LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 2, Une guérilla impitoyable

J’eus donc une enfance heureuse au milieu d’une fratrie reconstituée, j’allais au champs, à la vigne, enfin tout ce que faisait les enfants de paysans. Je n’avais que cinq ans quand la révolution a débuté mais je me souviens des scènes de liesse et les villageois dansant sur la place du château.

Il ne se passa rien de notable pour nous, sauf que nous n’allions plus à l’office du dimanche. Enfin je crois qu’on ne devait plus dire dimanche car on nous avait changer notre calendrier ancestral. Le jour de repos devait être le décadi, vaste plaisanterie comme ci on pouvait changer les habitudes avec une loi. Mon beau père disait que nous étions gouvernés par des avocats en culotte de soie et jabot de dentelle.

Quoi qu’il en soit, cette révolution amena beaucoup de changements et surtout beaucoup de guerres.

Compte tenu du nombre d’ennemis que nous avions nos troupes s’en tirèrent finalement très bien.

La France envahit la Belgique et la Hollande, beaux morceaux de territoire mais qui allaient braquer sur nous la haine de nos ennemis héréditaires les Anglais. Tenir le port d’Anvers était comme tenir un pistolet chargé sur leur tempe.

Indirectement cela nous a mené à notre empereur Napoléon et indirectement cela fut la cause présentement de mes ampoules aux pieds et de ma balade en direction de l’Espagne.

Car voyez vous nous les Français, pour avoir mit une tripatouillée à toutes les vieilles monarchies d’Europe nous n’en n’avions pas fini avec la perfide Albion. Ces foutus iliens avaient une flotte de guerre bien supérieure à la notre et nous bloquaient notre commerce, après nous avoir mis une volée à Trafalgar. D’ailleurs nos pertuis Charentais n’étaient que voiles anglaises et c’était avec insolence qu’ils menaçaient l’arsenal de Rochefort et l’île d’Aix.

Bon moi je me moquais un peu de la mer, je n’étais pas inscrit maritime car trop loin de la côte, par contre à l’age requit je tombais comme mes camarades sous le coup de la conscription.

Le Napoléon tirait un peu sur la corde, il avait vaincu nos agresseurs alors à quoi bon continuer à nous battre. Nous voulions nous autres avoir une femme, cultiver nos terres, rire et chanter. En lieu et place dès nos vingt ans nous tirions au sort notre départ pour aller nous faire tuer loin de chez nous.

Le contingent annuel était déterminé pour chaque département puis pour chaque canton et chaque commune. N’allez pas croire que de ne pas tirer un mauvais numéro vous exonérait définitivement non pas, vous étiez simplement ajournés. Chaque année on chiait donc dans nos culottes de nous voir désignés.

Moi pour ma part ce fut l’année de mes vingt cinq ans que la misère me tomba dessus.

J’aurais bien aimé être trop petit mais la toise dispensatrice d’une exemption se situait à 148 centimètres, moi j’étais bien plus grand avec mon presque un mètre soixante. J’avais également une belle dentition et il n’était pas question que je me fasse sauter les dents pour ne pas pouvoir déchirer les cartouches. Non j’avais rien de spécial, une bonne chair à canon somme toute. Nullement volontaire mais fort obligé de partir défendre le trône de pépé botella. Ce roi que l’on tenta d’imposer à un peuple qui n’en voulait pas, n’était certes pas pire que les infâmes bourbons finissants.

Mais bon que m’importait les rives de l’Adour et de l’Ebre alors que j’avais grandi le long du ruisseau de la Roulière.

Même si il existait une réelle fraternité entre gens qu’on emmène à la mort, je préférais la routine de ma terre, la taille des vignes, le labour et l’odeur du vin qu’on brûlait pour la transformer en eau de vie.

Plus rien en vérité me retenait au Gué d’Alleré, ma mère était morte en 1804 et reposait, j’espère sereine, sous les doubles manteaux protecteurs qu’étaient la terre grasse des limon du ruisseau et la divine présence de la maison de Dieu où se couvaient les tombes du village.

Évidemment j’étais peiné de laisser celles qui a défaut d’être de mon sang, étaient devenues mes véritables sœurs de cœur. J’avais aussi laissé couler une larme lorsque celui qui m’avait élevé comme son fils, celui que je considérais comme tel, que je respectais comme tel et qui de fait l’était réellement.

