LA MORT D’UN ENFANT DU GUÉ D’ALLERÉ, épisode 1, le début de l’aventure

Nos chefs en vieux baroudeurs se voulaient rassurants mais nous sentions bien poindre une immense lassitude dans leurs propos.

Nous étions encore loin de l’heure du bivouac, mes pieds n’étaient qu’une vaste meurtrissure, j’avais l’impression de baigner dans une fange faite de sang, de pluie et de boue. Les plus faibles avaient depuis longtemps lâché prise, la maréchaussée les récupérerait traînant leur misère dans les fossés.

Mes vêtements semblaient ne plus me servir à rien, j’étais trempé, gelé et à mon corps défendant je frissonnais comme un fiévreux.

Nous nous dirigions vers Bayonne et les tours de La Rochelle étaient maintenant très loin.

Le convoi qui cheminait sur les routes boueuses de la province Aquitaine, était composé de diverses recrues qui allaient rejoindre leur régiment dans la ville garnison,qui commandait les Pyrénées.

Moi j’étais destiné au 117ème régiment d’infanterie. Certains de mes compagnons d’infortune avaient la même destination que moi alors nous nous étions regroupés et entraînés depuis le début de notre long périple.

Nous étions évidemment destinés à alimenter les troupes en Espagne.

Nous ne connaissions pas grand chose de l’état militaire, la courte période d’instruction que nous avions eu à La Rochelle nous avait à peine permis de nous accoutumer.

Nos accompagnateur, vieux briscards des guerres de la révolution, vainqueurs à Austerlitz nous en imposaient. Il y en avait de toutes les sortes, gentils au cœur tendre qui tentaient d’atténuer nos douleurs, d’autres de véritables salopards nous aboyaient dessus en permanence.

Depuis notre départ l’effectif avait dangereusement faibli, malades, blessés, traînards à la faible constitution, mais aussi des déserteurs. Ceux ci au courage certain, fuyaient dès qu’ils pouvaient la condition qu’on tentait de leur imposer. Les risques de se faire reprendre étaient considérables, d’autant qu’une gratification était offerte à celui qui ramenait un fuyard. N’étant pas tenté par la curée de quelques pandores ou douaniers et la perspective d’aller croupir dans la citadelle de l’île de Ré, j’étais bien décidé à accomplir mon devoir.

Je ne savais quand je reverrais mon village.

Je n’étais évidemment pas volontaire pour partir, comme aucun d’entre nous d’ailleurs

Nous ne savions pas en vérité ce qui se passait en Espagne, je ne savais pas où ce pays se trouvait, je n’en connaissais pas l’histoire. Mais des bruits couraient que notre empereur y avait installé son frère Joseph comme roi et que les habitants, ma foi,ils étaient pas bien d’accord.

Les mieux informés disaient que nous avions même été battus pour la première fois sous le règne de Napoléon. Cette funeste bataille avait eu lieu à Baylen et nous avions perdu à cause d’un traite nommé Dupont de l’étang. Un vieux de chez nous qui avait combattu sous ses ordres affirmait que ce général était l’un des meilleurs et que nous avions perdu car nous n’avions rien à foutre là bas.

Moi comme je vous l’ai dit, je n’y connaissais rien, je n’avait jamais dépassé les limites de mon canton, alors le frère de notre empereur et le peuple Espagnol je m’en moquais comme de ma première paire de sabots.

Au bivouac nous entendions les vieux qui disaient simplement, est-il fou le petit caporal de nous aventurer dans ce maudit pays, en a-t-il pas assez?

C’était assez énigmatique,mais nous n’étions que des pauvres hères qu’on avait arraché à la terre. Nous devions marcher et crever pour la politique de ceux qui nous dirigeaient. La loi les autorisait à nous soustraire à nos famille pour un temps indéfini. Nous étions ceux qui avions tiré le mauvais numéro.

Moi, à tout bien réfléchir le mauvais numéro, j’étais persuadé de l’avoir tiré depuis très longtemps et bien avant ce fameux jour où le maire avait réuni les enfants de la commune.

Je suis né au Gué d’Alleré le 12 août 1784 et je m’appelle Jean Dubois, mon père était journalier, c’est à dire qu’il travaillait chez les autres, qu’il se louait, nous étions pauvres, mais comme nous n’avions jamais rien connu d’autre, peu nous importait.

C’est le curé Denécheau qui m’avait baptisé, j’étais le dernier né de la famille, enfin c’était bien peu dire car de mes frères et sœurs la plupart était mort.

J’avais cru comprendre que je n’étais guère désiré, mon père était déjà bien malade et voir un chiard dans ces conditions, n’encourageait guère au bonheur.

Cela devait être prémonitoire car mon père Dieu ait son âme mourut alors que j’avais un an. Donc il a fallut que je me forge des souvenirs de lui, mais comme j’étais trop petit, il ne me restait qu’à questionner mes proches. Ma mère qui aurait pû ou aurait dû m’instruire de ces choses afin que je me construise fit fi de toutes ses obligations et oublia mon père en se remariant l’année suivante.

Je n’eus donc comme figure masculine que mon beau père Julien Gambaud. Ils étaient veufs tous les deux, chargés d’enfants, alors ils réunirent leur peine, leur joie et leur corps.

Je grandis donc environné de ces presque sœurs et presque frères que furent les enfants du premier lit de mon beau père.

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