mon oncle Marcel,  tuilier à Orbais dans la Marne qui me servit de témoin principal et mon frère François,  marchand de peaux de lapin que nous appelions pinpin, en deuxième. Ma femme eut son oncle Nicolas André Perrin,  celui qui lui ressemblait tant et un autre oncle qui se nommait Jacques Coffinet, propriétaire à Montdauphin qui était lui le frère de la mère de Rosalie.

Toute la fratrie était là, cela nous fit du monde à nourrir mais vraiment quel plaisir de donner de la joie à tous.

Rosalie Joséphine Cré

commune de Verdelot département de Seine et Marne

1824

Nous avions fait tout bien, ma mère pouvait être contente et monsieur le curé aussi, rien aucun écart, pure comme à la naissance, mon voile immaculé. Non je pouvais être fière de moi, physiquement irréprochable. Au niveau de la pensée je n’étais pas aussi blanche, plus d’une fois j’avais ressenti des envies pas très catholiques, plus d’une fois j’avais espéré qu’il ait un brin de folie. Lorsqu’il m’a embrassée pour la première fois je me suis sentie couler comme un beurre au soleil. Lorsqu’il m’a prise par la taille pour une danse j’ai éprouvé une sensation étrange, indéfinissable, cette évanescence je ne n’ai d’ailleurs pas retrouvée, l’instant avait été magique et inoubliable.

J’espérais trouvé en mon mari le chemin de la satisfaction, mais bon dieu que cela fut pénible. Pénible mais troublant, nous arrivâmes dans le haut lieu de mon sacrifice, à nous une chambre prêtée. Il faisait un froid de tombe et l’obscurité presque totale. Isidore alluma une faible chandelle et s’assit comme au spectacle. Au bout d’un moment gênant je compris que telle une vestale je me devais d’offrir à mon mari un effeuillage impudique. Mais allez vous mettre le cul à l’air alors que jamais vous n’avez même montré une jambe à un individu du sexe opposé. La nature se défend, votre cerveau ne comprend pas, mais l’affaire était entendue, je m’offrais tremblante en spectacle.

Presque nue j’avais gardé ma chemise j’attendais qu’il me rendit la pareil en m’offrant une scénette de son cru. Mais rien ne vînt, croyait-il cet impudent que j’allais le déshabiller moi même, croyait-il que j’étais une galante à l’immense expérience, que j’allais d’une main experte faire glisser ses oripeaux de marié. Non pas, pétrifiée au fond de mon lit j’espérais qu’il se dépêche et qu’enfin cet animal masculin se dévoile à mes yeux ébahis. L’idiot souffla la bougie, puis s’allongea à mes coté. A défaut de se dévoiler j’espérais le voir agir mais pétrifié mon tuilier avait le vit baissé. Heureusement son honneur reprit vigueur et me gratifiant de quelques pâles caresses il me grimpa dessus. Lorsqu’une vierge effarouchée rencontre un puceau pressé, il n’y a rien à espérer. Au bout d’un moment poussé par mon instinct féminin je pris au sens propre comme au figuré les choses en mains. Me faisant guide sans trop savoir où j’allais, je poussais le Isidore vers la bonne porte. Un effort, un ahanement et je n’étais plus demoiselle mais madame. Visiblement il adora, moi je me refusais à toute conclusion tant que la vitesse d’exécution ne diminuerait pas.

Naïvement je crus que nous allions recommencer, mais le pauvre harassé par tant d’émotions dormit du sommeil du juste. Le matin comme par une extraordinaire mutation, il entra naturellement en action, sale, fatiguée n’ayant que peu dormi je ne fus guère qu’un compromis.

La fête reprit le lendemain et le soir même je dormais à L’Aulnoy Renault, passant de la promiscuité parentale et celle encore plus gênante de promiscuité beau parentale.

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