Voila pour ma vie d’avant, pas de femme, pas de promise, pas de souvenirs d’une chair blanche offerte, pas de souvenir d’une flagrance féminine qui m’aurait mis en émoi, non rien. J’avançais vers mon nouveau destin, sûrement fait de sang et de pleurs. Les anciens tentaient de nous rassurer, de nous faire voir le bon coté des choses, ils nous vantaient la beauté des femmes espagnoles, nous disaient qu’elles n’étaient guère farouches que nous pourrions nous gamins ignorant de la chose nous informer des subtilités de l’amour dans les bras de fières andalouses ou de rudes catalanes.

Nous faisions semblant de les croire mais plus nous avancions vers la péninsule Ibérique plus nous croisions des convois de blessés et de malades. Ils n’avaient pas l’air de farouches cavaliers ayant jouté sur les croupes des brunes espagnoles, ils avaient plutôt l’aspect de vaincus. Cela ne manquait pas de nous troubler nous les néophytes, les puceaux de la guerre.

Puis nous passâmes enfin la frontière j’étais maintenant avec mes compagnons du 117ème régiment de ligne.

Ce dernier avait été créé très récemment en août 1808 à Haro, notre chef était le colonel Louis Benoit Robert, un vieux guerrier expérimenté qui avait fait ses classes et monté les échelons comme la plupart des chefs de guerre de l’empire sous les armées révolutionnaires. Nous ne savions pas trop où nous allions mais entre la France et l’Espagne le contraste fut saisissant.

Jusqu’à là les populations furent bienveillantes à notre égard, nous étions logés avec des bulletins de logement chez l’habitant, nous avions encore l’impression d’appartenir au monde que nous venions de quitter. Chez l’ennemi plus question de loger chez les habitants, tous nous étaient hostiles.

Près de la frontière le pays était à peu près sécurisé, enfin sur les chemins principaux. Tant que vous n’étiez pas confrontés directement vous ne vous rendiez pas vraiment compte, mais un jour je fis parti d’une expédition organisée pour récupérer des petits malins de chez nous qui s’étaient écartés par améliorer l’ordinaire. Nous traversâmes un premier village, complètement désert et aussi partiellement détruit, pas une âme, pas même un chien errant. En continuant notre chemin sur un une hauteur, une basse maison aux fenêtres rares, une grange, un reste de paille. Avant  de voir nous sentîmes, une odeur de charogne, une pestilence insoutenable, le sergent nous fit mettre en position de combat flairant un piège. Mais pour cette fois nous en étions quittes pour une vision d’horreur, la première que je ferais de cette sale guerre. Je les vis mes camarades avec qui je buvais quelques jours avant, je les vis ses pauvres malheureux. En croix, cloués sur la porte de la grange en fiers soldats de l’armée du génial Bonaparte. Les mouches s’affairaient en un essaim affamé dans le ventre ouvert de nos défunts compagnons. Éventrés comme des cochons, les intestins pendouillant en de ridicules serpentins, un haut de cœur me fit rompre mon alignement et vomir une acre bile.

Nos raffinés ennemis fanatisés par leurs prêtres, se livraient à des bacchanales dantesques et en expiation de l’ envahissement de leur terre, nous faisaient subir les pires ignominies.

Ce gamin d’aquitaine cloué comme un chat noir sur cette porte de chêne brinquebalante, pantalon baissé, émasculé par des mains féminines expertes s’était vu fourrer ses attributs de masculinité dans la bouche.

Nous retrouvâmes son compère, visiblement il avait eu plus de chance, son corps n’avait pas été souillé, mais simplement dépouillé de tout vêtement. Il gisait dans son sang déjà séché, proprement égorgé par la lame effilée d’un couteau vengeur.

Le sergent nous fit exécuter l’ensevelissement des deux pauvres malheureux avant que des animaux prédateurs ne finissent en un festin l’œuvre des paysans et paysannes Aragonaises.

Nous jurâmes entre nous de bien leur faire payer ce forfait ignominieux.

2 réflexions au sujet de « LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, Épisode 2, Une guérilla impitoyable »

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